Les nouveaux agriculteurs : Anturia Mihidjai, la femme qui change la vision de l’agriculture aux Comores

nutrizone-agriculture-anturiamL’agriculture est, avec la pêche, le pilier de l’économie dans l’archipel des Comores. Mais elle est de loin la plus plébiscitée. La société lui préfère les emplois de bureau, les hauts postes politiques, et les fonctions culturelles, plus prestigieux en surface que les métiers de la terre. Pourtant, la donne est en train de changer. Entretien avec Anturia Mihidjai, fondatrice de Nutrizone Foods, qui instaure le changement avec une démarche innovante : valoriser les ressources alimentaires locales.  

Pouvez-vous nous présenter Nutrizone Foods ?

J’ai créé Nutrizone Foods vers fin 2014, dans le but de valoriser les produits alimentaires locaux et d’encourager leur consommation par la population a travers la transformation agroalimentaire.

Comment vous est venue l’idée d’entreprendre ?

L’idée de créer une entreprise m’a habitée depuis mes études universitaires au Kenya. L’environnement entrepreneurial Kenyan m’a vraiment impressionné par son dynamisme. J’ai su, durant mes études, que l’entrepreneuriat était ce que je voulais. De  retour au pays en 2012, je me suis dit que l’agriculture était mon domaine : elle me permettait de commencer avec un capital minimal. Je suis partie avec un avantage non négligeable : celui d’être issue d’une famille d’agriculteurs.

Quelles difficultés avez-vous surmonté pour réaliser ce projet ?

Je n’avais pas fait d’études commerciales : je suis infirmière et prothésiste dentaire. Cela a occasionné quelques doutes. D’autre part, il me fallait convaincre ma famille, ce qui n’était pas simple : culturellement, l’agriculture est vue comme un métier dégradant, « sale », aux Comores. Il était impensable qu’ayant fait mes études à l’université, je décide de m’investir dans une telle activité. Mais à présent, mon entourage l’accepte.

L’autre difficulté est liée à la pénétration du marché, l’environnement entrepreneurial aux Compres étant un peu plus compliqué qu’ailleurs pour un concept nouveau comme le mien. Ce n’est qu’après avoir présenté le projet devant un concours entrepreneurial national en 2013, au cours duquel j’ai été sélectionnée, que j’ai compris que je pouvais bien faire quelque chose.  J’ai commencé a m’impliquer, et à chercher des opportunités de formation.

agriculture-nutrizone
Farine de sagou, par Nutrizone Foods.

Et l’environnement entrepreneurial du continent africain, était-il plus favorable ?  

En 2014, j’ai été selectionnée par le Programme Young African Leaders Initiative (YALI) grâce auquel j’ai beneficié de ma toute première formation en entrepreneuriat et affaires a la Clark Atlanta University. J’avais toute la motivation dont j’avais besoin, et tout mon temps aussi : les six semaines durant lesquelles je m’étais absentée de mon travail d’infirmière de pharmacie pour suivre la formation du YALI m’ont valu la perte de mon emploi ! Je n’avais donc qu’un seul choix : exploiter ma motivation et les 150 euros que j’avais avec moi.

Aujourd'hui, l'agriculture est encore vue comme un métier de "paysan", donc forcément dégradant, peut-être à cause des relations féodales qu'entretenaient les grandes cités avec leurs serfs, à qui était réservée l'activité agricole…

Avant, j'avais la même vision que celle que notre culture entretient envers l’agriculture et la pêche. A l’école, j’avais honte de dire que ma mère payait mes frais de scolarité en produisant et en vendant des tomates et des feuilles de feleke*. Ce projet, c’est un hommage à mes parents et à leur noble métier.

 Je me rendais dans les champs de ma famille, je cueillais les sagous*,  les cassais et les séchais. Puis je payais pour le broyage et j’emballais ma farine dans des sachets à fermeture zip que je me suis procurés durant mon séjour aux Etats Unis.

 Je distribuais gratuitement les échantillons a des amis en échange de leur avis sur la manière dont je pourrais améliorer le produit. Apres plusieurs essais, j’ai fini par y arriver. L’étape la plus difficile fut ensuite de convaincre les supermarchés et autres distributeurs d’accepter de proposer ma farine dans leurs rayons. Le sagou est un produit qui d’habitude ne se vend qu’au marche local et non en rayons, et j’avais de bien faibles compétences en vente. Le premier magasin à accepter mes produits fut le supermarché Mag Market.

Les plus grands soutiens que j'ai eu, ont été mes coachs et mentors, et un financement de la fondation Tony Elumelu.

agriculture-sagou-nutrizone
Le sagou n'est vendu que sur le marché; local. Le commercialiser (ici, sachet de sagou précuit) contribue à changer la vision d'un métier essentiel.

Comment avez-vous fait face aux barrières culturelles ?

Ce qui m'a aidé à continuer, c’est d’abord l’envie de me prouver à moi-même que je suis capable de changer les choses, notamment dans un contexte où la plupart des jeunes sont convaincus que pour réussir dans la vie, il faut soit vivre à l'extérieur, soit s’impliquer dans la politique et les nombreux travers dont elle souffre.

Ayant vécu au Kenya, j'ai été contaminée, si l’on peut dire, par cette niaque entrepreneuriale. Je ne suis pas près d'accepter que ce projet échoue alors que chez mes amis, dans d'autres pays, ce concept fonctionne.

* Le feleke (ou bredy mafana à Madagascar) est une plante dont les feuilles sont appréciées pour leur goût proche de la menthe, et utilisées en sauce. 

** Le sagou est une fécule du sagoutier, probablement un lointain cousin du palmier, connue pour ses qualités nutritives. 

Kapital Plus Plus : Pionnier du crowdfunding à Madagascar

Kapital Plus Plus, plateforme de crowdfunding à Madagascar, met en relation les porteurs de projets malgaches avec des investisseurs malgaches ou étrangers.

 

Le crowdfunding est un marché très prometteur en matière de chiffres d’affaires d’autant plus qu’il représente une alternative innovante aux sources de financements classiques. Une étude menée récemment pour la Banque Mondiale concernant le marché du crowdfunding des pays émergents avait abouti à un potentiel de 95 milliards de dollars sur les 10 prochaines années. C’est ainsi que le lancement de la plateforme de crowdfunding Kapital Plus-Plus à Madagascar constitue certainement une offre pour les porteurs de projets malgaches de réaliser leurs projets et pour les investisseurs de devenir actionnaires dans ces projets.

Les porteurs de projets malgaches peuvent soumettre leur projet pour une étude complète avant de la publier sur la plateforme si les résultats sont concluants. La plateforme de crowdfunding Kapital Plus Plus contribuera à faciliter les ouvertures d’investissements ainsi que des accès aux offres bancaires et des institutions de microfinances à Madagascar. Une fois le projet présenté en ligne, les investisseurs choisissent individuellement les projets sur lesquels ils veulent contribuer, en fonction des informations quantitatives et qualitatives disponibles en ligne. Ils décident également du nombre de tickets d’entrée qu’ils veulent prendre. Une fois la collecte complétée, le fonds est décaissé et la réalisation du projet débute. La rémunération proposée aux investisseurs sera disponible dès que l’entreprise née du projet commence à obtenir des bénéfices sur le marché prévu. Lorsque les fonds sont mis en place, Kapital Plus Plus se charge de suivre l’utilisation des fonds suivant l’ordre du jour dans la réalisation du projet.

