La politique freine-t-elle la réalité d’une communauté économique ouest-africaine?

Par Foly Ananou (L’Afrique des Idées) et Beringer Gloglo (Cercle des Economistes Africains)

Le déclin successif des anciens empires du Ghana, Mandingue et Songhaï, a donné lieu à plusieurs nouveaux États souverains qui forment, aujourd’hui, la zone Afrique de l’Ouest. Fort de leur proximité civilisationnelle, avec des peuples partageant un héritage historique commun, les nouveaux Etats ouest-africains nouvellement indépendants ont formé, dès 1975, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette organisation vise la création d’une union économique et monétaire ouest-africaine à termes. Quelques décennies plus tard, des traités de libre circulations des biens et marchandises et des personnes régissent désormais la zone. Cependant, l’application des textes et l’ambition de la zone monétaire élargie, notamment au Nigéria et au Ghana, les deux plus grandes économies de la sous-région, restent encore des défis majeurs. Avant la pandémie de la Covid-19, le projet de la nouvelle monnaie unique ECO a revivifié les débats sur la zone monétaire élargie à la CEDEAO, sans pour autant aboutir à une concrétisation.

Les dernières crises socio-politiques dans la région occidentale d’Afrique ont remis au centre des débats la question de la pertinence de la construction d’une union économique et monétaire élargie dans la région. Le regain d’un élan souverainiste dans la région porte sur le projet un coup que même la simple convergence économique plébiscitée par les économistes des zones monétaires ne suffirait pas pour que la Communauté soit effective. En effet, le consensus chez les économistes et les chercheurs est que l’effectivité d’une zone monétaire élargie et d’une véritable union économique est tributaire du renforcement de l’intégration économique (coopération), laquelle est appréhendée, notamment par la convergence des cycles économiques ou encore par l’intensité des échanges commerciaux entre les pays et la similitude des chocs. Dès lors, les recommandations pour parvenir à cette intégration sont essentiellement orientées vers l’adoption des réformes qui promeuvent la coordination des politiques et une coopération plus accrue entre les États – le fameux modèle de Mundell.

Or, cette perception de l’intégration malgré son bien fondée scientifique, revêt un caractère purement économique, et ne permet pas d’examiner la question sous l’angle des implications politiques en termes d’architecture institutionnelle et de gouvernance. En d’autres termes, le développement d’une vie plus intensifiée en communauté implique des sacrifices ou des compromis au niveau individuel pouvant limiter l’influence du pouvoir politique sur le plan national. D’ailleurs, pour le cas de la Cédéao, si le projet a tenu longtemps, c’est d’abord du fait d’une volonté politique plus ou moins marquée. Cela a plusieurs implications. Alors que les pays ne trouvent pas toujours de points de convergence sur les questions liées à la gouvernance, sont-ils prêts à délaisser leur autonomie politique comme c’est le cas dans les pays européens pour voir émerger une communauté économique ou le projet n’est qu’un leurre, un instrument utilisé pour se débarrasser de personnalités politiques mal aimées dans la région ?

Dans une étude[1] récente, s’appuyant sur le trilemme politique de l’économie mondiale de Dani Rodrik, des économistes de l’Afrique des Idées et du Cercle des Économistes Africains montrent que les pays d’Afrique de l’ouest semblent globalement converger politiquement, bien que très lentement toutefois, vers une union économique et monétaire, malgré la persistance de velléité souverainiste.

  1. Comprendre le trilemme politique de l’économie mondiale de Rodrik

Le trilemme de Dani Rodrik (2011, p. xviii)[2] évoque l’impossibilité, de poursuivre simultanément la démocratie, la souveraineté nationale et la mondialisation économique. La poursuite de deux de ces biens politiques exige l’abandon du troisième. Son modèle peut être résumé par le schéma suivant :

Diagram

Description automatically generated

Les trois nœuds du trilemme sont définis par Rodrik comme suit : l’État-nation est une entité territoriale et juridictionnelle dotée de pouvoirs indépendants de création et d’administration du droit. La démocratie fait référence à un système politique où le droit de vote n’est pas limité, où il existe un degré élevé de mobilisation politique et où les institutions politiques sont sensibles aux groupes mobilisés. L’apothéose de l’intégration économique internationale serait une économie mondiale parfaitement intégrée dans laquelle les juridictions nationales n’interfèrent pas avec l’arbitrage sur les marchés des biens, des services ou des capitaux ; les coûts de transaction et les écarts fiscaux sont négligeables, la couverture des prix des produits de base et des rendements des facteurs est presque totale.

Autrement dit, les pointes du triangle sont l’État en tant que polarité souveraine disposant d’un monopole décisionnel sur les affaires qui le concernent ; la démocratie connote la réactivité de la société aux questions de distribution ; et la mondialisation consiste à se diriger vers une asymptote qui est l’intégration des économies nationales dans un marché mondial unifié. Ainsi, pour Rodrik, il est possible de combiner mondialisation (ouverture) et démocratie, mais seulement si nous déplaçons nos structures politiques au niveau international (et, à terme, mondial) et que nous renonçons à la souveraineté nationale. A contrario, si l’on veut conserver la capacité de faire des choix politiques autonomes au niveau national, il faut soit abandonner la mondialisation et se retrancher derrière les murs des communautés démocratiques nationales, soit abandonner la démocratie et accepter que les règles nécessaires pour gouverner la mondialisation soient fixées par des négociations internationales et des élites technocratiques.

La validité du modèle a été démontrée par les travaux empiriques de Aizenman et Hiro (2020).[3] Ils ont démontré que pour les pays de la zone euro, l’intégration se justifiait et fonctionne car les pays ont une préférence pour des systèmes démocratiques, avec une ambition d’insertion dans l’économie mondiale et ont abandonné leur souveraineté nationale. Les États-Unis favorisent plutôt l’insertion mondiale et leur souveraineté, ce qui se traduit par des systèmes politique peu démocratique relativement à ce qui est observable dans les pays européens. Cette trajectoire est suivie par plusieurs pays émergents et pauvres.

La transposition du trilemme de Rodrik à l’échelle d’un groupe de pays formant (ou désireux de former) une union met ainsi en évidence les trois options stratégiques de principe disponibles pour la future gouvernance de l’union potentielle. Mais à la différence du processus général de mondialisation par la libéralisation des échanges auquel Rodrik fait référence, l’intégration monétaire, dans la présente configuration, implique une décision institutionnelle délibérée d’abandonner les prérogatives nationales sur le taux de change et la fixation du niveau du taux d’intérêt dans le but d’établir une monnaie commune. Toutefois, cela implique une intensification de l’exposition de chaque pays membre aux économies des autres pays formant l’union. A cet effet, l’intégration monétaire est plus contraignante pour les économies et les politiques nationales que ne l’est, normalement, la mondialisation.

