Le monde à dos d’Afrique

Les villes africaines, trace de modernité...La Modernité pourrait se définir par la distinction épistémologique fondatrice sujet / objet et découlant de celle-ci la production de l’opposition structurante nature / culture.  Ce rapport au Monde, détachant l’Homme de la Nature et le plaçant en surplomb, permit l’élaboration et le développement de technologies d’exploitation des ressources de la nature, pensées alors comme illimitées, au profit de l’espèce humaine (anthropocène), ou plutôt de l’échantillon d’elle qui s’était érigé en étalon de l’humanité (capitalocène ou occidentalocène).

Cette ontologie moderne aura en fait été le principal moteur de l’imperium européen dans son projet de domestication et d’exploitation de la Nature mais aussi de toute autre forme d’altérité culturelle.

Aujourd’hui, cette modalité culturellement située de représentation des interactions entre les activités humaines et le reste des entités du vivant, humain et non humain pour le dire dans des termes latouriens, se heurte aux signes alarmants révélant l’infinie complexité des actions et des rétroactions des différents êtres composant le système Terre.

L’Homme, occupant désormais l’espace d’une force géologique, influe globalement sur l’histoire récente du système Terre. Mais, comme Marx le faisait déjà remarquer pour l’histoire des sociétés humaines : « l’Homme fait l’histoire mais il ne sait pas l’histoire qu’il fait ». Ainsi la puissance acquise par l’espèce humaine, désormais capable de modifier la trajectoire du climat, l’acidité des océans, la biodiversité, etc. révèle, paradoxalement, une impuissance tout aussi vertigineuse.

Et il est tout à fait troublant de constater que la perturbation des équilibres qui ont permis jusqu’à présent le maintien, dans des conditions de relative stabilité, de l’espèce humaine trouve son origine la plus immédiate dans les excès du capitalisme et sa sécrétion d’inégalités et d’injustices.

Le projet désormais impératif de déconstruction de la modernité, afin notamment d’essayer de proposer des alternatives politiques crédibles et des institutions démocratiques ad hoc destinées à réduire l’empreinte écologique de l’espèce humaine sur Gaia, doit se nourrir de la multiplicité des discours critiques portés par la cohorte de corps5  que l’effectuation de la modernité, sur ces quelques trois siècles écoulés, aura marginalisé ou marchandisé (critique féministe, critique post-coloniale, critique queer, etc.).

Cette réflexion se propose de poser les pistes de la spécificité d’une contribution africaine, pensée à partir de son historicité propre, pour appréhender les nouveaux enjeux globaux, en formulant la question suivante :

L’Afrique est-t-elle parmi les lieux que l’on puisse privilégier pour penser l’effectuation moderne du Monde afin de mieux comprendre et déjouer le réseau d’asymétries tendues qu’elle a tracé, au cours des derniers siècles, dans la valeur de la vie et du vivant?

L’Afrique au cœur des marges de la Modernité

De part et d’autre de la science, les spécialistes ne cessent plus de tirer la sonnette d’alarme et de s’interroger: l’Homme serait rentré dans une course poursuite contre lui-même. Comment donc sortir de cette effectuation moderne prédatrice qui nous mène vers notre extinction ?

Peut-être, conviendrait-il de prendre pour point de départ des espaces en résistance contre le projet moderne. En résistance, justement parce que le projet moderne a, d’une certaine manière, contribué à les exclure d’un sanctuaire des privilèges qu’il travaillait à faire advenir et auquel il assujettissait tout le reste, ou presque. C’est donc qu’à partir de ces lieux sujets, de ces marges, que nous souhaiterions penser ce qui pourrait être un enversde la Modernité. Non pas qu’il s’agisse, dans la fièvre d’une pureté toute révolutionnaire de détruire la Modernité et l’ensemble de ses édifices, mais davantage qu’il faille la penser avec ses contraires et ses en-dehors. Et là, force est de constater que certains lieux à la margerecèlent un pouvoir de dévoilement plus important que d’autres (et c’est l’objet de cette réflexion).

Le concept de marge pourrait être défini comme cet espace où le discours du pouvoir sur lui-même se heurte à son mensonge et donne à voir l’ampleur réelle d’une politique sur l’ensemble du vivant. C’est à ce titre un concept d’une grande fécondité heuristique et, pour ce qui nous concerne, un outil conceptuel précieux pour la déconstruction de la Modernité, à partir d’une certaine perspective. En cela, nous nous inscrivons dans la continuité des efforts de Michel Foucault pour lequel, selon Lautier Bruno :

« L’objectif […] n’était pas de « parler des exclus » ; il l’a d’ailleurs fort peu fait dans ses écrits théoriques, il réservait ça à son activité militante. Son objectif était un objectif de méthode : montrer qu’on comprend une société non pas en en faisant une analyse de l’intérieur, mais depuis les marges : les fous, les malades, les criminels, les pervers, ne nous apprennent pas grand-chose sur eux-mêmes, mais beaucoup sur nous. »

Nous proposons ainsi l’hypothèse que l’Afrique constitue cette marge à partir de laquelle la Modernité, comme projet biopolitique, se révèle pour ce qu’elle est véritablement : Lumièrestout autant que Ténèbres.

Afrique, pivot d’un universel de la circulation et du mouvement

Sur un plan méthodologique, à ce premier temps qui est un arrêt sur l’Afrique (conçue comme une margestratégique de la Modernité) doit être agrégé un second temps ancré dans le mouvement. Un mouvement circulaire constant, passant sans cesse d’une expérience historico-culturelle à une autre, d’un mode d’être à un autre. Le mouvement comme fondement et éthique, expression, pour le dire comme Bachir Diagne, d’un universalisme latéral révélé par le processus même de la traduction; mais une traduction élargie permettant tout aussi bien de passer d’une expérience culturelle à une autre (d’une langue à une autre) que d’un mode d’être à un autre (une ontologie à une autre).

A l’évidence,une telle d’approche a vocation à s’écarter de toute logique du ressentiment, portée par un afro-centrisme d’arrière-garde, tout autant que d’une logique de la pitié, même dans ses expressions les plus distinguées, réduisant toujours au final l’Afrique à un manque qu’elle ne saurait, par nature, combler d’elle-même.

L’effort vers ce mouvement circulatoire, questionnant la modernité à partir de tous ses en-dehors, est le prix de l’écriture d’un récit partagé du devenir. Et l’Afrique peut réellement, à partir de son expérience propre (c’est-à-dire celle d’une vulnérabilitédans l’ère moderne), ouvrir de nouveaux possibles sur les enjeux globaux qui traversent les débats intellectuels et politiques contemporains, couvrant d’une extrémité à une autre la question de la survie de l’Homme (pour les plus pessimistes) ou plus simplement celle de la vie bonne (pour moins alarmistes).

Le souci d’une politique globale du vivant apparait aujourd’hui comme une des dimensions fondamentales d’une pensée critique qui aurait vocation à proposer des mécanismes de partage équitable des ressources et de sauvegarde de la vie humaine sur Terre. Partant de la perspective des Amérindiens d’Amazonie, un auteur comme Philippe Descola en appelle à l’abandon de ce qu’il appelle une vision naturaliste du mondequi a conduit le monde occidental à réduire l’ensemble des entités naturelles (dans lequel les Africains ont souvent été rangés d’ailleurs) à une réserve inépuisable de biens et d’énergie.

Et lorsque l’on aborde de manière anthropocentrée la question de la vie, de la variabilité de ses formes, de ses conditions de possibilité biopolitique et de ses limites (jusqu’à quel point peut-on décemment rester vivant), l’Afrique se présente effectivement comme une masse colossale dont l’occultation risquerait de masquer la partie immergée de l’iceberg.

