Pateh Sabally’s Death: What is the Point in Rescuing a Mere Migrant?

Pateh Sabally, a 22 year-old Gambian refugee, died in the Grand Canal of Venice on Saturday 21st January. After the death of the Nigerian Emmanuel Chidi in July 2016 beaten by racists in Fermo, Italy has again become the theatre for another barbaric racist act.Pateh Sabally's death conveys something about our time; it demonstrates what Hannah Arendt called “the banality of evil”. In 2017, a young man drowned while bystanders and tourists were laughing. They let him die while hurling racist insults at him.  No one attempted to rescue him, but some picked up their phone to shoot the scene, you know, to “be there when it happens”. Inhumanity has reached a scary dimension through the mediation of cruelty.It is a tragic spectacle that Europe shows. The same Europe which keeps claiming to be a model of democracy, freedom and respect for human dignity all the day long. The Old Continent keeps lecturing Africa on morality about election and the conflicts which wreck our countries. But the way it treats migrants and refugees who are running away from atrocities, is nothing but degrading.

What is the point of rescuing a mere migrant?

Those Venetians and those tourists would have jumped to rescue anything, even a camera. Thus, their guilty behaviour results from the persistence, in Europe, of a certain discourse drummed by the press on the danger that others embody these include migrants, refugee or a simple foreigner. There are plenty of qualifiers used to refer to these people and they all show total disregard, these include  “Negro”, “invader”, “world’s misery”, “job thieves” …

Media channels have reported Pateh Sabally’s tragedy by invoking the indifference in which his death occurred. The expression is false. The young man died under the conscious sniggering of people which are nothing but indifferent. He was only a migrant, what was the point in rescuing him? They said to themselves! Others are going to die, regretfully. Just have a look at the debates in Europe: a politician says such outrageous things about the foreigners, refugees, Muslims and still enjoys a surge in popularity. Elsewhere, physical and symbolic barriers are being erected against those who were not born in the right country or who don’t have the right religious persuasion.

A wave of xenophobia is sweeping across the Western World that reminds us of the darkest days of our history. Tempers will not be calmed by the decree signed on January, 27, by Donald Trump, which bans the USA entrance for nationals from seven countries, including three Africans one : Somalia, Libya, Sudan.

Nothing can foretell when the horror cycle will end. On the contrary, we get caught by the verbal and murderous escalation which is the underlying cause of Emmanuel Chidi and Pateh Sabally’s death, who were trying to escape Boko Haram and Yahya Jammeh’s dark regime, respectively. Their death will be a burden on the mind of all those who, each day, point finger at others as the problem. That is the shame of Europe and the executioner of our young exiles.

Translated by:

Mame Thiaba Diagne

 

Mort de Pateh Sabally : à quoi bon sauver un simple migrant ?

Pateh Sabally, réfugié gambien de 22 ans s’est laissé mourir dans le Grand Canal de Venise, samedi 21 janvier. Après le Nigérian Emmanuel Chidi battu à mort en juillet 2016 par des militants racistes à Fermo, l’Italie est à nouveau le théâtre d’une barbarie raciste.

Cette mort de Pateh Sabally nous dit quelque chose de notre époque sidérante, car elle témoigne de ce qu’Hannah Arendt appelait « la banalité du mal ». En 2017, un jeune homme se noie pendant que des passants et des touristes rigolent et l’agonissent d’insultes racistes. Personne ne tente quoi que ce soit pour le sauver, mais on sort tout de même son téléphone pour filmer la scène, histoire de faire ensuite le buzz sur les réseaux sociaux. L’inhumanité atteint ainsi une dimension terrifiante par la médiatisation de la cruauté.

C’est un spectacle tragique que l’Europe montre, elle qui se vante pourtant au quotidien d’être un modèle de démocratie, de liberté et de respect de la dignité humaine. Le Vieux Continent donne constamment à l’Afrique des leçons de morale en matière électorale et sur les conflits qui foudroient nos pays, mais son traitement des migrants, des réfugiés qui fuient les horreurs n’est en rien humaniste.

A quoi bon sauver un simple migrant ?

Ces Vénitiens et ces touristes auraient plongé pour sauver n’importe quoi, même un appareil photo. Mais leur attitude coupable résulte, en Europe, de la persistance d’un discours martelé par des politiques et des médias sur le danger que constitue l’Autre – migrant, réfugié ou simple étranger. Les qualificatifs pour les désigner sont légion et montrent tous combien le mépris est total : « Nègre », « envahisseur », « fuite d’eau », « misère du monde », « voleur de boulot »…

Beaucoup de médias ont relaté la tragédie de Pateh Sabally invoquant une mort survenue dans l’indifférence. L’expression est fausse. Le jeune homme est mort sous des ricanements conscients qui n’ont rien d’indifférents. Ce n’est qu’un migrant qui se suicide, à quoi bon le sauver, se sont-ils dit !

D’autres morts auront lieu malheureusement. Il n’y a qu’à suivre les débats en Europe où un homme politique, pour augmenter sa cote de popularité, sort une énormité sur les étrangers, les réfugiés, les musulmans. Ailleurs, on érige des barrières physiques et symboliques contre des gens qui ne sont pas nés dans le bon pays ou n’ont pas la bonne orientation religieuse. C’est une vague xénophobe qui s’est emparée de l’Occident, rappelant les heures les plus sombres de notre Histoire. Et ce n’est pas le décret anti-immigration signé le 27 janvier par Donald Trump et interdisant l’entrée des Etats-Unis aux ressortissants de sept pays – dont trois africains : la Somalie, la Libye et le Soudan – qui va apaiser les esprits.