Pour tous types de projets économiques à Madagascar, la plateforme de crowdfunding Kapital Plus Plus propose à la fois une source de financement pour les porteurs de projet malgaches et en contrepartie un produit d’épargne performant pour les investisseurs malgaches et étrangers. L'objectif est également de créer un réseau dynamique où porteurs de projets  et investisseurs mutualisent leurs fonds mais également leurs expertises et savoir-faire pour favoriser le développement du tissu économique malgache. Le taux de bancarisation étant très faible à Madagascar, Kapital Plus Plus s’est adossé à des établissements bancaires et de microfinances pour assurer les métiers de LAB, KYC. Un système innovant a été mis en place afin de lutter contre le détournement de fonds avant et après la réalisation de chaque projet.

 

N’hésitez pas à contacter les équipes de Kapital Plus Plus à contact@kapitalplusplus.com  ou sur https://www.facebook.com/kapitalplusplus/

Iroko project : pionnier du crowdlending en Afrique de l’ouest

untitlediroko project est la première plateforme de financement participatif en dette rémunérée (crowdlending) en Afrique de l’ouest. L'objectif est de permettre aux particuliers de prêter directement leur épargne à des PME en Afrique de l'ouest, pour une durée et à un taux d'intérêt fixés à l'avance. 

Présentation du projet

Ce projet a été crée par deux anciens étudiants d’HEC Paris (diplômés en juin 2016) et passionnés par les dynamiques et les enjeux qui traversent le continent africain, et notamment l’Afrique de l’ouest. Leur travail est parti d’un triple constat : dans les décennies à venir, la création de millions d’emplois représente le défi majeur de cette région, or ce sont les PME qui sont les principaux leviers de la création d’emplois. Cependant, ces entreprises manquent souvent du financement nécessaire à leur développement, c’est le fameux « missing middle » ou « chainon manquant » du financement.

Depuis septembre 2015, ils ont travaillé sur l’opportunité du financement participatif pour les PME de la zone et ont notamment réalisé une étude de faisabilité, en avril-mai 2016, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Cette étude a été l’occasion de nouer différents partenariats, notamment avec le Groupe Cofina et Lendopolis (du groupe KissKissBankBank)[1].

L'objectif était triple : développer un modèle légal opérationnel dans le cadre juridique ouest-africain (qui ne possède pas encore de régulation propre au crowdlending), tester l’intérêt des PME et des prêteurs pour le service et nouer des partenariats stratégiques avec des institutions locales. Ils ont ensuite soutenu et publié leur rapport (qui est disponible sur leur site) et sont revenus en octobre pour démarrer l’activité. L’objectif de la phase pilote (octobre-mars) est de réaliser les trois premiers crédits, d’environ 30 millions FCFA chacun.

La première collecte débutera après la présentation du premier projet, lors de l'événement de lancement le 15 novembre à Dakar. Dans ce contexte, ils ont également rejoint l’incubateur du Groupe Cofina à Dakar.

Fonctionnement et modèle économique

Le pivot de leur modèle est leur partenariat avec des agences d’accompagnement de PME, comme le Bureau de Mise à Niveau ou l’ADEPME au Sénégal. L’intégralité des PME financées sur leur plateforme sont en effet suivies par ces agences depuis au minimum un an. Celles-ci  fournissent une information quantitative et qualitative sur les entreprises qu’elles accompagnement et agissent comme des tiers de confiance. Les dossiers transmis par ces agences sont ensuite étudiés par les équipes d'iroko project et, pour ceux retenus, présentés à la communauté de prêteurs. Les besoins des projets financés sur la plateforme varient entre 10 et 100 millions de FCFA. Si les besoins sont plus conséquents, ils peuvent également arriver en complément d’un crédit bancaire traditionnel.

Une fois le projet présenté en ligne, les prêteurs choisissent individuellement s’ils veulent y contribuer, en fonction des informations quantitatives et qualitatives disponibles sur l’entreprise et son équipe. Ils décident également du montant qu’ils souhaitent prêter : entre 100 000 FCFA et 2 millions FCFA. Lors de cette phase, les prêteurs ont la possibilité de communiquer avec le dirigeant de la PME et de questionner son activité. Egalement, sont mis en avant des données sur les impacts sociaux et environnementaux attendus suite à la mise en place du crédit : nombre d’emplois créés, réduction de l’usage d’énergies fossiles, impact sur la production locale, etc.

Une fois la collecte complétée, le crédit est décaissé et les remboursements débutent. La rémunération proposée aux prêteurs est égale au taux d’intérêt du crédit et se situe entre 9 et 14% par an.

Le service propose donc une source complémentaire de financement pour les PME et un produit d’épargne performant et accessible pour les particuliers.

Une fois les crédits mis en place, les équipes d'iroko project se chargent de suivre les remboursements et de réaliser d’éventuels recouvrements, en partenariat avec les agences d’accompagnement. En ce qui concerne le risque de défaut, il est, en dernier recours, porté par les prêteurs, qui sont donc rémunérés pour le risque qu’ils prennent.

Le modèle économique repose sur une commission prélevée à la mise en place du crédit, supportée par la PME et qui s’élève à 4,5% du montant du crédit.

Pour les prêteurs, le service est gratuit et rejoindre la communauté de prêteurs est simple : iroko project est ouvert à tous les résidents possédant un compte bancaire en FCFA. Les seules pièces démandés sont un document d’identité valide et un RIB.

Conclusion

L'objectif est de créer un réseau dynamique où prêteurs et emprunteurs mutualisent leurs fonds mais également leurs expertises et savoir-faire pour favoriser le développement du tissu économique ouest-africain.

L'équipe a conscience que leur service s’adresse encore à une partie privilégiée de la population ouest-africaine, bancarisée et possédant une capacité d’épargne importante. Développer des canaux de paiement innovants et populaires, comme le mobile money, est une de leurs priorités. Néanmoins, ces solutions restent encore trop onéreuses et difficilement supportables pour les parties en présence (la PME, les prêteurs ou iroko project).

Enfin, l'équipe souhaite que leur initiative permette de favoriser la mise en place d’une régulation propre au financement participatif dans la région. C’est pourquoi ils sont en discussion avec les autorités du Sénégal et de la zone UEMOA pour accompagner la réflexion dans ce sens.

 

Le lancement officiel du projet est prévu pour le 15 novembre 2016, à Dakar. N’hésitez pas à contacter les équipes d’iroko project à contact@iroko-project ou sur Facebook et Twitter


[1]  L’un des leaders du crowdlending en France

 

 

 

 

 

Redéfinir « l’innovation » dans la technologie médicale en Afrique

L'innovation – le mot à la mode peut-être le plus utilisé dans le monde du développement international – se présente de plusieurs façons mais, dans la plupart des cas, il fait référence à une variante d'une nouvelle technologie. Il peut s'agir d'une lanterne alimentée par la puissance solaire, d'un dispositif portable de filtration d'eau ou d'un test de diagnostic en temps réel. Il est cependant rare que l'innovation se concentre sur des systèmes nécessaires à la durabilité et à l'efficacité de ces technologies. Autrement dit, l'innovation porte trop souvent sur le produit et non sur le process

Pour les futurs entrepreneurs sociaux étudiant des sujets tels que la science, la technologie, l'ingénierie et les mathématiques, il est tentant de se concentrer sur l'innovation au sens traditionnel et orienté sur le produit, particulièrement en Afrique. Après tout, dans un continent confronté à des défis sociaux, économiques et environnementaux, des technologies innombrables pourraient avoir un impact immédiat et de grande portée. Par conséquent, pourquoi ne pas mettre ses talents à l'œuvre pour concevoir et développer de nouveaux produits ?