Dans une telle perspective, l’Afrique apparait comme un espace singulier qui donne à voir, sans fard, ce que le pouvoir peut faire de la vie et, plus particulièrement, ce que l’exposition prolongée à la brutalité des systèmes d’exploitation née de la Modernité a fait des différentes formes de vie sur ce vaste territoire.

Ce que penser l’Afrique veut dire

Achille Mbembe invite toute réflexion sur l’Afrique à se projeter vers quatre directions, de manière disjointe ou articulée. Penser l’Afrique, c’est :

1 Rétablir un nom. Combattre des préjugés séculiers nés de la pensée coloniale et impériale.

2 Ramener à la vie ce qui avait été abandonné aux puissances de la négation et du travestissement

3 Rouvrir l’accès au gisement du futur pour tous.

4 Contribuer à l’avènement d’un monde habitable.

Cette invitation appelle donc à tracer les contours d’un champ, certes déjà arpenté, mais pas encore totalement balisé. La présente proposition s’inscrit indubitablement dans les perspectives ainsi ouvertes, tout en gardant la dynamique propre qui la fonde :

  • Symétrisation des formes du vivant
  • Saisissement du devenir monde du monde dans un mouvement circulatoire

Ce qui importe donc, c’est que l’Afrique partage le Monde avec les autres, y compris cet agrégat abstrait que l’on appelle l’Occident. L’objectif de telles approches, tel qu’initiées par des intellectuels africains comme Valentin Yves Mudimbe, Souleymane Bachir Diagne ou Achille Mbembe, pourrait donc être la mise en exergue, l’amélioration et surtout la création de mécanismes de partage équitable du monde. C’est à ce prix seulement que le monde deviendra monde.

Ce n’est donc pas l’irréductibilité d’une expérience intérieure proprement africaine (quoique nous ne cherchons pas non plus à nier cela, ou du moins, les effets des récits différentialistes) qui structure cette discussion mais plutôt l’expérience fragmentée de la Modernité et la manière dont certaines de ces expériences peuvent nous informer davantage sur le visage de celle-ci, particulièrement lorsqu’elle se confronte au dissemblable. Cette méthodologie permet d’en faire le diagnostic le plus fidèle, à la fois pour la vie humaine que l’ensemble des entités du vivant.

L’Afrique, le Nègre et les Autres

D’emblée il faut également préciser que l’Afrique dont il est question ici ne se limite pas aux frontières de la géographie statique. En effet, l’Afrique et le Nègre constituent les deux mêmes faces d’une imagerie complexe construite par la Modernité comme différence de la différence, reflet inversé de la raison, située dans une sorte d’espace intermédiaire entre culture et nature.

Peut-être faut-il rappeler également que, sous le règne de la Modernité, certains phénomènes d’oppression d’ampleur subis par les Africains et/ou les personnes d’ascendance africaine ont également frappé d’autres communautés dont les traits physiologiques ne pouvaient pourtant être totalement capturés par la figure du Nègre, du fait de sa teneur en mélanine. Mais sans doute était-il encore possible à celles-ci de sortir de cet épiderme social et d’abandonner, dans le jeu des échelles sociales, cette peau sociale infâme.

Le Nègre est donc aussi cette assignation dont, certains, ont pu besogneusement se défaire. Les Africains et leurs descendants, moule dans lequel avait été produit cette figure monstrueuse, n’ont, en dehors de l’Afrique elle-même, aucune possibilité définitive de réellement s’extraire de cette clôture. Ainsi, plus de trois siècles après la fin de l’esclavage transatlantique, la possibilité pour eux d’échapper à cette figure reste dépendant de procédures socio-économiques complexes à l’issue incertaine et in fine fragilisées par une opposabilité toujours ouvertes. Qui que soit l’Africain ou l’Afro-descendant, l’interpellation de « sale nègre » au coin d’une rue reste toujours de l’ordre du possible et du plausible.

Le Devenir Nègre du Monde

L’une des spécificités de l’action de la Modernité sur l’Afrique, c’est cette opération à la fois pratique et intellectuelle qui a consisté à transformer des êtres humains en chose et à les réduire drastiquement en combustible pour la machine économique. Ce processus miraculeux par lequel un homme devient un bien meuble, pour le dire comme le Code Noir, marque durablement le rapport du corps noir à soi et sa circulation dans l’espace globalisé.

En cela, le Nègre aurait, selon Achille Mbembe, devançait le monde. En effet pour lui, les dernières formes du capitalisme financier ne tendraient qu’à élargir le plus possible ce geste de réduction miraculeux à l’ensemble du globe, y compris au monde occidental lui-même.

La modernité a produit une véritable métaphysique de la race, celle-ci naissant et venant alimenter d’abord la structure morale et discursive de légitimation de la traite de l’esclave atlantique puis ensuite le désir colonial tout autant que sa justification.

Césaire nous dévoile ainsi la véritable nature de la relation dans l’économie morale de la colonisation :

« Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, l’impôt, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies. Aucun contact humain, mais des rapports de domination et de soumission qui transforment l’homme colonisateur en pion, en adjudant, en garde-chiourme, en chicote et l’homme indigène en instrument de production »

Ce devenir Nègre du monde pourrait bien faire de l’Afrique un des rouages essentiels de tout nouveau chantier significatif d’une pensée matérialiste ayant pour projet une émancipation ouverte à tous les vivants. Ce repositionnement inattendue de l’Afrique n’est en aucun cas celle annoncée par les nouvelles forces carnassières du capitalisme financier. Celles-là ne jurent désormais que par ce qu’elles ont appelé « l’émergence » économique de l’Afrique, laquelle, si les responsables africains n’y prennent garde, pourrait bien ressembler à s’y méprendre à une recolonisation du continent, non plus par la forme classique des trois M (missionnaires, militaires, marchands) mais par du pur capital. Bis repetita.Ce qui nous intéresse ici est certainement plus fondamental, plus grand que l’Afrique elle-même d’ailleurs; c’est l’Afrique comme structure d’émancipation du seul monde souhaitable pour tous, c’est-à-dire un monde devenu monde.

Tabué NGUMA

La supercherie de la croissance des économies africaines

Comme au début de chaque année, le mois de janvier 2018 n’a pas échappé aux ballets d’annonces des performances macroéconomiques des pays africains. Et comme depuis un certain nombre d’années maintenant, l’Afrique est au premier rang en matière d’économies les plus prospères ; certains classements positionnant d’ailleurs six pays africains dans le top dix des économies en croissance sur l’année à venir.

La guerre des chiffres

 Ce qui frappe tout observateur de ces publications macroéconomiques est le manque de convergence en fonction de qui publie ces chiffres. Pour illustration, la Banque mondiale a estimé que l’économie de l’Afrique subsaharienne va rebondir à 3,2% en 2018 et à 3,5 en 2019 après une croissance enregistrée de 2,4% en 2017. Le Fonds Monétaire International (FMI) qui n’a pas encore annoncé ses prévisions pour 2018 table sur une croissance à 2,7% en 2017 pour l’Afrique subsaharienne. Pour sa part, la Banque Africaine de Développement (BAD) qui publiait les Perspectives Économiques Africaines (PEA 2018) annonce une croissance à 4,1% en 2018 et 2019 après 3,6% en 2017 pour toute l’Afrique, Afrique du Nord incluse (zone généralement associée au Moyen-Orient par le FMI et la Banque Mondiale). Selon certains spécialistes, cette divergence de chiffres s’explique par la différence des méthodes de calcul (indicateurs considérés dans le calcul du Produit Interieur Brut (PIB)) et des zones couvertes (Afrique entière ou Afrique subsaharienne).