Rien ne prédit que le cycle de l’horreur finira bientôt. Au contraire, on se laisse gagner de jour en jour par une escalade verbale et guerrière qui est la cause lointaine des morts d’Emmanuel Chidi, qui fuyait Boko Haram, puis de Pateh Sabally, que les sinistres années de présidence de Yahya Jammeh ont poussé à la fuite. Leur mort pèsera longtemps dans la conscience de tous ceux qui, chaque jour, en pointant l’Autre comme un problème, sont la honte de l’Europe et les bourreaux de nos jeunes exilés.

Hamidou Anne

 

Au Gabon, une élection pour rénover le logiciel politique du pays

Ali BongoLes près de 600 000 électeurs gabonais iront aux urnes le 27 août prochain pour choisir leur président de la République. Face au sortant, Ali Bongo Ondimba, candidat du Parti Démocratique Gabonais (PDG), ils étaient 13 opposants au départ avant que Casimir Oyé Mba et Guy Nzouba Ndama ne se retirent au profit de la candidature de Jean Ping.

Ce scrutin présidentiel est une échéance importante pour la jeune démocratie gabonaise. Sept ans après la mort du patriarche Omar bongo succédé par le fils « Ali », il faut saluer le respect du calendrier électoral et l’ouverture de la compétition à toutes les sensibilités politiques du pays.

Le Gabon est dans une dynamique qui rompt avec l’immobilisme qu’a caractérisé pendant trois décennies le régime d’Omar Bongo qui a adossé le modèle économique du pays sur la rente liée à l’extraction des ressources naturelles abondantes avec notamment le pétrole, les mines et le bois. Outre cette position de vulnérabilité du pays aux fluctuations des cours mondiaux de matières premières, le Gabon était miné par les inégalités sociales et la persistance de privilèges pour une élite corrompue qui s’enrichissait en toute impunité.

Une nette amélioration dans la gestion du pays a été constatée durant le premier mandat d’Ali Bongo à travers la mise en œuvre du Plan Stratégie Gabon Emergent piloté par le cabinet sénégalais Performance Group.

En sept années de gouvernance, les indicateurs macroéconomiques du pays se sont largement améliorés avec une croissance moyenne proche de 6%. Pour rappel, entre 2004 et 2008, celle-ci était en moyenne de 1,3% par an plaçant le pays à la 50ème place sur les 53 du continent.

La diversification de l’économie est aussi en chantier afin de sortir de la dépendance du pétrole avec des investissements public massifs à hauteur de 4579 milliards de FCFA entre 2010 et 2015 réalisés, contre 4326 milliards de FCFA entre 1980 et 2009. En termes d’emplois, le pays, depuis 2009, a créé 60 000 emplois (24 000 dans le secteur privé et 36 000 pour le secteur public).

Au regard de ces données, il est indéniable que le pays est sur une trajectoire positive contrairement aux décennies précédentes. Cela dit, les chantiers en matière d’inégalité sociale demeurent. La lutte contre la corruption doit être accentuée au même titre que l’accès aux services sociaux de base pour une grande frange de la population gabonaise.

La bonne santé économique affichée par le pays doit également être un moteur pour le renforcement de sa démocratie. L’échéance du 27 août revêt donc une importance particulière pour le Gabon. Au delà du duel annoncé entre Ali Bongo et Jean Ping, c’est le logiciel politique du pays qui doit être rénové.

Le Gabon est une drôle de démocratie comme il y en a souvent en Afrique. L’opposition existe et peut participer à toutes les compétitions électorales mais sa capacité à peser dans un espace public est annihilée par le PDG, qui domine entièrement l’espace. En outre, elle subit un discrédit lié aux vieilles figures qui la représentent et qui refusent toute alternance générationnelle à la tête des appareils. Ainsi, devant un Ali Bongo qui fait campagne sur le bilan de 7 années de mise en œuvre du PSGE, les leaders de l’opposition ont d’abord joué la carte identitaire en fustigeant sa nationalité gabonaise. Ensuite, devant l’échec de cette stratégie, ils font campagne avec une légèreté et une impréparation assez surréalistes pour un scrutin aussi sérieux pour le futur du Gabon.

Le Gabon est malade de ses élites dont la majorité a joué un rôle dans le pillage pendant plusieurs décennies du pays. Parmi elles, certaines ont rejoint le camp de l’opposition dans laquelle elles incarnent un passé rédhibitoire à la jeunesse gabonaise.

Une autre partie de cette élite est encore dans les rangs du parti au pouvoir, aux cotés d’Ali Bongo, rendant ainsi sceptique l’effectivité de la transformation sociale en profondeur du pays qui devrait être marquée par la fin des privilèges et le culte du mérite.

A Port Gentil, Ali Bongo a, dans un discours offensif, appelé à une « révolution politique », une « révolution sociale » qui promeuvent « l’égalité des chances, le travail et le mérite ». Même si des actes ont été posés dans ce sens lors de son premier mandat, des efforts demeurent à faire afin de construire une société juste, égalitaire dans laquelle le partage des ressources sera équitable.