« Parce qu'il est moins important d'avoir une nouvelle technologie qu'une technologie qui fonctionne », affirme Francis Kossi, un entrepreneur social et ingénieur biomédical togolais, qui s'est lancé dans la redéfinition du terme « innovation » en Afrique de l'Ouest. « Ce dont nous avons besoin, ce sont des systèmes de distribution et de réparation des produits dont nous disposons ».

Il se trouve qu'en Afrique, pratiquement 8 dispositifs médicaux sur 10 sont en panne et hors d'usage – la plus grande partie étant des dons ou des appareils d'occasion. Il en résulte que les équipements existants ne sont d'aucune utilité pour les patients auxquels ils sont destinés – non pas en raison de quelque limitation technologique, mais simplement parce qu'il n'y a pas de pièce de rechange ou qu'ils nécessitent un simple réglage qui les rendraient fonctionnels. Comme l'affirme Kossi, « les gens en Afrique ne pensent pas à des choses comme l'entretien, et de nombreuses vies sont perdues à cause de cela ».

 

Kossi est un type d'entrepreneur rare. Issu d'une grande famille modeste de 10 enfants, à l’extérieur de la ville de Lomé au Togo, il étudie la physique et les maths jusqu'à ce que des envies de théâtre en Europe le démangent. Mais il change de trajectoire après quelques années.

Une opportunité se présente pour étudier en Europe et poursuivre son éducation scientifique et technique, et il laisse expirer son visa – se retrouvant temporairement dans un camp de réfugiés belge.

 

Un champ d'équipements médicaux en panne au Malawi

Il se fraye toutefois un chemin vers une école d'ingénierie où il est le seul Africain. C'est alors qu'il découvre une nouvelle voie : ramener son acuité technique en Afrique de l'Ouest et transformer les vies au moyen de la technologie – mais non pas dans le sens conventionnel.

Revenant à Lomé, avec un petit conteneur d'outils et de matériels, Kossi démarre Homintec, une entreprise de services en génie biomédical (GBM), avec pour mission l'amélioration des soins de santé dans la région en assurant le fonctionnement continu de l'équipement des hôpitaux. Tout comme les dispositifs médicaux fonctionnels, les entreprises de service GBM sont, en Afrique de l'Ouest, rares et éloignées. La plupart des hôpitaux font part de leurs difficultés à trouver des techniciens biomédicaux ou des ingénieurs d'entretien, ce qui a des conséquences graves sur leur capacité à fournir des services de santé de qualité.

« Nous souhaitons que nos médecins et infirmiers puissent fournir des soins de qualité – afin que les enfants soient traités et que les femmes accouchent en sécurité – mais que peuvent-ils faire lorsqu'une pièce manque sur un appareil et qu'ils ne savent pas qui est le fabricant ? Remarques de Kossi. « Comment peut-on espérer qu'un appareil nous aide à traiter des os cassés si nous ne pouvons pas traiter l'appareil cassé ? »

Ces questions motivant son travail, Kossi déménage Homintec au Bénin voisin en 2013, où l'économie est plus stable mais où les cimetières d'équipements médicaux hors d'usage s'accumulent dans les salles des hôpitaux et les espaces aux alentours. C'est devant ce décor qu'Homintec commence à progresser, autant sur le plan commercial que sur le plan social. En l'espace de quelques années seulement, la société passe de cinq à trente employés, et signe des contrats avec des dizaines d'hôpitaux en Afrique de l'Ouest, la plupart d'entre eux desservant les communautés les plus vulnérables de la région. Les intervenants en matière de santé commencent rapidement à s'appuyer sur Homintec pour son support d'équipements, avec ses techniciens devenus des experts fiables dans la technologie allant des machines d'anesthésie aux équipements de diagnostic et aux appareils de radiologie.

Kossi posant dans une salle d’opération à Cotonou, Bénin

Homintec est désormais une société multinationale, bien établie dans le processus d'ouverture d'une école de formations spécialisées en GBM, travail du bois, mécanique, électromécanique, ingénierie et automatisation, et apportant son réseau, son expertise et sa vision à l'avènement de la nouvelle génération d'ingénieurs biomédicaux en Afrique de l'Ouest. Kossi croit que « Peu de choses contribuent plus au développement social et économique qu'une population que des professionnels hautement qualifiés, particulièrement dans une spécialité telle que le GBM ». « Et nous avons un rôle important à jouer dans cet effort ».

Pour un entrepreneur social comme Francis Kossi, la technologie est toujours reine, mais l'innovation réside dans les petites choses de l'écosystème qui entourent cette technologie. En créant une équipe de techniciens d'entretien des équipements médicaux, Homintec garantit le fonctionnement fiable de ces équipements, de façon à ce que les docteurs et infirmiers puissent se concentrer sur les soins de santé et maintenir leurs patients en bonne santé, au lieu de se soucier des machines en pannes qu'ils ne savent pas réparer. Le résultat est une nouvelle approche avec pour objectif d'assurer le fonctionnement correct des équipements médicaux et, dans ce cas, une nouvelle définition de « l'innovation ».

 

Par Adam Lewis, Gradian Health Systems®

Gradian Health Systems est une société d'appareils médicaux à but non lucratif qui équipe les hôpitaux à ressources limitées pour l'administration d'une chirurgie sûre. Gradian fournit l'équipement approprié, la formation clinique et technique et un service continu à la clientèle afin de garantir que les hôpitaux des pays en développement puissent dispenser des soins chirurgicaux et anesthésiques de haute qualité. La technologie centrale de la société, la Machine d'Anesthésie Universelle (UAM), est un poste de travail d'anesthésie marqué CE, conçu pour fonctionner sans électricité ni oxygène, et permettant aux utilisateurs de l'utiliser en toute confiance quel que soit leur environnement.


Malkin R, Perry L. Efficacité des dons d'équipements médicaux pour améliorer les systèmes de santé : combien d'équipements médicaux sont en panne dans le monde en développement ? Medical & Biological Engineering & Computing, 2011, Volume 49, Édition 7, pages 719 à 722.

Cordero I. Dons de dispositifs médicaux : considérations sur les sollicitations et l'approvisionnement. Organisation mondiale de la santé : Genève, 2011. [accès au site ici (en anglais) : http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/44568/1/9789241501408_eng.pdf]

Mullally, S. Efficacité de l’ingénierie clinique dans les hôpitaux des pays en voie de développement. Carleton University: Ottawa, 2008. [accès au site ici (en anglais) :https://curve.carleton.ca/system/files/etd/51fd9e39-238e-4060-81b7-1c85d95617b2/etd_pdf/04d6de4ce03a151f3351c5e4f7a4ec51/mullally-clinicalengineeringeffectivenessindeveloping.pdf]

TIC, Entrepreneuriat et les start-up technologiques

Notre précédent article sur les Télécommunications en Afrique dressait un panorama du secteur sur le continent, avec des chiffres témoignant de l’importance et de la croissance du secteur aujourd’hui et pour les années à venir. La croissance attendue du nombre d’abonnés mobiles en Afrique et le développement de la data vers des réseaux plus rapides (3G et 4G) font du secteur des NTIC un secteur privilégié par les entrepreneurs et startups africaines et les investisseurs.