Pour quelle validité ? 

Ces différences de performances macroéconomiques des états poussent à réfléchir, notamment à la lumière du scandale autour du classement Doing Business de la Banque Mondiale. Paul Romer (ancien économiste en chef de la Banque Mondiale) a démissionné récemment en critiquant son ancien employeur et l’accusant de défavoriser certains pays comme le Chili et d’en favoriser d’autres comme  l’Inde dans le Doing Business. Il dénonce notamment l’utilisation d’un classement qui fait autorité depuis 15 ans à des fins politiques, et ce depuis au moins 4 ans. C’est à se demander si une institution qui “aurait biaisée” son classement des pays les plus “business-friendly” n’aurait pas fait de même sur les autres indicateurs qu’elle publie. Quid de ses confrères ?

Pour quel impact ?

Au lendemain de la publication de ces chiffres, il est fréquent de voir les responsables politiques se féliciter des performances macroéconomiques de leurs pays. Seulement, ces derniers oublient très souvent les aspects microéconomiques. Selon les PEA 2018 de la BAD :” l’amélioration ne résulte pas d’un facteur unique. Elle est le reflet d’une conjoncture internationale plus favorable, du rétablissement des prix des matières premières, principalement le pétrole et les métaux, de la demande intérieure soutenue, en partie satisfaite par la substitution des importations, et des améliorations de la production agricole”. ​Le constat est encore beaucoup plus alarmant du côté du FMI, pour qui ​“en moyenne, la croissance du PIB par habitant devrait à peine dépasser zéro, et restera en territoire négatif pour près d’un tiers des pays de la zone à ​cause d’une croissance de la population élevée​”​.

A la lecture de ces commentaires, l’on peut se dire que nos politiciens se congratulent d’une croissance artificielle, complètement exogène et qui ne profite pas au panier de la ménagère. Pire, plusieurs pays africains ont basé leur croissance sur de l’endettement lourd pour financer les projets d’infrastructure, et comptent donc sur une population qui ne bénéficie pas des retombées de cette croissance pour rembourser la dette qui la génère. Au lieu de jubiler sur une croissance hors-sol, nos dirigeants feraient mieux de travailler pour des économies beaucoup plus inclusives. Pour cela, certains chantiers sur lesquels ils pourraient s’atteler sont : la modernisation des méthodes et outils agricoles, la mise en place de politiques d’industrialisation, la transformation locale des matières premières, l’amélioration du financement des PME, etc.

D’après certains spécialistes, plus de la moitié de la croissance africaine ne crée pas d’emplois. D’ailleurs l’Organisation Internationale du Travail estime que l’Afrique subsaharienne devrait connaître une augmentation du nombre de chômeurs qui devrait atteindre 30,2 millions en 2018, soit une nette progression par rapport aux 29,1 millions de chômeurs enregistrés en 2017. Il y a donc besoin de mieux redistribuer la richesse sur le continent. Comme le dit une vendeuse de beignets à Abidjan, « ce ne sont ni le métro ni le pont qui vont acheter mes beignets ».

LD

Chers ministres, le code n’est pas l’avenir de l’Afrique!

Depuis un certain nombre d’années, on voit se multiplier partout en Afrique des “Journées  Nationales des TIC”, portées et promues par des ministres de l’Economie Numérique qui veulent de plus en plus nous faire croire que le numérique ou le digital serait la réponse à tous les maux de l’Afrique.

Ces ministres laissent penser que l’éducation à la programmation informatique serait la solution miracle pour le développement de l’Afrique ; des thèses sûrement inspirées des réussites des géants du net tels que Facebook, Google, Amazon et autres. Toutefois, chers ministres de l’Economie Numérique africains, ces entreprises sont portées par des personnes ayant bénéficiés de systèmes de formation performants. Or, aujourd’hui, 38% des adultes dans nos pays (soit 153 millions d’habitants) sont analphabètes. Pour ceux ayant accès à une école, il faut très souvent faire face à un fort taux d’absentéisme du personnel enseignant ou au défaut des infrastructures.

Au-delà de l’accès, la qualité des formations est aussi à interroger. On trouve énormément de jeunes qui entament des études secondaires sans réellement savoir lire et compter, éléments de base pour l’apprentissage. L’offre de formation en Afrique aussi serait à revoir car pour former de bons codeurs, peut-être qu’il faille déjà donner une meilleure visibilité aux formations scientifiques et non pas celles qui ont pignon sur rue dans nos universités : sociologie, psychologie, anthropologie, philosophie et autres. On assiste ainsi chaque année à l’arrivée sur le marché de l’emploi de plus de 12 millions d’africains dont la formation est très souvent inadéquates aux besoins des entreprises.

Chers ministres, même si nous devons former nos jeunes aux codes, il faudrait d’abord mettre en place des politiques publiques favorisant leur formation et insertion professionnelle. Certains d’entre vous lancent des campagnes “Un étudiant, Un ordinateur” qui ne sont en réalité que des initiatives conçues à des fins électoralistes. De fait, la qualité du matériel distribué aux étudiants, soulève des interrogations quant à l’opportunité d’un tel investissement. Les plus fortunés qui souhaitent ou peuvent faire venir des équipements informatiques de qualité de l’étranger, doivent désormais faire face aux barrières tarifaires, avec la levée des exonérations de TVA.

Si tant bien que l’on ait accès à de l’équipement de pointe, sans énergie, tout cela ne servira à rien. Il est encore bien fréquent de subir des délestages de plusieurs heures, voire plusieurs jours dans certaines grandes capitales africaines. Selon la Banque Africaine de Développement, ce sont plus de 600 millions d’africains qui n’ont pas accès au réseau électrique, soit 50% de la population africaine. L’accès en lui-même ne garantie rien, il faudrait encore que le service soit fiable, stable et continue ; ce qui n’est pas le cas dans la grande partie de nos pays.

Chers ministres, comme le disait feu Felix Houphouet Boigny concernant la Côte d’Ivoire :  “le succès de ce pays repose sur l’agriculture”. Il ne serait pas imprudent d’étendre cette citation à l’Afrique entière tant ce secteur est fournisseur d’emploi sur le continent (environ 60%). L’Afrique dispose de 60% des terres arables inexploitées mais importe encore plusieurs dizaines de milliards de produits alimentaires chaque année. L’une des causes étant le faible taux de rendement de nos exploitations agricoles et de l’obsolescence des pratiques et outils.

Chers ministres, comment se lancer dans le code lorsqu’il manque des infrastructures médicales pour soulager le mal de dos, le mal de tête, la baisse de la vue,etc… ; maux fréquents chez les développeurs informatiques ? Qui deviendra codeur quand on assiste encore à des centaines de milliers de décès pendant l’accouchement, liés très souvent au manque d’équipements ou personnels adéquats ? En 2014, l’OMS publiait un rapport révélant qu’il y a 90 infirmières et sage-femmes pour 10.000 habitants dans les pays à revenus élevés contre seulement 2 pour plusieurs pays d’Afrique.

