La RSE, un outil pour le développement de l’économie verte en Afrique

rse-ethiqueLa Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE- corporate social responsability en anglais) est un concept qui promeut une gestion éthique et civique des entreprises. C’est le cadre d’action par lequel est envisagée actuellement une économe verte. Au niveau africain, la RSE reste ambivalente.

Cet article s’inscrit dans  le cadre de la préparation du Forum International sur le Green Business qui sera organisé à Pointe Noire du 17 au 19  mai 2016"​

Forgée au niveau international[1], la RSE s’impose d’abord aux multinationales qui sont invitées à «appliquer dans leur sphère d’influence un ensemble de valeurs fondamentales, dans les domaines des droits de l’Homme, des normes de travail et de l’environnement et de la lutte contre la corruption »[2]. Il s’agit pour les entreprises de contribuer au développement durable et de considérer leur performance d’un point de vue global : financière, environnementale, sociale[3]. En Afrique, cette démarche est encore difficilement reprise. Elle est pourtant prônée par certains comme étant « un outil de développement », notamment pour le secteur privé.

La RSE en Afrique, un outil de développement ?

Les partisans de cette démarche y voient une opportunité pour le développement du continent.  Cet argumentaire repose sur une double volonté. Il s’agit d’une part de mettre au pas les filiales des multinationales dont beaucoup ont été indexées pour leur manque de considération pour les enjeux sociaux et environnementaux des contextes où elles sont implantées. De nombreux exemples suggèrent même des abus, notamment en matière d’appropriation des ressources sans consultation des populations locales, leur exploitation sauvage et la non-distribution des recettes générées. D’autre part, la promotion de la RSE auprès des entreprises implantées en Afrique répond à un paradoxe simple : ces dernières décennies, les taux de croissance et les bénéfices générés par les entreprises en Afrique contrastent avec le niveau de développement social. La RSE est donc un moyen de valoriser les entreprises dans leur rôle social et de maximiser les bénéfices pour la société et l’environnement de leurs activités.

L’accent est en particulier mis sur la nécessité pour les entreprises non seulement de respecter les droits de l’homme mais aussi de le promouvoir. Cet engagement en faveur des droits de l’homme concerne autant les relations et les conditions de travail des salariés que les impacts indirects liés au choix des clients, fournisseurs et collaborateurs. En contrepartie, les entreprises engagées dans cette démarche bénéficient d’un avantage concurrentiel qui les distingue pour leurs bonnes pratiques.

La démarche RSE apparaît aussi comme un outil de développement durable en ce qu’elle inclut une démarche de gestion de l’environnement. Les entreprises sont incitées à évaluer leur impact environnement ainsi qu’à agir pour le réduire. Cet aspect concerne essentiellement des enjeux qui peinent à être pris en charge par les autorités publiques africaines : la gestion des déchets, la lutte contre les pollutions et autres nuisances. D’autant plus que les entreprises, en particulier les groupes multinationaux, portent une lourde responsabilité dans la gestion des ressources, notamment dans les territoires les plus riches en matières premières. Ainsi, dans le Bassin du Congo, la RSE est un instrument clef pour garantir la légalité et la traçabilité des productions de bois, un prélèvement sélectif des arbres ainsi que des cultures agro-forestières raisonnées. Dans le secteur minier, la RSE contribue à renforcer l’application de dispositifs de protection de l’environnement et des riverains ainsi qu’à favoriser le réaménagement des anciennes mines et puits. La gestion des ressources est d’ailleurs pour l’Afrique une problématique cruciale dans la mesure où le changement climatique se manifeste de façon radicale dans beaucoup de régions (désertification, diminution de la biodiversité, salinisation des terres, montée des eaux etc.).

Par ailleurs, le démarche RSE participe à la démocratisation de la vie locale. En effet, cette démarche repose sur la concertation des parties prenantes dans la gestion des rapports de force liés aux divergences d’intérêts. A termes et par un effet d’entrainement, les plus optimistes affirment que la RSE contribue à la régulation et la structuration de l’environnement des affaires car la RSE nécessite une organisation et une formalisation des acteurs économiques[4].

Un outil pas encore adapté aux réalités africaines ?

Malgré son potentiel en terme de développement durable locale, les entreprises africaines peinent à s’approprier la démarche RSE. Notons d’abord que la RSE en Afrique pâtît encore quelque peu d’une notoriété négative. Celle-ci est liée aux pratiques de certaines multinationales qui ont instrumentalisé cette démarche à des fins de greenwashing [5].

Mais la difficile diffusion de la RSE est avant tout à mettre en rapport avec le contexte économique et culturel africain. L’importance du secteur informel est un premier obstacle à la mise en œuvre de la RSE tant pour les filiales de groupes étrangers que pour les entreprises locales. La culture de l’informel empêche les acteurs économiques de se doter du niveau d’organisation interne et externe ainsi que de la visibilité nécessaires à toute démarche RSE.

S’ajoute aussi d’autres comportements provoqués par la pauvreté. En effet, la pauvreté engendre un certain nombre de pratiques qui freinent la mise en place de la RSE au niveau individuel et collectif. Par exemple, l’imprévisibilité et la faible visibilité empêchent de dresser des perspectives à longs termes. En outre, la RSE nécessite de nombreux investissements que les entreprises sont réticeintes à financer, estimant que ces actions n’engendrent pas un retour sur investissement rapide.

La démarche RSE ne peut enfin être effective que si les parties-prenants des activités des entreprises ont le pouvoir nécessaire pour contraindre les entreprises à véritablement intégrer cette démarche dans leurs stratégies. Les partie-prenantes sont toutefois confrontées à un problème de représentation, notamment pour ce qui est de l’environnement et des populations locales. Ceci est d’autant plus le cas dans les régions où les tensions politiques sont vives et où les ressources sont captées par des factions politico-militaires.

Il existe à ce jour plusieurs initiatives visant à promouvoir la démarche auprès des entreprises. Des réseaux et instituts de sensibilisation (Initiative RSE Sénégal, Institut RSE Afrique, l’association Kilimandjao) ont été créés pour former les cadres des secteurs public et privé à cette démarque éthique et proposent la valorisation des bonnes pratiques par des labels. Quelques PME innovent aussi par le modèle de gestion qu’elles présentent. Reste peut être à impulser une dynamique à tous les échelons afin de créer des partenariats entre les autorités publiques et les acteurs économiques de toutes sortes. La RSE peut ainsi être une opportunité pour accélérer la formalisation de la scène économique et politique en Afrique.

Mame Thiaba Diagne


[1] La RSE est issue des  Principes directeurs de l’OCDE pour les entreprises multinationales (1976),  Pacte Mondial des Nations Unies (2000), Principes directeurs des Nations Unies sur les droits de l’Homme et les entreprises  du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies (2011),  norme ISO 26000, 3e Communication de la Commission européenne sur la RSE (2010).

 

 

[2] Pacte Mondial des Nations Unies, 2000.

 

 

[3] La norme ISO 260000 décline le référenciel de RSE en 7 thématiques : sept thématiques : la gouvernance de l’organisation, les droits de l’homme, les relations et conditions de travail, l’environnement, la loyauté des pratiques, les questions relatives aux consommateurs, les communautés et le développement local – la dimension économique étant considérée comme transversale

 

 

[4] Voir TENE Thierry, « les enjeux de la RSE en Afrique », mis en ligne le 12 septembre 2012, consulté le 10 mars 2016 http://www.youphil.com/fr/article/05637-les-enjeux-de-la-rse-en-afrique?ypcli=ano.consulté .