2. Une analyse de la situation en Afrique de l’Ouest

Nous avons testé la convergence des pays de la CEDEAO au sens de la thèse de Rodrik. Pour ce faire, et en s’appuyant sur les travaux de Aizenman et Hiro (2020), nous avons analysé la position des pays de la région quant à leur insertion dans le monde, la souveraineté, et le processus de démocratisation.[4]

La Figure 1 (en dessous) montre que les pays dans la sous-région sont assez divergents entre eux sur le plan de la gouvernance. Les ambitions ne sont clairement pas les mêmes. D’un côté, il y a des pays (cas de la Côte d’Ivoire, Bénin, Burkina Faso) qui tendent à abandonner leur souveraineté pour se positionner comme des démocraties avec une ambition de s’insérer dans le monde. D’un autre côté, certains pays comme le Sénégal ou le Nigéria, bien que disposant d’institutions démocratiques tiennent davantage à leur souveraineté et ambitionnent de s’insérer sur le marché international. Cette divergence indique ainsi que le projet de Communauté pour la région reste encore un objectif lointain. Toutefois, il convient de préciser que sa réalisation ne paraît pas utopique.

Figure 1. Nuage des variables et des individus

Note : Cette figure présente le nuage des variables (figure de gauche) et des individus (figure de droite) issues de l’estimation d’une analyse en composante principale.

La figure 2 (qui décrit l’évolution de chaque dimension) montre que les pays de la zone ont connu des évolutions majeures, qui laissent penser que la nécessité de se constituer en communauté s’imposera effectivement au pays de la zone. Dans les années 90, la majorité des pays étaient très souverainistes. A la fin des années 1990 et dans le sillage des années 2000, on constate un relâchement de la souveraineté nationale dans certains pays. Cette période coïncide avec la création de l’union économique et monétaire ouest-africaine (début 1994) qui rassemble le Bénin, le Burkina-Faso, la Côte d’ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. Globalement, l’ensemble de la période est marqué par une tendance à l’ouverture au monde dans l’ensemble des pays de la région. Cela s’accompagne d’un renforcement de la démocratie. Cependant, les divergences restent marquées entre les pays parce que la dynamique reste assez hétéroclite entre les pays. Même s’il y a une tendance générale à l’abandon de la souveraineté nationale, certains pays semblent encore très animés par la volonté de disposer d’autonomie dans la gestion de leurs affaires. Par ailleurs, le maintien voire le renforcement de la souveraineté nationale, notamment depuis le début de la crise sanitaire, dans certains pays jette des doutes sur la volonté d’une réelle unification.

Figure 2. Évolution des indicateurs

Note : Cette figure présente la dynamique des différents indices relatives à l’insertion dans le monde (Globalization), à l’autonomie de décisions (Sovereignty) et au développement démocratique (Democratization), par pays entre 1990 et 2016. Ces indices sont déterminés à partir de l’ACP appliqué sur un ensemble de variables décrivant ces différentes dimensions.

Somme toute, il apparait que le projet mis en place d’une communauté économique en Afrique de l’Ouest n’ait clairement pas utopique. Notre analyse montre que les pays de la zone sont sur une tendance, du moins sur le plan de leur gouvernance et de leur position dans le monde, qui inéluctablement va les amener à se constituer en union économique et monétaire pour être pertinents. Il apparait ainsi que la volonté des dirigeants politiques de la région pour renforcer les pratiques démocratiques dans la région constitue une vraie affirmation de leur volonté de voir ce projet se concrétiser. Cette volonté devrait se matérialiser davantage dans les marqueurs économiques pour que cette communauté, si, quand elle sera réelle, puisse contribuer à améliorer les conditions socio-économiques (le bien-être social) pour les populations de la zone. 


[1] Prendre attache avec les auteurs pour plus de détails.

[2] The Globalization Paradox – Democracy and the Future of the World Economy.

[3] Aizenman, J., Hiro, I., 2020. The Political-Economy Trilemma. Open Economies Review 31(5) : 945-975

[4] L’insertion dans l’économie mondiale est mesurée par les indices de globalisation produite par KOF Globalisation index, la démocratisation est mesurée par Polcon (un indicateur produit par l’Université de Wharton qui mesure la capacité de coercition des institutions publiques et autres acteurs politiques sur le pouvoir exécutif) mais aussi par Polity2 (un indicateur qui mesure le degré d’autocratie d’un régime politique, produit par Systemic Peace). La souveraineté est mesurée par Exec (variable dichotomique, qui prend 1 si le parti au pouvoir est considéré comme un parti nationaliste ; 0 sinon), Allhouse (variable dichotomique, qui prend 1 si le parti au pouvoir a la majorité au sein du pouvoir légistatif ; 0 sinon), Herfgov (un indicateur qui mesure si le gouvernement est dominé par les membres du parti du président en cours d’exercice) extrait de la Database of Political Institutions. Pour les dimensions qui sont mesurées par plusieurs variables, nous avons aussi construit des indices composites.

Retrait de la force Barkhane du Mali : Des lendemains difficiles

Le 17 février, l’Elysée publie une déclaration conjointe sur la lutte contre la menace terroriste et le soutien à la paix et à la sécurité au Sahel et en Afrique de l’Ouest : « En raison des multiples obstructions des autorités de transition maliennes, le Canada et les Etats Européens opérant aux côtés de l’opération Barkhane et au sein de la Task Force Takuba estiment que les conditions politiques, opérationnelles et juridiques ne sont plus réunies pour poursuivre efficacement leur engagement militaire actuel dans la lutte contre le terrorisme au Mali et ont donc décidé d’entamer le retrait coordonné du territoire malien de leurs moyens militaires respectifs dédiés à ces opérations».

Désormais, c’est acté. La force Barkhane lève le camp et la France cesse ses opérations militaires au Mali. Après de longs mois de divergences sur fond de tension politique et géopolitique et de crispation des relations diplomatiques, le divorce est consommé entre Bamako et Paris. Le mariage aura tenu neuf ans (2013-2022) avant de connaître une évolution sinusoïdale avec de très fortes amplitudes ces derniers mois pour aboutir au non-retour.