Oui le numérique peut contribuer à combler certains manques mais il ne faut pas mettre la charrue devant les boeufs. Aucune économie n’a connu un développement durable sans assurer certaines bases : sécurité alimentaire, offre de formation de qualité, accès à l’énergie et aux infrastructures sanitaires, etc. Commençons à assurer un accès à une éducation de base et de qualité à tous. Développons des cursus qualifiants en accord avec les défis actuels du continent, notamment les formations techniques : agricoles, médicales, énergétiques, etc. Nous avons besoin de jeunes formés dans les Sciences, la Technologie, l’Ingénierie et les Mathématiques. Ceux-là pourront ensuite penser l’innovation africaine, une innovation au prise avec les réalités des populations autour d’eux et non pas une énième copie d’une quelconque plateforme américaine. Ils pourront utiliser le numérique et le code comme les outils qu’ils sont et non pas comme une fin en soi.

A force de parler de “Numérique en Afrique”, on pourrait croire que des 1 et des 0 une fois plantés peuvent donner du manioc.

LD

Rétablir la peine de mort, c’est céder au crime de la vengeance !

peine-de-mort Au Sénégal, le récent meurtre de la vice-présidente du Conseil économique et social à son domicile après l’assassinat, le mois dernier, d’un jeune chauffeur de taxi ont relancé dans le pays le débat sur le rétablissement de la peine de mort. La polémique devient frénétique. Le discours prend une ampleur stupéfiante et gagne toute l’opinion publique. Cette radicalisation des appels au retour, dans nos textes législatifs, de la peine de mort portée aux plus hautes sphères par des journalistes, hommes politiques, et religieux devient alarmante. Il s’agit d’une effervescence entretenue à dessein très souvent au nom de la religion, pour exciter les passions populaires. Notre pays se trouve ainsi menacé par un discours de la peur qui se nourrit d’une liturgie déraisonnable, insensée et obscure qu’il faut dénoncer.

La peine de mort n’arrête pas le crime. Il est illusoire de penser que le rétablissement de la peine capitale sera une arme dissuasive contre la violence criminelle. Dans tous les pays où la peine de mort est appliquée, les homicides n’ont pas été endigués. Au contraire, la peine de mort, en légitimant la violence augmente le crime. Plus grave encore, des erreurs judiciaires irréparables qui condamnent des innocents détruisent des vies.

 Si la peine de mort est rétablie, ce sera encore au petit peuple de trinquer. Ce tiers-état dépourvu des moyens d’éduquer ses enfants supporte vaillamment le totalitarisme des élites prédatrices qui négligent encore la prise en charge radicale des problèmes sociaux. Ceux qui défendent la peine de mort ne le disent jamais. Ils ne veulent pas expliquer ou ne comprennent pas que les profondes injustices sociales créent la criminalité et la délinquance. Et, au-delà, ils ne savent pas penser l’homme dans sa complexité. Le seul art qu’ils maitrisent, c’est celui de la colère, des ressentiments. De la désignation facile du bouc-émissaire.

La société a-t-elle le droit de tuer avec préméditation ?

La question de la peine de mort pose des questions morales. La société a-t-elle le droit de tuer avec préméditation ? Car la peine de mort est aussi un crime. Une violence délibérée et barbare. Un mécanisme judiciaire faible et mesquin. Un châtiment inhumain, sans fondement spirituel. On tue pour arrêter de tuer. Une reproduction de la vieille loi du talion : œil pour œil, dent pour dent.

Si la peine de mort est rétablie au Sénégal, chaque Sénégalais sera coupable d’homicide à chaque fois qu’en son nom quelqu’un sera tué pour avoir tué. Nous serons tous des assassins. Une aberration que, personnellement, je ne cautionnerai jamais parce que c’est une participation au meurtre. Un contreseing amoral et abject qu’aucun citoyen vertueux et responsable ne peut défendre. La peine de mort a une essence criminelle. Les hommes qui appuient sa restauration soutiennent, tout simplement, le crime.

Le débat sur la peine de mort remet à l’ordre du jour un sujet que l’on croyait résolu. Or, elle nous interroge, à nouveau, sur les valeurs et l’idéal de vie sociale que nous voulons bâtir. Dans quelle société voulons-nous vivre ? Nous avons, en effet, le choix de cohabiter dans une société nerveuse et paralysée, violente et répressive, notamment vis-à-vis des plus faibles dans laquelle l’harmonie serait assurée par l’oppression systématique.

Il faut le répéter sans ambages : rétablir la peine de mort, c’est prendre le chemin de la peur et des aigreurs collectives ; celui du mépris de l’homme, de la vengeance, du recul face à la vindicte populaire et de la tyrannie. Céder à la peine de mort, c’est préférer les énergies mortifères, les basses pulsions et nier la vie, vider notre humanité…

Quel honneur et quelle dignité pouvons-nous invoquer en empruntant cette voie terrifiante ?

Nous pouvons aussi choisir de cohabiter dans une société dans laquelle la compassion et la tolérance sont les moteurs de nos relations et structurent nos rapports sociaux. Nous pouvons décider de prendre ce chemin de l’empathie où la non-violence et le pardon sont des valeurs partagées qui nous protègent de toutes les idées funestes qui empestent notre esprit collectif et détruisent nos valeurs morales les plus belles. Nous sommes toujours déterminés par nos aspirations. Voilà pourquoi il est fondamental de diriger nos énergies vers la paix et la concorde des cœurs. La peine de mort n’est pas une idée gracieuse, elle n’apaise pas ni ne guérit, mais décharge la haine et la vengeance. C’est une illusion de penser qu’on peut construire une société des solidarités et des tolérances en prenant des résolutions violentes. La peine de mort est une sentence stupide. Qui ne fait pas progresser la justice.

La vie humaine est sacrée. Un homme qui tue un autre homme est un homme malade. Il a perdu son humanité. Il faut l’aider à se soigner. Pour qu’il redevienne un homme entier. Demande pardon. Et qu’on le pardonne.

Abdoulaye Sène

 

Pour des états généraux de la liberté en Afrique

picture1Grignotés de toutes parts, ballotés entre régimes autocratiques et fanatismes religieux, les droits élémentaires des Africains se trouvent laminés entre le marteau et l’enclume. La mondialisation débridée, la financiarisation à outrance de l’économie, le réchauffement climatique entre autres aggravent un tableau déjà sombre, plongeant le continent (bientôt le plus peuplé du monde) dans une léthargie qui hypothèque la jeunesse africaine. Les Défis de l’Afrique sont politiques, économiques et religieux. Tour d’horizon.

Nous sommes en face d’une classe politique incapable

Nos dirigeants, qui sont trop occupés à s’enrichir impunément et à se maintenir au pouvoir envers et contre tout, ont oublié de planifier le développement, pendant que la corruption généralisée et l’absence d’institutions judiciaires fiables finissent de décourager les investisseurs.

Dans une récente tribune reprise par Terangaweb et consacrée à l’Union africaine qu’il qualifie d’ailleurs d’ « union affreuse », le journaliste sénégalais Adama Gaye peint une Afrique ruinée par « une classe de leaders-dealers, spoliateurs des biens publics et complices d’une recolonisation consentie ».

Une croissance trompeuse ?

L’Afrique décrite par les médias et les discours laudateurs comme le futur eldorado économique est loin de tenir ses promesses. La hausse transitoire des prix  des matières premières a suscité un vent d’euphorie et laissé croire que l’Afrique se réveillait enfin économiquement. Mais l’industrie extractive s’est révélée peu créatrice d’emplois laissant ainsi le chômage progresser indéfiniment.

La pandémie du Sida semble reculer et de plus en plus de jeunes fréquentent l’école, certes. Mais le continent affiche encore désespérément un grand retard dans la plupart des objectifs du millénaire pour le développement (OMD). La pauvreté n’a presque pas baissé et les rangs des « sans travail » ne cessent de gonfler.