 

 

[5] Soutenir ostentatoirement des projets de développement durable pour dissimuler les outrages humains et environnementaux provoqués par leur activité. Depuis, la RSE s’est dissociée des pratiques de mécénats. Voir YOUSSOUFOU Hamadou Daouda, « la Responsabilité sociétale des multinationales en Afrique subsaharienne : enjeux et controverses. Cas du groupe AREVA au Niger ». VertigO – la revue électronique en sciences de l'environnement, Volume 14 Numéro 1 | mai 2014, mis en ligne le 30 avril 2014, consulté le 10 mars 2016. URL : http://vertigo.revues.org/14712 ; DOI : 10.4000/vertigo.14712

 

 

Un cas d’école d’afro-responsabilité dans le secteur de l’énergie : La SABER

image_energie-renouvelableLomé bénéficie d’une position géographique très avantageuse. A mi-chemin entre la pointe ouest du continent et le delta du Niger, la capitale togolaise relie aisément les autres régions du continent grâce à un réseau aérien en forte expansion. Elle accueille notamment un complexe des institutions sous régionales.  Au 9ème étage du bâtiment de la Banque d’Investissement de la Commission Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, sont installés les locaux de la Société Africaine des Biocarburants et des Energies Renouvelables (SABER). Sous l’égide de son président Directeur Général Thierno Bocar Tall, la SABER se veut le bras du déploiement opérationnel des énergies renouvelables en Afrique pour les décennies à venir. En quoi peut-elle être porteuse d’initiatives capables de faire face aux défis énergétiques ?

Cet article s’inscrit dans le cadre de la préparation du Forum International Green Business qui sera organisé à Pointe Noire du 17 au 19 mai 2016.

La SABER en quelques mots

La SABER est une institution internationale dont le capital est détenu par quinze Etats africains [i]et six institutions financières[ii]. L’institution est- un modèle de réussite de Partenariat Public-Privé (PPP) grâce à une étroite collaboration entre  Etats et bailleurs de fonds africains. Avec des capacités de production très réduites, la plupart des pays subsahariens sont victimes du coût de revient de l’énergie produite et d’un taux de disponibilité très bas de leur parc de production qui est le plus souvent dominé par des centrales thermiques.  Quelques-uns  comme la Guinée et le Congo qui sont dotés d’un potentiel hydraulique élevé, n’arrivent pas à en jouir compte tenu des ressources techniques et humaines nécessaires et de la difficulté à structurer le financement.

L’objectif de la SABER est donc de promouvoir et de financer les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique dans ses pays d’action, tout en favorisant le transfert de technologie. Et cela pour contribuer à la naissance d’un secteur industriel africain dans le domaine des Technologies de l’information et de la communication (TIC) et de l’énergie.

Une expérience consolidée

Depuis 2013, la SABER a signé un protocole d’accords avec la commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA)  qui lui délègue la maîtrise d’ouvrage  pour la mise en œuvre du Programme Régional du Développement Durable et de l’Efficacité Energétique(PRODERE). D’un portefeuille d’environ 20 milliards de Francs CFA, le PRODERE décline  la Politique Energétique Commune des Etats-membres de l’UEMOA. Il s’agit d’un programme pilote visant à stimuler l’investissement  dans les énergies propres. La SABER, bras technique de l’UEMOA, accompagne chaque Etat dans la mise en œuvre du programme.  Elle capitalise  les bonnes pratiques au niveau local et national en vue d’harmoniser le secteur des énergies renouvelables à l’échelle régionale. Ainsi, le PRODERE a permis d’installer des milliers de lampadaires solaires, des lampes à basse consommation, des adductions d’eau villageoise, des kits solaires et des mini-centrales. Grâce à l’expérience accumulée par  PRODERE, le Togo a emboité le pas de l’UEMOA en mettant sur pied un projet gouvernemental d’installation de 13 000 lampadaires solaires. De même,  le Bénin a mis en place le PROVES[iii] qui vise à l’installation de 15 000 lampadaires solaires et  105 mini-centrales solaires et adduction d’eau afin de viabiliser les chefs-lieux d’arrondissement non encore électrifiés.

Plusieurs autres programmes foisonnent comme la construction de centrales solaires, ou encore la gestion du Fonds Africain pour les Energies Renouvelables (FAER). Riche d’un portefeuille de plusieurs milliards de dollars, il s’agit de structurer le financement en vue de soutenir les initiatives bancables, dans la mesure où le secteur des énergies en Afrique subsaharienne a le vent en poupe.

Plusieurs Etats et partenaires techniques se manifestent donc, afin de bénéficier de l’expérience technique et financière de la SABER.

L’Afro-responsabilité comme exigence

Compte-tenu du potentiel non exploité d’énergie sur le continent, la SABER apparaît aussi bien comme un bailleur de fonds, qu’un accélérateur de compétences et de savoir-faire local dans l’espace subsaharien souvent décrié sur le plan énergétique. Si les premières expériences sont couronnées de succès, plusieurs défis demeurent néanmoins à l’ordre du jour.

D’une part, celui de la formation hautement qualifiante d’élites africaines. L’expansion du secteur énergétique doit être accompagnée par des formations locales dans les domaines croisés du droit, de l’ingénierie, et de la recherche. Ces formations porteront les cadres des générations futures à un piédestal équivalent à celui des écoles et universités occidentales.

D’autre part, la recherche doit occuper un rôle prépondérant dans la promotion des innovations. S’il est louable de faire des champions nationaux adjudicataires de marchés et d’appels d’offre, il est encore plus brillant de promouvoir des initiatives de conception locales. Les exemples foisonnent dans le domaine de la préservation de l’environnement avec les foyers améliorés et la noix de coque comme substitut abondant et compétitif pour lutter contre le charbon de bois, nocif pour l’environnement et dommageable à l’environnement.

Enfin, le dernier enjeu, et pas des moindres, concerne la communication digitale moderne. A l’image de l’industrie musicale africaine d’une certaine époque où l’engouement suscité à l’échelle nationale et régionale ne favorisait pas du tout l’essor des artistes dans les chartes internationales. Non pas qu’elles ne soient pas exportables, mais bien souvent par faute de moyens de communication et de soutien marketing efficace. Chaque initiative, aussi marginale soit-elle mérite un coup de projecteurs. Des forums, salons et concours d’envergure ne seront que des facteurs positifs pour faire retentir l’écho silencieux du génie créatif africain. Le CardioPad, le M-Pesa ainsi que le SAM10 en sont les porte-étendards.

Loin des effets d’annonce, la SABER apparaît comme un cas d’école – dans les partenariats publics privés. En avril 2016, Oragroup s’est joint à la SABER pour mettre en place une plateforme dédiée au financement des grands projets énergétiques d’un montant global de 130 milliards de Francs CFA  dont 50% en dette et l’autre moitié en fonds propres. La confiance dont jouit l’institution, jumelée aux retours d’expérience capitalisée, en font un levier déterminant de la politique d’accès à l’énergie pour tous sur le continent africain.

Leomick SINSIN


[i] Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée Bissau, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal, Sierra Léone, Tchad et Togo.

[ii] BIDC, BOAD, Ecobank, FAGACE, IEL et Nexim Bank

[iii] http://www.agenceecofin.com/solaire/1601-25831-benin-lancement-de-l-installation-de-15-000-lampadaires-solaires-et-de-105-microcentrales-solaires

Le numérique, un atout pour le développement de l’économie verte en Afrique ?

clipboard06Le numérique, particulièrement la téléphonie mobile marque une rupture dans le quotidien des africains de par les opportunités qu’elle offre à toujours plus de personnes. Cette technologie a donné naissance à des innovations qui serviraient considérablement le développement de l’économie verte sur le continent.  

Cet article s’inscrit dans  le cadre de la préparation du Forum International sur le Green Business qui sera organisé à Pointe Noire du 17 au 19  mai 2016.

La pénétration du mobile en Afrique, un rattrapage à un rythme incroyable

La révolution numérique africaine s’initie certes avec quelques décennies de décalage par rapport aux autres régions du monde. Néanmoins, elle est bien enclenchée, portée par la « révolution mobile ».  La  percée de cette technologie depuis le début des années 2000 est fulgurante, au point que le continent connaît la plus forte croissance au monde de la téléphonie et de l’internet mobiles.  Aujourd’hui, 80% de la population[i] est équipée d’un téléphone mobile contre 1% en 2000 alors que moins de 30% de la population a accès à l’électricité.

Cette pénétration rapide de la téléphonie s’accompagne de la création de nouveaux usages adaptés aux contextes socio-économiques africains qui pourraient pallier les difficultés économiques structurelles du continent. Les agendas publics ont tout intérêt à intégrer ces innovations.