La multiplication et le succès des incubateurs numériques dans les grandes capitales africaines témoignent de l’esprit d’entreprenariat et d’innovation qui se développe chez les jeunes africains. En particulier, l’Afrique du Sud, le Kenya ou le Nigéria sont des places incontournables dans l’écosystème de l’entrepreneuriat numérique en Afrique, de par le nombre de structures d’accompagnement (incubateurs, accélérateurs…), du nombre de startups qui voient le jour et des financements qu’attire le secteur. Les KINGS (Kenya, Côte d’Ivoire, Nigeria, Ghana et Afrique du Sud) représentent ces pays africains en plein essor économique, et porteurs du développement des NTIC et du digital, aussi bien dans la sphère entrepreneuriale que dans la cour des grands.

ntic

D’autres pays, comme le Maroc, Maurice ou le Sénégal ne sont pas en reste et attirent de nombreuses entreprises du secteur des TIC. En 2015, les investisseurs et les institutions d’aide au développement auraient accordé près de 185 millions de dollars de financement aux startups africaines.

 

Les principaux incubateurs numériques en Afrique

Afrique du Nord

Afrique de l'Ouest

Afrique de l'Est

Afrique du Sud

WikiStartp.tn

Flat6Labs.com

PlugAndPlayEgypt.com

Tahrir2.com

 

JokkoLabs.net

Cticdakar.com

iLabLiberia.org

MobileWebGhana.org

mFriday.org

CCHubNigeria.com

WennovationHub.com

ActivSpaces.com

Tekxl.com

IceAddis.com

iHub.co.ke

HiveColab.org

TheHubKampala.com

kLab.rw

Teknohama.or.tz

 

mLab.co.za

Google.co.za/Umbono

BongoHive.com

i-Hub.mg

 

 

Source : Etude Forbes Afrique 2015

 

En effet, aux quatre coins de l’Afrique, notamment en Afrique de l’Ouest et Centrale, les entrepreneurs jouissent d’espaces d’échanges, de création et de développement, leur permettant de développer des applications et outils répondant aux besoins de la société et des consommateurs africains. Par ailleurs, l’organisation d’évènements, concours et Hackathons contribue à favoriser l’esprit entrepreneurial et à l’animation du secteur des TIC.

 

"Contraction de "hack" et "marathon", un hackathon est un événement lors duquel des équipes (composées de développeurs, mais aussi parfois de designers et de chefs de projet) doivent développer un projet informatique, en général un logiciel ou une application. Elles doivent le faire sur une période limitée, et généralement courte (une journée, une nuit, un week-end). Le but est donc de coder rapidement quelque chose de malin (d'où le "hack"). Il s'agit aussi de développer de manière intensive, sans s'arrêter (d'où le marathon). C'est aussi souvent une compétition festive à l'issue de laquelle un jury choisit et récompense des gagnants." Journal du net

 

Prenons l’exemple de Tekki48, un événement de 2 jours dédié aux startups organisé à Saint-Louis au Sénégal par le CTIC Dakar et Jokkolabs, en partenariat avec une université locale. L’événement a accueilli plus de 100 participants venus de tout le pays et 50 projets ont été pitchés devant un jury composé des acteurs clés de l’écosystème de l’entrepreneuriat au Sénégal. En particulier, depuis ces dernières années, les applications et startups technologiques à succès se concentrent sur des secteurs de l’économie dont le développement va de pair avec la croissance du continent. On retrouve ainsi des applications et plateformes dans les services financiers, avec l’essor des startups de la Fintech (M-Pesa, WeCashUp), du secteur de la santé, Healtech (JokkoSanté, Gifted Mom), de l’éducation, Edutech (WikiAfrica), de l’énergie et dernièrement, le secteur agricole (XamMarse, Trade at Hand).

Le point commun de ces startups technologiques à succès est l’aptitude qu’elles ont à allier esprit entrepreneurial et utilité sociale, ce qui leur permet non seulement de toucher un marché large, mais également d’attirer plus facilement des financements. Nous évoquons la question des financements à juste titre, car bien que le secteur des TIC soit prometteur en Afrique, les startups technologiques restent confrontées aux mêmes difficultés et contraintes que les startups classiques.

 

C'est aussi une question de financements et de ressources humaines!

En premier lieu, il n’est pas évident pour tous de trouver les financements nécessaires au développement de son projet. Prix, concours, emprunts ou Business Angels sont autant de pistes pour les entrepreneurs avertis, mais encore faut-il convaincre les investisseurs. Les structures d’accompagnement et de coaching jouent un rôle central sur ce volet, par le biais de l’incubation, des formations et ateliers divers. Par ailleurs, le développement de certaines plateformes requiert des compétences technologiques ou sectorielles (tel est le cas des startups technologiques dans le domaine de la santé ou des secteurs financiers par exemple), mais aussi commerciales et managériales. « Un technicien inventif et compétent est rarement un vendeur ou un homme d’affaires dans l’âme. », souligne Claude Migisha co-fondateur de The iHills Network, et membre fondateur de kLab, dans un article dédié au sujet.

Ces ressources humaines peuvent s’avérer difficiles à trouver et/ou coûteuses pour une jeune startup. De plus, les coûts de développement se répercutent parfois sur le prix du produit/service, ce qui limite son accessibilité à la population. Il convient donc que ces innovations technologiques, notamment celles ayant un impact social évident, soient accompagnées par le développement d’un environnement des affaires favorable ; on parle d’un accès facilité au financement, des infrastructures technologiques entretenues et la formation d’une ressource humaine adaptées. Au Kenya, suite à l’ICT Innovation Forum (Mars 2015), Bitange Ndemo, le précédent Secrétaire Permanent au ministère de l’information, de la communication et de la technologie, et Uhuru Kenyatta, le Président de la république, souhaitent faire du Kenya une « startup nation », par le biais de mesures encourageant l’innovation chez les jeunes, le financement de la recherche et du développement, dans l’optique notamment de créer des emplois.

 

 

Ndèye Fatou Sène

 

Sources

 

Entrepreneuriat féminin : LAFEENT, l’association qui accompagne les entrepreneures africaines

LAFEENTL’association « L’Africaine, Femme Entrepreneur » (LAFEENT) est une association à but non lucratif qui a pour objetif de promouvoir l’entreprenariat des femmes africaines, en Afrique et ailleurs. Ses activités sont centrées autour du conseil , de la formation et de l’emploi. Discussion avec sa présidente, Meyia NTOLO.

« Les femmes africaines représentent aujourd’hui plus de 50% de la population du continent Africain. Elles sont donc des actrices incontournables, des forces pour son développement », déclare d’emblée Meyia NTOLO, Présidente et fondatrice de l’association. 

« Nous avons l’ambition de travailler à transmettre aux femmes Africaines les connaissances et informations nécessaires pour leurs projets de création d’entreprise , de sensibiliser le plus grand nombre à l’entreprenariat, d’aider au développement de PME et TPE déjà existantes, de travailler avec les différents états et organisations à la réduction du secteur informel par l’information, la formation et l’accompagnement».

Les missions que s’est donnée l’association LAFEENT sont diverses : (i) faire la promotion de l’entreprenariat des femmes africaines en Afrique ; (ii) accompagner les femmes africaines dans leurs projets ; (iii) encourager les femmes hésitantes à créer leur propre emploi ; (iv) promouvoir la conscience professionnelle dans le monde du travail et (v) intéresser les femmes et jeunes femmes/filles à l’entreprenariat

« Nous apprenons aux femmes à découvrir et développer leurs talents. Nous travaillons à valoriser leurs intelligences, leurs compétences, ainsi que leurs réalisations», ajoute Meyia NTOLO. L’association se donne comme objectifs de former les femmes pour leur fournir les connaissances indispensables dans leurs projets de création et de gestion d’entreprises. Il s’agit d’aider les femmes africaines à s’épanouir professionnellement en Afrique et ailleurs.