Les 15 millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché de l’emploi pourraient compter sur les richesses naturelles du continent, si elles ne profitaient qu’à une petite oligarchie, qui la brade à tout va. L’industrie des services (hôtellerie, téléphonie, etc.) n’en  absorbe qu’une minorité. L’économie informelle et les emplois précaires sont le lot quotidien de beaucoup d’Africains, dont certains se laissent tenter par l’aventure migratoire, au péril de leur vie.

Pendant que toute l’Afrique prie, une partie stagne et l’autre s’enfonce.

Des présidents prédateurs, parfois prédicateurs, ont effectivement mis le continent sous leur coupe réglée, tout en cédant au syncrétisme politico-religieux. Parallèlement au retour des vieux démons de la dictature,  l’intégrisme et l’explosion de courants religieux de tous genre ont fini par donner raison à Régis Debray : « La religion n’est plus l’opium du peuple mais la vitamine du faible ». Si son diagnostic se confirme, les Africains risquent une overdose. Mais il ne faut pas leur jeter une pierre. La croyance ne gêne réellement que quand elle est imposée de force ! Tant qu’elle reste dans la sphère privée, l’Etat doit la protéger et la faire respecter. Voici la laïcité dans sa plus simple définition, qui ne fait pas plaisir aux intégristes de tout acabit.

Des handicaps qui se transforment en forces

Les défis qui attendent le continent de tous les extrêmes sont incommensurables, mais paradoxalement ils représentent un vivier d’emplois et un grand levier de croissance. Presque tout est à faire ou à refaire :

– l’éducation professionnalisante de la jeunesse,

– le développement de l’artisanat, des petites et moyennes entreprises,

– la lutte contre le réchauffement climatique et le développement des énergies renouvelables,

– la mise en œuvre d’une industrie de  transformation,

– le retour d’une partie de la diaspora africaine.

Mais la liberté consiste d’abord à sortir du sous-développement et de la misère. Face à la montée des tyrannies de toutes sortes qui l’empêchent d’avancer, la jeunesse africaine doit se battre par les urnes pour faire émerger de vrais hommes d’Etat, capables de placer l’intégration régionale africaine au premier plan, car l’union fait la force.

Afin de réveiller une conscience nouvelle, des états généraux de la liberté semblent indispensables à travers toute l’Afrique. Parce que les urgences s’accumulent frénétiquement et risquent de compromettre pour longtemps la liberté des Africains. Les défis qui attendent le continent le plus pauvre sont trop importants pour être confiés uniquement aux politiciens actuels, qui ont tant failli et trahi !

Afrique martyrisée, Afrique ridiculisée, mais, Afrique bientôt libérée par ses fils et filles qui auront participé aux états généraux de la liberté.

Quand l’Afrique s’éveille entre le marteau et l’enclume, L’urgence de forger une résistance tous azimuts discute des solutions qui s’offrent au contient et le rôle que pourra effectivement y jouer ces fils et filles.

Paul Samba.

* NDLR : Paul Samba est l’auteur de l’ouvrage Quand l’Afrique s’éveille entre le marteau et l’enclume, L’urgence de forger une résistance tous azimuts (BOD éditeurs juin 2016)

Cet article a été publié le 10/09/2016

UA : La panne du panafricanisme

drapeau-union-africaineC’est une Union africaine (UA), frappée par une crise protéiforme, qui organise son Sommet de Chefs d’Etat et de gouvernement du 15 au 17 Juillet dans la capitale du Rwanda. A sa création en l’an 2000, l’Union africaine (UA) était censée servir de rampe de lancement à la renaissance africaine; elle n’est plus que l’expression de sa panne. C’est dire que son Sommet de Chefs d’Etat et de gouvernement, cette semaine à Kigali, ne peut exciper d’aucun prétexte sérieux pour ne pas être un moment de vérité.
L’Afrique ne peut s’y dérober. Ses Etats membres sont paralysés par une crise suffocante avec des économies en chute libre ou dominées par des acteurs étrangers privant les peuples de revenus. Sa classe moyenne a rejoint les rangs de ces damnés de la terre. Elle est prise entre le marteau de ce lumpenprolétariat et l’enclume d’une classe de leaders-dealers, spoliateurs des biens publics et complices d’une recolonisation consentie. Ses ressources publiques, naturelles en particulier, sont légalement capturées par des forces extérieures avec l’aide d’une néo-bourgeoisie compradore. Les défis du terrorisme, des trafics de drogue et d’argent s’ajoutent aussi à un tableau qui s’assombrit de jour en jour. S’y ajoutent le fanatisme religieux, les pandémies transfrontalières, les élections volées et les constitutions violées, la démocratie chahutée, l’absence des services de base. Ce cocktail est suffisamment lourd pour donner le coup de grâce au souvenir flamboyant que l’Afrique projetait, il y a à peine dix ans.


Et ce n’est pas tout. Puisque ses dettes reviennent au galop, les investisseurs la fuient, comme les touristes, tandis que de nouvelles menaces sécuritaires détruisent son attractivité. En outre, dépassées par les incidences de l’individualisme induit par l’avènement des technologies modernes de communication, les sociétés locales ne retrouvent plus les équilibres qui faisaient naguère de l’Afrique une terre de relative harmonie, malgré la pauvreté matérielle de ses peuples.
Dans ce climat d’urgences généralisées, les sommets de l’Ua, comme les rencontres des autres institutions africaines, tranchent par leur vacuité. Ce ne sont plus que des coquilles vides, des espaces de blablas quand l’histoire somme le continent de se montrer à la hauteur de ce tournant critique de son évolution.


En ces heures où elle vit ses plus graves contradictions post-indépendance, l’Afrique est entre les mains des dirigeants les plus irresponsables, incompétents, incapables qu’elle ait connus.
On leur doit du reste l’exploit d’avoir transformé en obstacle ce vent qui portait la barque africaine, au début de ce siècle, quand le continent était visité par un super-cycle doré. Ses matières premières étaient achetées à un prix exorbitant. Ses sols, sous-sols, zones maritimes révélaient des richesses insoupçonnées. Les investisseurs affluaient. La dette était largement effacée en même temps qu’une gestion macro-économique plus rigoureuse devenait la norme. Une démocratisation politique semblait être enclenchée. De nouveaux leaders professant oralement une éthique de gouvernance prenaient les rênes des pays. L’Afrique n’était même plus au menu mais à la table des plus puissants. On l’invitait à prendre part au Sommet des pays les plus industrialisés comme pour lui aménager une place de choix dans une reconfiguration de l’ordre international. Elle produisait même ses plans continentaux de développement -comme le tristement célèbre Nepad !


Dans ces conditions, après la fin de l’apartheid et celle de la colonisation officielle, l’Organisation de l’Unité africaine (Oua) pouvait céder la place à une Union africaine, entrée en vigueur en 2002 pour hâter la mystique communautaire.
Malgré son bon positionnement géographique et géopolitique en plus de ses ressources naturelles et humaines, l’Afrique qui se réunit à Kigali, sur une terre labourée par le pire des génocides, survenu en 1994, ne peut convaincre que les naïfs tant sa rechute fulgurante peut doucher tout sentimentalisme à son égard. Qui ose encore en faire le continent qui monte ? Tout se déglingue. Et l’Union africaine (l’union affreuse ?) est l’expression la plus achevée de ce retournement de situation. Entre les mains de l’ex-épouse de l’actuel Chef d’Etat d’Afrique du Sud, elle n’est plus qu’un Titanic institutionnel en puissance.
Avançant au milieu de dangereux récifs, face à une puissante houle, son sort ne semble même pas préoccuper les dirigeants du continent : sur le ponton du Titanic, ils sablent le champagne pendant que les africains-américains se font massacrer, que les immigrants africains vivent le calvaire, que les peuples et pays africains retombent sous le joug de puissances interlopes.