L’exemple de l’amélioration des pratiques agricoles grâce à la téléphonie

La téléphonie a donné lieu à plusieurs expérimentations en matière agricole, notamment pour l’amélioration de l’accès aux savoirs et savoir-faire, qui, à grande échelle pourraient servir l’agriculture verte. Par exemple, l’ONG SAILD[ii] développe depuis 2004 le programme Allô Ingénieur dans tout le Cameroun qui permet aux agriculteurs de bipper un ingénieur agronome qui les rappelle ensuite. Ce service a une incidence notamment sur le choix des productions agricoles et l’achat des équipements au démarrage d’un projet agricole. Les ingénieurs du programme sont également sollicités à propos de l’usage des intrants agricoles. La généralisation d’un tel service contribuerait de lutter contre les mauvaises utilisations des pesticides et engrais liés à la méconnaissance des modalités d’utilisation par les producteurs. Ce mode de vulgarisation interactif permet aussi de promouvoir de meilleures pratiques dans l’utilisation des intrants et de rationnaliser les productions.

En matière vétérinaire, la FAO a expérimenté en 2013 au Kenya une application mobile en partenariat avec le Royal Veterinary College et l'ONG locale Vetaid[iii]. EpiCollect permet aux vétérinaires de suivre les campagnes de vaccination et les soins prodigués aux animaux mais aussi de lancer des alertes précoces sur d'éventuels foyers de maladies animales. Si la phase teste s’avère concluante, ces outils peuvent être mis à la disposition des anciens d'un village et de réseaux bien établis de travailleurs communautaires s'occupant de santé animale.

Des entreprises kenyanes proposent aussi de souscrire à un service de diffusion d’information en temps réel par SMS sur les conditions climatiques mais aussi sur les conjonctures économiques régionales. Ces systèmes d’information relient les paysans, ceux les plus éloignés des points de vente,  aux marchés pour qu’ils puissent faire de meilleurs choix stratégiques et renforcent leur pouvoir de négociation[iv].

La téléphonie contribue ainsi dans le contexte du dérèglement climatique à améliorer les pratiques agricoles.

Le numérique au service de l’entreprenariat vert

L’avancée du numérique révolutionne l’entreprenariat en Afrique. En matière financière, elle améliore l’accès au service de paiement dématérialisé. C’est au Kenya que les services financiers par téléphone mobile se sont d’abord développés. Créé en 2007, par l’opérateur mobile Safaricom[v],  le service M-Pesa[vi] permet aux utilisateurs de déposer et de retirer de l’argent à partir d’un réseau d’agents certifiés, de transférer de l’argent à des tierces personnes et de payer des factures. Les avantages du m-paiement sont nombreux : quasi instantané, il réduit considérément la distance entre les utilisateurs ; son coût reste inférieur à celui que nécessite la gestion d’un compte bancaire. Il est surtout facile à appréhender et à appliquer, même dans un contexte d’analphabétisme.

Vecteur de flux financiers, le téléphone mobile, pallie le manque de canaux formels de transaction bancaire et accélère même la bancarisation d’une partie de la population. Grâce à des partenariats entre banques et opérateurs mobiles, de nouveaux services financiers plus sûrs et diversifiés sont développés : microcrédit, micro-épargne et micro-assurance. Ces services bancaires par mobile supposent la possession d’un compte en banque et s’adressent à des utilisateurs déjà habitués au m-paiement. Des dispositifs sont d’ailleurs mis en place pour aider les utilisateurs du m-paiement à migrer vers cette seconde offre.

L’entreprenariat en Afrique bénéficie aussi de la progression d’une autre technologie numérique, pas encore évoquée ici : l’internet. « Moins un pays est développé, plus Internet a des raisons d’exister », a dit d’ailleurs Sacha Poignonnec, cofondateur de Africa Internet Group. Encore faiblement développé sur le continent, Internet rend accessibles, aux classes moyennes en priorité, de nouvelles offres, via des market-places (plateformes de vente en ligne). Jumia[vii], le leader africain de l’e-commerce, propose des services similaires à ceux fournis en Europe ou aux Etats-Unis : téléphones, fours à micro-ondes, grilles pains, jouets et autres biens de consommation, sont livrés  à domicile dans une dizaine de  pays[viii], même dans les régions reculées ou peu sécurisées.

Fabuleux vecteur de bonnes pratiques entrepreneuriales, Internet permet à des initiatives telles que Rocket Africa de favoriser le développement de technologies et nouveaux concepts verts. Cet incubateur de start-up tire parti des opportunités créées par le net pour faciliter l’implantation en Afrique d’innovations qui ont déjà fait leurs preuves ailleurs.

En conclusion, les technologies numériques et les innovations dont elles sont porteuses sont au service de l’autonomisation des entrepreneurs et des producteurs agricoles. La téléphonie mobile, contribue à l’amélioration de la circulation de l’information alors que les infrastructures de base déficitaires isolent les territoires et entravent le fonctionnement des administrations publiques et privées. Elle offre davantage d’opportunités aux entrepreneures. De telles innovations appellent à de meilleures interactions entre les acteurs concernés par le développement durable.

Thiaba Diagne


[i]DAOUDI Dounia, « E-commerce, M-banking: l’Afrique s’investit », RFI, 22 février 2016, http://www.rfi.fr/economie/20160222-e-commerce-banking-afrique-investit-telephonie-mobile-internet-kenya-nigeria-rdc.

[ii] LEMOGO Jerry Laurence, TIC, agriculture et révolution verte en Afrique: le cas du Cameroun, Editions Universitaires Européennes, 2013.

[iii]FAO, « Les téléphones portables révolutionnent la filière élevage au Kenya », ttp://www.fao.org/news/story/fr/item/170808/icode/.

[iv] ICT UpDate, Bulletin d’alerte pour l’agriculture ACPWageningen, numéro 77, avril 2014, pages 6 à 9.

[v] La société de télécommunication britannique Vodafone est le principal actionnaire d Safaricom.

[vi] CHAIX Laetitia, TORRE Dominique, « Le double rôle du paiement mobile dans les pays en développement  », Revue économique 2015/4 (Vol. 66), p. 703-727.

[vii] KANE Coumba et MICHEL Serge, « L’Afrique, terre de conquête du e-commerce, entretien avec Sacha  Poignonnec  », Le Monde, 06 juin 2015, http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/03/06/l-afrique-terre-de-conquete-du-e-commerce_4588836_3212.html.

[viii]  Afrique du Sud, Algérie, Cameroun, Côte d'Ivoire, Egypte, Ethiopie Ghana, Kenya, Marocn Mozambique, Nigeria, Ouganda, Rwanda, Tanzanie.

Quelle approche pour une politique énergétique efficace en Afrique ?

Les énergies renouvelables ont le vent en poupe. Presque 300 milliards de dollars US ont été investis au cours de l’année 2015 dans le monde, soit autant que le produit intérieur brut de l’Egypte qui est la troisième économie du continent africain. En Afrique, les projets et initiatives fleurissent. Pourtant, ce relatif espoir ne lève pas les inquiétudes dans ce continent où le secteur de l’énergie connait une profonde crise avec un niveau de détresse élevé. Quelle approche choisir donc pour une politique énergétique efficace ?

Cet article s’inscrit dans le cadre de la préparation du Forum International sur le Green Business qui sera organisé à Pointe Noire du 17 au 19 mai 2016.

1. Insuffisance et inadéquation de l’offre

La problématique de l’accès à l’énergie, en Afrique subsaharienne, hors Afrique du Sud, est complexe et demeure entièrement posée. L’accès à l’électricité progresse dans les zones urbaines mais à un taux inférieur à la croissance exponentielle de la demande. Cette progression est encore moins significative en zone rurale tant le coût d’extension des réseaux est onéreux face au consentement à payer des bénéficiaires. Nous avons mis en exergue dans un article traitant du financement de l’accès à l’énergie en zone rurale la complexité de couverture de l’étendue des territoires nationaux ; obligeant les décideurs publics à se tourner de plus en plus vers des solutions de proximité.