Rappelons les circonstances. Janvier 2013, sous le joug de la menace djihadiste grandissante caractérisée par la progression rapide des groupes armés terroristes vers le centre du Mali après la conquête du Nord et de certaines villes (Tombouctou, Gao, Kidal et Tessalite), le président Dioncounda Traoré a sollicité une intervention militaire immédiate de la République française via son président d’alors, François Hollande, afin d’endiguer le mal de l’insécurité. Ce fut le début de l’opération Serval. Entre janvier 2013 et août 2014, environ 4500 hommes sont déployés par la France au Mali pour appuyer et organiser l’armée malienne dans la défense du territoire et recouvrer progressivement son intégrité territoriale. Serval permettra, un tant soit peu, une désintégration du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA). Cependant, fin 2014, ce dernier se renforcera grâce à une union avec d’autres groupes Touaregs afin de poursuivre ses activités de conquête des territoires. Une nouvelle opération française, Barkhane, supposée mieux performer, prendra alors le relais de Serval avec environ 5000 hommes déployés sur les territoires malien, tchadien, nigérien et burkinabè, suscitant l’effervescence sociale.

Une politique mal orientée

Contre toute attente, le nouvel espoir du peuple malien n’en sera rien. Barkhane au Mali, faut-il le reconnaître, n’a pas fléchit au combat. C’est la politique africaine de la France au Sahel qui a été mal orientée. En effet, cette mission d’aide à la défense a servi de passerelle à la France pour protéger des zones stratégiques où elle a des concitoyens et des multinationales d’envergure. Effectivement, il est difficilement concevable de croire que la France consacrerait un budget annuel conséquent (par exemple Serval aurait coûté 646 millions d’euros au contribuable français en 17 mois d’intervention) au Sahel simplement pour la seule lutte contre le terrorisme. D’ailleurs, dans de nombreuses communications, les autorités françaises ont subtilement rappelé que Barkhane ne mène pas directement de guerre au Sahel et qu’elle soutient plutôt la FAMA et le G5 Sahel avec des renseignements. La menace terroriste a gagné du terrain au Sahel renforçant la fragilisation du pouvoir et des institutions étatiques au Mali. La conséquence est une désillusion et la naissance d’un sentiment de dépossession de l’économie nationale chez les acteurs privés et une partie de la jeunesse toujours plus pauvre face à une offensive des entreprises françaises dans l’espace CEDEAO durant la décennie 2010 (Auchan dans la grande distribution, Orange dans la téléphonie, Total dans la distribution de produits pétroliers, Bolloré dans la logistique, etc.).

Le début des temps difficiles

Les tensions sociales qui ont émergé au Mali courant 2020, et qui ont conduit à la saisie du pouvoir par les militaires en 2021, marquent le début d’une crise sans précédent au Mali. Alors que les autorités françaises et les institutions régionales s’interrogent sur la légitimé du nouveau pouvoir de Bamako, la junte insiste et persiste pour assumer pleinement les pouvoirs décisionnels à Bamako. La cristallisation des relations politique et diplomatique qui s’en est suivi entre le Mali et la CEDEAO, d’une part et la France d’autre part, a induit une demande de cessation imminente des opérations de la force Barkhane par le gouvernement de Bamako. Aujourd’hui, ce retrait est acté. Les autorités maliennes font ainsi preuve d’une résilience et d’une détermination vis-à-vis de la France, que plusieurs analystes et observateurs apprécieront. Mais faut-il réellement se réjouir ? Ce retrait des troupes françaises du Mali suscite plusieurs interrogations dont les réponses à ce stade restent à préciser.

Le moins que l’on puisse dire à ce stade c’est que, dorénavant, le Mali, plus généralement l’Afrique de l’Ouest, doit faire face à son destin et relever le défi de la sécurité et de la protection de sa souveraineté territoriale.

Est-elle prête ? Sans doute pas, eu égard à son potentiel militaire actuel. Le Mali est classé 99ème sur 140 pays en termes de puissance militaire, avec 18.000 militaires actifs et un budget de défense qui s’établit à moins de 600 000 USD en 2022 (Global FirePower Annuel Ranking). En sus, la situation socio-politique nationale ne prédispose pas à une cohésion au sommet de l’État afin de se concentrer sur la gestion de la crise sécuritaire.

Wagner avance

Le groupe Wagner tant plébiscitée constitue-t-il une solution viable ? Difficile d’avancer une réponse sans brume. Le groupe Wagner n’est officiellement connu qu’en qualité de société militaire privée russe ayant recours au mercenariat. Il n’y a donc pas de coopération directe entre le Mali et la Russie. Le recours à cette société pourrait coûter près de 10 millions de dollars (soit 16 fois le budget annuel de l’armée malienne), selon le chef du commandement américain pour l’Afrique, le général Stephen Townsend. Qu’elle en serait l’efficacité ? Pour rappel, le recours à une telle structure laisse peu de manœuvre pour de la négociation. Ce serait soit le combat ou le silence. La question sécuritaire pourrait se déplacer ainsi d’une zone à une autre ou laisser le Sahel avec une cellule dormante qui pourrait se structurer davantage et émerger comme ce fut le cas de l’État Islamique.

Au-delà de l’euphorie, peut-être mal placée, que suscite le départ de Barkhane sous la pression politique malienne (qui au passage prouve que les Etats africains sont bien indépendants), il convient de se prémunir contre un chauvinisme mortifère. Les autorités maliennes auraient dû définir une vraie et bonne stratégie. Bien que l’efficacité de Barkhane soit discutable, sa présence était néanmoins dissuasive et permettait de maintenir un dialogue avec les groupes armés.  Repenser la présence française et de ses alliés aurait été peut-être plus opportune, qu’un retrait de leurs troupes. Tout comme sur la question du franc CFA, la France doit repenser sa stratégie avec les Africains, et les Africains eux-mêmes devraient prendre conscience de leur faiblesse et de leur force. Comme le disait H.J. Temple : un pays « n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents ; elle n’a que des intérêts permanents ». Les autorités africaines devraient pondérer davantage sur cette assertion, car ce n’est pas toujours une question de « nous contre eux » (Sir Alex Ferguson, ancien coach de Manchester United), mais c’est, pour les pays, une question de jeux à somme non nulle.[1]

Dans tous les cas, il urge de renforcer la coopération militaire entre pays africains car, l’insécurité au Sahel n’est pas qu’une affaire propre au Mali ou au Niger ou au Burkina Faso. Le risque de contagion est très élevé, d’autant plus que plane sur la zone l’intervention d’un groupe armée dont l’intérêt est purement et simplement économique. Comme dixit le proverbe « lorsque tu observes la maison de ton voisin brûlée sous un regard silencieux, la tienne sera, peut-être, la prochaine ». Par ailleurs, c’est peut-être le moment pour que la CEDEAO, élargie au Maroc, se refasse une santé. Le départ de forces occidentales suscite en conséquence des interrogations de fond quant à la suite à donner à la lutte contre les djihadistes au Nord Mali.

