Seule la lutte libère !

tsSur la terre d’Eburnie, le peuple gronde, mais reste faible, inactif et subit l’émergence à marche forcée. De loin il regarde les exilés politiques mourir, de loin il compte le nombre de jours de prison de nombreux anonymes. Face à cette situation, le peuple d’Eburnie pense avoir trouvé la voie : pour l’Ivoirien, la révolution sera numérique.

De profonds germes de contestation

Un pouvoir politique ne craint pas un peuple qui ne sait plus se battre pour ses droits. Au contraire, les mesures gouvernementales plus injustes les unes que les autres s’égrainent dans le silence désarmant d’un peuple qui semble avoir perdu son courage. Sur les marchés, les prix des denrées alimentaires sont au plus haut, les étudiants attendent toujours de pouvoir suivre leur formation dans des conditions décentes ; et même lorsqu’ils grondent pour le respect de leurs droits fondamentaux, ils sont victimes d’arrestations. La hausse des prix de l’électricité ne cesse de peser sur le budget des ménages. Le déguerpissement de nombreuses familles de leurs logements insalubres sans alternative crée de la frustration chez une population aux abois. Erigé en norme, le tribalisme refait surface et les scandales de corruption émergent (notamment dans la filière de l’anacarde).

Dans ce climat rempli de ressentiments, le pouvoir, qui se voulait différent de l’ancien régime, est loin d’être exemplaire. Sur le front politique, la réconciliation reste un mirage, les proches de l’ancien président sont toujours détenus dans les geôles sans jugement et sans avoir ne serait-ce que la chance de bénéficier des services d’un avocat. Dans les pays voisins, les exilés politiques continuent de mourir dans une profonde insouciance.

Face à ce tableau sombre, et malgré des indicateurs macroéconomiques qui affichent un niveau record depuis 10 ans, la première économie d’Afrique francophone (9% de croissance annuel moyen sur la période 2012-2015) est loin d’offrir à sa population l’émergence tant souhaitée.

Dans ce contexte, les Ivoiriens se réfugient sur internet, qui est devenu le mur de leurs lamentations, mais aussi le symbole de leur faiblesse.  Les pétitions se suivent, les hashtags se succèdent, les statuts de contestation se multiplient, les vidéos s’enchaînent…En vain.

Une contestation en manque de leadership

La  démission des élites ne se discute plus. Trop frileuses, elles ont choisi leur camp, celui de l’immobilisme. Elles refusent tout positionnement critique, tout effort de réflexion qui peut sembler désormais dangereux. Elles refusent d’assumer sa place et de mener son combat. Les réseaux sociaux leur servent à montrer qu’elles profitent de l’émergence bien réelle selon elles, n’en déplaise à toutes ces familles qui n’arrivent toujours pas à vivre décemment.

Le terrain de la contestation ayant été laissé vacant par les élites, celles-ci sont remplacées sur  internet par des porte-paroles qui de part la faiblesse de leur argumentaire ne font qu’entériner le nivellement par le bas de notre société. On est loin de cette Côte d’ivoire des années 70 ou la contestation était portée par  Zadi Zaourou ou encore le professeur Memel-Fotê.

S’organiser pour résister

Le peuple burkinabé a montré l’exemple en Afrique en se soulevant le 31 Octobre 2014 contre la violation de ses libertés fondamentales. Depuis longtemps la colère grondait, le peuple se lamentait et les signes avant coureur d’une révolte étaient visibles. Les vicissitudes de la vie ne parvenaient pas à éteindre la sourde révolte qui se préparait. Les soubresauts de l’affaire Norbert Zongo, les émeutes de la faim, les mutineries étaient les prémices d’une probable révolution. Porté par une société civile active et organisée au sein du collectif « Balai citoyen », le peuple burkinabé se préparait à entrer dans l’histoire par la grande porte.

Loin de l’inaction des fameux réseaux sociaux et de leur simulacre de révolution, c’est dans la rue que ce peuple va aller chercher et arracher le départ du maitre de Kossyam. Ce pouvoir qu’on croyait immuable, inébranlable a vertigineusement chuté. A l’instar du Balai Citoyen au Burkina Faso, la société civile ivoirienne doit s’organiser et faire émerger un réel contre-pouvoir pour empêcher que des décisions injustes soient prises en son nom, et à son insu.

Agir debout !

La société civile doit comprendre que face à la démission de ses représentants, elle doit prendre ses responsabilités en s’impliquant concrètement sur le terrain par l’emploi de tous les moyens pacifiques afin de faire entendre sa voix. Revendiquer, s’informer, manifester, boycotter, s’organiser, marcher, proposer, débattre.