Les rapports Africa Energy Outlook (2014) et Power Tariffs de la Banque Mondiale (2011) indiquent que la consommation d’électricité en Afrique est fortement axée sur les secteurs résidentiels et les services. Les pays dotés de ressources fossiles concentrent une quantité non négligeable de leur production d’énergie thermique pour les consommations de base et de pointe pendant que les pays les moins dotés exploitent des unités de production à faible rendement à des couts très élevés. Une subvention étatique est souvent nécessaire pour rendre utile l’énergie électrique aux usagers finaux conduisant à une adoption massive de la tarification progressive par tranches avec une forte subvention pour les tranches de première nécessité.

Loin de satisfaire les simples besoins de base, l’offre énergétique en Afrique subsaharienne est insuffisante pour le besoin industriel entravant par le même effet l’industrialisation du continent. L’absence des résultats malgré les importantes allocations des ressources via les subventions, laisse penser que les approches adoptées ne sont pas les mieux adaptées.

2. Absence de vision et d’innovation ?

En effet pour répondre à la problématique de la crise énergétique, l’Allemagne autrefois leader dans la production de modules photovoltaïques a développé un marché gigantesque de l’énergie solaire, malgré l’irradiation peu élevée comparée aux pays du Sud. La France, depuis le choc pétrolier des années 70 s’est tournée vers le nucléaire avec des géants tels que Alstom ou Areva. La Corée du Sud, principal fabricant de méthanier grâce à Samsung a un avantage comparatif très avancé dans les infrastructures gazières plaçant ainsi le pays comme le second importateur de gaz naturel liquéfié après le Japon. Ces Etats ont développé des politiques stratégiques efficaces qui leur ont permis, au délà des technologies adoptées de créer des valeurs ajoutées importantes capable de répondre à des considérations sociales et techniques (emploi, brevets, retour d’expérience) sur le moyen et le long terme.

Malheureusement, les Etats d’Afrique subsaharienne sont loin de ce compte. L’espace subsaharien n’a pas intégré toute la chaine de valeur du marché de l’énergie et très peu de technologies sont développées pour le marché régional et local. La plupart des pays sont de simples consommateurs dont les populations s’adaptent sans cesse aux produits importés (lampes de 100W répandus sur les marchés, régulateur de tension pour pallier aux baisses de tension, transformateurs 110/220V et vis-versa pour faire fonctionner les équipements US-Chine-Europe, etc…).

Par ailleurs des nombreux rapports mettent en exergue par exemple le coût très élevé de l’énergie non fournie pour cause des récurrents délestages ou de son indisponibilité dans les zones rurales. Les formes actuelles de substitut semblent peu économiques et moins durables compte tenu des externalités négatives sur l’environnement et la santé (fumée du pétrole lampant, bougie, charbon de bois…). Des alternatives plus durables telles que les pico PV prennent une place de plus en plus importante mais demeurent limités quant à l’usage. Malgré une baisse drastique du prix du watt-crête, les installations solaires sont couteuses car leur déploiement répond à une logique de hors-réseau.

La crise énergétique que connait l’Afrique subsaharienne est due à une absence de vision politique en la matière. La solution passe par la création d’un véritable marché intégré d’énergie grâce à la technologie et à l’innovation.

3. Pour une approche intégrée 

Pour que l’Afrique puisse résoudre sa crise énergétique, le développement du secteur se doit d’être intégré : intégré sur le plan technologique et social par le biais d’incubateurs, de centres de formation et de recherche et développement avant-gardiste des technologies du futur et créateurs d’emplois ; intégré sur les normes et règlementations car le continent ne peut continuer d’importer à foisons des produits souvent déclassés sous d’autres hémisphères.

L’avènement des nouvelles formes d’énergie offre une opportunité en terme de création de valeurs avec en prime une solution au chômage avec des corps de métiers allant de l’ingénierie, de la spécialisation environnementale et juridique, du génie civil aux manœuvres qualifiés. Les produits issus de cette révolution seront adaptés au marché local et régional et garantiront par des labels, un savoir-faire susceptible d’être exporté vers d’autres régions du monde où la question de l’énergie est loin d’être résolue.

4. Des solutions immédiates en attendant

Plusieurs sociétés en charge du secteur sont si endettées et non compétitives qu’elles ne sont pas en mesure d’attirer les financements octroyés. Au-delà des grandes réformes préconisées ci-hauts, des mesures concrètes sont pourtant à la portée des décideurs publics. Il s’agit entre autre d’instaurer des objectifs de performance périodique pour les dirigeants des sociétés étatiques en mettant en place par exemple des reports sur la quantité d’énergie fournie et la planification des délestages. Il s’agit également de restaurer l’image de ces sociétés par des campagnes de communication et de sensibilisation de tous les acteurs.

Grâce aux nouvelles technologies, les mécanismes de règlements des factures pourraient être simplifiés, les taux de recouvrement améliorés, le traitement des plaintes accélérés, les suggestions des usagers prises en compte. Grace à ces améliorations et en mettant en place un système de financement participatif via des banques populaires, les usagers eux-mêmes pourraient être incité à devenir actionnaires des leurs infrastructures énergétiques. 

Leomick SINSIN

Septième édition du FIGB de Pointe Noire

CaptureL’Afrique des Idées poursuit son partenariat avec la Chambre de Commerce, d’Industrie, d’Agriculture et des Métiers de Pointe-Noire et s’associe pleinement à l’organisation de la 7ème édition du Forum International Green Business (FIGB) qui se déroulera du 17 au 19 mai 2016 et dont le thème est : Comment l’innovation et la technologie peuvent-elles contribuer au développement de l’économie verte en Afrique Subsaharienne ?

Véritable cadre d’échanges d’idées et de bonnes pratiques, le FIGB est devenu le plus grand laboratoire de création et d’initiatives encourageant le développement de l’économie verte en Afrique.

Rassemblant plus de 500 participants venus des quatre coins du monde, cette édition abordera un thème capital à l’expansion de l’économie verte. A travers les nombreux ateliers et tables rondes, les participants grâce à leur expertise, contribueront à réfléchir à tous les aspects de cette problématique.

Comme lors des éditions précédentes, L’Afrique des Idées lance dès à présent une campagne de sensibilisation sur l’économie verte à travers la publication d’une série d’articles abordant différents aspects de cette thématique. Des sujets tels que la place de la RSE en Afrique, les défis et opportunités de financement du Green Business, les politiques énergétiques favorable à développement durable ainsi que les innovations au service de l’économie verte sont traités.


Vous pouvez suivre les actualités du FIGB et contacter les organisateurs sur:   http://www.figb-pnr.com/
Facebook : https://www.facebook.com/EconomieVerteAuCongoForumGreenBusiness
Twitter : @forumpointe
LinkedIn : https://www.linkedin.com/in/cciampnr

Traditions et religions : facteurs de réussite de l’économie verte en Afrique ?

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Définie par la CEEAC comme « l’ensemble des activités économiques utilisant les savoir-faire traditionnels et modernes, les ressources naturelles (eau, sol, soleil, biodiversité, etc.), tout en conciliant protection de l’environnement et développement économique pour répondre aux attentes des Etats dans divers domaines», l’économie verte se positionne incontestablement aujourd’hui comme la nouvelle économie du développement durable. Sachant que partout en Afrique les valeurs,  attitudes et pratiques  sont « partiellement traditionnelles, partiellement modernes » l’importance de l’inclusion de la notion de tradition dans cette définition est de taille.

Actuellement au cœur d’une crise environnementale sans précédent, le monde entier voit les concepts de développement durable et donc d’économie verte comme porteurs des germes du changement. Cependant, lorsque l’on se penche sur la notion même de développement, il apparaît clairement que la vision la plus répandue de ce concept est aux antipodes de celle des sociétés traditionnelles africaines, pour qui il est plus synonyme de bien être et de vie que de progrès infini et d’accumulation des biens. Si le développement est bien « une question de connaissance de soi et de projection de soi dans le futur », il semble normal que l’économie verte réponde à une logique similaire. Et l’adaptation du continent africain aux problèmes environnementaux étant au cœur des préoccupations, il est primordial de ne négliger aucun aspect surtout à l’heure  où la thèse selon laquelle cette crise environnementale est avant tout une crise morale voire spirituelle, gagne du terrain. D’où l’intérêt de voir en quoi les traditions et la religion, encore très influentes dans une Afrique moderne et mondialisée, constituent des éléments pertinents pour l’élaboration de politiques efficaces en matière d’économie verte.