Seuls des candidats insignifiants se bousculent pour la succession de la présidente sortante de la Commission de l’UA (avec ses dames de compagnie, son folklore et ses paillettes). Qui veut en vérité diriger une institution sans bilan ? Sa déconfiture s’exprime par ses manques de réalisations en infrastructures physiques, en avancées dans les luttes contre les pandémies et la défense de la souveraineté africaine, encore moins pour contenir les menaces à la paix. Elle est absente sur les grands enjeux: ni diversification des économies; ni monnaie africaine; ni leadership continental. Son budget n’est pas assuré. Son siège est financé par la Chine. Les peuples la méprisent…


Elle n’est plus qu’un instrument de marketing d’autocrates comme l’hôte de son Sommet, Paul Kagamé. Il ne faut dès lors pas être surpris que sous l’oeil d’autres prédateurs-en-chef du panafricanisme, le Titanic UA, soit plus proche de faire le pas vers le naufrage qui l’attend…sauf miracle ! Ceux qui avaient rêvé l’unité africaine, au point de créer des mécanismes institutionnels pour la porter doivent se retourner dans leurs tombes. Ces pères fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (Oua), l’ancêtre de l’Ua, ne s’imaginaient pas qu’ils allaient avoir de médiocres successeurs. Leur rêve est devenu un insoutenable cauchemar…

Adama Gaye est journaliste consultant, auteur de l'ouvrage "Chine-Afrique : le dragon et l'autruche" (L'Harmattan) 

Mali : de la grandeur à la décadence ?

Bandiougou GakouJe tiens à saluer la lutte héroïque du père de la nation dans la conquête de notre Indépendance, même s’il ne s’agissait que de pouvoir saisir une balle au bond, une perche tendue par le général De Gaulle. La véritable lutte a consisté à dire non à l’occupant, comme l’a fait aussi de façon héroïque et sans violence ni tintamarre le résistant Cheik Hamaoullah de Nioro.

Dire non à l’occupant, c’est renoncer à l’armée d’occupation pour assurer la sécurité et la défense de sa patrie. C’est aussi tenter de reconvertir, si faire se peut, l’économie coloniale en une économie nationale saine. Les sociétés d’Etat, implantées parfois dans la précipitation et sans étude de faisabilité,  ont germé dans ce but. Bien que leur viabilité au plan économique fût très approximative, elles ont eu le grand mérite de casser le mythe de la toute puissance de l’occupant. Tout cela, bien fait, était loin de la perfection, qui n’est pas de ce monde faut-il le rappeler.

Modibo Keita notre bien aimé papa fut grand et parfois moins grand. Nous évoquerons  juste quelques aspects de ce qui fut par moment, traumatisant pour le peuple.

Les 5 péchés de Modibo Keita

1- Modibo Keita a imposé un culte de la personnalité au peuple malien. Que pouvait-il gagner dans cette divination faite sur sa personne, au point d’ériger son admiration en pratique cultuelle imposée ? Loin du narcissisme primaire, le désordre narcissique traduit généralement, selon les adeptes de Sigmund Freud, plus un mépris de l’autre, qu’une admiration de soi, et conduit tout naturellement, et ce fut le cas, au solipsisme. Nous ne pourrons jamais citer toutes les manifestations agaçantes de ce culte nocif.

Passons sur le cas anodin de ce citoyen lambda, interdit d’utiliser sa belle voiture, une grosse américaine, tout simplement parce qu’elle brille autant que celle du grand leader, la même américaine. La voiture n’est pas confisquée mais restera confinée sine die, chez son propriétaire.

Avouons qu’un zélateur du sérail peut avoir décidé à l’insu du chef.

Passons aussi sur cette superbe création artistique du terroir, un chef-d’œuvre musical issu du tréfonds des villages, qui fut, sans texte, sans loi ni arrêté ministériel, interdite sur les ondes, parce qu’elle rappelait qu’aucun pouvoir n’est jamais illimité. Un adage du pays dit ‘’une chanson vaut par le message qu’elle distille’’. Sous d’autres cieux, la création artistique est honorée,  soutenue et récompensée, surtout quand elle est si saine  d’éducation.

Là aussi, Le même zélateur a pu jouer sans ordre du chef.

Passons encore sur tous les billets de banque à l’effigie et à la gloire de l’incontestable chef bien aimé. Le citoyen ne devra plus et  ne pourra plus se passer de son image : elle sera sur lui, partout, dans sa poche, au village ou en ville, dans sa main, au bureau ou à la maison, au marché, dans la mosquée, à l’église. Don quichotte et ‘’One man show’’  en mourraient de jalousie.

Ici, impossible d’accuser le sérail.

Passons et  passons, mais restons sur ce point culminant, un rien pathologique. Dans ce pays du Ouagadou, du Kaarta, du Mande, des Songhays, de l’Almamy, dans ce pays de Tombouctou où les saints ont tracé des voies de la pureté spirituelle, la dignité de l’autorité se conjugue avec l’humilité. L’oublier c’est renier ses racines, c’est peut-être aussi être frappé de pathologie solipsiste, et sans doute, de la part du chef incontesté, c’est porter un coup malsain à l’Education et la culture. Le NOUS de la politesse est propre, sage, sain et noble.

Le  ‘’ JE ’’  dit-on est haïssable. Mais quand on en vient à parler de soi à la troisième personne, de la part du chef, il y a de quoi s’inquiéter. Quand le Moi ou le Je est propulsé chanson, cela devient amusant. Et quand l’intéressé soi même, pour  chanter  sa gloire, entonne et invite tout le microcosme politique à chanter en chœur derrière  lui ; quand notre bien aimé Modibo chante à la tète de ses troupes politiques,  non pas la voie tracée du Parti, mais plutôt sa propre VOIX : ‘’La voix de Modibo a sonné…’’,  le rituel devient prière canonique et le culte,  danger national. Au moins pour une première raison, l’éduction populaire et notamment celle des enfants en prend un coup véritablement  hostile.

2- Parlons justement d’éducation, et surtout des ‘’Sizoutards’’,   pour voir de près  cette question simplement absurde. Peut-on éduquer les enfants avec des maitres sans éducation ? Or c’est exactement ce qui s’est passé au début des années 60. Pour donner un coup d’accélérateur au taux de scolarisation, tous ceux-là qui avaient été rejetés par l’école pour indiscipline caractérisée, banditisme affiché, ces impénitents fumeurs qui empoisonnaient  l’école, tous ceux-là, les incorrigibles, dont la présence au milieu des enfants pouvait altérer leur éducation et qui ont été renvoyés d’une école qui se voulait saine, seront invités à se faire connaitre. Tous ceux qui, parmi les vagabonds, reconvertis ou non, avaient atteint un niveau voisin  du certificat d’études, étaient appelés et enrôlés, puis intégrés  moniteurs d’enseignement, le tout,  signé de main de MAITRE !

