Croissance : Arrêtons de compromettre la compétitivité des universités africaines

universiteSi les secteurs public et privé d'Afrique ne fournissent pas de manière proactive les biens et services de pointe dans le marché mondial, le continent sera transformé en un fournisseur net de matières premières et de services bon marché essentiels à la fabrication de biens et services à valeur ajoutée fournis par d'autres en retour.

Pour ce faire, les universités africaines doivent investir dans la recherche pour leur permettre de contribuer de manière significative dans le leadership mondial, au transfert de technologie et à participer de façon bénéfique aux affaires mondiales. Si les secteurs public et privé d'Afrique ne fournissent pas de manière proactive les biens et services de pointe dans le marché mondial, le continent sera transformé en un fournisseur net de matières premières et de services bon marché essentiels à la fabrication de biens et services à valeur ajoutés fournis par d'autres en retour.

En dépit d'être l'un des continents les mieux dotés en ressources naturelles, le PIB moyen par habitant (nominal) pour la période 1990-2010 était bien maigre, 1.560 dollars US contre 16.837 dollars US de moyenne mondiale, selon la Banque Mondiale. La consommation électrique du continent est extrêmement faible, à 3,1% de la consommation d'énergie mondiale.

Le classement mondial Times des Universités 2012-2013 montrent que parmi les 400 meilleures universités dans le monde, seules 4 sont africaines (toute situées en Afrique du Sud). 131 sont en Amérique du Nord, 3 sont sud-américaines, 57 sont asiatiques, 180 sont européennes et 25 sont en Océanie. En dehors de l'Afrique du Sud, aucune université africaine n'est parmi les 400 meilleures du monde. Cela signifie que la plupart des pays africains ne délivrent pas la compétence mondiale en leadership ou en technologies, ni l'expertise nécessaires pour maximiser la participation positive de l'Afrique dans l'économie mondiale du savoir.

Il est important que le continent puise dans la coopération régionale pour augmenter le capital de départ pour la mise en place d’universités de classe mondiale sur le continent africain, détenues et exploitées collectivement par les pays africains. Celles-ci attireraient les meilleurs formateurs de classe mondiale et / ou chercheurs et conduiraient à l’inscription des meilleur talents de tous les pays africains et du monde entier pour ensuite atteindre un meilleur niveau de compétitivité à l’échelle continentale et mondiale.

La détérioration de la compétitivité de nombreuses universités africaines est également attribuable à la retraite des formateurs et des chercheurs qui ont fait leurs études de premier cycle dans les universités de classe mondiale. Leurs places sont prises par leurs homologues fraîchement venus des universités locales qui ne sont pas de classe mondiale. La préférence des ressources humaines pour des formateurs et des chercheurs bon marché mais de qualité inférieure à leurs homologues plus chers, mais de classe mondiale devrait également être inversée. Les institutions africaines d'enseignement supérieur doivent penser à long terme et arrêter de compromettre leur compétitivité.

L'expansion continue des universités existantes et la création de nouveaux établissements au détriment de la prestation d'une éducation de qualité doit aussi être inversée. Ne pas le faire reviendrait à encourager la recrudescence des jeunes diplômés qui ne peuvent pas obtenir un emploi en rapport avec leurs études sur le marché mondial parce qu'ils ne sont pas suffisamment qualifiés.

Créer des mécanismes en vue d’identifier les meilleurs jeunes talents africains dans les écoles secondaires et leur permettre de faire leurs études de premier cycle dans des universités de classe mondiale en les aidant à obtenir des admissions et les bourses nécessaires stimuleront la tendance pour des apprenants compétitifs. Les parents qui en ont les moyens devraient également être encouragés à parrainer des élèves africains talentueux pour leur permettre de faire leurs études de premier cycle dans les plus grandes universités dans le monde. Les gouvernements et les universités africaines devraient aussi collaborer avec les principaux secteurs privés en Afrique pour définir la manière dont ils pourraient travailler ensemble pour évoluer vers des universités de classe mondiale.

 

Article initialement paru sur Next-Afrique, écrit par M.O. Kassy

Les migrants africains paient cher pour envoyer de l’argent chez eux

transferts_migrantsSelon les nouvelles données de la Banque mondiale, les migrants africains paient plus cher pour envoyer de l’argent à leur famille que n’importe quel autre groupe migrant dans le monde. 