Les Gabonais voteront le 27 août, dans un scrutin à un seul tour et devront choisir entre Ali Bongo, favori compte tenu de la prime au sortant et de la machine du PDG, et son principal challenger Jean Ping qui a réussi à rallier des poids lourds autour de sa personne dont les deux anciens candidats Oyé Mba et Zouba Ndama ainsi que l’importante figure de l’opposition qu’est Zacharie Myboto.

En tous les cas, les acteurs politiques gabonais doivent préserver la paix dans le pays. Le vainqueur devra s’atteler à abréger les souffrances des Gabonais laissés en rade par les progrès économiques importants du pays sous Ali Bongo. Ce scrutin devra aussi mettre fin à un cycle entamé depuis la conférence nationale en 1991 et faire sauter le pays dans le wagon des démocraties modèles en Afrique.

Hamidou Anne

 

 

Qui prendrait des balles pour son président ?

coup d'etat BFL’échec du coup d’Etat en Turquie grâce à la mobilisation d’une large majorité de la population favorable à Recep Tayyip Erdogan doit nous interpeller en Afrique. Car d’abord, le continent détient malheureusement le record du plus grand nombre de putschs militaires, dont certains ont souvent provoqué des drames effroyables. Ensuite, nous devrions nous poser cette question : qui en Afrique affronterait les balles de soldats pour défendre un président menacé ?

Ayant posé la question sur le réseau social Twitter et auprès de nombreux amis, beaucoup m’ont répondu avec plus ou moins de fierté en citant l’exemple du Burkina Faso. Ils ont en partie raison. En septembre 2015, la résistance héroïque de la jeunesse burkinabè a mis en échec le coup d’Etat du Régiment de sécurité présidentielle (RSP) avec à sa tête le Général Gilbert Diendéré. Mais, une nuance s’impose car le peuple burkinabé n’a pas à mon avis défendu le régime de la transition du duo Michel Kafando et Isaac Yacouba Zida qui était d’ailleurs sous le feu d’une multitude de critiques justifiées. La jeunesse a affronté les hommes surentrainés et suréquipés du RSP pour sauver sa « révolution » et préserver son pays du retour du système Blaise Compaoré qu’incarnait Gilbert Diendéré. Les Burkinabé seraient-ils sortis dans la rue défendre leurs institutions si les auteurs du putschs étaient des officiers et sous-officiers inconnus et n’ayant aucun lien avec le régime déchu du CDP, l’ancienne formation au pouvoir ?

Cassure entre élites politiques et peuple

De façon plus générale, dans l’écrasante majorité des pays africains, je ne suis pas convaincu que le commun des mortels accepte de prendre des balles pour sauver un président, très souvent impopulaire. Nous vivons une crise politique et institutionnelle qui, si elle est moins profonde que dans les décennies précédentes, reste préoccupante.

Il y a une cassure entre les élites politiques et le peuple. D’abord, elle est d’ordre démographique car la jeunesse majoritaire sur le continent n’accède qu’à dose homéopathique aux strates du pouvoir. Ensuite, elle est d’ordre pratique : l’écrasante majorité de nos Etats sont à ce point mal gouvernés qu’ils ont réussi à tuer toute forme de confiance et d’espoir de la part de ceux qu’ils sont censés pourtant représenter.

Il y a longtemps que nous n’attendons plus rien des régimes post-indépendances, érigés sur le prétexte de la consolidation d’une nation socle d’une future prospérité qui n’a jusque-là jamais été au rendez-vous.

La génération de leaders politiques qui a suivi a elle davantage déçu car n’ayant même pas eu l’excuse de forger un Etat sur les cendres de la colonisation. Souvent armée de la rengaine du changement et de l’émergence, elle n’a rien fait sinon se compromettre moralement et maintenir nos pays dans l’indigence économique.

Ils « mentent dans toutes les langues »

Les trahisons sur les promesses électorales, la mal-gouvernance, la promotion de la corruption, l’encouragement de la transhumance politique et le culte de la médiocrité ont enterré le mythe de l’eldorado promis par nos gouvernants. Comme disait Nietzsche, ils « mentent dans toutes les langues ». Leurs promesses ne sont que mirage. Leur attitude au quotidien, méprisante et méprisable. Leur amour pour leur pays, infime.

Parmi nos leaders peu ont gouverné en cultivant le mérite et en mettant l’efficacité de l’action publique et la transformation radicale des conditions de vie des populations au centre de leurs actions. Cette chronique de Seidik Abba au Monde Afrique sur le train de vie des dirigeants africains est stupéfiante. On ne peut imaginer des gens vivre avec autant d’indécence et d’insolence quand leurs concitoyens manquent du minimum pour vivre.

Dans un tel climat de rupture de confiance et de priorités entre les élites politiques souvent corrompues et hors sol et le peuple, qui accepterait de prendre des balles le jour où leurs régimes seront menacés ? Qui se sacrifierait pour la pâle copie de révolutionnaires que sont devenus Mugabe, Dos Santos ou Museveni ? Qui donnerait sa vie pour préserver le régime Teodoro Obiang Nguema qui vient de hisser son fils au rang de vice-président ? Allons plus loin, tentons un banal exercice de casting chez les nouveaux leaders : Yahya Jammeh ? IBK ? Faure Gnassingbé ? Joseph Kabila ? Sérieusement, aucun qui déchainerait les foules…

La jeunesse ne s’identifie plus à son élite dirigeante. Elle la juge indigne de sa confiance et de son respect. Au mieux, elle la fustige régulièrement, au pire, elle ne lui accorde que mépris et désintérêt. En tout état de cause, elle a raison de ne pas envisager donner sa vie pour défendre des gens qui la lui nie au quotidien par une irresponsabilité consternante. 