Les réseaux sociaux doivent être utilisés de manière efficace, ils doivent servir de caisse de résonance aux revendications, ils doivent aider à mutualiser les forces et ne doivent en aucun cas remplacer la contestation frontale. Un hashtag aussi viral soit-il ne fera jamais fléchir un gouvernement.

Face à un pouvoir qui frôle parfois l’autoritarisme, le risque est grand, et les sacrifices à faire importants. Refuser de se confronter à un pouvoir, refuser de se lever, c’est accepter de subir demain les conséquences de notre léthargie. « L’esclave (le peuple) qui n’assume pas sa révolte ne mérite pas qu’on s’apitoie sur son sort, seule la lutte libère ». 

Joël-Armel Nandjui

 

Jeunesses d’Afrique quittez la tyrannie du confort et rentrez chez vous !

brain drainLa jeunesse africaine formée dans les meilleures universités occidentales a l’obligation de rentrer en Afrique pour participer à l’émancipation économique et sociale du continent. Cette sentence, au-delà de son caractère impératif, est avant tout un conseil, voire une opportunité.

Une nécessité plus qu’actuelle

Aujourd’hui, comme le dit l’ancien ministre sénégalais Cheikh Tidiane Gadio, « Tout le monde a compris que l’avenir est en Afrique sauf les Africains ». La jeunesse africaine se questionne encore sur la capacité du continent à lui offrir un avenir radieux. Elle ne cesse ainsi de tergiverser et d’attendre un hypothétique « bon moment » pour rentrer, mais rendons nous à l’évidence : les conditions optimales du retour ne seront jamais réunies.

Qu’attendons-nous pour rentrer ? Que la corruption soit complètement éradiquée ? Que le climat des affaires se soit stabilisé ? Que la justice devienne irréprochable ? Que toutes les armes de guerres aient disparu ? Ou attendons-nous que les infrastructures soient au standard européen ? Mais sur qui comptons-nous pour réaliser toutes ces choses ? Qui viendra construire nos musées ? Qui viendra mener une réforme du système judiciaire ? Qui mettra sur pied un système éducatif de qualité ? Qui luttera contre le chômage qui ravage nos populations ? Devrions-nous encore attendre des résolutions de l’ONU pour pacifier notre continent ?

Prenons exemple sur la génération de nos pères, ceux qui se sont battus dans les années 50 pour renverser l’ordre établi. Qu’aurait été le combat contre l’oppression coloniale si des illustres aînés comme Amilcar Cabral, Kwamé N’krumah, Jomo Kenyatta et j’en passe, n’avaient pas décidé de retourner dans leur pays pour se battre contre l’emprise coloniale ? Comme nous, ils auraient pu se contenter du confort d’une vie en occident sans se soucier de leurs peuples. Mais à un moment de leur vie, ils ont fait un choix, ils ont pris un risque, ils ont décidé de mener un combat certes rude et harassant, mais ô combien excitant.  Nous sommes les enfants de cette prise de risque.

Des difficultés certes à pointer du doigt

Le défi du développement de l’Afrique est passionnant, mais personne ne nie sa difficulté ainsi que les embûches sur le chemin : l’insécurité, les tensions ethniques, la menace terroriste, l’avancée du désert,  la corruption érigée en norme, les rebellions arrogantes, le paludisme, les rebelles désormais apôtres de la paix, la justice aux ordres et corrompue, le manque d’infrastructure de base, les pseudo-leaders en manque de vision, les crises humanitaires, la vision archaïque du rôle de la femme, la mortalité infantile, le SIDA.

Voici, pour faire court, ce à quoi nous serons confrontés lors de notre retour. Oui ! Le challenge est rude ! Mais embrasser ce challenge, relever ce défi c’est offrir à nos enfants un avenir radieux et l’opportunité de grandir sur une terre pacifiée où tous leurs rêves seront réalisables, loin des turpitudes de notre temps. Ne leur laissons pas notre combat en héritage.

Le but ici n’est pas d’appeler à rentrer pour la forme, mais de rentrer avec une vision, avec un projet. Le retour est de rigueur, mais il doit être construit, pensé et inscrit dans une dynamique. La vision qui doit nous guider sur le chemin du retour est celle que partageait le commandant Ernesto Che Guevara : « élargir le champ des possibles. » Notre objectif ultime doit être celui de rendre sa dignité à notre peuple en lui donnant les moyens d’une vie décente.