Redéploiement au Niger

Au demeurant, ce départ certes attendu, mais dans une certaine mesure surprise, va-t-il rabattre les cartes de la stratégie politique et militaire dans le sahel ? A priori, Cela ne semble pas être le cas puisque le Président Macron a expressément indiqué le redéploiement des forces françaises au Niger toujours dans le cadre de la lutte contre le terrorisme islamiste.  Il faut cependant se rappeler, qu’il y a quelques mois, les autorités Maliens avaient esquissé la volonté d’entamer un dialogue avec Al qaida au Maghreb.  Si cette hypothèse a toujours été considérée par Paris comme un point de non-retour, le départ acté de Barkane et Takuba ouvre la voie aux dirigeants maliens.

Il faut rappeler ici que le problème du Nord Mali ne date pas de 2013 ; ni encore de l’effondrement de la Libye qui aurait engendré une profusion d’armes ayant servi dans une certaine mesure à la déstabilisation du Pays. Le problème du Nord Mali date des années d’indépendance. Les populations du Nord notamment de l’Azawad ont toujours été dans une logique de sécession vis à vis de Bamako jusqu’en 2012 où ils ont vertement proclamé leur indépendance avant de rétropédaler quelques mois après. Ceci pour dire qu’avant d’être infiltré par les métastases du djihadisme international orchestré par l’Etat islamique, le conflit malien est avant tout un conflit interne d’un Etat qui, depuis les indépendances cherche la bonne formule pour faire « nation ».

L’hypothèse ainsi soulevée par les autorités de transition de s’asseoir avec les différentes factions rebelles notamment les djihadistes ne devrait plus être analysée comme un cas d’école. Quelle sera, à ce moment, l’attitude des forces occidentales qui ne quittent pas la zone sahélienne ? Quelle sera la position des chefs d’Etat de la CEDAO directement concernés par cette situation si ces négociations s’enclenchaient ?

Loin d’être la fin d’une aventure, le départ des forces occidentales donnent peut-être le ton d’un imbroglio diplomatico-politique qui ne dit pas son nom en Afrique de l’Ouest.


[1] La théorie des jeux, appliquée à la géopolitique, nous apprend qu’un jeu à somme non-nul est atteignable entre nations sur fonds de compromis et négociation.

Auteurs:

Foly Ananou, Economiste et membre du think tank l’Afrique des Idées

Jed Sophonie Koboude, Chargé d’études au sein du think tank l’Afrique des Idées

Giani Gnassounou, Juriste et membre du think tank l’Afrique des Idées

Béringer Gloglo, Fondateur du Cercle des Jeunes Economistes pour l’Afrique

Le financement post-Covid des économies africaines : Le rôle de l’aide au développement.

Alors que le monde semble se redresser progressivement après la crise sanitaire amenée par la pandémie due à la Covid-19, les performances économiques des pays d’Afrique subsaharienne demeurent encore fragiles. Selon les estimations du FMI, de la Banque Mondiale et autres analystes (WEF, Allianz Research, etc.), la région serait entre  3  à  4%  en  dessous  de son niveau d’activité d’avant-crise. Et selon les projections, l’économie des pays de la région pourrait croître à un rythme moins soutenu que celui de ces dernières années. L’incapacité des pays à préserver leur tissu économique, et  à  assurer  la  couverture  vaccinale, nécessaire  pour  la  reprise  économique seraient  à  l’origine  de  cette  dynamique molle.  Entre  janvier  2020  et  juin  2021, 16 500 milliards de dollars US (18 % du PIB mondial) auraient été dépensés pour lutter contre  le  COVID-19.  Près  de  90 % de ce montant a été engagé par les économies développées, le reste par les économies émergentes  et  en  développement. Les pays à faible revenu n’ont dépensé que 12,5 milliards de dollars US, soit moins de 0,0001 % du total, illustrant ainsi les capacités financières limitées de ces pays, dont les pays d’Afrique subsaharienne.

Téléchargez l’intégralité de la Note ici.

La place de l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales

Les théories économiques se sont toujours penchées sur l’origine de la richesse des nations et ont mené dans ce sens des réflexions afin de proposer des voies pour leur prospérité. C’est ainsi que le père de la science économique moderne Adam Smith proposait dans son ouvrage « Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations » publié en 1776, la division du travail qui stipule en partant de la manufacture d’épingles que : chaque nation devrait se spécialiser dans la production du bien pour lequel elle détient un avantage absolu. Cette approche bien que novatrice dans l’analyse économique présente le désavantage d’exclure de la sphère économique certains peuples n’ayant pas une suprématie dans la production d’un bien. Par ailleurs, un autre classique David Ricardo viendra corriger cette limite et renforcer cette pensée en proposant la théorie des avantages comparatifs qui prône la spécialisation des nations dans la production du bien pour lequel ils ont un avantage comparatif. A la lumière de ce qui précède l’on pourrait dire que tous les continents devraient se spécialiser sur les biens dont ils ont un avantage comparatif. La contextualisation de cette pensée nous suggère d’analyser les chaines de valeur mondiales, lesquelles chaines de valeur « sont le fait d’entreprises qui optimisent leurs stratégies d’approvisionnement en séparant les stades de production».[1] Cette analyse est d’autant plus motivée par la contribution importante du commerce en termes de valeur ajoutée dans les PIB nationaux (30 % dans les pays en voie de développement et 18% dans les pays développés en moyenne)[2] et que les chaines de valeur mondiales ont une incidence sur l’emploi et les niveaux de revenu[3].

Les pays africains quoiqu’étant les grands fournisseurs de matières premières participent à hauteur de 2 à 3 %[4] du commerce mondial. Ce qui rend pertinent d’examiner leur place dans les chaines de valeur mondiales en vue de déceler les facteurs explicatifs de ce paradoxe. En d’autres termes dans quelles mesures le continent africain présente un avantage comparatif dans les secteurs d’activité et quelles peuvent être les blocages qui freinent sa participation au commerce international ? Quelles peuvent également être les pistes à explorer pour une meilleure participation du continent dans les chaines de valeur mondiales ? Dans la suite, il s’agira d’abord de mettre en exergue les opportunités qui s’offrent aux pays africains pour une contribution importante dans le commerce international. Il sera ensuite question de convoquer ses faiblesses dans les CVM avant d’examiner enfin les facteurs qui permettraient au continent de redynamiser ces échanges internationaux pour une meilleure place dans les chaines de valeurs mondiales.