Hamidou Anne

 

 

Trop noir pour être clean !

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La publicité ouvertement raciste d’une marque de lessive chinoise a récemment défrayé la chronique. On y voit un noir taché de peinture à qui une jeune chinoise met de la lessive dans la bouche avant de le plonger dans une machine à laver. Il en ressort « plus blanc que blanc », sous un phénotype… asiatique. 

Ce n’est pas nouveau qu’une publicité fasse ainsi preuve de racisme sans équivoque. Et ce ne sera sans doute pas non plus la dernière. Mais nous avons le devoir, voire l’obligation, de ne point nous habituer au phénomène. 

Le racisme est un mal de nos sociétés et le banaliser signifierait verser dans le renoncement, qui est vecteur de culpabilité. Au même titre que dans l’espace politique, médiatique, ou sportif, la publicité est encore, trop souvent, un véritable véhicule du racisme. Même si elle pense faire appel au rire, à l’humour ou à l’intelligence émotionnelle.. 

Cette histoire tumultueuse d’une partie de l’Europe avec la publicité raciste a fait l’objet d’un admirable article de la journaliste Séverine Kodjo-Grandvaux. Certains se rappellent des fameuses marques de javel ou de produit nettoyant qui basaient leur renommée sur leur capacité à « blanchir même un nègre. »

Personne n‘oublie non plus le fameux « Y’a bon Banania », symbole d’une ségrégation raciale et d’une atteinte à la dignité d’hommes armés et impliqués dans une guerre qui n’était pas la leur. Même le poète Senghor s’en était offusqué à travers un vers resté célèbre. Qu’à cela ne tienne. Jouant sur un imaginaire collectif vassalisé, le visage ridiculisé du tirailleur a accompagné les petits déjeuners de France et de Navarre tout au long du 20ème siècle, au mépris du simple respect dû aux mémoires des Tirailleurs sénégalais.

Il n’y pas ni plus, ni moins de racistes. 

Notre époque n’est pas ni moins, ni plus raciste que par le passé. La médiatisation rapide des phénomènes donne seulement une plus grande résonnance à  une situation qui se déroule en Chine, loin de nous. Et qui, paradoxalement, est dans le même temps témoin des temps qui changent. Puisque la Chine compte une diaspora de plus en plus active et visible en Afrique. 

Mais il y a des choses que notre époque ne pourrait, ne saurait accepter. Il y a des maux devant lesquels on ne doit s’habituer. Un racisme, même sous un manteau ludique, demeure une ignominie qu’il faut dénoncer et combattre de façon vigoureuse. 

Il faut certes laisser place dans nos vies à l’humour, à l’ironie et à la plaisanterie, parfois à la blague lourdingue, même sur des sujets polémiques. Mais sans, comme c’est le cas pour la marque Qiaobi, tomber dans le grotesque, la grossièreté et le mauvais goût. Nous devons nous fixer des limites fermes et résolues devant l’inacceptable, et dénoncer avec force les productions qui s’appuient sur les ressorts de la division et l’incitation à la haine entre les peuples. 

Le racisme anti-noir est aussi un mal asiatique.

Le racisme asiatique vis-à-vis des populations noires est souvent moins connu. Or, il est aussi prononcé que celui que l’on peut rencontrer en Europe ou dans d’autres régions du monde. 

Même si nous avons tendance à nous focaliser très souvent sur ces dernières. Le lynchage sur les réseaux sociaux subi par Ariana Miyamoto, du fait de sa couleur de peau à la suite de son élection comme miss Japon en 2015 prouve ce mal asiatique. On a nié à la jeune femme, née au Japon, son identité nippone du fait de son métissage. Mais le racisme anti-noir ou la xénophobie de façon plus générale qui sévissent en Asie, semble étrangement bénéficier d’une certaine tolérance, sous le prétexte de la méconnaissance ou de l’ignorance de l’Afrique qui séviraient dans cette partie du monde éloignée de nous. Faux. 

A l’heure de la généralisation de la télévision, des médias en général et de l’Internet quasi gratuit, aucune excuse ne tient, et rien ne justifie de dévisager sottement un individu dans la rue sous prétexte qu’on n’est pas familier de sa couleur de peau.

 

Hamidou Anne

 

 

Hissène Habré : dernier tour de piste d’un vieil autocrate

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Après six mois de procès, le verdict qui est tombé lundi 30 mai à Dakar est implacable : Hissène Habré est reconnu coupable de « crimes contre l’humanité », « crimes de guerre » et « viols » et a été condamné à la prison à vie.

L’ancien dictateur tchadien vient de subir le jugement d’un tribunal qu’il n’a jamais voulu reconnaître, assimilant les Chambres africaines extraordinaires (CAE) à une instance fabriquée par des impérialistes, ces « ennemis de l’Afrique » qui veulent sa peau.