Néanmoins, remplie de certitudes et croyant toujours détenir la vérité, la jeunesse africaine vivant à l’extérieur se pose parfois en donneuse de leçon. Aveuglée par sa prétendue supériorité, elle ne peut appréhender de manière précise les réalités d’un continent qu’elle a parfois oublié. Pour mener ces batailles, il nous faut prendre le chemin du retour. Mais prendre ce chemin en laissant derrière cette arrogance qui à trop longtemps caractérisé la jeunesse africaine expatriée sous peine d’échouer.

Il y a un regain d'espoir

Rentrer, investir, entreprendre, réussir et créer de la richesse en Afrique, ils sont nombreux à avoir suivi cet itinéraire et à nous montrer la voie. Les initiatives ne se comptent plus, la plateforme KODJI portée par de jeunes ivoiriens, la tablette éducative QUELASY, la Chaine de café NEO, le Smartphone africain ELIKIA. Aux côtés de cette jeunesse qui rentre, l’autre restée sur place se met elle aussi en marche. Elle se positionne, s’active, prend des risques et essaie malgré les embûches de se construire un avenir meilleur.

Elle n’attend pas la venue d’un hypothétique messie, elle n’écoute plus et n’entend plus les vaines promesses de ses frères en exil.

Chaque jour elle  montre la voie en se battant contre un système corrompu qui ne lui laisse aucun répit. Elle garde le cap. Elle ne rêve plus d’un avenir meilleur à l’extérieur mais préfère réaliser un futur brillant à l’intérieur. Pour cette jeunesse restée sur place, la question ne se pose plus l’Afrique est déjà le continent de demain et chaque jour elle le prouve. Yerim Sow, Koné Dossongui, Marie-Solange Sahoun, Charles Emmanuel Yacé sont les étoiles qui lui servent de boussole.

Pendant qu’a l’extérieur on tergiverse et hésite sur la réalité du potentiel africain, les multinationales étrangères, quant à elles, passent à l’action. On peut s’en rendre compte avec l’implantation du groupe Carrefour en Côte d’Ivoire, la création d’une chaine 100% africaine par le groupe Canal +, la création de radios commerciales par le groupe Lagardère sur le continent, l’entrée au capital d’ECOBANK de Qatar national Bank, l’implantation du cabinet d’avocat ORRICK en Côte d’Ivoire.

Partout l’Afrique bouillonne. Elle est en mouvement. Ne nous limitons donc pas à un simple contrat de travail, à un  poste, un bureau au 29ième étage, à un salaire confortable, à un prêt immobilier, à un prêt à la consommation ; ne nous contentons pas des illusions de la vie en occident. Comme le disait le camarade capitaine Thomas Sankara : « Osons inventer l’avenir ».

Joël-Armel Nandjui

Destins croisés: Stokely Carmichael et Tavio Amorin

panafricanistesAux Etats-Unis d’Amérique la fin de la guerre de sécession marque le début de la ségrégation raciale. En 1896 la cour suprême américaine, en rendant l'arrêt Plessy contre Fergusson, officialise cette ségrégation à travers la doctrine du « séparé mais égaux ». Dès cet arrêt, les afro-descendants ne vont cesser de lutter contre cette politique raciste. Ce combat va atteindre son apogée à partir des années 50 avec des leaders comme Martin Luther King, Malcom X, Huey Newton ou encore Rosa Park.

Parallèlement, dans les colonies d'Afrique Occidentale Française, l'année 1960 marque la fin de la colonisation. Au Togo le pouvoir est détenu dès 1967 par Eyadema qui met en place une véritable dictature après l’assassinat du père de l’indépendance Sylvanus Olympio et la destitution de Nicolas Grunitzky.

C'est dans ces deux atmosphères de révolte que vont se révéler Stokely Carmichael et Tavio Amorin. Deux hommes séparés par l'histoire mais qui vont se rejoindre sur le terrain du combat pour la liberté des populations colonisées.

StokelyCarmmichaelAlors étudiant, le jeune Stokely Carmichael rejoint le SNCC (student nonviolent coordinating commitee) et le Non-violent action group. Il soutient à cette époque l'action non violente du pasteur King, l'un des leaders du mouvement pour les droits civiques. Acteur de la non violence, il mène des actions concrètes notamment des campagnes de boycott mais aussi des campagnes d'inscriptions des noirs sur les listes électorales.