Les migrants de l’Asie du Sud paient en moyenne 6 dollars pour chaque tranche de 100 dollars qu’ils envoient à leur famille, tandis que les Africains paient souvent plus de deux fois ce montant. En Afrique du Sud, où le coût des envois de fonds est le plus élevé du continent, près de 21 pour cent de l’argent mis de côté pour les membres de la famille restés au pays est consacré au paiement de la transaction.

Environ 120 millions d’Africains dépendent des fonds envoyés par des membres de leur famille qui vivent à l’étranger pour leur survie, leur santé et leur éducation. La Banque mondiale soutient que les coûts élevés des transactions limitent l’impact que les transferts de fonds pourraient avoir sur les niveaux de pauvreté.

Pour remédier à ce problème, la Banque mondiale s’est associée à la Commission de l’Union africaine et à certains États membres afin de mettre sur pied un Institut africain pour les transferts de fonds (African Institute for Remittances, AIR), dont l’objectif sera d’abaisser les coûts des transferts de fonds vers l’Afrique et entre les pays africains et d’utiliser les envois de fonds pour favoriser le développement économique et social.

« La Banque mondiale apporte son soutien aux réformes réglementaires et politiques qui favorisent la transparence, la concurrence et la création d’un environnement propice aux technologies de paiement novatrices et aux produits de transfert », a dit Marco Nicoli, un analyste financier auprès de la Banque mondiale qui se spécialise dans les envois de fonds. 
Difficile et coûteux 

Owen Maromo, un ouvrier agricole de 33 ans qui vit à De Doorns, une région viticole de la province sud-africaine du Cap-Occidental, a dit à IRIN que sa famille, qui est restée au Zimbabwe, dépend de l’argent qu’il envoie chaque mois. 

« J’ai une maison là-bas et je dois payer le loyer. Je dois aussi prendre soin de la famille de ma femme et de mon plus jeune frère, car ma mère est décédée il y a quatre ans. » 

« Presque tous les Zimbabwéens qui vivent ici font un budget pour pouvoir envoyer de l’argent chez eux », a-t-il ajouté. « S’ils le pouvaient, ils enverraient de l’argent chaque semaine. » 

Un rapport publié en 2012 par l’organisation non gouvernementale (ONG) People Against Suffering Oppression and Poverty (PASSOP), basée au Cap, et présentant des interviews réalisées auprès de 350 migrants zimbabwéens a révélé quelques-unes des raisons qui font qu’il est à la fois difficile et coûteux d’envoyer de l’argent depuis l’Afrique du Sud. 

Le cadre réglementaire strict qui régit les transferts transfrontaliers depuis l’Afrique du Sud est un obstacle majeur. La législation sur le contrôle des changes exige par exemple que les opérateurs de transferts d’argent s’associent avec des établissements bancaires. Selon PASSOP, cette règle a pour effet de limiter une concurrence qui permettrait d’abaisser les coûts des transactions. 

En vertu de la législation visant à mettre un frein au blanchiment d’argent et au financement du terrorisme, les clients doivent fournir une preuve de résidence et une attestation d’origine des fonds qu’ils souhaitent transférer pour obtenir des services financiers. Cette mesure a pour effet d’exclure les nombreux migrants qui vivent dans des établissements informels et ceux qui sont payés en espèces. 

PASSOP a par ailleurs découvert que, même parmi les migrants qui ont accès aux banques et aux opérateurs de transfert de fonds comme Western Union ou MoneyGram, nombreux sont ceux qui n’ont pas les connaissances financières pour utiliser ces services. 

« Certains d’entre eux arrivent des régions rurales du Zimbabwe. Il leur faut du temps pour apprendre ces choses », a dit M. Maromo, ajoutant que l’absence de document d’identité est un autre obstacle important. « Si vous êtes sans-papiers, vous ne pouvez pas faire appel aux banques. » 

Les trois quarts des migrants zimbabwéens interviewés par PASSOP ont dit avoir recours à des canaux « informels », c’est-à-dire qu’ils donnent de l’argent ou des biens à des chauffeurs d’autobus, des amis ou des agents pour qu’ils les remettent à leurs proches. Ce n’est pas beaucoup moins cher que d’utiliser les services des banques ou des opérateurs de transfert de fonds et c’est beaucoup plus risqué. Parmi les répondants qui ont utilisé ces méthodes, 84 pour cent ont rapporté avoir vécu des expériences négatives comme le vol de leur argent, la perte ou la destruction de leurs biens et d’importants retards dans le versement de l’argent aux bénéficiaires. 