Traditionnellement, la relation qui lie l’homme africain à son environnement n’est pas fondée sur la domination, bien au contraire. Se concevant alors comme l’un des éléments de la nature, dans la plupart des sociétés traditionnelles, l’homme vit en harmonie avec elle. La protection de la nature et la préservation de l’équilibre du milieu font donc partie des priorités. Ceci s’explique notamment par le fait que la terre et la végétation permettent, dans les sociétés africaines, de conserver des liens durables avec ceux qui les ont travaillées ou façonnées dans le passé. Bon nombre de dispositions ou pratiques traditionnelles illustrent d’ailleurs ce souci d’équilibre et cette relation socio-environnementale qu’entretiennent les hommes avec leurs ancêtres. En Cote d’Ivoire par exemple, chez les Aouans, la terre, personnifiée, porte le nom d’une « déesse » qui leur prescrit des comportements à avoir à l’égard de l’environnement. Au Burkina, 300 bois sacrés ont été recensés. Ces intermédiaires incontournables entre les habitants et leurs ancêtres sont aujourd’hui des zones refuges pour de nombreuses espèces. L’impact positif d’un certain nombre de pratiques traditionnelles sur la qualité de l’environnement est aujourd’hui indiscutable et prouve que les traditions et coutumes africaines peuvent contribuer à sa gestion. 

Au niveau international, ce n’est que récemment qu’une approche de la nature sous une perspective que l’on peut qualifier « d’indigène » a été adoptée. L’Agenda 21 élaboré à l’occasion du Sommet de Rio reconnaît par exemple la valeur et la nécessité d’impliquer, de prendre en compte et de protéger les peuples indigènes.  Il existe aussi au niveau du PNUD, de l’Union africaine et de l’UNESCO, un certain nombre d’instruments permettant aux communautés de mettre leurs savoirs, savoir-faire et savoir-être à profit pour protéger l’environnement. Malheureusement, l’affirmation selon laquelle  « nous pouvons apprendre des populations indigènes et locales »  ne bénéficie pas d’une mise en œuvre à la hauteur de sa véracité. Mais ce n’est pas parce que les législateurs n’en tiennent encore que très peu compte que les acteurs économiques, véritables moteurs  de l’économie verte sur le continent ne doivent pas s’en inspirer. Des initiatives telles que celle d’Helico (producteur de briques en argile pure grâce à la valorisation énergétique des graines de coton) montrent que la rencontre des traditions et de l’ingénierie économique du 21ème siècle regorge de potentialités considérables en matière d’économie verte.

Il en va de même pour les religions. Si le potentiel environnemental de ces dernières est loin d’être évident à première vue, il ne doit pas être sous estimé. 

Tout d’abord, il est important de rappeler que la plupart des Etats d’Afrique noire connaissent une situation de pluralisme religieux. On retrouve cependant l’Islam, le Christianisme et les religions traditionnelles de manière assez constante. Très proche des idéaux traditionnels évoqués plus haut, la religion africaine est « fondée sur l’alliance éternelle entre l’homme et la nature par la médiation des génies, des ancêtres et de Dieu ».  Cependant, l’avènement de l’Islam et du Chritianisme combiné à la modernité technologique a relégué les religions africaines au rang de pratiques animistes.  Provoquant alors leur érosion et, par là même, la disparition de véritables berceaux de protection environnementale. Mais malgré le déclin des religions africaines sur les 100 dernières années, il semble encore possible de reconsidérer les stratégies environnementales dont le cadre normatif et institutionnel qu'est la religion traditionnelle, afin d’apporter des réponses adéquates aux actuels problèmes de la relation de l’individu avec son environnement naturel.

En parallèle, les religions dites monothéistes ont  aussi un rôle bien particulier à jouer.  Prenons le cas d’une religion judéo chrétienne. D’abord accusé d’avoir une idée anthropocentrique fondamentalement théocentrique de la relation avec la terre et de ne voir le progrès environnemental que comme une conséquence naturelle d’une relation saine entre Dieu et tout un chacun, l’Eglise catholique adopte aujourd’hui une toute autre approche. Bien qu’il ait été mandaté par le créateur pour régner sur les ressources minérales, végétales et animales de l’univers, cette domination de l’homme sur son environnement ne le soustrait en rien à ses obligations morales, dont celles envers les générations à venir fait partie. Longtemps silencieuse à ce sujet, le changement d’attitude de l’Eglise catholique face aux problèmes environnementaux illustre parfaitement le changement de paradigme que nous vivons aujourd’hui.

L’environnement devient  donc l’une des rares aires dans lesquelles les représentants des différentes religions sont prêt à collaborer.  En effet, la présence d’éléments forts en matière d’environnement dans la Déclaration sur une éthique mondiale formulée lors du Parlement des religions du monde à Chicago en 1993 vient  appuyer cette thèse.  De plus, comme l’affirme Magda Lovei, manager au pôle environnement et ressources naturelles de la Banque Mondiale, les organisations confessionnelles « offrent un accès sans équivalent aux communautés locales », ce qui fait d’elles des partenaires majeures en matière environnementale.

Il est donc indispensable  qu’un changement de mentalité s’opère parmi les acteurs clés de l’économie verte. Certaines pratiques liées à la religion ou à la tradition ne doivent plus être considérées comme des archaïsmes dénués de sens. Paradoxalement, l’Afrique est à la fois le continent produisant le moins de gaz à effet de serre, et celui qui en paye le plus les conséquences sur son environnement. Traditions et religion pourraient clairement participer à l’élaboration de stratégies économiques vertes adaptées. En plus d’être identifiées par les états et gouvernements, les opportunités pour une amélioration des pratiques en la matière doivent aussi l’être par l’ensemble des acteurs de la société civile, entreprises en tête. En effet,  sur le long terme, le progrès environnemental requiert une protection impulsée par les citoyens individuels privés, les fermiers mais aussi les entreprises. Reconnue comme condition sine qua none de la réalisation du développement durable, une bonne approche économique se doit de prendre en compte les dimensions culturelles et d’encourager la coopération et la solidarité plutôt que la compétition. Les religions et traditions sont encore bien souvent vues comme des obstacles à la mise en œuvre des politiques économiques alors qu’une meilleure prise en compte permettrait tout simplement de participer à l’augmentation de l’attractivité de l’Afrique grâce à l’économie verte, tout en incluant les spécificités locales dans la logique de changement.

Olivia Gandzion

Références :

ASOANYA Anthony, The ecological crisis in Africa as a challenge to lasting cultural and sustainable development : a theological approach, Publications universitaires européennes, P. Lang, Allemagne, 2011.

ANDRADE Célio et TARAVELLA Romain, « Les oubliés de la réforme de la Gouvernance internationale de l'environnement », Critique internationale, 2009/4 n° 45, p. 119-139.

Banque Mondiale, S’associer aux organisations confessionnelles pour restaurer les terres en Afrique, consultable en ligne : http://www.banquemondiale.org/fr/news/feature/2015/01/12/engaging-with-faith-groups-to-restore-land-in-africa

BARTHOLOMÉE 1ER, Religion et environnement : quels défis spirituels pour aujourd’hui ?, 31/01/2014, Consultable en ligne : http://www.lavie.fr/actualite/documents/religion-et-environnement-quels-defis-spirituels-pour-aujourd-hui-31-01-2014-49334_496.php

DAKOURI M. Gadou, La préservation de la biodiversité: les réponses de la tradition religieuse africaine, journal of the pan african anthropological association Number 2 Volume VIII October 2001, pp. 178-199

DORIER-APPRILL  Elisabeth, BARBIER Jean-Claude. Les forces religieuses en Afrique noire : un état des lieux, Annales de Géographie, 1996, vol. 105, n° 588, pp. 200-210. Consultable en ligne : /web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1996_num_105

IZENZAMA Mafouta Noel, Le paradigme écologique du développement durable en Afrique subsaharienne à l’ère de la mondialisation : une lecture éthico-anthropologique de l’écodéveloppement,  Publications universitaires européennes, P. Lang, Suisse, 2008.