LAFEENT entend également accompagner les femmes dans leurs recherches d’emplois en Afrique, et permettre le développement de leurs compétences et talents (notamment à travers des ateliers). Enfin, l’association permettra de former un réseau de femmes entrepreneurs pour assurer un échange d’expériences et l’entraide entre ses membres, en particulier en informant les femmes Africaines de la diaspora souhaitant investir ou s’installer en Afrique sur les modalités de création d’entreprise dans leurs pays d’origine.

Le lancement des activités est prévu en fin d’année 2016.

Retrouvez toutes les informations sur LAFEENT sur son site internet. Vous pouvez aussi suivre l'association sur les réseaux sociaux : Facebook, Twitter et Instagram

Vous êtes entrepreneurs et souhaitez parler de votre activité ou discutez de l'entreprenariat en Afrique, écrivez nous ! 

Les 10 jeunes entrepreneurs les plus talentueux d’Afrique

Ils sont jeunes, sont souvent partis de rien, ont parfois (déjà) connus plusieurs échecs avant de connaitre un succès. Et pourtant, ils ont réussis à créer des startups en plein développement créant des emplois et des perspectives dans leur pays d’origine.  

Zoom sur le parcours de dix jeunes entrepreneurs africains inspirés et inspirants !

1/ Momarr Mass Taal, 28 ans, Fondateur de Tropingo Foods, Gambie

Il aime dire qu’il a atterri dans l’entrepreneuriat par accident, à défaut d’une carrière dans l’administration… A 17 ans, Taal commence à imprimer des motifs sur ses t-shirts pour les personnaliser. Il commence ensuite à le faire pour ses amis, avant de créer sa propre marque de vêtements. Quelques années plus tard, il vend ses produits dans cinq pays d’Afrique.

Mais ce succès dans le textile ne lui suffit pas, et surtout n’exploite pas toutes les potentialités de son pays. Taal se lance alors dans l’agroalimentaire, en créant une entreprise de conditionnement de mangues et d’arachides. Tropingo Foods emploie aujourd’hui 140 personnes et exporte ses produits vers l’Europe et vers l’Asie pour un chiffre d’affaires de 1.5 millions d’euros par an.

2/ Mark Doumba, 29 ans, cofondateur de Clikafrik, Gabon

Alors qu’il se trouve à Dubaï, plusieurs amis de Mark Doumba lui demandent d’acheter et de leur délivrer certains produits. Réalisant la demande liée à cette situation, Doumba décide d’en faire un business : il recrute des personnes pour acquérir des produits de consommation et des pièces industriels à Dubaï, avant de les acheminer vers l’Afrique, essentiellement vers des PME et des consommateurs en quête de produits introuvables sur leur marché.

Les revenus de ce commerce explosent, permettant à Doumba de se lancer un fond d’investissements ciblant des PME en Afrique. Clikafrik compte aujourd’hui dans son portefeuille plus de 500 entreprises au Gabon et 200 au Sénégal, générant un revenu d’un million d’euros par an.

3/ Barclay Okari, 24 ans, Fondateur de Impact Africa Industries, Kenya

Okari a grandi dans un pays marqué par la violence, dans lequel, comme il le raconte sur sa propre expérience,  des enfants voient des cadavres sur le chemin de l’école, notamment durant les périodes électorales…   A l’âge de 11 ans, il commence à travailler dans l’entreprise familiale, et fonde à 15 ans sa première société, dans l’informatique. Celle-ci faillite au bout d’un an. Il récidive deux ans plus tard, également dans le domaine de l’informatique. Deuxième échec.

En 2010, Okari change totalement de secteur, en se lançant dans la fabrication de serviettes hygiéniques et couches bébé… Impact Africa Industries était né, et cette fois ci, il connaitra le succès. Son entreprise compte aujourd’hui plus de 80 salariés, et exporte ses produits en Ouganda et au Soudan du Sud, pour un chiffre d’affaire d’environ de 700.000 euros.

4/ Michael Muthiga, 29 ans, fondateur de Fatboy Animations, Kenya

Depuis sa plus tendre enfance, Michael Muthiga a développé une passion pour le dessin et la peinture. Ses parents furent impressionnés par son talent, mais craignaient que cette passion le conduise à l’échec scolaire. Pour tenter de « l’éloigner » littéralement des arts, son père l’a même transféré dans une école rurale. Paradoxalement, c’est là où il apprendra encore plus qu’en ville, grâce à un enseignant qui a remarqué son intérêt pour le dessin et lui apprit comment faire des dessins animés. Muthiga avait découvert sa vocation !

Il poursuivit sa formation dans ce domaine en apprenant à travers des vidéos en ligne libre d’accès. Après être passés par quelques jobs dans lesquels il économisait l’essentiel de son salaire, il réunit les fonds nécessaires pour acheter un équipement complet, et crée sa société en 2010. Fatboy Animations a percé dans le domaine de la publicité, accumulant les contrats. Avec son équipe de 9 personnes, il réalise aujourd’hui une dizaine de campagnes par mois.    

5/ Edwin Bruno Shayo, 29 ans, Fondateur de Smart Codes, Tanzanie

Il vendait des cassettes à 13 ans. Puis des CD à 17 ans. Après avoir réussi son acheter son premier ordinateur, il commence à faire des cartes de visites pour les entreprises, avant de se lancer dans la création de site web… Voilà comment Shayo a créé Smart Codes, une agence aujourd’hui spécialisée dans le marketing digital, qui emploie une trentaine de personnes et a un chiffre d’affaires de 300.000 euros par an. Ce succès lui a valu plusieurs prix et distinctions dans son pays, où il a été nommé « Young Achiever of the year » en 2015.

6/ Vital Sounouvou, 25 ans, Fondateur de Exportunity, Benin

L’histoire de Vital Sounouvou commence mal. A l’âge de six, il est atteint du paludisme. Le traitement qu’il reçoit lui sauve la vie mais le rend paralysé. Il continue d’utiliser des béquilles pour se déplacer. Ceci ne l’a pas empêché de faire des études et d’être diplômé.

Sounouvou a fondé Exportunity, une plateforme qui promeut les opportunités d’exportations en Afrique en mettant en contact producteurs et acheteurs sur tout le continent, et même ailleurs, à travers un simple téléphone. Exportunity compte 750 clients et une base de données de 85000 entreprises. Elle emploie 17 personnes.

7/ Joel Macharia, 29 ans, fondateur de Abacus, Kenya

A 29 ans, Joel Macharia a toute une vie entrepreneuriale derrière lui. Il a amassé beaucoup d’argent, a tout perdu, s’est endetté, et a tout reconstruit ! Il aime raconter qu’à l’âge de 8 ans, il revendait son déjeuner contre de l’argent, ou parfois des bonbons…

Macharia aime l’argent, et celui « l’argent des autres », comme lui disait son oncle. Ce dernier, travaillant dans le secteur bancaire, lui apprend quelques ficelles du métier. A 19 ans, il commence à mettre en pratique ce qu’il a appris avec l’argent de quelques personnes qu’il avait réussi à convaincre. Il joue en bourse et gagne, mais son business s’effondre en 2008, en grande partie à la suite des violences postélectorales qu’a connues le Kenya et de l’effondrement de la bourse locale.

C’est ainsi qu’il se retrouve fortement endetté, à l’âge de 22 ans, et contraint de travailler dans un autre domaine que ce qui l’intéresse. Juste le temps de « se refaire une santé » (ce qui prendra quand même 5 ans), et de lancer Abacus. Sa société de services financiers accompagne aujourd’hui plus de 3000 investisseurs.