Mais comment peut-on être non violent quand l'oppresseur n'hésite pas à recourir à la force et à la violence ? Stokely Carmichael ne pouvant rester insensible face aux massacres des siens décide de se radicaliser. Il s'oppose désormais aux idées de non-violence et d'intégration. Il prône alors le Black Power qui met en avant l'auto-défense et l'auto détermination des afro-descendants. Pour définir le Black Power Stokely Carmichael dira : « nous voulons le contrôle des institutions des communautés où nous vivons, nous voulons le contrôle de la terre, et nous voulons arrêter l'exploitation des populations non-blanches à travers le monde».

L'objectif du Black Power est donc d'amener les afro-descendants, d'une part à prendre conscience de ce qu'ils sont, de leurs racines, de leurs histoires, de leurs cultures, d'autre part à définir leurs propres buts et à prendre la direction d'organisations spécifiques.

Mais Stokely Carmichael voit plus loin il comprend que les afro-descendants doivent avoir un regard sur l’Afrique. En effet pour lui la fin du racisme aux Etats-Unis devait aussi passer par la fin de l'impérialisme des grandes puissances contre les pays africains. Fervent panafricain, il contribue à la création du All-African People's Revolutionary Party qui lutte pour l'unité et l'amélioration des conditions de vie des populations colonisées.

En 1969 il rejoint la terre de ses ancêtres et la Guinée du président Sékou Touré et prend le nom de Kwamé Ture en l'honneur de Kwamé N'krumah et de Sékou Touré. Toute sa vie il ne cessa de lutter pour la cause des populations colonisées. Il mourut d'un cancer en 1998.

tavioQuant à Tavio Amorin, il va se forger une conscience politique et développer ses idées pour le continent africain au cours de son parcours universitaire dans les années 80. Doté d'une vive intelligence il va s'efforcer d'analyser de manière précise la situation du continent africain.

Pour lui, la décolonisation n'a jamais eu lieu, très lucide sur la réalité du continent il met en avant le remplacement du système colonial par un système néo-colonial qui fait perdurer l’Afrique dans la dépendance. Ce système néo-colonial se caractériserait par une souveraineté inexistante des nouveaux Etats de par leur incapacité à pouvoir assurer seul leur défense et leur sécurité mais aussi par une maîtrise de l’épargne des nouveaux Etats par l'ex puissance coloniale. Il caractérise aussi ce système par une éducation qui ne prend pas comme socle la culture africaine mais celle du colon et aussi par l'absence d'une diplomatie autonome mais aligné sur celle de l'ex puissance.

Pour Tavio Amorin le combat pour éradiquer le néo-colonialisme ne peut se faire dans une Afrique désunie. Il prône donc la nécessité d'unir le continent et de faire émerger une société civile panafricaine qui serait le moteur d'une intégration africaine multidimensionnelle. Sa vision panafricaine ne se limite pas aux africains du continent mais il plaide aussi pour une intégration des afro-descendants qui doivent jouer un rôle moteur dans le combat en servant d'alliés aux africains.

Désireux de mettre en pratique ses idées il rentre au Togo pour se mettre au service du continent. A son retour il devient premier secrétaire du parti socialiste panafricain et délégué lors de la conférence nationale souveraine organisé au Togo en 1991. Mais le 23 juillet 1992, deux policiers l'abattent à bout portant avant de s'enfuir, il décédera quelques jours plus tard le 29 juillet dans un hôpital parisien.

L'histoire de Tavio Amorin et de Stokely Carmichael nous montre que les luttes des peuples Africains sont liées. Ces deux leaders partageaient une même vision : celle de voir les enfants d’Afrique dignes, forts et unis. Ils ne se contentaient pas de faire des vœux pieux. Ils ont œuvré durant toutes leurs vies à rendre cette vision concrète. Ils ont su penser leurs sociétés et apporter des solutions effectives qu'ils se sont efforcés à mettre en place.

Ces deux héros nous montrent la voie à suivre tant leurs réflexions restent actuelles. Il ne s'agit pas de ressasser le passé mais de s'approprier leurs pensées et leurs solutions en les actualisant afin qu'elles nous servent de guide dans le combat que nous seront obligés de mener et de gagner contre les forces oppressives. Tavio Amorin et Stokely Carmichael doivent nous servir de boussole car ils nous amènent à comprendre que nous ne pouvons pas combattre de manière isolés, nous devons comprendre que le panafricanisme qui est l'unité de tous les peuples noirs doit être pour nous l'horizon à atteindre.