Jeune Afrique, Afrique centrale : création d'un fonds pour une économie verte. Consultable en ligne : http://economie.jeuneafrique.com/regions/afrique-subsaharienne/23427-afrique-centrale-creation-dun-fonds-pour-une-economie-verte.html

LUNEAU René. Du monde religieux de l'homme africain aujourd'hui / The Religious World of Contemporary African Man. In: Archives de sciences sociales des religions. N. 41, 1976. pp. 37-45, Consultable en ligne : /web/revues/home/prescript/article/assr_0335-5985_1976_num_41_1_2085

MédiaTerre, Bois sacrés : quand la tradition sauve l'environnement. Consultable en ligne : http://www.mediaterre.org/actu,20140415111001,5.html

SANOU Wurotèda Ibrahima, Dr Doti Bruno Sanou décrypte l’apport des coutumes africaines dans la gestion de l’environnement, Ouaga.com, consultable en ligne : http://www.aib.bf/m-2669-dr-doti-bruno-sanou-decrypte-l-apport-des-coutumes-africaines-dans-la-gestion-de-l-environnement.html

SITACK YOMBATINA Béni, Droit de l'environnement à l'épreuve des représentations culturelles africaines : une gestion à réinventer ?, Académie Européenne de Théorie du Droit, Bruxelles, 2000.

TABUNA Honoré, L’économie verte : réduction des émissions ou vision et modèle de Développement adaptes a l’Afrique centrale ?

ZAMMIT Nasser, L’Afrique et la question environnementale, Connaissances et Savoirs, Paris, 2012.

6ème Forum International sur le Green Business. Pointe-Noire, 19-21 mai 2015.

L’Afrique des idées continue son engagement responsable et s’associe une nouvelle fois à la Chambre de Commerce de Pointe-Noire pour promouvoir l’économie verte !

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En 2014 l’Afrique des idées a noué un partenariat avec les organisateurs du Forum International Green Business. Nous avions publié en amont du forum plusieurs articles ainsi qu’une note de synthèse relatifs au thème de l’édition contribuant significativement aux débats.

Ce partenariat fructueux se poursuit. Les thèmes des tables rondes et ateliers de cette 6e édition du forum feront également l’objet de plusieurs publications d’ici à la mi-mai 2015.

Autour de la question de l’investissement dans l’économie verte, plusieurs sujets seront traités: rôle de l’Etat dans le financement de cette économie, cadres règlementaires incitatifs, financements innovants, économie politique, tourisme durable, initiatives responsables et même relation entre tradition, religion et économie verte… Les articles seront étiquetés sur le site du mot clé "forum green business". Ils feront l’objet d’une note de synthèse qui sera distribuée aux participants du forum.

Le Forum International sur le Green Business est un évènement pionnier sur le continent, organisé par la chambre de commerce, d'industrie, d'agriculture et des métiers de Pointe-Noire, le gouvernement congolais ainsi que la CEEAC (Communauté économique des États d'Afrique centrale).

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Investir dans l'économie verte en Afrique centrale pour inventer demain: le cas de l'économie du reboisement au Congo", le thème de cette 6e édition s’inscrit dans la dynamique enclenchée lors des années précédentes avec plus de 500 participants attendus. Des partenaires techniques, financiers, des décideurs politiques ainsi que des porteurs de projets échangeront et décrypteront les enjeux de cette économie, relais de croissance d'avenir en examinant les mécanismes les plus innovants et les mieux adaptés aux besoins des projets verts.

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Que savons-nous sur l’économie verte en Afrique ?

Synthèse de nos publications sur le thème du forum green business

couverture 8A partir de la définition donnée par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), l’économie verte se caractérise par des activités de production et de consommation impliquant un faible taux d’émission de carbone, l’utilisation rationnelle des ressources et l’inclusion sociale. Pour adapter cette définition très générale au contexte africain, (Kempf 2014) a réalisé une quinzaine d’entretiens auprès d’entrepreneurs locaux au Congo Brazzaville. Ces entrepreneurs sont actifs dans les domaines de la transformation agro-alimentaire, de la gestion des déchets, de l’eau et de la santé.

De ces entretiens, il ressort que les entreprises « vertes » cherchent à mettre en avant des circuits courts de commercialisation (CCC) et des modes de production plus intégrés. Comme le montre l’analyse de (Libog, Lemogo, and Halawa 2013), l’adoption et la vulgarisation des CCC permettrait à coup sûr une réelle revalorisation de la production locale et la rendrait plus compétitive avec l’augmentation des revenus des petits producteurs, une meilleure productivité, l’émergence d’une agriculture respectueuse de l’environnement et le développement des économies régionales et sous-régionales.

Lorsqu’on considère les activités menées par les entrepreneurs « verts », nos analyses montrent qu’il existe de réelles opportunités à saisir dans l’émergence de l’économie verte en Afrique ; en particulier dans l’agriculture biologique et la gestion des déchets.

En effet, selon l’analyse de (Houngbonon 2014), l’Afrique dispose d’énormes atouts dans la production des produits d’agriculture biologique compte tenu de la qualité de ses terres agricoles et de leur disponibilité. Plus spécifiquement, le faible développement de l’agriculture intensive en Afrique implique une faible utilisation des pesticides, ce qui rend les terres agricoles africaines plus appropriées à l’agriculture biologique. De plus, le continent dispose encore d’énormes superficies de terres agricoles non encore exploitées. Par exemple, en 2010, seulement 40% des terres agricoles en Afrique sont cultivées ; cette proportion chute à 25% en Afrique Centrale. Se basant sur ces atouts, il recommande de former les paysans africains à l’agro-écologie et de mettre en place des normes de certification équivalentes aux standards européens et américains.

Dans ces conditions, l’agriculture biologique pourra nourrir l’Afrique à sa faim selon (Morghad 2012). A partir d’une expérience menée en Ethiopie et citée dans une étude de l’Institut du Développement Durable, l’auteure explique comment l’agriculture biologique a permis d’améliorer les rendements agricoles dans une région souffrant de sécheresse et de la désertification. Toutefois, ce rôle clé de l’agriculture biologique risque d’être compromis par les accords de partenariats économiques en cours de signature par la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne comme l’a souligné (Halawa 2014)  dans un article sur le sujet. En effet, à partir des résultats de plusieurs études, il relève l’impact négatif que peuvent avoir ces accords sur la diversification des économies africaines et en particulier sur l’agriculture biologique.

Ainsi, la promotion de l’agriculture biologique requiert une réponse globale alliant à la fois l’accès au financement, la formation des agriculteurs, la mise en place des normes de certification et la négociation d’accord commerciaux qui placent l’agriculture biologique au cœur de ses préoccupations.

Quant à la gestion des déchets, (Kempf 2012) se base sur un rapport de la Banque Mondiale qui montre qu’en 2005, l’Afrique ne représentait que 5% de la production mondiale de déchets. Plus de la moitié (57%) de sa production est constituée de déchets organiques, donc valorisables sans trop de difficultés. Bien entendu, la part de l’Afrique dans la production mondiale de déchets est amenée à augmenter avec la croissance économique et démographique ; il en va de même pour la composition des déchets qui deviendra plus complexe. Cette évolution transforme les déchets en  formidable opportunité d’affaires pour les entrepreneurs souhaitant s’engager dans l’économie verte. Cependant, à partir d’entretiens réalisés auprès d’entrepreneurs du secteur, (Kempf 2013) rapporte que la faible structuration de la filière des déchets, et en particulier le peu d’opportunités de valorisation, demeurent l’une des principales difficultés pour relever le défi des déchets africains.

De même, (Madou 2014) montre qu’à Abidjan, la gestion des déchets souffre d’un manque d’efficacité dans l’organisation du secteur. Typiquement, la persistance du secteur informel, le manque de matériel adapté et de formation du personnel, la gestion des décharges publiques sont à l’origine de cette absence d’efficacité. Un développement de l’activité de gestion des déchets passera donc par la revalorisation du service auprès des ménages, le recyclage des déchets, la formation du personnel et une plus forte implication de l’Etat dans l’organisation du secteur, en particulier dans la gestion des décharges publiques. Les PME restent cependant des acteurs clés pour le développement du secteur et son efficacité.