8/ Sulley Amin Abubakar, 29 ans, fondateur de Zaacoal, Ghana

Trois personnes sont des sources d’inspiration pour Abubakar: Steve Jobs, Elon Musk, et sa grand-mère. Il place d’ailleurs sa grand-mère en tête de la liste, et dit avoir développée son esprit entrepreneurial en le voyant, en fil des années, vendre tout type de produit qui lui passait sous la main, des balais aux cigarettes.  

L’idée développée par Abubakar est  simple: recycler les déchets produits par les vendeurs de noix de coco dans la région d’Accra (il y en a plus d’un millier) pour en faire du charbon de bois. Une idée « verte » qui permet de traiter ces déchets dont la municipalité avait beaucoup de mal à se débarrasser. Cette idée est même devenue rentable, et sa production ne cesse d’augmenter!

9/ William Elong, 23 ans, Fondateur de Will & Brothers, Cameroun

William Elong voit les choses en grand. Et il avance très vite. A 18 ans, il obtient son premier diplôme en gestion. Cinq ans et quelques aventures plus tard, il décide de créer une société capable de montage de drones, destinée aussi bien aux usages civils (agriculture, médias, tourisme) que militaire. Son seul moyen au départ est une présentation Powerpoint…

Elong est aujourd’hui en pleine levée de fonds pour devenir le premier constructeur de drones au Cameroun, avec un projet de quadricoptére équipés de caméra haute définition capables de voler à une altitude de 500 mètres pendant une vingtaine de minutes.

10/ Uneku Atawodi, 28 ans, Fondateur de Bamboo Green Concepts, Nigeria

Atawodi a une passion: le polo. Elle l’a pratiqué en compétition et a beaucoup voyagé à cette occasion. Avec l’aide de son père, elle acquiert un hôtel à Abuja, et l’aménage pour la pratique du polo. Elle organise ensuite une levée de fond pour ouvrir un établissement similaire à Lagos, capitale économique du pays.

A travers à son expérience personnelle qui lui a permis de constater les difficultés à organiser une levée de fonds pour une PME, Uneku Atawodi lance une plateforme de crowdfunding, dénommée Malaik, sur laquelle près de 300.000 euros ont été levés en deux mois. Sa société, Bamboo Green Concepts, compte 67 employés à plein temps et plus d’une centaine à temps partiel.

 

Nacim KAID SLIMANE

L’entrepreneuriat en Afrique de l’Ouest … So cool ?

entrepVous avez sans doute, vous aussi, appris l’existence de tel ou tel concours de business plans, de tel incubateur ou d’espace de co-working. Autant d’anglicismes à la mode qui fourmillent sur les panneaux publicitaires et les encarts Facebook. Quelle est la portée de ces évènements ? Quelle est la réelle importance de l’entrepreneuriat sur le développement et l’économie des pays ? Cet article brosse les actions initiées pour impulser le développement de l’entrepreneuriat en Afrique de l’Ouest et les limites de leurs portées.

 

Dans la myriade des initiatives en Afrique de l’Ouest, quel est le bilan des actions favorisant l’émergence et la croissance d’un écosystème entrepreneurial solide ? Les concours entrepreneuriaux organisés par des multinationales se multiplient. De même, des acteurs dédiés s’emparent de cette tendance pour organiser des évènements le temps d’un weekend, au niveau national ou panafricain. Les réseaux pullulent, centrés autour des NTIC ou des femmes. Enfin, les espaces de co-corking sont aussi à la mode, entre inspiration de la Silicon Valley et adaptation à la sauce africaine.

 

Des résultats encore très mitigés …

Néanmoins, au milieu de cette fièvre entrepreneuriale, le bilan est en demi-teinte. Peu d’organisations sont opérationnelles et peuvent présenter des résultats durables d’accompagnement. Nombreuses sont les structures à avoir joué d’effets d’annonce sans que leurs portes n’aient été foulées par des porteurs de projets. Tout comme sont pléthores les acteurs vendant de la poudre d’entrepreneur sans savoir vraiment de quoi il retourne.

Pour ceux pouvant se targuer d’une certaine expérience, beaucoup se contentent d’un copié-collé de présentations trouvées sur internet ou glanées d’incubateurs étrangers sans vraiment prendre en compte les besoins et enjeux locaux. Enfin, et non des moindres, rares sont les concours et évènements suivis d’un accompagnement de long-terme, à même de créer un véritable renforcement des capacités et de constituer un tremplin qualitatif pour ces jeunes entreprises. Or, ce sont pourtant ces ingrédients qui sont capables de fournir un terreau fertile pour ces pousses entrepreneuriales. Rien ne sert de conter fleurette aux porteurs de projets, il faut les accompagner, les comprendre et leur offrir des outils spécifiques.

 

… qui ne doivent pas inciter à renoncer mais plutôt favoriser un meilleur suivi !

A l’inverse, on assiste à une certaine course aux concours parmi les entrepreneurs. Qui les blâmera ? Le chômage demeure majeur, avec une jeunesse qui compte pour 60% de l’ensemble des chômeurs en Afrique Subsaharienne. L’entrepreneuriat apparaît alors comme une voie de survie. L’Afrique présentant un record dans le domaine avec la plus forte proportion mondiale de potentiels jeunes créateurs d’entreprise (60%)[1]. L’engouement actuel alimente cette frénésie où, aux dires d’un entrepreneur ivoirien, « écument toujours les mêmes à courir après les prix ». Gros chèque, notoriété, réseau, les carottes sont affriolantes tandis que peu de concours proposent une formation à la clef.

Or, en Afrique plus qu’ailleurs, les jeunes entreprises ont besoin de formation technique. Elles sont les premières à le reconnaître et à  le réclamer. Alors que la Côte d'Ivoire a inscrit l’entrepreneuriat au programme scolaire, il faut plaider pour que la sensibilisation dès le plus jeune âge se concilie à la fois avec un enseignement technique et professionnel et avec une offre d’assistance technique (AT) accessibles et de qualité. Là encore, des efforts sont à poursuivre : l’éducation professionnelle est marginale, et les fournisseurs d’AT sont encore trop peu visibles, et souvent trop peu outillés pour fournir un appui efficient. De même, l’offre en financement manque la cible qui en requiert le plus. Le paysage est compartimenté entre micro-finance, banque et quelques fonds d’investissement avec des taux d’intérêt et des demandes de garanties trop élevés et des tickets inadaptés aux besoins, tandis que les PME africaines ne disposent bien souvent pas d’une éducation financière suffisante pour construire un solide dossier de financement.

On ne citera personne mais il faut cependant conclure en reconnaissant que se construit, doucement mais sûrement, une communauté entrepreneuriale engagée et expérimentée et que des entreprises championnes émergent, portées par de jeunes leaders ambitieux pour leur pays et leur continent. Les partenaires de développement l’ont compris également, en cherchant à mieux connaître ces pépites encore embryonnaires pour mieux y investir. Ainsi, la Société Financière Internationale entend participer à hauteur de 20 à 25% dans un programme d'investissement de 250 millions de dollars dans des fonds de capital-risque dédiés aux PME en Afrique.

Ainsi, la donne a changé. Rangez votre cravate, le fonctionnariat est en train de passer de mode. Au milieu de la fièvre, l’engouement est réel. Reste à ne pas perdre de vue que l’entrepreneuriat, même sans patron, est un travail à part entière.