Joël-Armel Nandjui

 

Je suis Panafricain

Nous sommes Panafricains

Que l'Afrique retienne le nom de ses HEROS

 

Source : Encyclopédie Universalis

La fin des mythes: Le royaume Ashanti

La vérité historique ne peut être occultée indéfiniment…

ghanaA la fin du 17ième siècle le prince de Kumasi du clan oyoko Oséi Tutu va unir autour de lui les peuples des royaumes Akan et écrire avec eux l'une des plus belles pages de l'histoire du continent. Remportant de nombreuses victoires militaires sur les royaumes frontaliers, Oséi Tutu étend son emprise et son pouvoir sur les royaumes Akan.  Aidé par un prête animiste Okomfo Anokyé, il va fédérer ces royaumes en une seule entité et en faire un Etat fédéral dont il sera le premier Ashantihéné (chef des Ashanti) et établira sa capitale à Kumasi.

Le royaume Ashanti est un état fédéral composé de provinces disposant chacune d'une grande autonomie et calquant leurs organisations internes sur celle de l'Etat central. Chaque province membre de la fédération est dirigée par un Héné  (chef). Ceux-ci sont représentés au sein d'un conseil chargé de prendre certaines grandes décisions (taxes, guerres). A côté de ce conseil représentatif des entités fédérées, un conseil des anciens est chargé d'assister l'Ashantihéné dans l'administration du royaume. Comme le fondateur du royaume, tous les rois sont élus au sein de la branche du clan matrilinéaire OYOKO et leur désignation est confiée à  la reine mère. En effet c'est elle qui choisit parmi les différents prétendants le prochain Ashantihéné. Son choix est ensuite soumis à l'approbation du conseil des anciens. Cette prérogative attribuée à la reine mère fait d'elle un personnage central du dispositif politique Ashanti, elle est sans doute la femme la plus puissante du royaume. Cette position de puissance met en avant l'importance de la femme au sein du royaume, celles-ci ne sont pas cantonnées à un rôle secondaire mais elles jouent un rôle majeur dont la reine-mère en est le symbole.

Loin de la perception mythologique contemporaine de la femme africaine qui cantonne celle-ci à un rôle négligeable, le royaume Ashanti nous rappelle que nos mères ont toujours eu une position de pouvoir tant dans les organes politiques que dans les sociétés africaines.

… elle finit toujours par émerger…

Sous le règne d'Oséi Kodjo (1765-1777) une série de réformes que l'on va appeler  « Révolution kodjoienne » va bouleverser l'organisation interne de la fédération. Cette révolution restée dans la mémoire du peuple Ashanti va permettre l'avènement d'une nouvelle administration plus forte composée de hauts fonctionnaires, nommés par le roi et chargés de gérer les affaires administratives  du royaume.

La gestion financière du royaume est confiée à un grand argentier entouré d'une équipe de comptables qui étaient en charge des tribus, des douanes, des péages et de la capitation. La collecte de cette manne financière était répartie de manière précise selon les différents postes budgétaires du royaume. Cette organisation a permis au royaume d'affirmer sa domination et de se positionner comme une puissance régionale sur le plan économique.

Ouvert sur le monde, les Ashantihéné vont faire appel à des compétences étrangères pour  améliorer et rendre plus efficace l'organisation du royaume. C'est ainsi que des européens vont être nommés hauts fonctionnaires et des scribes arabes vont être appelés pour perfectionner le système de statistiques.

En plus d'une administration forte et bien organisée le royaume Ashanti va conforter sa puissance régionale en mettant en place une diplomatie efficace. Ses ambassadeurs étaient sélectionnés parmi les roturiers du royaume pour leur esprit et la puissance de leur dialectique et faisaient rayonner l'Ashanti au delà de ses frontières.

loin du mythe d'une  Afrique constituée de tribus sauvages désorganisées, désunies et fermées, l'histoire du royaume Ashanti, son administration et son organisation politique montre que l’Afrique a su dépasser le tribalisme pour accéder à la réalité  abstraite de l’État et de la nation et s'ouvrir au monde en l'influençant et en s'y inspirant.

… et s'imposer car elle ne peut être contestée.

the fall of the asanteEn cette fin du XVIIème siècle, les principales armées des royaumes africains sont équipées d'armes à feu apparues grâce aux marchands arabes et européens présents sur le continent. Les royaumes d’Afrique comprennent rapidement l’intérêt pour d'eux de se doter de telles armes. 

La fédération Ashanti va alors s'équiper de plusieurs armes à feu afin de rivaliser avec les autres royaumes mais surtout avec les européens notamment les anglais qui se font de plus en plus menaçant.