L’émergence d’une économie verte ne saurait enfin se faire sans un accès à l’énergie pour tous, en particulier en milieu rural. Cela est d’autant plus crucial lorsqu’on sait que plus 95% de la population rurale n’a pas accès à l’énergie dans plusieurs pays africains, comme le Bénin, Madagascar, le Niger et la Zambie,  alors même que le développement d’activités nécessitant de l’énergie telles que l’agriculture biologique auraient un très fort impact en milieu rural. La principale raison identifiée par le Club des agences et structures en charge de l’électrification rurale est la difficulté d’accès au financement. Comme l’a souligné (Sinsin 2014), celle-ci est liée à la faible densité de la population dans les zones rurales qui ne favorise pas la rentabilité d’une extension du réseau électrique dans ces zones. A partir de projets tels que l’Expérience EDF, le GERES au Bénin et UpEnergy en Ouganda, Africa Express recommande une formation professionnelle adaptée et une sensibilisation des populations à l’échelle locale, une promotion des énergies locales décentralisées sur toute la filière à l’échelle régionale et enfin une mise en place de législation appropriée à l’échelle nationale pour inciter le secteur privé à investir dans les énergies renouvelables.

En définitive, l’économie verte peut être considérée comme une application concrète, pratique et viable du volet économique du développement durable. Elle présente d’énormes atouts pour l’Afrique et en particulier pour l’Afrique Centrale,  que ce soit dans le domaine de l’agriculture biologique ou de la gestion des déchets. Elle a besoin d’être soutenue par un accès accru aux énergies renouvelables.

Nous en savons actuellement trop peu sur les politiques les plus efficaces à mettre en place pour soutenir l’émergence d’une économie verte en Afrique. Sur ce sujet, L’Afrique des Idées souhaite engager des études plus approfondies pour accompagner les décideurs publics à identifier les réponses les plus appropriées à l’émergence d’une économie verte en Afrique, et en particulier en Afrique Centrale.

 

Georges-Vivien HOUNGBONON

Références :

Halawa, Djamal. 2014. “Quels sont les enjeux des APE pour l’agriculture et l’industrialisation?” L’Afrique Des Idées.

Houngbonon, Georges Vivien. 2014. “L’Afrique peut-elle bénéficier de L’agriculture biologique ?” L’Afrique Des Idées.

Kempf, Véra. 2012. “Comment l’Afrique gère-t-elle ses déchets?” L’Afrique Des Idées.

———. 2013. “Comment mettre en valeur les déchets au Congo?” L’Afrique Des Idées.

———. 2014. “Economie Verte, de quoi parle-t-on ?” L’Afrique Des Idées.

Libog, Charlotte, Jerry Lemogo, and Djamal Halawa. 2013. “Les Circuits Courts de Commercialisation.” L’Afrique Des Idées.

Madou, Stéphane. 2014. “Comment gère-t-on les déchets domestiques à Abidjan?” L’Afrique Des Idées.

Morghad, Leïla. 2012. “L’agriculture biologique permettra-t-elle de nourrir l’Afrique à sa faim?” L’Afrique Des Idées.

Sinsin, Leonide Michael. 2014. “Quels financements pour l’accès à l’énergie en milieu rural?” L’Afrique Des Idées.

“Le Commerce interafricain et ses piliers: relais de croissance face à la crise économique mondiale”

Le Club Diallo Telli et Dauphine Alumni Afrique ont organisé le 28 septembre dernier à l’université Paris Dauphine, en partenariat avec Terangaweb-L’Afrique des Idées, un colloque sur le thème : « Le Commerce Interafricain et ses piliers : Relais de Croissance face à la crise économique mondiale ». Le but de cet événement a été de sensibiliser le grand public aux défis du commerce interafricain et de présenter des propositions pour son renforcement. Plusieurs sous-thèmes ont été abordés au cours des quatre tables rondes qui ont ponctué le colloque et qui ont enregistré la participation de plus de 150 personnes.

infrastructure« Infrastructure et superstructure, prérequis indispensables au développement des échanges »

Ayant pour thème « Infrastructure et superstructure, prérequis indispensables au développement des échanges », la première table ronde a vu la participation de trois intervenants: Laurance Daziano, Maître de conférences en économie à Sciences Po Paris spécialisée sur l’Afrique, Pascal Agboyigor, Avocat spécialisée sur l’énergie et l’infrastructure et Paul-Harry Aithnard, Directeur de Recherche et Gestion d’Actif au sein du groupe Ecobank.

Laurance Daziano a souligné l’importance du manque des infrastructures urbaines et énergétiques de même que celui des infrastructures de l’extraction des matières premières en Afrique. Elle a mis notamment l’accent sur le rôle des partenariats public-privé dans l’investissement des infrastructures et sur le rôle croissant des entreprises chinoises dans le financement des infrastructures, par exemple en Mozambique.

Pascal Agboyigor a axé son intervention sur la nécessité d’une superstructure afin de coordonner et organiser le financement des infrastructures. Il a affirmé que l’un des défis les plus importants pour le gouvernement concerné était l’adaptation des règles de concurrence pour pouvoir permettre l’émergence d’acteurs locaux et régionaux.

Paul-Harry Aithnard a quant à lui expliqué les raisons pour lesquelles le déficit d’infrastructures constitue un handicap pour le développement de l’Afrique, davantage que le déficit observé en matière d’éducation et de santé. Il a en effet souligné son effet dévastateur sur l’économie : inégalités sociales, baisse de la rentabilité, faible productivité. Il a ainsi rappelé que selon les estimations de la Banque Mondiale, entre 6% et 20% de la perte de chiffres d’affaires des entreprises africaines était liée au manque d’infrastructures. Dans ce sillage Paul-Harry Aithnard a ajouté que les infrastructures ont un effet multiplicateur sur l’économie, notamment en termes de développement de l’industrie extractive, des PME, de l’emploi et du commerce interafricain. Il a enfin mis l’accent sur le transport et l’énergie comme les deux pôles d’infrastructures les plus importants.

« Eriger l’intégration régionale au rang de catalyseur des échanges : quels leviers ? »

La deuxième table ronde a porté sur cette question « Eriger l’intégration régionale au rang de catalyseur des échanges : quels leviers ? ». Elle a vu la participation de Bakary Traoré, Economiste au sein du centre de développement de l’OCDE, Sidy Diop, Economiste au sein du cabinet de conseil Microeconomix, Jean-Jacques Lecat, Avocat associé chez Francis Lefebvre et Président de la Commission juridique et fiscal du CIAN[1] et Abdoulaye Tine, Docteur en droit et avocat.

Bakary Traoré est d’abord revenu sur la forte croissance africaine au cours des 10 dernières années, avec un taux de croissance des dix premières économies africaines proche de celui de la Chine. Il a cependant souligné que les échanges interafricains, de l’ordre de 10%, étaient plus faibles que le commerce entre la Chine et l’Afrique (13% en 2011).

Sidy Diop a évoqué l’importance de l’impact des échanges non seulement sur la croissance économique mais aussi sur la pauvreté. Le véritable enjeu résiderait donc, non pas sur l’impact du commerce sur la croissance nominale, mais plutôt sur le développement humain et l’amélioration des conditions de vie des populations du continent. Il a enfin souligné l’importance du prix dans l’accessibilité aux infrastructures par les entreprises qui engendre une faible concurrence.

Jean-Jacques Lecat a présenté brièvement les unions économiques et douanières ainsi que les traités juridiques en Afrique mis en place pour l’harmonisation des règles juridiques et l’intégration régionale. Il a attiré l’attention du public sur le grand nombre de ces organisations, on en dénombre 26, et sur les chevauchements qui existent entre elles et qui sont susceptibles d’en altérer l’efficacité. Le nouvel accord de libre-échange tripartite COMESA-SADC-EAC a été présenté comme une nouvelle piste pour redonner un nouveau souffle à l’intégration régionale en Afrique. Quant à Abdoulaye Tine, il est revenu sur les entraves qui existent sur le terrain à l’harmonisation effective du droit, en dépit d’initiatives salutaires comme l’OHADA (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du Droit des Affaires).