Très tôt, Hissène Habré a choisi une défense de rupture. Devant des faits accablants, il a choisi de décrédibiliser la cour pour asseoir sa ligne de défense. En se faisantévacuer de la salle d’audience au début du procès aux cris d’« A bas les traîtres ! », « Allah Akbar ! », « Vive le Tchad ! », « Tribunal impérialiste et colonialiste ! », Habré a décidé de transformer son procès en une scène pour exécuter une sinistre farce. Celle-ci était de très mauvais goût face aux victimes de son règne (1982-1990).

Les éructations d’Habré à l’ouverture du procès représentaient les ultimes manifestations d’un homme qui se savait fini. C’était prémonitoire, Habré ne sort pas libre de son procès. Il finira ses jours dans les geôles sénégalaises.

Hissène Habré est un homme intelligent, un redoutable politique et un chef de guerre expérimenté. I n’est pas l’archétype du troufion arrivé au pouvoir par hasard et donnant l’image d’un comique, grossier et grotesque, en tenue d’apparat. Habré n’est pas le Guinéen Dadis Camara, ni le capitaine malien Sanogo.

C’est aussi un homme qui a su se construire une épaisseur sociale par des relais puissants dans son exil au Sénégal. Les confréries religieuses, les associations de jeunes et de femmes du quartier d’Ouakam où il vivait ont reçu beaucoup d’argent de sa part.

Hermétisme et « mépris insultant »

Mais le vieux lion de l’Union nationale pour l’indépendance et la révolution (UNIR) a aussi montré durant le procès sa redoutable maîtrise des rouages de la communication. D’abord par son indignation bruyante. Ensuite par son silence.

Lire aussi : Procès Habré : l’ex-président tchadien condamné à la prison à vie pour crimes contre l’humanité

Peut-être a-t-il beaucoup visionné les prestations d’une icône du barreau, Jacques Vergès ? La stratégie, limpide, est d’user du tribunal comme d’un plateau de télévision. Surtout que le procès était retransmis. Agile.

Mais les coups de théâtre successifs, la rengaine anti-impérialiste, les accusations de trahison et la volonté prêtée au tribunal de « rouler » pour les intérêts de l’Occident sonnent faux.

En vérité, Habré paie aujourd’hui des décennies d’une vie normale, loin de la confrontation avec les visages des milliers de victimes de la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS), cette redoutable Gestapo des tropiques.

La peur a changé de camp ! Les mots du bâtonnier de l’ordre des avocats sénégalais à l’ouverture du procès sont saisissants de justesse : « Les princes accusés de crimes de sang ne se sentent plus à l’aise que dans leur propre pays. »

Habré a joué, surjoué la victime, le martyr africain brimé par le méchant impérialiste occidental. Mais son scénario est devenu inefficace à force d’être ressassé à l’infini par d’autres avant lui. L’histoire retiendra qu’un dictateur sanguinaire, dont le vœu a toujours été d’échapper à un face-à-face avec ses accusateurs, vient d’être jugé et condamné. Justice est faite. Hissène Habré, à la barre du tribunal, s’est voulu Lumumba ou Sankara. Il ne sera hélas qu’un affligeant patriarche de 73 ans qui a décoché ses dernières salves guerrières face à une opinion internationale au mieux indifférente, au pire méprisante.

La défense de rupture d’Habré, refusant jusqu’à la confrontation avec les victimes, a même été scénarisée à travers sa tenue vestimentaire – turban et lunettes de soleil – qui le maintenait hermétique. Habré a été d’un « mépris insultant », selon les termes du juge burkinabé Gberdao Gustave Kam, face à la douleur et aux larmes des victimes survivantes et face à la mémoire de celles qui ont perdu la vie suite aux sinistres méthodes de la DDS.

En énonçant le verdict condamnant à perpétuité Hissène Habré, le juge Kam a fait tomber le rideau sur le dernier tour de piste d’un vieil autocrate.


Hamidou Anne

Museveni, l’automne d’un patriarche africain.

MuseveniIl y a deux ans, je rencontrai Richard, jeune ambassadeur d’Ouganda en Egypte. Exubérant et très sympathique, Richard adorait parler politique. Au détour d’une conversation, je lui demande combien d’années Museveni avait passé au pouvoir. Réponse implacable et sans fard de Richard : « only 28 years ».

La réponse, surprenante pour moi, était en fait une banale conviction au sein de l’appareil d’Etat au service de Museveni. Le président ougandais, âgé aujourd’hui de 71 ans, vient de prolonger pour la cinquième fois son éternel bail avec le peuple. 60% de suffrages favorables. Un principal opposant arrêté avant même la proclamation des résultats. Une nouvelle idylle entre un peuple et un homme. Voilà le bilan d’un éternel recommencement depuis 30 ans en Ouganda.

Les sempiternelles « observations »… des observateurs internationaux sur la sincérité du scrutin resteront anecdotiques. De toutes les façons, d’une victoire de Museveni, on ne s’émeut plus en Afrique. Le suspens était : avec quel score.  

La jeunesse ougandaise, dont une écrasante majorité n’a connu qu’un président, n’avait pas l’espoir du changement. Dans ce type de démocratie, le système est organisé pour assurer la victoire d’un homme. Abdoulaye Wade, vieux fauve politique sénégalais, disait qu’en Afrique, on n’organise pas des élections pour les perdre, surtout quand on a à disposition l’argent et l’armée.

Qu’est ce qui fait encore courir Museveni ?