Ainsi après les guerres face aux autres royaumes qui lui permettent d'élargir ses frontières qui s'étendaient alors des pays Gourounsi et Gondja à la côte et de Grand-lahou (Côte d'Ivoire) à petit popo (Togo), La fédération Ashanti va rentrer en conflit avec la couronne britannique qui ne voit pas d'un très bon œil sa suprématie dans la région.

En 1824 sous l'impulsion de l'Ashantihéhé Oséi Bounsou dit « la baleine », l'armée Ashanti rentre en guerre contre la couronne britannique. Cette première confrontation qui aura pour point d'orgue la bataille de Bonsaso va tourner au désastre pour l'armée britannique qui sera tenu en échec face au génie militaire Oséi Bounsou «  la baleine ». Mais en 1826 l'armée anglaise prendra sa revanche. Après ces deux guerres un traité de paix est signé entre les anglais et les Ashanti.

En 1863, une nouvelle guerre éclate durant laquelle l'Ashantihéné Kwakou Dwa décime les anglais à Assikouma et à Bobikouma. Ces victoires fortifient la fédération et son prestige se fait plus grand.

A la fin du XIX siècle l'entreprise de colonisation débute dans l'ouest du continent. Malgré leur hargne l’armée anglaise n'arrive pas à soumettre la fédération Ashanti comme c'est le cas de certains royaumes voisins. Face à cette impasse, elle va recourir à la ruse.

Attendu pour un entretien de paix avec l'Ashantihéné Kwakou Dwa III le gouverneur anglais  va entrer à la tête d'une forte armée dans Kumasi. Pris de court,  les armées de Kwakou Dwa sont vaincues.

Loin du mythe de l'africain armé de lances et de flèches qui ne disposait pas d'armes à feu, loin du mythe d'une prétendue supériorité militaire européenne, les victoires sur le champs de bataille des armées Ashanti viennent nous rappeler le génie de nos pères et battre d'un revers de la main la prétendue facilité avec laquelle les colons nous auraient vaincus.

Je suis Ashanti

Nous sommes Ashanti

Que l'Afrique retienne le nom de ses héros

NJA

Source : Histoire de l'Afrique noire de Joseph Ki-Zerbo, Hatier.

Souvenons-nous de Biaka Boda

BiakaVoici l’histoire de Biaka Boda, telle que racontée par Devalois Biaka.

C'est en 1913 dans le village de Dahiépa que voit le jour l'une des plus belles étoiles que la Cote d'ivoire ait connue.

L'histoire de notre étoile débute donc dans ce village de Dahiépa dans la région de Gagnoa en Côte d'ivoire. Très tôt orphelin de père et de mère, l'enfant de Dahiépa est recueilli et élevé dans la pure tradition bété par ses parents maternels dans le village de Biakou.

En 1920 le jeune fils de Dahiépa se sépare de ses parents et prend la direction de Gagnoa pour commencer son parcours scolaire. À l'école supérieure de Bingerville, il obtient son brevet d'étude primaire supérieur en 1930. Il sortira de à l'école de médecine de Dakar avec le titre de médecin africain en 1937. Durant toute la durée de ses études, Biaka fait preuve d'une vive intelligence et se fait remarquer par son caractère frondeur et rebelle.

A cette même époque les peuples de Côte d'ivoire sont soumis au diktat du colonisateur…

A sa sortie de l'école de médecine, notre nouveau médecin est affecté en Guinée. C'est au cours de son séjour en Guinée qu'il fait la rencontre du leader africain Ahmed Sékou Touré, alors président de la section du RDA en Guinée.

Le RDA est à cette époque le plus grand mouvement panafricain d'Afrique de l'ouest qui lutte pour l'émancipation de l’Afrique.

Cette rencontre sera l'occasion pour le médecin d’adhérer au RDA. Epris de liberté et farouchement opposé aux injustices subies par le peuple de Côte d’Ivoire, son engagement au sein du RDA n'est pas une surprise. Cet ainsi qu'il est admis au comité directeur du RDA en Guinée où il ne cesse de fustiger le colonialisme. L'administration coloniale va commencer à surveiller ce « révolutionnaire » qui, grâce à sa fougue oratoire, sème le trouble dans la colonie guinéenne.

Mais c'est en Côte d'ivoire que le combat du jeune médecin va prendre une autre dimension. En 1947 il quitte définitivement la Guinée pour la terre de ses ancêtres.