  • Les forces de l’Afrique pour intensifier sa part dans les échanges mondiaux

Le continent africain regorge de potentialités énormes du fait de la richesse de son sous-sol. Il dispose, en effet, d’une dotation généreuse en ressources naturelles. A lui seul, il détient 97% des réserves mondiales de cuivre, 80% de coltan, 50% de cobalt, 57% d’or, 49% de platine, 60% de diamants; sans compter les nouvelles découvertes de ressources énergétiques telles que le pétrole et l’uranium ( et le phosphate) dont ses parts sont déjà respectivement de 14% et 23% des réserves mondiales[5].

Cette richesse naturelle du continent devrait lui permettre de décoller économiquement. C’est dans cet ordre d’idées que l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale JUSTIN YIFU LIN affirmait dans un entretien publié le 10. 02. 2014 sur le site d’information SENEPLUS ECONOMIE que « L’Afrique dispose de tous les atouts pour réaliser un développement économique similaire à celui de la Chine ». En effet, cette déclaration quoiqu’elle semblerait flatteuse ne devrait empêcher d’en déceler la quintessence si l’on sait que la Chine est aujourd’hui l’usine du monde du fait de ses exportations estimées à 2,487 milliards de dollars US courant en 2018 selon les données de la Banque mondiale[6] et donc par ricochet, une participation intensive au commerce international.  Cette comparaison entre l’Afrique et la Chine suggère les avantages que le continent africain pourrait avoir sur les chaines de valeur mondiales. En effet, disposant d’un avantage comparatif en termes de ressources naturelles, l’Afrique est en phase d’accroitre ses parts dans le commerce international avec l’implantation des multinationales qui y trouvent leur matière première en abondance et à des couts réduits.

L’autre force des pays africains dans les chaines de valeur mondiales est la disponibilité de sa main d’œuvre et à bon marché[7]. Jadis, les entreprises se ruaient vers l’Asie en général et la Chine en particulier pour bénéficier de la disponibilité de sa main d’œuvre avec des rémunérations relativement faibles. Aujourd’hui, avec la revalorisation des salaires, le déficit de main d’œuvre et les politiques démographiques, ces conditions de facilité sont réduites en Chine. A ce stade, l’Afrique demeure une destination privilégiée pour les multinationales dans la mesure où le continent offre ces opportunités aux entreprises. Ce qui permet au continent d’être dans une optique d’accroissement de son poids dans les échanges internationaux.

Toutefois, malgré cette tendance haussière à la participation des pays africains aux chaines de valeur mondiales et leur volonté de plus en plus affichée et réaffirmée, il convient de signaler que le continent africain rencontre des difficultés dans l’élaboration de stratégies pour intensifier sa contribution aux chaines de valeur mondiales.

  •            Les faiblesses de l’Afrique dans les CVM

Les difficultés rencontrées par le continent africain dans les CVM sont nombreuses :

La première difficulté réside dans le manque de formation de sa jeunesse, si bien que quelque avance que le continent prend sur les autres en matières de disponibilité de la main d’œuvre, il est aussitôt devancé en termes de productivité par le personnel qualifié des autres continents. En effet, un tiers de la jeunesse[8] en Afrique subsaharienne n’a pas achevé son éducation primaire, ce qui compromet toute éventualité de formation qualifiante. Ce faible taux de formation rend difficile le respect des normes internationales et donc de s’adapter aux chaines de valeur mondiales. Ce qui a pour conséquence directe de freiner ou du moins d’amoindrir la pénétration des produits africains dans les marchés internationaux. Aussi, faudrait-il noter la faible participation des entreprises locales dans les échanges internationaux. Ces deux facteurs à savoir le manque de formation de la main d’œuvre et la faible participation des entreprises locales africaines combinés aux technologies peu adaptées fragilisent la position des Etats africains dans les CVM en ce sens que leur production en termes de valeur ajoutée demeure marginale.

La deuxième préoccupation demeure l’insuffisance d’infrastructures viables qui, ne favorise pas la libre circulation des personnes et des biens au sein du continent. Or les CVM supposent des déplacements fréquents du fait de la spécialisation et de la division des tâches. Mais ces déplacements sont compliqués par la mauvaise qualité des routes. A cela s’ajoute les barrières tarifaires et non tarifaires assez conséquentes. En effet, on peut lire à la page 23 du livre de Harry G BROADMAN intitulé la Route de la soie en Afrique : « Une entreprise chinoise en Afrique du Sud estime qu’envoyer des produits de l’Angola vers l’Afrique du Sud est aussi coûteux que de les expédier en Chine ». Outre ces barrières, on peut noter le niveau de corruption qui gangrène les efforts africains dans la participation aux CVM.

Le troisième obstacle que rencontre les pays africains dans leur élan pour un meilleur engagement dans les CVM reste l’environnement des affaires peu favorable.  En effet, selon le classement du Doing Business de 2020, seuls deux pays africains sont dans le top 50. Il s’agit de l’ile Maurice qui occupe le 13iém rang mondial et du Rwanda qui occupe la 38ième place. Ceci traduit la difficulté de la mise en œuvre des CVM qui se manifeste par une fiscalité élevée, des difficultés d’installation des entreprises avec des retards dans le raccordement en électricité et en eau et des problèmes de sécurité dus à la fréquence de contestations sociale et/ou politique. Cet environnement hostile ne favorise pas l’implantation des investisseurs étrangers sur le continent. Il réduit les capacités d’attraction d’investissement des pays et mine par ailleurs leur pénétration dans les CVM.

Ces trois freins à la facilitation de sa contribution dans les CVM précités, ne sont en fait que le reflet des problèmes de transformations structurelles que connait le continent. En effet, une participation massive au commerce international nécessite une organisation sophistiquée allant de la disponibilité de la main d’œuvre qualifiée à l’encadrement étatique par la mise en œuvre d’un environnement favorable en passant par des infrastructures viables et un engagement considérable des privés locaux. Vu l’ampleur du chantier, le continent a manifestement du chemin à faire pour se tailler une place de choix dans les CVM et l’espoir de l’y voir émerger semble se dissiper. Toutefois, l’heure n’est justement pas au découragement mais au recensement et à l’exploration de pistes susceptibles de mener le continent au cœur des échanges internationaux.