Yoweri Museveni est un ancien guérillero, un homme du « bush » qui a fait ses classes au sein du Frelimo mozambicain. De la Tanzanie voisine, il a lancé l’assaut libérant son pays des sanguinaires dictatures d’Idy Amine Dada puis de Milton Oboté. L’homme a indéniablement fait passer son pays un cap économique remarquable et en a fait un acteur de poids sur la scène diplomatique africaine.

Mais qu’est ce qui fait encore courir le « père » de Kampala ? Un nom gravé dans l’histoire ? L’argent, la gloire, les honneurs ? Mourir au pouvoir pour échapper au jugement implacable du temps et la descente aux enfers de son vivant ? Que cherche t-il dans cet interminable flirt de 30 ans aux multiples feuilletons ? Comme tous les amours incontrôlés conçus dans l’ivresse romantique du maquis, celui de Museveni en devient tyrannique ; il se terminera par un drame. De quel nature ? Je ne sais pas.

Museveni et l’Ouganda : un amour sans fin.

Museveni et sa « bananeraie », l’Ouganda, c’est un mariage de cœur et de déraison, avec toute la tragédie que peuvent nourrir ces formes de liaisons dangereuses et redondantes.

De manière plus globale, le cas Museveni illustre le rapport particulier que les « Pères » ont avec la nation qu’ils ont vu naître au bout d’une lutte armée, souvent féroce. Comme Mugabe au Zimbabawe ou Dos Santos en Angola, Museveni a le sentiment que son pays lui appartient. La guerre de libération est un facteur qui légitime, chez eux, un rapport paternaliste avec leurs pays. Ils ne voient jamais les populations comme des concitoyens dont ils doivent se soumettre aux volontés, mais comme des « fils » sur lesquels une autorité quasi parentale, enrobée dans un vernis institutionnel, s’exerce continuellement.

Ces vieux « camarades » ne peuvent pas passer la main dans la gestion de pays qu’ils ont pendant des décennies façonnés, souvent à leur image. Ils en connaissent tous les coins et en devinent les moindres contorsions, les plus petites gesticulations. On ne peut nier l’amour d’antan des « Pères » pour des pays pour lesquels ils ont risqué leur vie face, soit à des armées coloniales aux méthodes cruelles, soit à de sanglantes dictatures, comme ce fut le cas en Ouganda. Mais cet amour débouche sur une sorte de culte de la personnalité et d’une confusion entre les intérêts personnels et ceux d’un peuple qui a grandi, qui a changé, et qui mérite de ce point de vue un changement de gouvernail.

Les « Pères » ont raté un virage important et ont manqué de lucidité sur leurs peuples. Ils continuent à les regarder avec des yeux d’hier. Aux premières heures de l’indépendance, ils étaient des héros, des libérateurs de peuples bâillonnés. Des décennies plus tard, ils sont devenus des autocrates et s’imposent le drame du déclassement personnel. Leur renonciation aux idéaux du passé en fait des vieux aigris, courant derrière un faste que, ni notre génération, ni notre époque ne peuvent leur offrir. Les « pères » s’appuient sur le plus confortable et le plus fiable socle : celui de la famille et de la cour. Le gaucho Museveni qui voulait émanciper son peuple des horreurs de la dictature sombre dorénavant dans un exercice solitaire du pouvoir avec, comme seul allié sa famille. Finalement « ex révolutionnaire » est sans doute l’un des pires qualificatifs adressés à un homme politique. Car si Museveni a obtenu le droit de gouverner l’Ouganda pour encore 5 ans, il annihile la justesse de son combat passé.

Mais après tout, comme dirait simplement mon ami Richard entre deux blagues douteuses : « only 5 more years » …

 Hamidou Anne

 

Le Burundi est aux portes de l’horreur

burundiAu Burundi, nous sommes en train de voir se développer les germes d’un danger imminent, sans grande réaction autre que symbolique. L’entêtement de Pierre Nkurunziza à obtenir un 3ème mandat malgré une grande opposition d’une partie de son peuple a déjà coûté au pays un bilan macabre. Selon le Haut-commissariat aux droits de l’homme de l’ONU, 134 morts, des centaines d’arrestations et plusieurs milliers de déplacés ont été enregistrés.

Des cadavres de personnes tuées à bout portant, souvent avec des traces de torture, jonchés dans les rues de Bujumbura semblent devenir un spectacle quotidien dans le pays. Il se passe au Burundi quelque chose d’effroyable et qui peut bientôt virer au drame pour l’humanité à l’instar de cette balafre sur le corps de l’Afrique qu’est le génocide rwandais.

Il y a 20 ans, par un silence coupable, le monde a regardé une horreur insoutenable se perpétrer au Rwanda, alors petit pays niché au cœur de l’Afrique profonde, sans ressource. Donc peu digne d’intérêt. Parti d’une contestation politique sur fond de divergence d’interprétation de la constitution entre un président têtu et une opposition soucieuse d’exprimer de façon vive son avis dans la rue, on est aujourd’hui en face d’un vrai risque de basculement dans la guerre civile.

La répression du pouvoir burundais est atroce. Pierre Nkurunziza n’a jamais montré une réelle envie de trouver une issue pacifique à la crise qui secoue son pays depuis plusieurs mois. Au contraire, son attitude désinvolte a convaincu  les plus optimistes qu’il n’a guère l’étoffe du leader à la hauteur de la situation du pays.