M. Maromo a essayé, une fois, de faire affaire avec un agent qui empochait une commission de 15 pour cent pour déposer l’argent sur son compte sud-africain avant de le remettre à la famille de M. Maromo au Zimbabwe. « Il n’y a pas longtemps, j’ai failli perdre 2 000 rands (225 dollars). Je les ai déposés dans le compte [de l’agent], qui disait qu’il ne les avait pas reçus et inventait toutes sortes d’excuses. Nous avons finalement réussi à récupérer l’argent, mais ça nous a coûté presque 1 000 rands (113 dollars) d’appels au Zimbabwe », a-t-il dit. 

« Certaines personnes demandent aux chauffeurs d’autobus ou à d’autres migrants qui rentrent chez eux de donner l’argent à leurs proches. Vous êtes obligés de leur faire confiance parce que vous n’avez pas d’autre choix, mais il peut y avoir beaucoup de problèmes », a-t-il ajouté. « Il y en a beaucoup qui perdent leur argent. On entend ce genre d’histoire presque chaque jour. » 
Abaisser le coût des transactions 

M. Maromo utilise maintenant un service de transfert en ligne basé au Royaume-Uni, Mukuru.com, qui est populaire auprès des Zimbabwéens qui vivent à l’étranger. Il doit fournir une preuve de résidence et une attestation d’origine des fonds comme avec les opérateurs de transfert d’argent traditionnels, mais le site ne facture que 10 pour cent du montant transféré – moins que la plupart des banques – pour les envois de fonds entre l’Afrique du Sud et le Zimbabwe. 

La Banque de réserve et le Trésor sud-africains se sont engagés à ramener le coût des transferts de fonds à 5 pour cent en assouplissant les règles pour l’envoi de petites sommes d’argent, en négociant avec les organismes de contrôle au sein de la Communauté de développement d’Afrique australe (Southern African Development Community, SADC) au sujet des règles de contrôle des changes et en supprimant le règlement qui oblige les opérateurs à s’associer avec des banques. 

Toutefois, au moment d’écrire ces lignes, la Banque de réserve n’avait pas encore répondu aux questions d’IRIN concernant la façon dont elle a l’intention de mettre en oeuvre ces changements et les délais prévus. 

Selon Rob Burrell, directeur de Mukuru.com, il ne sera pas facile d’atteindre l’objectif de 5 pour cent, car les opérateurs de transfert d’argent doivent débourser des sommes importantes, notamment pour rémunérer les entreprises qui collectent et remettent l’argent aux bénéficiaires, gérer les centres d’appels qui s’occupent d’effectuer les transactions et se conformer aux exigences en matière de licence et de diffusion de l’information. « Il faudrait que tout le monde tende ensemble vers un même but », a-t-il dit. 

Selon M. Burrell, la législation britannique, moins stricte pour les opérateurs de transfert d’argent, permet une plus grande concurrence, mais les contrôles anti-blanchiment qu’elle offre sont beaucoup plus faibles. Pour pouvoir opérer en Afrique du Sud, Mukuru.com doit s’associer avec un établissement local titulaire d’une licence bancaire. 

« Il est plus facile d’obtenir la licence au Royaume-Uni. Il existe 4 000 [opérateurs de transfert d’argent là-bas], contre 12 en Afrique du Sud, mais l’inconvénient, c’est qu’il est très difficile de tous les surveiller », a-t-il dit à IRIN. « Mon dernier audit au Royaume-Uni remonte à quatre ans, car les autorités sont incapables de gérer le volume de licences. » 

 

Un article initialement publié par IRIN, le service des nouvelles et d'analyses humanitaire des Nations Unies.

Elections maliennes : « rien ne sert de courir, il faut partir à point »

Des élections présidentielles auront lieu au Mali, ce dimanche 28 Juillet 2013. Après deux ans de crise, et quelques mois seulement après la reprise en main du pays par les forces françaises, maliennes et africaines. Etait-ce si urgent d'organiser les élections aussi rapidement? Les candidats ont-ils eu le temps de préparer correctement ces élections? Les Maliens se dépalceront-ils? Quelle légitimité aura ce scrutin? Autant de questions examinées dans cet article de V. Rouget.