  •  Quelques pistes en faveur de l’Afrique dans les chaines de valeur mondiales

Le nœud du principal problème du continent africain dans sa participation aux CVM étant décelé à savoir la transformation structurelle, le continent doit se donner les moyens d’y parvenir. Celle-ci passe par la formation de la jeunesse pour obtenir une main d’œuvre qualifiée. Ce qui pourra la rendre capable de s’adapter et de permettre aux entreprises dans lesquelles elle est employée d’amorcer une phase de production à forte valeur ajoutée au moyen notamment de technologies adaptées. Ceci passe par la mise sur pieds d’infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires pérennes afin de faciliter la mobilité des personnes et des biens, laquelle mobilité est facilitée par la réduction des barrières tarifaires et non tarifaires et l’établissement d’une concurrence saine afin de permettre à tous de tirer parti des CVM. Il est opportun de rappeler que la matérialisation des accords sur la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECAf) de l’agenda 2063 des Etats africains et la création d’union monétaire régionale permettraient de noter des avancées significatives dans ce sens.

Dans cet objectif, il est important que les gouvernements soient à l’écoute des entreprises locales en prenant en compte leurs préoccupations dans les secteurs d’activité à privilégier et en leur facilitant le financement. A cet effet, les pays peuvent s’inspirer de la Chine à travers notamment ses Zones Economiques Spécialisées (ZES) qui ont fait leurs preuves en ile Maurice et en Ethiopie avec un décollage respectif dans les secteurs d’activités du textile et de la fabrication de chaussure. Il serait judicieux toutefois de prendre en compte l’aspect environnemental et humain dans l’application des ZES pour s’inscrire dans la durabilité.

L’autre levier, sur lequel pourrait s’appuyer l’Afrique, devrait être les chaines de valeur régionales. Ces chaines de valeur ont l’avantage d’avoir des normes moins contraignantes que les CVM. Ainsi, les pays africains auront plus de facilités à s’y implanter en attendant de se conformer aux normes internationales. Cependant cette phase d’attente ne doit perdurer, elle devrait être une phase de transition vers la standardisation internationale.

Aussi, les services entrent dans cette orientation. En effet, leur élaboration facile combinée aux outils de télécommunications de plus en plus accessibles et de bonne qualité permet aux pays de s’y lancer. L’Afrique doit continuer dans ce sens puisque l’établissement des services d’intermédiation financiers pourrait lui permettre de mobiliser les épargnes des agents économiques et faciliter l’accès au financement des entreprises locales.

L’hôtellerie pourrait être également un maillon important dans la percée des pays dans les CVM. En effet, les dotations naturelles de l’Afrique en termes de ressources naturelles, de parcs, de faunes, de fleuves, de lacs, de cascades, de montagnes… permettent d’attirer un nombre conséquent de touristes chaque année. En effet, en 2017 par exemple, le Sénégal et l’Ethiopie ont accueillis respectivement 1,3 millions et 900 mille touristes[9]. Cet accroissement du nombre de visiteurs permet au continent de disposer de devises étrangères facilitant ainsi ses échanges internationaux.

Le développement des technologies de l’information et de la communication permettrait de mieux organiser ce secteur par la disponibilité de l’information à travers les sites internet des voyagistes et hôtels. Ce qui rend possible les réservations et paiements en ligne.

Le continent devrait multiplier ses efforts dans ce sens et favoriser les services dans les activités manufacturières si l’on sait que d’après l’OCDE et l’OMC, ils permettent directement ou indirectement de créer plus de 30 % de la valeur ajoutée[10] dans les activités de distribution manufacturières.

  • Conclusion

En définitive, il convient de noter que le taux de participation du continent africain dans les chaines de valeur mondiales est important. Toutefois cette contribution n’a pas su créer de la valeur ajoutée à la hauteur de son intensification. Le continent africain regorge cependant des atouts lui permettant de redynamiser sa place dans les CVM par l’entremise de ses ressources naturelles et de la disponibilité de la main d’œuvre et à couts réduits. Des difficultés freinent toutefois ces opportunités. Qu’il s’agisse du faible taux de formation de la main d’œuvre et du faible engagement des entreprises locales. Qu’il s’agisse de l’absence d’infrastructures viables, de barrières à la circulation des personnes et des biens et donc du caractère défavorable de l’environnement des affaires. Qu’il s’agisse en bref des problèmes de transformation structurelle. Néanmoins, la volonté de voir les pays africains occuper une place privilégiée pourrait être matérialisée. Cette volonté peut s’appuyer sur la transformation structurelle avec un accent mis sur la formation des jeunes, la concertation des gouvernements avec les entrepreneurs locaux et l’accessibilité de leur financement. Elle pourra par ailleurs s’adosser à l’intensification des chaines de valeur régionales et à la massification des services notamment d’intermédiation financiers, d’hôtellerie et de distribution de produits manufacturiers.

Il apparait fondamental de souligner que le développement économique de l’Afrique ne saurait être le seul fait des chaines de valeur mondiales. Il est donc primordial de déceler les facteurs bloquants son décollage économique et d’y remédier en vue de pouvoir faire bénéficier au continent la valeur ajoutée tirée des Chaines de valeur mondiales. Cependant ces CVM en particulier et le commerce international en général connaissent des dysfonctionnements. C’est à ce propos que l’historien Walter Rodney affirmait « Lorsque que les termes de l’échange sont fixés par un pays d’une manière entièrement avantageuse pour lui-même, alors le commerce est généralement préjudiciable pour le partenaire commercial »[11]. De quoi orienter le débat vers le commerce équitable.

Auteur : Sidy TRAORE, Elève Ingénieur Statisticien Economiste, ENSAE-Dakar

 

[1] ÉDITION THÉMATIQUE : Perspectives économiques en Afrique 2014

[2] Voir https://unctad.org/fr/Pages/PressRelease.aspx?OriginalVersionID=144

[3] Voir https://unctad.org/fr/Pages/PressRelease.aspx?OriginalVersionID=144

[4] Commission économique des nations unies pour l’Afrique, rapport économique sur l’Afrique 2015 : l’industrialisation par le commerce, P-100

[5] Abdelhak Bassou, Ressources naturelles et réalités géopolitiques de l’Afrique, 25 mai 2017

[6] https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/TX.VAL.MRCH.CD.WT

[7] La population africaine est estimée à 1,3 milliards d’habitants en 2020 avec plus 400 millions âgés entre 15 et 35 ans (voir https://au.int/fr/developpement-de-la-jeunesse et Contrymeters.com)

[8] Voir https://fr.unesco.org/gem-report/sites/gem-report/files/gmr2012_PR_ssa-fr.pdf

[9] https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/10/09/l-afrique-veut-jouer-la-carte-du tourisme _6014875_3212.html

[10] Perspectives économiques en Afriques 2014, page 69.