 

Pauline Deschryver

 


[1] Global Entrepreneurship Monitor, Youth Business International (GEM/YBI) sur l’entrepreneuriat chez les jeunes, Rapport 2013

Baromètre Mondial de l’Innovation: quels enseignements sur les pays Africains ?

Le Baromètre Mondial de l’Innovation, dont l’édition 2016 a été publiée en avril, est un sondage international des dirigeants d’entreprises sur leur perception des processus d’innovation et de créativité. Parmi les pays concernés dans cette étude (commandée par GE) figurent trois pays Africains qui représentent les premières économies du continent : Afrique du Sud, Algérie et Nigéria.

L’analyse des réponses permet d’identifier les moteurs et les freins en matière d'innovation, et ce dans une double approche comparative : d’abord entre les pays africains et d’autres régions du monde, ensuite entre les pays africains eux-mêmes, et plus globalement entre les grands pôles qu’elles représentent  (Afrique de l’Ouest, Afrique du Nord et Afrique Australe)

Les réponses des centaines de cadres dirigeants interrogés dans ces pays donnent ainsi un très bon aperçu de l’évolution de l’environnement économique, ainsi que les processus de prise de décisions et de gestion de la stratégie d’innovation dans les entreprises.

En dépit des obstacles auxquels font face les acteurs économiques et du manque de ressources auxquels ils peuvent être confrontés, la créativité et l’innovation semblent représenter de puissants leviers de développement pour les économies africaines. Quelles leçons peut-on tirer de ce baromètre ?

UN OPTIMISME ELEVE SUR LES ÉVOLUTIONS ÉCONOMIQUES FUTURES

Le Baromètre Mondial de l’Innovation s’est penché sur la perception des évolutions annoncées dans l’environnement économique, en particulier sur la perspective d’une « quatrième révolution industrielle » (basée sur les objets connectés et les potentialités que cela offre). La tendance mondiale est à l’optimisme, puisque plus des deux tiers (68%) des dirigeants interrogés expriment leur confiance dans ces changements annoncés. Les pays africains étudiés sont encore plus optimistes et sont même parmi les plus optimistes !

Les pays africains sont parmi les plus optimistes au monde sur la perspective d'une nouvelle révolution industrielle.

Le Nigeria est à la troisième position mondiale, avec 86% d’optimistes par rapport à la quatrième révolution industrielle, suivi par la Turquie et l’Algérie (84%). L’Afrique du Sud est juste au-dessus de la moyenne mondiale, avec 70% de réponses positives.

Cette confiance dans l’avenir peut conforter la perception de l’innovation comme opportunité, à l’inverse de certains pays anciennement industrialisés qui peuvent la percevoir comme menace. Au Japon, seuls 33% des dirigeants se déclarent optimistes, alors même que le Japon est considéré par les autres comme un champion mondial de l’innovation, juste après les Etats Unis. Même sentiment en Allemagne (39%), et dans en moindre mesure, en Corée du Sud (50%).

L’impact de l’innovation sur l’emploi, sujet anxiogène de longue date avec la peur d’être « remplacé par des machines », n’est pas perçu négativement dans cette enquête : plus des deux tiers (75%) des intéressés considèrent que le changement aura un impact positif ou neutre sur l’emploi.

LES TECHNOLOGIES DE RUPTURE: MENACE OU OPPORTUNITÉ ?

Le baromètre de l’innovation dresse un constat intéressé sur les technologies de rupture, c’est-à-dire sur une innovation technologique qui ne fait pas qu’améliorer un produit ou un service existant, mais modifie fondamentalement le marché en détrônant la technologie dominante. Le lecteur MP3 a ainsi constitué une technologie de rupture sur le marché par rapport aux cassettes et CD, de même que la photographie numérique a constitué une rupture par rapport à la photographie argentique (auquel des entreprises leaders depuis des décennies, comme Kodak, n’ont pas su faire face).

Les dirigeants interrogés ont ainsi été amenés à se positionner sur le concept de « darwinisme digital », à savoir sur la possibilité de devenir « obsolète » (et éventuellement de disparaitre) en devenant inadapté à un environnement qui a subi des changements très rapides. Dans l’ensemble du panel, 81% des acteurs partage cette crainte. Les pays Africains sont globalement en ligne avec cette tendance, même si cette crainte semble plus ressentie en Afrique du Sud et au Nigeria (respectivement 86% et 85%) qu’en Algérie (75%).

Cette crainte par rapport aux technologies de rupture peut influencer une volonté de protéger son « cœur de marché », à savoir les produits et les services qui font le succès actuel de l’entreprise et dont il faut préserver les revenus et la rentabilité le plus possible, éventuellement pour les investir dans l’innovation ensuite.

Ce comportement est nettement plus présent dans les pays Africains qu’ailleurs. L’Afrique du Sud est ainsi le pays dans lequel la proportion observée est la plus élevée au monde : 77% des dirigeants interrogés considèrent que la protection du cœur de marché est une priorité. Elle est suivie de près par le Nigeria (4éme rang mondial), puis de l’Algérie, qui se situe dans la moyenne mondiale avec 64% de réponse positive.

QUELLES STRATÉGIES D'INNOVATION ?

La perception des stratégies d’innovation au sein des entreprises est moins évidente dans les pays Africains… Les trois pays concernés se situent nettement en dessous de la moyenne mondiale dans la réponse à la question : « Votre entreprise a-t-elle une stratégie d’innovation claire ? ». Alors que 68% de l’ensemble des dirigeants interrogés répondent par l’affirmative (un « oui » qui culmine en France avec 88%), seuls la moitié des dirigeants africains pensent que c’est le cas (56% en Afrique du Sud et au Nigeria, 49% en Algérie). Fait étonnant, le Japon se situe encore plus loin, à 38%…

Enfin, une dernière indication sur la perception du temps de retour sur investissement : les entreprises africaines acceptent moins l’idée d’un retour sur investissement éloigné dans le temps que dans d’autres régions du Monde. Alors que 40% des entreprises en Allemagne et 37% aux États-Unis se disent prêtes à accepter d’investir sur une technologie dont ils récolteraient les fruits sur le long terme, seuls 9% des entreprises algériennes seront prêtes à l’accepter (17% en Afrique du Sud, 16% au Nigeria). Des positions en dessous de la moyenne mondiale (21%), mais proches de celles du Japon (4%) et de la Corée du Sud (14%).

L'AVENIR DE L'INNOVATION EN AFRIQUE

Le principal enseignement du Baromètre Mondial de l’Innovation en 2016 sur la perception des dirigeants Africains peut être résumé en un triple constat prometteur: nous observons tout d’abord un optimisme affiché sur le futur et ses potentialités (supérieur à la moyenne mondiale), une insatisfaction manifeste sur la performance actuelle (indiquant volonté de faire plus et mieux), et une lucidité sur les menaces qui peuvent se poser, notamment avec les technologies de rupture (en ligne avec la moyenne mondiale).

Un triple constat prometteur: optimisme sur le futur, insatisfaction sur la performance actuelle, et  lucidité sur les menaces.

C’est donc avec un état d’esprit équilibré, à même de saisir les rapides changements à l’œuvre et de parer les risques qu’ils comportent, que les cadres d’entreprises Africains peuvent être en mesure d’anticiper, d’orienter et de maitriser des processus d’innovation pour en faire une source de développement économique et d’amélioration de la qualité de vie de leurs concitoyens.

Nacim KAID SLIMANE

 

Innover dans la lutte contre le paludisme : un enjeu planétaire

Le paludisme est une maladie qui menace 3,2 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale. Si la pandémie est en net recul ces dernières années (avec un déclin de 37%), l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estimait qu’il y avait en 2015 plus de 200 millions de cas, ayant engendré près de 500.000 morts. La plupart des décès enregistrés sont des enfants vivant en Afrique (70% des enfants de moins de 5 ans d’Afrique subsaharienne sont menacés).