En campagne, toutes ! Le7 juillet a marqué le coup d’envoi officiel de la campagne électorale malienne en vue des élections présidentielles du 28 juillet. Les premiers meetings, tels que ceux d’Ibrahim Boubacar Keita (à Bamako), de Soumaïla Cissé (Mopti) ou de Dramane Dembélé (Sikasso) ont démarré en fanfare. Pendant trois semaines, les 28 candidats vont sillonner le pays et tenter d’apparaître aux yeux des électeurs maliens comme l’homme providentiel capable de relever le pays. Pour la femme providentielle, on repassera : la seule candidate (et nordiste qui plus est), Aïssata Haïdara Cissé, ne possède qu’une chance infime de l’emporter…

Elections MaliAu début de l’année, dans l’enthousiasme général consécutif à la libération du Nord-Mali, les autorités de transition annonçaient la tenue d’élections en juillet, destinées à tourner pour de bon cette page sombre de l’histoire malienne. Depuis, l’enthousiasme a laissé la place au scepticisme et à l’inquiétude : est-il vraiment réaliste de vouloir organiser un scrutin national dans un délai aussi court ? Des doutes qui s’immiscent même parmi les candidats : ainsi, Tiébilé Dramé, candidat du PARENA (et par ailleurs responsable des négociations de Ouagadougou avec le MNLA ces derniers mois), a déposé en début de semaine une requête auprès de la Cour constitutionnelle pour demander l’ajournement des élections.

Une élection sous pression

En accédant à sa demande, la Cour manifesterait là un beau signe d’indépendance. Mais il n’y a guère d’espoir que les juges suprêmes fassent preuve d’une telle audace, tant les pressions pour maintenir la date du scrutin sont fortes. Dioncounda Traoré a une nouvelle fois confirmé la date de l’élection ce mardi 9 juillet… tout en reconnaissant les nombreux problèmes qui subsistent : « il ne saurait y avoir d’élection parfaite et surtout dans un pays qui vient de sortir d’une crise profonde (…) les imperfections du processus électoral peuvent être compensées par l’esprit civique des candidats et des électeurs ». En lisant ces lignes, on se demande si le Président par intérim n’essaie pas avant tout de se convaincre lui-même qu’il ne mène pas le Mali droit dans le mur.

C’est qu’il n’a pas vraiment le choix, Dioncounda. Sa marge de manœuvre est étroitement limitée par ses partenaires internationaux. La France, en premier lieu, qui attend avec impatience de pouvoir annoncer la fin de la transition, rapatrier le gros de ses soldats, crier « mission accomplie ! » et se gargariser des succès de sa glorieuse armée, capable d’éviter dans le Nord-Mali un scénario à l’afghane. Les Etats-Unis, justement, sont aussi pressés de retrouver au Mali un interlocuteur adoubé par le suffrage universel. Comme d’autres bailleurs de fonds, ils attendent de pouvoir relancer leurs projets de développement, leurs procédures interdisant de financer un gouvernement qui ne soit pas démocratiquement élu. A ces pressions étatiques s’ajoutent d’autres, plus discrètes, venant du secteur privé: la reconstruction du Nord-Mali, c’est aussi l’occasion de juteux contrats d’investissements, qui ne tarderont pas à tomber une fois un nouveau gouvernement constitué. Ainsi, les entreprises occidentales déjà positionnées sur ce marché de l’après-conflit suivent de près la préparation des élections. En témoigne la réunion tenue début juillet entre plusieurs ministres maliens et des représentants du MEDEF français.

Une élection prématurée

Le Mali vient donc de commencer un sprint électoral de trois semaines, sans réellement avoir eu le temps de se mettre en place dans les starting-blocks. Nombreux sont les problèmes qui auraient dû justifier un report du scrutin de quelques semaines.

La saison, tout d’abord : l’élection va se dérouler en plein milieu de la période d’hivernage, alors que 70% de la population malienne, encore largement rurale, est occupée à travailler dans les champs. Dans plusieurs régions soumises aux crues du Niger, les déplacements vers les bureaux de vote pourront être difficiles, voire totalement impossibles. A cela s’ajoute le Ramadan : toute la campagne présidentielle et les opérations de vote vont avoir lieu en période de jeûne.