[11] Walter Rodney, Et l’Europe sous-développa l’Afrique : analyse historique et politique du sous-développement, 1972

Réformer l’enseignement technique et la formation professionnelle pour l’employabilité des jeunes en Afrique

Étreintes par le sous-emploi et le chômage des jeunes, les économies africaines devront réinventer leur système éducatif. Si le débat n’est pas nouveau, notamment en ce qui concerne le rôle de l’éducation dans la formation du capital humain, ses termes devront avancer en incluant les spécificités de la formation professionnelle. Lire plus  dans ce rapport (avec un Erratum, page 8, lire 100 M d’emplois)

Enquête sur les attentes des jeunes Africains en matière de formation

Cette enquête constitue une première tentative pour comprendre les facteurs qui déterminent
les choix de formation des jeunes Africains et ce qu’ils espèrent autour de leur formation
pour améliorer leur employabilité. Bien que les résultats fournissent des indications générales
sur les attentes des jeunes Africains, elles ne devraient pas être considérées comme des faits
stylisés. On retient tout au moins les besoins des jeunes Africains en matière de formation pourrait
trouver une réponse dans l’ETFP, dont le potentiel reste très marginalement employé en Afrique.Enquete sur les attentes des jeunes africains en matière de formation

LES BLEUS DE TREVOR NOAH

Le 15 juillet dernier, l’Equipe de France de football remportait la vingt-et-unième coupe du monde de l’Histoire, lors d’une victoire face à la Croatie (4-2). La particularité de cette équipe : seize des vingt-trois joueurs Français sont d’origine subsaharienne. Une particularité que n’a pas manqué de mettre en avant, Trevor Noah, dans son émission The Daily Show, dès le lendemain. Une mise en avant qui a soulevé un tollé en France, de la part de nombreux citoyens, mais aussi de personnalités comme le basketteur Nicolas Batum ou l’animateur Nagui et jusqu’à l’Ambassadeur de France aux Etats-Unis. Dans le même temps, la presse italienne et l’ex-sélectionneur croate s’adonnaient à des réflexions racistes sur cette même équipe de France, dans un anonymat confondant. Décryptage d’un événement qui en dit bien plus qu’il n’y paraît. Continue reading « LES BLEUS DE TREVOR NOAH »

Présidentielles du 29 Juillet : « Le Mali a besoin d’un président fort qui saura rétablir l’autorité de l’État ».

Dans quelques jours, le peuple Malien est appelé à choisir celle ou celui qui conduira sa destinée durant les cinq prochaines années. Quels sont les enjeux  du scrutin du 29 Juillet 2018 ? Hamidou DOUMBIA, porte-parole du parti YELEMA  et de son président Moussa Mara, a accepté de répondre aux questions de l’Afrique Des Idées à cet effet.

 

Bonjour Mr  DOUMBIA.

Bonjour Mr GNASSOUNOU, bonjour aux membres du Think tank l’Afrique Des Idées.

En toute objectivité quel bilan dressez-vous du quinquennat écoulé?

Le bilan du président  Ibrahim Boubacar Keita dit IBK n’est pas élogieux , les maliens sont déçus .

Quels ont été les grands échecs de ce quinquennat?

L’élection du président IBK avait suscité beaucoup d’espoirs dans notre pays car il était perçu comme l’homme de la situation pour l’écrasante majorité de la population ; d’où son score de 77 % au second tour des élections présidentielles . Il avait principalement séduit nos compatriotes par son slogan :  » Pour l’honneur du Mali et le bonheur des maliens « . Cinq années après cette élection , il  est légitime de se  demander s’il a pu restaurer cet honneur et s’il a pu assurer le bonheur des maliens . Pour ma part, je répondrai par la négative pour  deux raisons.  Tout d’abord le président IBK a échoué en ne parvenant pas à sécuriser notre pays ; en effet la crise sécuritaire au lieu de s’atténuer ,s’est aggravée avec l’insécurité au centre et dans les grandes villes. L’honneur pour  les maliens était de retrouver l’intégrité de leur territoire , le président IBK n’a pas pu le faire ; l’honneur pour nous était de  retrouver un État fort , IBK n’a pas pu le faire .

Ensuite, sur le plan économique, , il s’agissait d’accroitre les revenus de nos compatriotes. Aujourd’hui les prix des denrées alimentaires n’ont jamais été aussi élevés. Pire, 4 millions de maliens sont menacés de faim . Juste pour vous dire  à quel point l’échec du président  sortant est évident .

L’un des gros échecs de ce quinquennat  fut  l’abandon du processus référendaire  de modification constitutionnelle. Le prochain président doit-il remettre sur la table le projet de révision constitutionnelle du président Keita ?

Effectivement le projet de révision constitutionnelle a été un échec . je crois toutefois, que son échec est surtout du à certaines dispositions qui n’étaient pas du genre à rassurer les maliens. Notamment l’accroissement des pouvoirs du président  de la république qui est perçu par nos compatriotes comme un recul de  la démocratie . Cependant, force est de reconnaitre que la situation actuelle de notre pays exige une révision constitutionnelle . La constitution que nous avons aujourd’hui  est veille de 27 ans. Par conséquent, certaines modifications doivent y être apportées . Aussi, faut-il  appliquer  l’accord de paix issu du processus d’Alger. Pour cela, il nous faut faire une révision constitutionnelle . C’est pour cette raison que notre candidat (Cheikh Modibo Diarra) propose une révision de la constitution dès le début de son mandat , puis s’en suivra un chronogramme d’application de l’accord qui sera appliqué véritablement  en 18 mois. Je vous rappelle que le président IBK avait 24 mois pour l’appliquer , et qu’en trois ans , cet accord n’est pas appliqué  à 20% , un autre échec du président IBK.

Le président de votre parti veut faire de la politique autrement. Se rallier à Cheikh Modibo Diarra, est-ce faire de la politique autrement ou simplement s’agit-il d’un aveu d’incapacité à gagner les prochaines échéances électorales ?