Quand il retourne dans la colonie de Côte d'ivoire il rejoint dans l'arène du combat contre l'exploitation coloniale Jean-Baptiste Mockey, Ouezzin Coulibaly, Jacob WilliamMathieu EkraDignan Bailly, Anne-marie Raggie ou encore Sery-koré.

A cette même époque le travail forcé, prolongation de l'esclavage, est pratiqué sur la terre d'Eburnie…

Élu en 1948 sénateur dans le cadre de l'union française notre médecin s'envole pour la métropole française où il compte porter fièrement la cause des siens. Son passage au sénat français est salué par ses condisciples qui ne cessent de vanter ses talents d'orateur. Le fils de Dahiépa gagne le respect des sénateurs de par sa droiture et son intégrité.

Mais dans la colonie ivoirienne les années 49 et 50 sont des années difficiles pour les militants du RDA. En effet l'administration coloniale a décidé de mener une lutte sans merci aux leaders du RDA qui étaient encore à cette époque un parti anticolonialiste. Tous les leaders de ce parti son arrêtés, brimés, emprisonnés et intimidés. Les populations acquises à la cause du RDA sont tuées ; souvenons-nous de la répression de Bouaflé. C'est dans cette période trouble que notre sénateur revient sur sa terre pour continuer le combat sur le terrain. A son retour il est l'un des rares leaders du RDA en liberté assumant son statut de leader. Il continue la lutte en fustigeant les dérives du colon et en sillonnant de nombreuses villes de la colonie ivoirienne pour prôner l’insurrection.

A cette époque les femmes marchent sur la prison de Grand-Bassam pour libérer leurs maris enfermés par l'administration coloniale…

Le 18 novembre 1949 dans la ville de Daloa il prononce un discours dont la virulence n'a d'égal que sa détermination à libérer la Côte d'ivoire du joug colonial. Ce discours est la goutte d'eau qui fait déborder le vase…

Le 27 janvier 1950, notre sénateur prend la route de Gagnoa. Après une panne de son véhicule à quelques kilomètres de la ville de Bouaflé, il décide de s'y rendre à pieds afin d'y passer la nuit. En arrivant il se fait héberger par l'Almamy Ali Diaby. Le sénateur ne se doute de rien mais un complot se prépare contre lui. En effet dans la nuit, il a été enlevé et tué dans un bosquet à proximité de Bouaflé.

Ainsi se termine le combat de l'honorable fils de Dahiépa, Victor Biaka BODA.

Durant plusieurs années l’administration coloniale a refusé de communiquer sur la disparition du sénateur, refusant même de remettre sa dépouille mortelle à sa famille. Malgré l'octroi de l'indépendance, le premier dirigeant de la colonie indépendante n’a pas honoré la mémoire de Victor Biaka Boda. Aucune sépulture digne de son rang ne lui sera offerte et aucun hommage national ne lui sera rendu. Victor Biaka Boda est un oublié de l'histoire de la Côte d’Ivoire, très peu d'ivoiriens se souviennent ou même connaissent ce nom. Il fut un grand militant et une figure de proue de la résistance à l'oppression coloniale. Mort pour la lutte et pour son peuple, souvenons-nous du sénateur Victor Biaka Boda et de son combat. 

 

Joël-Armel Nandjui

Les échos du passé: Le royaume d’Abomey


ghezo

Le temps est venu de rétablir notre vérité historique. Rappelons nous donc ensemble d'un des royaumes les plus puissants d'Afrique de l'ouest.

Racontons avec fierté l'histoire du royaume d'Abomey.

Aussi longtemps que les lions n'auront pas leur historien, les récits de chasse tourneront toujours à la gloire du chasseur.

UNE ORIGINE

C'est à partir du XVII siècle que s’éleva sur une partie du Bénin actuel le royaume d'Abomey.

Voici comment surgit du bruissement de l'histoire ce puissant royaume : la dynastie d'Abomey a pour origine le royaume de TADO, royauté située sur la rive droite du fleuve mono.

Les anciens nous racontent que Tenou Guessou alors roi du TADO épousa une femme appelée Gbekpo qui avait le pouvoir de se métamorphoser en panthère. De leur union naquit de nombreux descendants mais l'un d'eux appelé Adjahounto marqua de son empreinte le cours de l'histoire. A la mort de leur père Tenou Guessou, une querelle de succession divisa les fils du roi, Adjahounto n'eut d'autre choix que celui de quitter le royaume de son père. Il trouva alors refuge dans la région de Togo-goussa  où il fonda le royaume d'ALLADA.