Mais ce qu’il a en face de lui n’est plus seulement une jeunesse qui se dresse pour recouvrer une souveraineté démocratique usurpée par un homme et un clan. Mais une véritable résistance armée, organisée et prête à en découdre.

Une rébellion sur fond de division dans l’armée ?

La disparition dans la nature du général Godefroid Niyombare, auteur du coup d’Etat manqué contre Nkurunziza et le degré de professionnalisme par lequel certains proches du président burundais on été tués laissent croire à une pareille éventualité. Le Burundi est aux portes de l’enfer de la guerre civile. Aux exactions du pouvoir succèdent ceux du camp d’en face. Les deux parties rivalisent dans la création des conditions d’un équilibre dans la terreur.

A l’assassinat, le 2 août, du général Adolphe Nshimirimana, très proche de Nkurunziza, est venu répondre celui du colonel Jean Bikomagu ancienne figure de l’armée. Depuis, l’escalade est de mise. Des dirigeants de partis d’opposition ont été tués. Le défenseur des droits de l’homme Pierre-Claver Mbonimpa ainsi que Prime Niyongabo, chef d’Etat major de l’armée burundaise, ont tous les deux échappé de justesse à des attentats. Le pays est en passe de basculer dans une violence généralisée sur fond de soupçon de déstabilisation du voisin rwandais.

Où va le Burundi ?

Jusqu’à quelle profondeur le pays s’enfoncera dans la violence ? Aucun scénario de sortie de crise ne se dessine. Pierre Nkurunziza a mis l’Afrique et le monde devant le fait accompli avec sa réélection contestée en juillet dernier.

Le camp du pouvoir refuse d’entamer le moindre dialogue avec ceux qu’il qualifie d’ « insurgés ». Et l’opposition armée n’est plus dans une logique défensive, mais attaque les positions du pouvoir. Elle est même visiblement dans une stratégie d’isolement de Pierre Nkurunziza à travers l’élimination d’éminents membres de sa garde rapprochée.

Quel est son but final ? Eliminer physiquement Nkurunziza et prendre le pouvoir à Bujumbura ? Ce scénario rappelle douloureusement celui de 1993 quand l’assassinat du président hutu Melchior Ndadaye avait lancé une guerre civile dans le pays avec à la clé 10 ans de conflit et 300 000 morts.

Les Nations Unies ne semblent pas prendre la pleine mesure du risque qui pèse sur ce petit pays pauvre. L’Union Africaine ainsi que les instances sous-régionales, quant à elles, malgré quelques déclarations de principe, peinent à imposer le dialogue à des acteurs dont la frénésie guerrière semble sans limite.

Or, le monde ne doit pas détourner son regard du Burundi. Nous ne devons pas nous lasser des morts quotidiennes qui reçoivent hélas, à terme, le triste sort d’une banale statistique. Le souvenir du Rwanda doit rester vif dans nos esprits. Le Burundi est un cas sérieux qui mérite qu’on s’y penche avant que l’irréparable ne s’y produise.

Hamidou Anne

 

Des morts, des larmes, du sang et…leurs ricanements.

attentats Bataclan A mon ami Amadou Thimbo, rescapé de la prise d'otages de Bamako. 

Une indécence, sœur de la banalisation de l’horreur gagne une partie de l’opinion publique africaine suite au drame de Paris. Il y a un héritage colonial dont les derniers complexes demeurent à solder. Il y a une histoire douloureuse entre la France et ses anciennes colonies, à laquelle les morts de vendredi soir n’échappent pas. Or, ces jeunes gens, tombés sous les balles de fous, méritent le simple respect dû aux victimes innocentes de la barbarie.

Face à la condamnation générale des chefs d’Etat africains, se dresse comme une hideuse plaie la réaction d’une grande partie de l’opinion publique. Au pire, elle approuve le carnage de Paris, au mieux, tente un curieux exercice de comparaison avec d’autres victimes ailleurs pour justifier un ricanement gênant et outrancier. 

Après l’affaire Charlie Hebdo, internet était devenu le déversoir de la crasse bêtise. Certains jubilaient sur les cadavres fumants des « blasphémateurs », d’autres éructaient encore et toujours au « deux poids, deux mesures. » Pourquoi s’indigner ici et non là ? Comme si les morts pouvaient être hiérarchisés. Les mêmes, cloitrés dans l’indécence, comprennent, tolèrent, presque justifient le sang versé. Ils invoquent les morts « non pleurés » de la Palestine, du Nigéria, du Cameroun…

Bientôt leur indignation sélective les poussera à se demander pourquoi le sort des morts du Bataclan passerait-il devant celui des hypothétiques habitants de Mars. Ont-ils pleuré avec les Ukrainiens, Tchétchènes, Sud Soudanais, Erythréens ? Non ! La France est coupable d’être cette grande sœur dont on n’a jamais accepté le pâle et lointain reflet. Rengaine anti-coloniale.

Inutile de convoquer l’humain. Sa sacralité. Finalement sa fragilité en ces moments troubles. Il est dramatique de voir que c’est en Afrique, terre d’une négation pluriséculaire de l’humain qu’une partie de la jeunesse par inculture, désespoir ou coquetterie intellectuelle en arrive à accorder sa bénédiction à l’inhumain et à tolérer la barbarie.