L’école, c’est pour apprendre à lire, écrire, compter, mais pas seulement. L’école, c’est aussi pour éduquer. Ces apprentis-chauffeurs, ces cuistots de libano-syriens du business, ces vermines que l’addiction au tabac avait rendu délinquants  et qui empoisonnaient déjà les rues, sont tous promus un certain six-août, d’où la retentissante expression de sisoutards. Doit-on dans ces conditions s’étonner que l’école malienne fût en chute libre ? Doit-on s’étonner aujourd’hui de sa faillite morale et intellectuelle. La médiocrité ne peut engendrer que la médiocrité. Et le cycle infernal des malformés devant à leur tour former et éduquer est vaillamment mis en marche. La crise de l’Ecole malienne trouve dans l’invention des sisoutards toute son origine, n’en déplaise aux responsables encore présents de cette mésaventure   pédagogique, qui porta une blessure au moral des vrais éducateurs soucieux de la bonne tenue de leur si noble métier. Le taux de scolarisation fut légèrement amélioré mais la qualité de la formation fut gravement et durablement détériorée.

En dépit de ces tares, le Mali rayonne à l’international. De Buckingham Palace au Kremlin, le leader charismatique est aux petits soins. C’est cet aura qui lui vaudra de régler de main de maitre une vive tension qui menait le Maroc et l’Algérie au bord de la confrontation musclée. C’est encore cet aura qui permit le rapatriement sans heurt diplomatique, de tous les Maliens détenus  esclaves en Arabie.

Cependant, à l’interne, l’enlisement s’accentuait. L’option socialiste courageusement proclamée  en pleine guerre froide imposait de fait un embargo occidental. Par les temps de vaches maigres, le dessein revanchard  frappera de toute évidence les opposants connus.

Le régime, bien conscient de sa poigne, de sa main de fer impitoyable,  par sa voie la plus autorisée, avouera le destin des trois ‘’trois tiers’’ : un tiers des Maliens s’enfuira et ira à l’aventure, un tiers restera sur place dans la contestation stérile, et le Parti s’occupera d’eux. Le troisième tiers utile bâtira  un Mali fort, prospère et respecté.

Les investissements humains ont fait fuir du pays tous ces bras forts déversés sans rémunération sur les chantiers routiers tels que Kayes/Conakry. Le Mali se videra d’une part substantielle de sa population active à cause de ces taches assimilées à des ‘’travaux forcés’’.

3- Le second tiers était bien pris en main par la milice de l’USRDA et soumis à la  rééducation musclée dans les camps spécialement dressés à cet effet. Le camp de Bamako, jouxtant le parc zoologique  créa au tout début une vraie confusion dans l’esprit du peuple. Les rugissements et mugissements lugubres, les hurlements et vociférations sinistres, les cris stridents dont les collines voisines diffusaient les échos, ne venaient pas du parc zoo, mais bien du camp des corrections. Au début le peuple sage avait du mal à s’y résoudre. La logique simpliste mais implacable paya ; le peuple est mis au pas.

4- A Ségou, l’USRDA avait inventé la solution Tienen-Amen avant Pékin. Les récalcitrants de Sakoyba et tous les autres habitants avec, sont sommés de vider les lieux sous peine d’être broyés par les chenilles des chars déployés. L’impénitent patriarche viscéralement attaché à sa case,  tous coqs et chèvres que l’instinct animal avait ramenés au bercail se trouveront tous sous le coup d’un Tienen-Amen malien, sans autre forme de procès.

5- Au grand Nord le schéma est identique et le scenario aussi. L’Amenokal qui rejette le socialisme, qui s’affirme libéral,  opposé au système en vigueur, sera traqué jusque dans sa progéniture, au fond des cavernes du Teghargaret, puis sauvagement anéantis. Aucune option de dialogue n’est au programme.

Voyez-vous mes braves amis. Le Mali fut porté sept ans sur les épaules de Modibo Keita à la tète de  l’USRDA. Modibo était incontestablement un grand patriote. La patrie ne tombera pas de ses mains. Au contraire, elle aura ses belles heures de rayonnement mondial.

Puis le système sans nom  a conduit où nous en  sommes : une mise sous tutelle. Jugez-en par vous-mêmes.                             

Bandiougou Gakou,

Ancien ministre, Ancien ambassadeur du Mali

 

 

La Gambie, cet exemple des conséquences de l’absence de gouvernance économique

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La Gambie est un pays qui offre un contraste saisissant, entre l’image qu’en véhiculent les médias en lien avec les déclarations et positions de son président, la personnalité de ses habitants et sa situation socio-économique.

Banjul a l’air d’une ville des années 90, cependant ses habitants s’y sentent bien. Bien parce que malgré leur pauvreté, ils ont une joie de vivre que rien se semble justifier et ne se montrent pas du tout hostile envers les touristes. Au regard de l’intérêt que portent les touristes, notamment allemand et britannique, à ce pays ; on se demande bien pourquoi on nous vend la Gambie comme un pays à éviter. Le tourisme sexuel y est réel mais ne justifie pas l’importance de ce secteur[1].

La destination est avant tout low cost, dispose de belles plages avec des habitants plutôt conviviaux. Certains y découvrent des opportunités d’affaires. De fait, tant qu’on ne s’intéresse pas aux questions politiques, on peut y faire des affaires. Enfin sans compter sur les éventuels caprices du président. En effet, s’il ne s’invite pas dans la sphère économique (lui et son cercle), ce sont ses décisions arbitraires qui détériorent l’environnement des affaires. Des décisions que les médias occidentaux surenchérissent, créant une certaine phobie de ce pays alors que certaines de ces décisions paraissent plutôt correctes : interdiction de l’excision ou de la dépigmentation, entre autres.

La réelle difficulté de la Gambie réside dans l’absence d’une stratégie de gouvernance socio-économique, qui se traduit par les décisions arbitraires des autorités. Son administration constituée de ressources humaines qualifiées, s’exerce donc plus à rafistoler les dégâts causés à l’économie par les décisions erratiques des autorités que d’assurer la mise en œuvre des projets et programmes définis dans le plan d’émergence du pays, et ceci, à tous les niveaux. De l’exécutif au judiciaire en passant par le législatif, les fonctionnaires de ce pays tentent d’assumer au mieux leur fonction pour améliorer la situation de leur pays mais doivent composer avec un exécutif dont les décisions leur échappent complètement et sont tout à fait imprévisibles.

Le budget qui constitue un instrument de politique économique est complètement politisé et traduit les seules ambitions du président. Son financement est rendu complexe par l’isolement de plus en plus croissant du pays, qui depuis son indépendance est gavé d’aides extérieures. Les agents de l’administration ont donc été contraints de recourir au marché domestique pour mobiliser les ressources nécessaires au financement des déséquilibres budgétaires, créant un effet d’éviction au détriment du secteur privé. Les taux d’intérêt y atteignent aujourd’hui près de 30%.

Ces fonctionnaires n’ont vraiment pas le choix. Il ne faut pas leur en vouloir. Il faut bien payer les salaires et assurer le fonctionnement de l’administration ; au moins pour entretenir la demande afin de créer un semblant de marché domestique pour que les quelques entreprises, hôtels et autres commerces puissent fonctionner. Les projets d’investissement sont rares et le paiement des intérêts absorbe une bonne partie des ressources propres de l’Etat. La Banque Centrale n’y est pas indépendante et ne peut donc mettre en place des mesures pour contrôler ces interventions de l’Etat sur le marché financier.

La politique de change est pilotée depuis la présidence de la république. Le taux de change dalasi-dollar a ainsi été fixé à plusieurs reprises sur les trois dernières années par simple annonce présidentiel et sans une évaluation préalable des risques pour l’économie, contribuant à éroder les relais de croissance du pays et à fragiliser ces équilibres extérieurs. Les réserves du pays ont fondu au cours des deux dernières années et se situent aujourd’hui à un niveau qui ne permettrait de financer que deux mois et demi d’importations.