« Promouvoir le développement des PME africaines, colonne vertébrale des économies africaines : enjeux et perspectives »

Deux intervenants ont pris part à la 3ème table ronde : Laureen Kouassi-Olson, Directrice d’investissement chez Amethis France et Abderhamane Baby, Directeur administratif et juridique du Groupe Azalai Hotels.

Laureen Kouassi-Olson a d’abord rappelé que les PME représentent 90% du secteur privé en Afrique, avant de mettre en lumière leurs difficultés d’accès au financement, en particulier pour les plus petites entreprises. Elle a insisté sur l’importance des PME dans une croissance économique durable et inclusive. Cette place reste cependant tributaire de l’existence d’un tissu de banques locales prêtes à les financer. Quant à Abderhamane Baby, il est revenu sur l’expérience du Groupe Azalai Hotels, présents dans plusieurs pays africains et de façon plus générale sur les nouvelles tendances qui amènent les banques à s’intéresser de plus en plus aux PME.

« Croissance du commerce interafricain : opportunité pour l’intégration de la jeunesse dans le marché du travail ? »

La dernière table ronde avait pour particularité de donner la parole à la jeunesse, en l’occurrence à Laetitia Sagno, Chargée de Mission Afrique au CEPS[2], Quentin Rukingama, Président du Club Diallo Telli et Georges-Vivien Houngbonon, Economiste en chef du think-tank Terangaweb- l’Afrique des Idées.

Si la croissance du commerce interafricain constitue une opportunité pour l’intégration de la jeunesse dans le marché du travail, Laetitia Sagno a cependant mentionné deux conditions nécessaires : une formation adaptée aux besoins locaux et des politiques favorisant l’initiative privée chez les jeunes. Elle a regretté que cette culture de l’entreprenariat se manifeste davantage dans l’Afrique anglophone que dans l’Afrique francophone. Après avoir partagé ses expériences de terrain concernant des pays comme le Kenyan et le Mozambique, Quentin Rukingama a mis l’accent sur l’importance de la formation technique non seulement dans le domaine de l’industrie mais aussi du management. Quant à Georges-Vivien Houngbonon, il a présenté des études statistiques laissant transparaitre une relation légèrement négative entre le degré d’intégration d’un pays dans le commerce interafricain et son taux de chômage. Autrement dit, les pays les plus intégrés dans le commerce interafricain sont ceux qui ont les taux de chômage relativement les moins élevés, à l’instar du Sénégal et du Bénin.

Le Club Diallo Telli a prévu de consigner l’ensemble des échanges qui ont eu lieu lors ce colloque dans un Livre Blanc qui sera publié dans les prochains mois.

 

Ecem Okan


[1] Conseil Français des Investisseurs en Afrique

[2] Centre d’Etude et de Prospective Stratégique

Comment entreprendre en Afrique quand on est une femme ?

oser_afriqueLe 12 Octobre, l’association Oser l’Afrique a organisé une conférence en ligne (Hangout) sur l’entrepreneuriat féminin en Afrique en partenariat avec l’Agence de Communication Digitale Kouaba.[1]

Ce Hangout a permis de faire l’état des lieux et d’identifier à la fois les écueils et les armes dont peuvent bénéficier les femmes lorsqu’elles envisagent d’entreprendre en Afrique.

Pour aborder ces questions Oser l’Afrique a fait appel à trois entrepreneures africaines qui, chacune dans leur domaine, ont su Oser. Il s’agit de Rebecca Enonchong, Céline Vitoria Fotso et Paola Audrey Ndengue.

Rebecca est la fondatrice et PDG du Groupe AppsTech, une entreprise multinationale informatique qui a des bureaux sur 5 continents et compte des clients du secteur privé et du secteur public dans plus de 50 pays.

Céline est femme d'affaires, designer, community manager et architecte événementielle. Elle est également fondatrice de Je Wanda Magazine, média interactif de divertissement et d’actualité culturelle dédié à la jeunesse africaine.

Paola-Audrey est depuis 5 ans la co-fondatrice de FASHIZBLACK, un des médias leaders en matière de mode et Lifestyle afro. Elle y occupe les fonctions de rédactrice en chef et de directrice artistique.

Ce Hangout a été riche en enseignements et les questions des internautes ont orienté le débat en permettant à nos invitées de confronter leurs vécus.

kouabaOn a ainsi appris que les difficultés des femmes africaines ne sont pas toujours là où on pourrait le penser : entreprendre et être une femme africaine n’est ni impossible, ni incompatible. Les jeunes femmes et hommes africains ont des capacités et des possibilités : ils se doivent de les exploiter !

Le travail est le plus sûr moyen d’atteindre ses objectifs : tous les participants au Hangout se sont accordés sur ce point. En travaillant mais aussi en partageant avec des gens autour de soi on peut confronter son idée au terrain et aux autres pour mieux avancer.

N’ayez pas d’œillères : vos capacités d’apprentissage ont autant de valeurs que vos diplômes. Il n’y a pas de prédisposition pour un domaine ou un autre. D’ailleurs l’entrepreneuriat doit être démystifié : les vendeuses dans la rue sont des entrepreneures à part entière. Attention cependant : l’entrepreneuriat féminin en Afrique ne se réduit pas à cela !

La question de l’éducation a également été posée : aujourd’hui en Afrique il y a 79 filles scolarisées pour 100 garçons. Le problème de l’accès à l’éducation de ces jeunes filles, qui souvent décrochent à l’école primaire se pose. Leurs chances de réussir ne sont-elles pas biaisées dès le départ ?

twit1De même, il existe des barrières économiques et sociales à l’entreprenariat des femmes en Afrique et notamment au Cameroun. Rebecca, une de nos invitées, s’est faite refouler d’une banque parce qu’elle était une femme. Céline, s’est entendue dire qu’elle ne pouvait pas rentrer dans un bar sans être accompagnée d’un homme. Et pourtant nos trois entrepreneures sont d’accord : il faut y aller, il faut Oser entreprendre en dépit des difficultés. Et s’entourer de bonnes personnes, de mentors…

Les démarches pour entreprendre doivent être simplifiées, le climat social doit être assaini et des guichets uniques pour créer une entreprise doivent être ouverts. L’environnement reste encore trop complexe pour entreprendre : il est urgent d’agir en ce sens.

twit2Les entrepreneurs devraient communiquer entre eux et ériger des modèles, en mettant en avant des success stories : celles qui ont réussi apporteront un plus en partageant leur parcours avec les autres.

Enfin, des recommandations générales ont été formulées pour favoriser l’entreprenariat des femmes en Afrique. Il s’agit de :

  • Professionnaliser les tontines pour financer les microprojets,
  • Favoriser et développer le mentorat pour les jeunes débutantes,
  • Favoriser l’entrepreneuriat dès le plus jeune âge en l’enseignant au collège ou en y invitant des intervenants,
  • Développer la notion de droits d’auteurs et de propriété intellectuelle,
  • Développer des incubateurs dans des domaines autres que la technologie.

La bonne nouvelle est que le phénomène de business angels se développe davantage en Afrique. Cette tendance devrait être une opportunité pour les femmes d’entreprendre.

twit3Pour terminer, les trois invitées se sont prêtées à un jeu qui consiste à dire ce que leur évoquaient les trois mots clés du débat. A l’Afrique, elles associent le Cœur, la Beauté et le Mystère. Le mot Entreprenariat leur évoque le Travail, la Passion, la Femme et le Sacrifice. Enfin, elles associent le Financement au Combat, au Client, à Saint – Graal et à « Pas encore ».

twit4La vidéo du Hangout peut être visualisée en cliquant ici. Le prochain Hangout est prévu pour le samedi 23 novembre 2013. Le thème sera « Cultivons nos villes » ou quand l’urbanisme rencontre l’agriculture pour nous permettre de mieux vivre. Vous pouvez d’ores et déjà poser vos questions et suivre les débats en utilisant le hashtag #oserlafrique sur tous les réseaux sociaux.

 

 

 


[1] Un « Hangout » est une conférence en ligne qui utilise la plateforme de communication développée par Google.