Plus important, la préparation des élections est considérablement gênée par des erreurs techniques et administratives. Les archives municipales de plusieurs localités du Nord ont été détruites pendant les combats, et certains villages ne comptent plus qu’une poignée d’électeurs sur leurs listes ; les cartes d’électeurs biométriques NINA sont délivrées aux mauvaises localités, ou n’arrivent pas dans les délais prévus ; les quelque 350 000 mineurs arrivés en âge de voter depuis le précédent recensement de 2010 n’ont pas tous été ajoutés au fichier électoral ; environ 175 000 Maliens se trouvent encore dans des camps de réfugiés en Mauritanie, au Burina Faso et au Niger, et malgré tous les efforts de l’ONU, beaucoup n’auront certainement pas la possibilité de voter… Tous ces détails, à grande échelle, commencent à peser et engendreront très certainement des frustrations le 28 juillet, lorsque des électeurs se verront refuser l’accès aux bureaux de vote. 

Enfin, et surtout, la question de Kidal et des régions du nord reste insoluble. L’accord signé à Ouagadougou le 18 juin entre le MNLA/HCUA et le gouvernement malien n’a que partiellement déverrouillé la situation, et il a fallu attendre ce vendredi 5 juillet pour voir l’armée malienne se réinstaller dans la ville. Les soldats s’y sont déjà heurtés à plusieurs manifestations d’hostilité ce week-end ; le gouverneur de Kidal est encore bloqué à Bamako « pour des raisons de sécurité », et tout porte à croire que les cartes NINA et le matériel électoral ne seront pas déployés à temps pour permettre aux électeurs de la région de participer au premier tour le 28 juillet. Au vu des tensions actuelles, il ne serait pas étonnant que nombre des 28 candidats évitent soigneusement d’aller faire campagne dans la région.  Sur le plan démographique et géographique, Kidal n’est qu’un grain de sable perdu dans le désert, 67 000 habitants dispersés sur une surface de 260 000 km². Mais un grain de sable ô combien symbolique pour le Mali. C’est de là qu’est partie la rébellion du MNLA à la fin de 2011 (ainsi que les deux précédentes rébellions touareg, en 1990 et 2006) ; l’opération Serval, efficace contre les groupes terroristes, a laissé intact l’enjeu principal du Nord-Mali, à savoir la place des populations touareg dans la nation malienne. Ainsi, Kidal est aujourd’hui le baromètre de l’évolution du Mali post-conflit. Quelques semaines de plus auraient pu permettre aux populations du Nord de voter et ainsi d’effectuer le premier pas d’une réintégration dans la vie politique nationale qui s’annonce si difficile. Mais les autorités de Bamako ne semblent pas disposées à accorder ce délai supplémentaire. Dès lors, c’est tout le processus de réconciliation qui se retrouve en péril : comment peut-on envisager de remettre une région séparatiste dans le giron de l’Etat si on l’empêche de donner sa voix, d’exprimer ses ambitions et sa vision pour cet Etat reconstitué ?

Une élection dénaturée ?

Ces trois problèmes viennent empoisonner la préparation des élections. Sans doute, la présidentielle  malienne se déroulera sans violences ouvertes ; une dérive « à l’ivoirienne » n’est a priori pas d’actualité, et les problèmes énoncés ci-dessus ne déboucheront pas sur un bain de sang. Ce critère doit-il pour autant être le seul pris en considération lorsqu’il s’agit de fixer un calendrier électoral de sortie de crise ? Un scrutin sans affrontements meurtriers est-il nécessairement un scrutin réussi ? Tristement, l’élection malienne est en train d’être travestie, de perdre son sens premier, celui d’une consultation populaire réunissant toutes les communautés maliennes à un moment charnière, pour ne devenir qu’un élément d’une to-do-list bureaucratique, une étape de plus dans un schéma préconçu de transition post-conflit. Là où une élection bien préparée aurait constitué un véritable évènement refondateur, le pari a été fait d’une élection rapide. Le risque que les plaies ouvertes par ces derniers mois de crise ne se résorbent pas totalement est là, bien réel.

Alors, quelles portes de sortie reste-t-il aujourd’hui, alors que les élections se rapprochent à grands pas ? Seule la Cour constitutionnelle a encore l’autorité pour entraîner un report, et une seule hypothèse pourrait lui faire prendre une telle décision : Dioncounda Traoré, ne voulant se mettre la communauté internationale à dos en prenant seul la décision d’un report, aurait-il négocié avec la Cour constitutionnelle pour qu’elle accède à la requête de Tiébilé Dramé (un proche de Dioncounda), le report apparaissant ainsi comme une décision judiciaire indépendante ? Le scénario apparaît tout de même improbable, et en l’absence d’un tel jeu de poker menteur, les élections auront vraisemblablement bien lieu ; on ne peut alors qu’espérer qu’elles ne tourneront pas au fiasco.