Adjahounto eu trois fils mais à sa mort un conflit éclata entre ces derniers pour la succession au trône d'ALLADA. Pour régler le conflit les trois frères trouvèrent une solution de consensus. L'un d'eux prit la succession de son père sur le trône d'ALLADA. Le second prit la direction d'Adaché, fonda le royaume de Porto-Novo et prit le nom de Tê-Agbanlin. Le troisième Do-aklin partit vers le nord et créa le royaume d'Abomey. Mais c'est son petit fils Houegbadja qui fit du royaume d'Abomey un état fort et puissant.

Lorsque tu ne sais pas où tu vasregarde d’où tu viens.

UNE ORGANISATION

L'organisation du royaume d'Abomey ne fut soumise à aucune influence externe. 

La société d'Abomey était rigoureusement hiérarchisée avec une structure politique fortement centralisée et composée de roturiers soumis à l'autorité royale.

Pour administrer son royaume le roi s'entoura d'un Migan siégeant à sa droite et d'un Mehou siégeant à sa gauche tout deux remplissant les fonctions de premier ministre. En dessous du Migan et du Mehou on retrouve des ministres aux compétences bien définies comme le ministre des cultes (Aplogan), le ministre des finances, le chef de la police, le ministre chargé des problèmes fonciers (Tokpon) et par la suite un ministre des «blancs» (Yévognan).

Les femmes jouèrent un rôle important dans l'histoire de ce royaume. Au sein de la structure politique, des femmes étaient nommées par le roi afin qu'elles exercent un contrôle sur les activités des principaux dirigeants. Elles furent aussi à l'origine de nombreuses victoires militaires car c'est au royaume d'Abomey que fût créée la légendaire armée des amazones composée uniquement de femmes, la plupart vierges ou astreintes au célibat. Elles étaient lancées dans la bataille pendant les moments difficiles pour faire fléchir les dieux du combat.

Les troupes popo qu'elles vainquirent se souviennent encore de leur bravoure et de leur puissance…

Fort de cette organisation rigoureuse et efficace le royaume d'Abomey va connaître une croissance sous l'impulsion des successeurs de Houegbadja qui ne cesseront de faire croître ses frontières. En 1724 Abomey annexa le royaume d'Allada et en 1727 Oiudah, suite à ces annexions le royaume prit alors le nom de Dahomey.

C'est au bout de la vieille corde qu'on tisse la nouvelle.

UN HOMME

En 1818  une étoile accéda au trône du Dahomey…

A cette date le prince Ghezo fut couronné roi du Dahomey et choisi pour devise la tirade suivante : «  la jarre contient l'eau qui donnera au pays le bonheur. Si tous les enfants venaient par leurs doigts assemblés à en boucher les trous, l'eau de ne coulerait plus et le pays serait sauvé »

Durant son règne il rétablit la paix civile, s'employa à raffermir l’administration en réduisant la bureaucratie royale, rationalisa la collecte des impôts et mis en place des statistiques démographiques.

Sous ses ordres, son ministre de l'agriculture imposa aux villages des plantations obligatoires et encouragea la vulgarisation et la production de nouvelles cultures vivrières provenant d’Amérique (ex manioc). Il favorisa également le commerce de l'huile de palme qui participa à l'essor économique de l'Etat. Ghézo se révéla être un grand économiste.

Sur le plan militaire il rationalisa l'organisation des contingents, modernisa les équipements de son armée et donna une place encore plus importante aux amazones. Véritable génie militaire, il remporta de nombreuses victoires notamment contre les yoroubas du royaume d'Oyo.

Homme érudit et curieux, il encourageait les arts au sein de la cour et portait un intérêt particulier aux cultures étrangères.

Après 40 ans de règne éclairé Ghézo rejoignit la constellation des grandes étoiles africaines…

Le buffle puissant traverse le pays et rien ne peut l'arrêter ou s'opposer à lui

Mais en 1892 après une résistance farouche des descendants de Ghézo, le royaume du Dahomey tomba aux mains des colonisateurs.

Mais la sagesse africaine nous enseigne que L'éléphant meurt, mais ses défenses demeurent.

Je suis Ghézo

Nous sommes Ghézo

Que l’Afrique retienne le nom de ses Héros.

Joël-Armel Nandjui

Sources :

– Histoire de l'Afrique noire, Joseph ki-zerbo , Hatier

– Universalis, «DAHOMEY ROYAUME DU (XVIIIe-XIXe s.)»,Encyclopædia Universalis