Au XXIe siècle, à l’heure où la recherche dans le domaine de la santé peut être considérée comme à son apogée grâce à l’avènement des outils de biologie moléculaire, aucun vaccin candidat à l’endiguement du paludisme n’est disponible à ce jour. Plusieurs projets à travers le monde focalisent leurs recherches sur la combinaison d’une série de molécules, qui à travers des interactions en synergie, seraient capables d’agir en tant que vaccin efficace. Pourtant en imaginant une analogie avec la poliomyélite, une maladie contagieuse à l’origine de millions de victimes au cours du XXe siècle, l’éradication du paludisme ne semble pas encore sur la voie du succès.

Considérée comme l’un des plus beaux exploits imputables à la recherche,  la poliomyélite fut éradiquée à 99% suite à une campagne de vaccination de masse permettant de déclarer l’épidémie vaincue depuis 2008. Il demeure cependant des pays endémiques où la poliomyélite constitue encore une menace pour les enfants les plus vulnérables dans ces régions marginalisées. Des vagues événements aléatoires mais récurrents tels que l'épidémie de maladie à virus Ebola ou récemment le virus Zika, qui en plus d’occuper une place dominante dans les médias, viennent perturber des systèmes de santé pourtant déjà fragiles dans les pays concernés. Il devient alors difficile de lutter sur plusieurs fronts de façon simultanée.

Ainsi la plupart des systèmes focalisent leurs initiatives sur des actions prioritaires avec à la clé des résultats visibles à court terme aux dépends des enjeux qui s’étalent dans le temps et qui souffrent parfois d’un désintérêt préoccupant tels que l’épidémie du paludisme ou celle du VIH. Contrairement au cas de la poliomyélite où la recherche a rapidement convergé vers le développement d’un vaccin, le paludisme ne fut pendant longtemps considéré qu’à travers des mesures de prophylaxie passives. 

Tout au long du XXème siècle, les prouesses biologiques associées au paludisme sont souvent en rapport avec la malaria-thérapie. Avant l’essor des antibiotiques, et grâce à sa capacité à engendrer de fortes fièvres, le protozoaire paludéen était utilisé pour traiter certaines pathologies telles que la neurosyphilis, la chorée ou encore la schizophrénie.

L’échec du premier vaccin testé en 1986 retarda considérablement les objectifs et les attentes des différents programmes lancés par l’OMS pour défier l’épidémie. Il demeure néanmoins des équipes de chercheurs qui en font une priorité et on a vu se multiplier, au cours des vingt dernières années, des essais cliniques pour élaborer un éventuel vaccin. Même s’il apparaît aujourd’hui encore impossible d’imaginer un monde sans paludisme, les espoirs récents laissent à penser qu’on s’en approche.

Les progrès en matière de sciences, technologies et communications permettent de concevoir des approches innovantes.  À l’image du Dr. Youyou Tu, couronnée d’un Nobel de médecine en 2015, pour récompenser la mise au point d’un traitement efficace et novateur combinant médecine moderne et ancestrale à base d’artémisinine, substance active isolée à partir d’une plante poussant en Chine. Il s’agit de l’antipaludéen le plus efficace à ce jour et donc le plus répandu. Par ailleurs, la biologie de synthèse a rapidement contré les répercussions écologiques que pourrait susciter son épuisement. Ainsi certains obstacles rencontrés par le passé, pourraient être aujourd’hui surmontés, ce qui permettrait de raviver les espoirs de voir un jour le développement d’un vaccin efficace.

S’inscrivant dans cette lignée, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a émis un avis favorable, fin 2015 pour le lancement d’un nouveau vaccin. Bien qu’elle n’ait pas émis d’avis définitif, l’OMS vient d’encourager depuis mars 2016, des essais supplémentaires dans certaines régions d’Afrique subsaharienne. Ceci en dépit du fait que les résultats parus suite aux précédents essais cliniques ayant concerné sept pays africains n’offraient qu’une protection modeste et limitée sur les enfants de moins de 5 ans ayant reçu ledit vaccin.  

Dans le monde de la recherche les chemins sont souvent longs, multiples, hasardeux et couteux. Cependant une fois la mise au point d’un vaccin compétent, utilisable à grande échelle et capable de contrer les différentes souches virales, l’espoir d’une éradication n’apparaît plus alors comme utopique. Les campagnes de vaccination de masse permettent d’obtenir des résultats concluants dans des délais plus qu’acceptables. Ainsi le succès de l’endiguement de la poliomyélite s’inscrit dans la continuité de celui d’une autre maladie infectieuse d’origine virale : la variole. De plus, les programmes de vaccination se chevauchent parfois ce qui permet encore aujourd’hui de combiner les phases d’endiguement et de surveillance de la variole avec celle de l’éradication de la poliomyélite. Sur ce modèle on peut imaginer dans le futur la combinaison de la surveillance de la poliomyélite avec l’éradication du paludisme.

Les succès consécutifs dans la lutte contre les épidémies de la variole suivie de la poliomyélite ont été possibles grâce au concours et aux engagements fournis par l’ensemble des parties concernées à commencer par les parents et passant par les États pour arriver à une action coordonnée de la communauté internationale. Ce succès reflète également le plus grand engagement en faveur de la santé publique avec une double alliance entre des secteurs souvent rivaux. Avec d’une part le secteur public, représenté par les gouvernements et les institutions Onusiennes. D’autre part le secteur privé incarné par des donateurs appuyés par quelque 20 millions de bénévoles. Parmi les plus actifs, la Fondation Bill et Melinda Gates qui, après avoir contribué massivement dans le passé, s’engage aujourd’hui dans la lutte contre le paludisme.

Enfin, il est certain que le contexte géopolitique actuel n’est pas comparable à celui ayant favorisé les éradications dans les années 1970 à 1990. En effet, pour prétendre à des résultats optimums il faut être en mesure de vacciner chaque enfant. L’UNICEF met en avant le fait qu’un seul enfant non vacciné expose au danger 200 autres. Or des facteurs externes comme la croissance démographique ou encore la multiplication de conflits dans les zones les plus à risques compliquent l’accès aux régions touchées.

Bien souvent, le paludisme demeure une cause négligée par les économies des pays endémiques. Pourtant d’après un rapport du Forum économique mondial (FEM), il existe bien des effets retardateurs de croissance (-1.3%) dans les pays à forte prévalence paludéenne. Ceci en dehors du fait que la prise en charge du paludisme, aussi insuffisante soit-elle, coûte environ 0,6% du PIB de l’Afrique subsaharienne.

Au-delà de son impact sur l’économie et la santé des populations, le paludisme demeure un frein dans l’amélioration des conditions de vie. Par conséquent un pas significatif vers l’éradication de l’épidémie permettra d’envisager une avancée majeure dans la lutte contre la grande pauvreté.

Pendant la lecture de cet article, 5 enfants sont morts victimes du paludisme. Pourtant il existe des mesures articulées autour des 3Ts (Test, Treat, Track) préventives mais surtout curatives. En attendant une campagne de vaccination efficace, et avec une moustiquaire qui coute aujourd'hui 5$, un test de diagnostic rapide à 50 centimes ou encore un traitement antipaludéen à 1$, comment est-il encore possible qu’un enfant meurt chaque minute dans le monde?

 

Ibtissem Kaid-Slimane