L’occasion était pourtant belle : alors que d’ordinaire les Maliens se distinguent par des taux de participation électorale extrêmement faibles (environ 25% aux élections présidentielles et législatives de 2002 et 2007), l’échéance de juillet suscite les débats et attire les foules, bien au-delà de tout ce qu’avaient réussi les nombreuses initiatives de sensibilisation citoyenne avant les précédentes élections. C’est donc d’autant plus dommage que cet engouement démocratique soit « pollué » par des problèmes techniques ou administratifs que l’on aurait facilement pu résoudre avec quelques semaines supplémentaires de préparation.

Rien ne sert de courir, il faut partir à point. On aurait aimé que les autorités maliennes retiennent la leçon.

 

KATANGA BUSINESS (2009) – Un film documentaire de Thierry Michel

Du business dans la rubrique culture, allons donc ! Et si on désappropriait le discours économique de la voix des seuls experts… Soyons encore plus fous, faisons en l’affaire de tous. Déplaçons donc le discours économique et adoptons une autre perspective.

Affiche_katanga_business Avec « Congo River », nous avons exploré les méandres du Congo en suivant le contre-courant du fleuve. Toujours plus haut, vers la source, tentant de surmonter le désespoir des habitants du Congo, fleuve-pays. Avec « Katanga Business », revenons sur terre et tentons d’affronter la guerre…économique qui s’y livre. Encore une guerre… Katanga Business ou la guerre des intérêts particuliers multinationaux.

Le Katanga, cette région bien nommée (katanga signifie cuivre) est une région du Congo qui détient 80% des mines du pays : cuivre, cobalt, uranium, manganèse… On croirait réciter la table de Mendeleïev, cette fameuse table d'éléments qu’on apprend en cours de chimie.

Autant de minerais qui transforment la terre en argent, sonnant et trébuchant.

Ceux qui trébuchent, les creuseurs, ces hommes venus de tout le pays pour espérer trouver quelque subsistance en creusant la terre de leurs mains nues et revendre le minerai brut souvent à prix dérisoire. Ils creusent, creusent et souvent c’est leur propre tombe qui apparaît.

C’est l’ouverture de ce film documentaire de Thierry Michel, une tombe qui se referme. Image glaçante, plus terrible encore que les maux qu’on découvre ensuite: corruption, exploitation, mépris de la vie humaine…

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Fidèle à son dispositif de montage, Thierry Michel mixe ses images aux archives en noir et blanc filmées du temps du Congo Belge à l’industrie florissante… une autre exploitation encore.

Du temps de la colonie, on pillait les ressources. Aujourd’hui, qu’en est-il ?

L’histoire de la Gécamines devient sous la caméra de Thierry Michel un petit cours d’histoire économique. Fleuron industriel du Congo Belge, nationalisée à l’indépendance, cette entreprise d’Etat est dirigée –au début du documentaire- par le canadien Paul Fortin. Nommé par le Président de la République Démocratique du Congo, c’est un patron pour le maintien de qui les salariés n’ont pas hésité à faire grève.  Ce patron illustre bien l’ancienne façon de diriger "à la papa". Mes ouailles, ayez confiance. « La politique, cela ne donne pas à manger » nous dit-il. Mais ça pourrait si on arrêtait de tirer sur les creuseurs qui manifestent pour défendre leurs droits. Oui, on tire pour assurer la sécurité des investissements…

Thierry Michel  trouve dans la région du Katanga le cœur brut et géologique des stratégies économiques mondiales. Cette région dotée de fabuleuses ressources énergétiques est convoitée par tous les pays avides de minerais pour accroître leur développement industriel. Et cela profite-t-il à la région et au pays lui-même ? Les Congolais gagnent-ils aussi ?

Pour y répondre, Thierry Michel pointe sa caméra vers le Gouverneur de la riche région et nous laisse faire notre propre idée.


KATANGA business de Thierry Michel

Moïse apparaît ainsi en Terre d’Afrique. Oui, un nom qui décide de son destin, dixit l’intéressé. Moïse Katumbi est dans le documentaire de Thierry Michel un véritable personnage. Ancien homme d’affaires ayant fait fortune et aussi président du fameux club de football TP Mazeme au Lubumbashi, il est élu gouverneur du Katanga en 2007. L’ancien homme d’affaires s’est mué en intercesseur de l’intérêt général.

Moïse gouverneur des hommes devient aussi le défenseur des creuseurs.