Devant leur gênant ricanement face à l’horreur, il est si nécessaire pourtant de rappeler que nous assistons à un basculement du monde qui pose un pari de civilisation. La preuve : après Paris, des criminels ont tapé en Afrique cette fois. Le Mali paye à nouveau un lourd tribut dans cette guerre impitoyable que mènent ces forces du mal contre nos valeurs. Nul ne sera épargné.

Bamako, Tunis, Beyrouth, Paris, Garissa, Baga sont aujourd’hui des lieux-mémoire d’un monde profané par des individus qui n’ont que la mort à vendre. Ce 13 novembre, derrière le visage tuméfié d’une ville, Paris, c’est des familles qui ont été séparées d’un fils, d’une nièce, d’un ami… Ce sont des vies qui ont été arrachées à l’affection de leurs proches. Qu’on haïsse la France et sa politique africaine pourquoi pas, mais qu’on perde jusqu’à l’humanité de respecter les morts est inconcevable.

Personne ne sera épargné par cette guerre d’un genre nouveau, avec un ennemi aussi insaisissable que déterminé, aussi macabre que sophistiqué. Après Paris, Kano, Bamako, qui figure encore sur leur liste macabre ? Aucune citadelle ne sera dorénavant un rempart suffisant face à l’avancée inexorable de l’Etat islamique. Nous nous devons donc de pleurer les morts de Paris pour demain ne pas être seuls quand nous pleurerons les nôtres.

Devoir de solidarité. Nous sommes en guerre contre un ennemi dont la motivation est de distiller la haine. Notre capacité de résistance face à ces hordes de criminels est interrogée. Ils ont des armes et nous [que] des valeurs…

Hamidou Anne 

Que veulent dire les réélections d’Alpha Condé et d’Alassane Ouattara ?

alpha_conde_et_alassane_ouattara1Si, de Bouteflika à Robert Mugabe, on ne fait pas fi depuis quelques années du débat sur l’âge des chefs d’Etat africains, les jeunes de Guinée et de Côte d’Ivoire, pourtant soucieux de leur avenir, ont voté pour des personnalités représentant sensiblement le passé. Ces victoires de septuagénaires rompus à la bataille politique sont emblématiques d’une difficulté récurrente au sein des oppositions africaines.

Pourquoi les jeunesses guinéenne et ivoirienne ont-elles accordées leur confiance aux anciens Condé et Ouattara ? Ils ne sont sans doute pas nombreux, ceux qui, parmi eux se souviennent de l’Alpha Condé, opposant teigneux et bouillant, familier des geôles de Lassana Conté. Tout comme rares sont ceux qui trépignent encore au souvenir de l’appel au secours du « vieux » Houphouët Boigny au brillant technocrate Alassane Ouattara pour sauver la Côte d’Ivoire de la crise économique, en 1990.

A Conakry comme à Abidjan, le « Un coup Ko » a rendu groggy une opposition aussi dispersée que disparate, aussi désorganisée qu’incohérente

En Afrique, les oppositions n’ont souvent que pour seule ambition de remplacer le président sortant. On cherche le consensus contre un homme, oubliant l’édification d’une véritable alternative politique et d’un projet de société crédible.

Alors que, contrairement à ce que semble penser une partie de l’élite politique, les électeurs ne sont guères des aventuriers incapables de choix de raison face à l’impérieuse question du destin de leur pays. Nos opinions publiques ont foncièrement mûri et les électeurs sont dans l’attente d’une meilleure gouvernance, qui prennent en considération leurs préoccupations, notamment les plus élémentaires et impactent positivement leurs conditions de vie.

Malgré la plume de Thierno Monénembo qui reproche à l’opposition guinéenne d’être « trop légaliste, trop démocrate », la réélection de Condé tout comme celle de Ouattara suivent une logique claire : ils ont, mieux que la « jeune garde » de l’opposition, réussi à donner espoir à travers des réalisations et à forger l’assurance de lendemains meilleurs. Tiendront-ils parole ?

Et devant une cinglante défaite, leurs oppositions ont, soit refusé de combattre, soit invoqué, une énième fois, la fraude devenue un point Godwin, déjà vu !

Du défi de transformer les promesses en actes

Le défi de cette classe politique finissante est de préparer le passage du témoin à une nouvelle génération, et de ne pas s’inscrire dans une tentative, qui sera vaine, de s’agripper au pouvoir. Un vent de renouveau souffle en Afrique et le continent se place lentement mais sûrement au cœur des problématiques mondiales. Le point noir de la carte du monde, jadis océan de misère, compte dorénavant comme une opportunité économique.

Mais je demeure convaincu que cette belle promesse africaine restera vaine si nous n’arrivons pas à construire des modèles démocratiques solides et à la hauteur des défis qui nous interpellent.

C’est là le grand défi de notre génération de « smarts » (l’expression est du caustique ancien premier ministre du Québec, Jacques Parizeau) : au delà du gazouillis des réseaux sociaux et des objets connectés, il devient en effet urgent de transformer enfin cette énergie et cet élan en un engagement concret pour la démocratie et le progrès social.

L’Afrique a besoin que sa nouvelle élite quitte sa zone de confort technocratique pour s’engager à prendre le pouvoir, et à gouverner. Car la révolution transformatrice, celle qui charriera une Afrique nouvelle, ne sera pas twettée. Elle est à fabriquer et imposer. Il faut que la jeunesse intègre cette réalité.

Hamidou Anne