Cette décision émane du peuple malien . Vous savez ,le président de notre parti de 2013 à aujourd’hui est l’homme politique qui a le plus sillonné le Mali profond en visitant plus de 200 communes de notre pays et 40 cercles. Lors de toutes ces rencontres , il lui a été demandé de mettre tout en œuvre pour que les hommes qui incarnent l’alternance systémique se mettent ensemble . Faire la politique autrement, c’est de mettre le Mali au-dessus de ses intérêts personnels , c’est ce que le président de notre parti a fait et nous en sommes fiers . Le Docteur Cheick Modibo DIARRA partage les mêmes valeurs que nous et en nous mettant ensemble , nous augmentons les chances de victoire des partisans de l’alternance systémique . Notre choix est un choix de raison et de patriotisme car si le Mali tombe dans les mains de ceux qui sont à la base des problèmes de nos compatriotes , c’est la survie de notre pays qui serait en jeu. Donc pour éviter cela , aucun sacrifice n’est de trop.

 24 candidats au premier tour des élections ; il y en avait 27 lors des dernières élections présidentielles.  Y-a-t-il trop de candidatures ?

Je trouve sincèrement que l’on pouvait avoir moins de candidats que ça . Beaucoup de candidats ne sont pas connus des maliens pour n’avoir pas été actifs ces dernières années et un beau jour , ils se lèvent pour briguer la magistrature suprême. La confiance des maliens se mérite. Ils doivent comprendre que l’élection du président de la république n’est pas une élection de chef de quartier ou de village. Nous faisons partie au niveau de  YELEMA de ceux qui prônent  une alternance systémique dans notre pays. C’est pourquoi, lors de notre congrès de novembre 2017 , il a été instruit à notre Comité Exécutif Central de se battre pour une candidature unique des forces du changement même si cette candidature n’était pas issue de nos rangs . Je pense donc que l’on doit travailler à réduire les candidatures pour que les électeurs nous prennent au sérieux .

Quels doivent être  à votre avis la personnalité et le caractère du prochain président de la République ?

Le prochain président de la République doit être un rassembleur , il doit être un homme dont l’intégrité ne souffre d’aucun doute . Il doit être un homme qui a fait ses preuves , qui s’est construit avant de rentrer dans la politique . Nous avons besoin d’un président fort qui saura rétablir l’autorité de l’État .

Les Maliens ont semble-t-il perdu confiance en la politique ? Pensez-vous que ce  constat est véridique ?Que doit faire le prochain président au cours de ses  six premiers mois pour redonner confiance aux populations ?

Les maliens ont perdu confiance aux politiques et c’est tout à fait normal . Ceux qui ont été les principaux acteurs de la scène politique depuis l’avènement de la démocratie en 1991 n’ont pas été de bons exemples pour la plupart. La corruption , le clientélisme , la gabegie sont des pratiques courantes dans notre pays et c’est au niveau des élites que ça se passe le plus souvent . Ces pratiques ont concouru de manière progressive à faire qu’aujourd’hui les maliens ne croient plus aux hommes politiques . Je vous donne juste une anecdote : Au Mali quand on ment beaucoup , on te dit tu mens comme un politicien . Donc pour dire l’ampleur de cette rupture de confiance .

Le prochain président de la république doit rapidement prendre des mesures de refondations de notre État . Il doit vite montrer l’exemple en prenant les mesures fortes contre la corruption qui gangrène notre société . C’est pourquoi nous prévoyons dès l’élection de notre candidat que les 100 premiers responsables de l’État puissent publier leurs patrimoines  dans un journal officiel et dans tous les médias. Nous allons publier les revenus de tous les responsables pour que les maliens puissent voir si leur train de vie est conforme à leurs revenus. La possibilité sera donnée à nos compatriotes de se plaindre si d’aventure ils constatent une inadéquation entre les revenus et les trains de vie . Pour restaurer la confiance et l’espoir nous devons prendre des mesures fortes qui peuvent rassurer nos compatriotes . Aujourd’hui le gouvernement compte une trentaine  de membres. Nous allons réduire le nombre de membres du  gouvernement à seulement vingt membres pour faire des économies. Les maliens veulent un président qui peut les rassembler , qui peut recouvrer l’intégrité de leur territoire .Les premières actions du prochain président doivent  donc aller dans ce sens .

Parlons de Ras Bath, une personnalité phare de la société civile depuis les  soulèvements  contre la révision constitutionnelle  et qui occupe un espace  de plus en plus  important dans la sphère  politique. Assistons-nous à l’émergence d’une société civile puissante au Mali ou s’agit-il simplement d’un populisme d’un autre genre ?

Effectivement la révision constitutionnelle nous a montré que la société civile veille sur les politiques. Le chroniqueur Ras Bath s’est fait un nom car il est celui que les pauvres considèrent comme leur voix et celui qui les défend face aux dérives des hommes politiques . Il est bon comme chroniqueur .

S’est-il fourvoyé en soutenant Soumaila  Cissé, un des caciques de la classe politique ?

 Ce qui est sûr , il disait dans un passé récent que le cadavre d’IBK valait mieux que Soumaïla CISSE donc les observateurs étaient étonnés de le voir soutenir celui-ci . C’est ce qui fait aujourd’hui qu’il y’a beaucoup de ses auditeurs qui ont été déçus . Il a fait un choix , qu’il assume et le peuple  en jugera .

Pour finir, faisons un peu de  politique fiction : Nous sommes le 29 juillet 2023.Le pays reprend du poil de la bête sur le plan économique, l’insécurité a reculé mais la question du nord Mali n’a toujours pas de solution pérenne.  Considéreriez-vous que le  président sortant aura raté son quinquennat ?

(Rires )…. Raté ce serait trop dire , le problème du nord ne peut pas se régler définitivement en seulement cinq ans . C’est un problème profond qu’il convient de résoudre progressivement sans faire dans la démagogie . Un problème qui existe il y’a plus de 30 ans ne peut être résolu définitivement en cinq années d’exercice de pouvoir. Ce qui est sûr à la fin  du quinquennat , il n’y aurait plus de groupes armées sur notre territoire hormis la nouvelle armée reconstituée du Mali . Ce qui est sûr , le niveau de vie du malien sera élevé à un niveau jamais égalé ses dernières années . Les maliens connaitront le vrai bonheur et nous allons restaurer l’espoir car nous sommes les vrais restaurateurs de l’espoir .

Monsieur, Doumbia, Merci d’avoir répondu aux questions de l’Afrique Des Idées.

 

Interview réalisé par Giani GNASSOUNOU pour l’Afrique Des Idées.