Moïse solution ! Scandent les creuseurs. Mais peut-il empêcher les multinationales de déloger les creuseurs ? C’est à ce titre que le personnage de Moïse Katumbi  attire la caméra et notre attention dans ce documentaire. Il est l’incarnation des contradictions à résoudre. Dans quelle mesure l’ancien homme d’affaires peut-il protéger l’intérêt général ? Comment peut-il à la fois encourager les investissements étrangers dans sa région et défendre les intérêts de ses administrés ?

On le sent sincère. Et puis, c’est sans compter sur l’aide contre-productive de certaines autorités qui s’accoquinent avec des investisseurs peu scrupuleux.

Les investisseurs indiens et chinois montent en puissance sur le continent. (Non, il n’y a pas de lien entre le manque de scrupule de la phrase précédente et ce qui suit)

« Nous attachons beaucoup d’importance à l’amitié. Nouer des liens amicaux avec l’ensemble des pays du monde est l’idée fondamentale de la politique étrangère de la Chine » nous dit l’ambassadeur chinois, Wu Zexian. Bon, il faut savoir aussi choisir ses amis…

Mais c’est vrai aussi que la Chine et la plupart des pays africains appartiennent encore au mouvement des non-alignés, feu mouvement qui se constitua comme une troisième voie pendant la guerre froide et surtout en lutte contre la colonisation.

On ne peut donc que sourire quand on découvre à la fin du documentaire que Paul Fortin de la Gécamines passe la main à l’investisseur chinois M. Min. C’est peut-être le début d’une grande amitié…

 


Post-scriptum :

Thierry Michel consacre son dernier documentaire au gouverneur du Katanga – « L’irrésistible ascension de Moïse Katumbi»-. Le film est sorti fin avril en Belgique, il est prévu en France à la rentrée, il est d’ores et déjà interdit en République Démocratique du Congo. Interdit de visa au Congo, Thierry Michel est d’ailleurs aussi menacé de mort par certains partisans (vraiment ?) de Moïse Katumbi. Faire un film n’est pas sans risques.

Tey, conte philosophique sur la vie et la mort

GOMIS_Alain_2012_Tey_00_2013Comment vivre tout en sachant qu’on est en train de passer son dernier jour sur la terre, à côté de ceux qui vous aiment et vous méprisent?
 
Satché, le personnage principal du film Tey du Sénégalais Alain Gomis, en a fait l’expérience. De son vivant, il a entendu les uns et les autres faire leurs témoignages de sympathie et d’antipathie à son endroit, comme lors des veillées funèbres et funérailles tout à fait normales. Certains trouvaient qu’il était gentil, serviable, quand d’autres évoquaient son côté un peu lâche et égoïste. En dehors de cela, Satché voyant sa mort venir est allé chez son oncle, qui prépare les morts avant leur départ pour l’au-delà, pour qu’il l’aide à vivre la même expérience. C’est ainsi que l’oncle l’a fait allonger pour lui montrer comment il prépare les morts avant leur dernier voyage. Grâce à une esthétique qui mêle le théâtre et la poésie, Alain Gomis a su allier les moments joyeux et pénibles, pour mieux montrer les réactions des proches de Satché, face à l’imminence de son départ du monde terrestre. “Ne pars pas, ne pars pas mon fils”, lui soufflait sa mère à l’oreille, tout en le serrant très fort dans ses bras. Des moments d’émotion que le cinéaste a su bien immortaliser grâce à un maniement assez juste de la caméra.
 
En faisant un usage assez judicieux et modéré des flash-back, le réalisateur franco-senégalais a permis au spectateur de remonter au passé de Satché pour découvrir le grand amour qu’il a pour sa femme. Un amour tellement fort que cette dernière refuse qu’il la touche à quelques heures de sa disparition annoncée, de crainte de ne plus pouvoir vivre les mêmes moments de joies par la suite.
 
Film difficile à comprendre par moments, à l’instar de Pegase du Marocain Mohamed Mouftakir, Tey (aujourd’hui) est un conte philosophique sur la vie et la mort, sur leur signification pour chaque être humain, sur l’utilité de la présence de l’Homme sur cette terre. Tey qui veut conquérir l’étalon d’or de Yennenga 2013, est aussi une réflexion sur la place qu’occupe chaque personne dans notre coeur, dans notre vie. Cela est d’autant vrai qu’après avoir su que sa mort est imminente, Satché a rendu visite à des parents, à son premier amour, aux amis avec qui il a passé de bons moments et visité des endroits de Dakar qui lui sont chers. Mais après toute cette randonnée à travers la ville de Dakar, Satché a tenu à revenir à la maison, pour passer ses dernières heures en compagnie de sa femme et de ses deux enfants. Ce qui montre la place qu’ils occupent dans son coeur. Un peu comme l’immigré qui rêve de mourir à côté des siens au pays, Satché a préféré rentrer chez lui pour vivre quelques heures d’intenses joies, en improvisant une partie de jeux avec ses enfants.
 
Pourquoi une réflexion sur la mort quand les humains aspirent généralement à la vie? C’est la question que peut se poser légitimement le cinéphile après avoir vu ce long-métrage de 88 minutes, dont la fin ne montre pas clairement que Satché est effectivement mort. C’est certainement une façon pour le cinéaste de dire qu’après la mort il y a une autre vie, et que l’être humain ne devrait pas avoir peur de la mort, qui n’est rien d’autre qu’une autre forme de vie.
 

Article publié initiaement sur http://blog.cineafrique.org par le journaliste et critique cinéma Anoumou AMEKUDJI

Conference sur le FCFA et la souveraineté monétaire des Etats africains de la zone Franc

dv631038Terangaweb – L'Afrique des Idées a organisé le 8 novembre 2011 sa première conférence. Cette table tonde qui a eu lieu à Sciences Po Paris a réuni quatre experts sur la question du franc CFA. Instauré en 1945, cette monnaie aujourd'hui commune à 15 pays d'Afrique est régie depuis par quatre grands principes : la libre convertibilité des francs CFA garantie par le Trésor Français, la fixité des parités entre franc CFA et franc français puis euro, la centralisation des réserves de change, la liberté des transferts de capitaux. Ces principes constituent-ils une entrave à la souveraineté monétaire des pays membres de la zone CFA ?

Au cours de cette conférence, nos intervenants ont été amenés à réinterroger les fondements constitutifs du franc CFA au regard des besoins économiques actuels et futurs des pays membres. Ils ont notamment répondu aux questions suivantes  : quel est l'intérêt aujourd'hui de la zone franc CFA ? En quoi les pays membres peuvent théoriquement en tirer bénéfice ? Le franc CFA est-il un levier ou un frein à la croissance et au développement des pays membres ? Quelles seraient les réformes prioritaires à mettre en œuvre ? Quel serait l'avenir souhaitable de cette zone ?

Pour cette première conférence, Terangaweb – L'Afrique des Idées a eu l'honneur de recevoir quatre éminents experts :

Lionel Zinsou PDG du fonds d'investissement PAI Partners et conseiller au cabinet du Président de la République du Bénin.

Nicolas Agbohou Economiste et Docteur en Sciences Politiques, professeur associé à l'Université du Gabon, il enseigne les sciences économiques en France.

Demba Moussa Dembélé Economiste basé à Dakar, spécialiste du franc CFA, co-organisateur du Forum Social Mondial de Dakar en 2011, co-auteur de L’Afrique Répond à Sarkozy.

Jacques Nikonoff Administrateur à la Caisse des Dépôts, Professeur associé à l’Institut d’études européennes de l'Université Paris 8, ex-président de l'association ATTAC, porte-parole du M’PEP, dernier ouvrage publié : Sortons de l’euro !

Ces experts apportent un éclairage d'autant plus important aujourd'hui que les rumeurs sur une éventuelle dévaluation du FCFA se font de plus en plus insistantes.

 

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Cette conférence a été organisée en partenariat avec :

• l'Alliance pour le Développement et l’Education en Afrique (ADEA), association africaine de Sciences Po • l'Association des Doctorants et Etudiants Panafricains (ADEP) • l'Association Survie

 

Cliquez sur les liens suivants pour télécharger :

– le compte-rendu de la table ronde sur le franc CFA

http://terangaweb.com/2011/12/02/conference-sur-le-fcfa-et-la-souverainete-monetaire-des-etats-africains-de-la-zone-franc/compte-rendu-de-la-table-ronde-sur-le-franc-cfa/

– l'analyse de Demba Moussa Dembélé sur le franc CFA et la souveraineté des pays africains de la zone franc

http://terangaweb.com/2011/12/02/conference-sur-le-fcfa-et-la-souverainete-monetaire-des-etats-africains-de-la-zone-franc/analyse-de-demba-moussa-dembele-sur-le-franc-cfa/