Le développement du pays est donc pris en otage par la seule volonté d’un politique, toute manœuvre visant à favoriser le développement du pays pouvant être remis en cause par une simple décision présidentiel. Ainsi en plus des difficultés usuelles – approvisionnement électrique, cadre réglementaire, état des infrastructures, etc. – qui affectent l’attractivité des pays africains, la Gambie a en plus son président, qui se constitue en une source d’instabilité de l’environnement des affaires, affectant fortement l’attractivité du pays et obérant toute perspective de développement. Au dernier classement Doing Business, le pays a reculé à la 151ème place.

Définir un plan, avec un ensemble de projets à exécuter, ne suffit pas pour garantir le développement ou l’émergence. Son appropriation par les hautes autorités est nécessaire pour sa réussite.

Le cas gambien qui montre assez bien comment le manque d’une stratégie de gouvernance économique cohérente peut être dommageable pour l’économie, n’est pas une particularité. Ceci est une problématique qui se pose à plusieurs pays africains aujourd’hui. La détermination politique devant accompagner la mise en œuvre des projets et programmes de développement est quasi-absente et la situation se détériore quand en plus, les autorités interviennent dans la sphère économique ou s’enlisent dans des jeux ou calculs politiques. On citera le cas du Congo, du Burundi, de la Centrafrique, etc.

Les réglementations ne servent à rien si les politiques ne sont pas conscientes que ce sont leurs actions qui en déterminent la pertinence. Cette inconscience de nos politiques, aussi bien ceux qui gouvernent que ceux qui se réclament de l’opposition, est frustrante. Frustrante, parce que nous voulons voir cet Afrique se développer à travers la valorisation de son potentiel que plusieurs entités physiques et/ou morales, aussi bien externes qu’internes sont prêts à financer.

 

[1] Le tourisme représente 11% du PIB et constitue le premier poste de salariés dans le pays.

A la recherche de mon futur Président

politique SNAu Sénégal, le débat politique est accaparé par une poignée de personnes militant pour leurs stricts intérêts personnels. Cela conduit à un champ politique déserté par la production d’idées et de propositions solides au profit de querelles intempestives crypto personnelles et nauséabondes.

La classe politique sénégalaise a décidé, dans son entre soi, d’ignorer les préoccupations et les aspirations de notre peuple pour se complaire dans une stérile et vaine mascarade.

Cette classe politique délégitimée n’a réussi qu’une chose : faire fuir tout un peuple qui a l’impression d’être l’agneau du sacrifice sur l’autel d’une politique politicienne.

C’est à cause de cette entreprise d’abaissement national que moi, simple citoyenne, je suis partie à la recherche de mon futur Président.

Je suis à la recherche de mon futur président dans ce méli mélo politique que nous avons du mal à comprendre et qui nous repousse de plus en plus. Lorsqu’après plusieurs années de tentatives d’expression d’un discours politique vain et similaire au gré des changements, le peuple a encore faim et soif, on se pose la question à savoir qui pourrait être le prochain. Où plutôt qui devrait être le prochain ? Celui-là devrait être le bon car nous avons énormément besoin de sincérité pour un changement structurel et profond.

Je suis à la recherche de mon futur Président car pendant longtemps on m’a fait croire qu’il fallait qu’il soit issu d’un parti politique, et pas n’importe lequel, mais évidemment d’un « grand parti ». Peut-être est-ce la raison pour laquelle certains se sont précipités pour trouver une telle dénomination à leur appareil politique ?

En tout cas, pendant longtemps on m’a fait croire que mon Président, pour être élu devrait mener une campagne électorale où l’argent coulerait à flots, sinon l’échec serait assuré. Peut-être est-ce la raison pour laquelle, certains useraient de voies et moyens peu légaux pour accéder au sacre suprême ?  Pendant longtemps on m’a fait croire que mon président pour être élu devrait faire des promesses et se réserver le droit de ne pas les tenir. Peut-être est-ce la raison pour laquelle un ami m’a récemment rappelé que la promesse d’un politicien n’engage que celui qui y croit ! Vérité finalement implacable.

Je suis donc à la recherche de mon futur Président. Ce Président qui viendrait d’une coloration politique quelconque, sociale, libérale, démocrate, entre les deux ou rien de tout cela, peu importe.

Ce président qui serait tout simplement patriote juste et indépendant. Ce Président qui serait assez courageux pour changer la destinée de tout un Peuple. Ce Président qui serait assez instruit et cultivé, qui serait forgé façonné par la culture de son pays pour imposer sa vision.

Une vision non pas copiée mais réfléchie et adaptée, capable de transformer structurellement notre économie. Une vision qui nous conduirait à agir par nous-même. Ce président qui nous proposerait un système éducatif qui refléterait notre histoire et nos valeurs, où la recherche aurait une place prépondérante; une économie basée sur industrie solide gérée par nous-même et sous-tendue par une gestion vertueuse de nos ressources naturelles ; un système sanitaire de bonne qualité et à la portée de tous ; un système agricole capable d’inverser la courbe des importations…

Bref, un président qui rendrait notre Peuple souverain et indépendant tout simplement, et pour de vrai cette fois-ci !

Et vous, quel Président cherchez vous ?

Lika Scott 

Au Bénin, la bataille pour le contrôle de l’économie a commencé

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Alors que le débat public sur la prochaine élection présidentielle au Bénin se cristallise autour de la légitimité de tel ou tel candidat, le véritable enjeu qu’est le contrôle des opportunités économiques du pays est entièrement passé sous silence.[1] En effet, comme la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne, le Bénin est un pays où tout est encore à faire. Des aéroports aux ports en passant par les autoroutes, la privatisation des anciens monopoles d’eau, d’électricité et de télécommunications, voire même la gestion de la manne pétrolière récemment découverte en offshore : les opportunités économiques sont colossales. Elles existent également dans les secteurs innovants du numérique, des énergies renouvelables et de la santé. Par ailleurs, en dépit de sa petite taille, le Bénin jouera sans nul doute un rôle intellectuel central dans les débats économiques qui auront lieu au sein de la Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest au cours des dix prochaines années, qu’il s’agisse de la création d’une monnaie unique ou de la finalisation des accords de partenariats économiques avec l’Union Européenne. C’est face à ces enjeux que la compétition électorale a pris une nouvelle tournure, mettant en jeu les opérateurs économiques nationaux face aux investisseurs étrangers.

L’approche traditionnelle de la bataille économique au Bénin

Traditionnellement, la bataille pour le contrôle de l’économie béninoise se déroule entre les opérateurs économiques nationaux lors des élections présidentielles et législatives. En l’absence de financement public, les plus grands partis politiques sont financés par des opérateurs économiques, pour la plupart nationaux, en contrepartie de la signature de contrats d’investissements publics ou de la privatisation d’anciens monopoles d’Etat. Trois cas emblématiques illustrent cette collusion entre milieux d’affaires et milieux politiques depuis l’avènement de la démocratie en 1990 :

  • La privatisation de la filière d'égrenage du coton par le régime du président Soglo entre 1991 et 1996 au profit de l’homme d’affaires Patrice Talon, une privatisation régulièrement contestée devant les tribunaux,
  • La privatisation de la société de commercialisation des produits pétroliers (SONACOP) par le régime du feu président Kérékou entre 1996 et 2006 au profit de l’homme d’affaires Séfou Fagbohoun, contestée et annulée par le régime du président Yayi Boni peu après son entrée en fonction en 2006,
  • La privatisation de la distribution d’intrants agricoles et la gestion du trafic au port autonome de Cotonou par le régime du président Yayi Boni entre 2006 et 2011 au profit de Patrice Talon, remise en cause et annulée par le même régime après sa réélection en 2011.

D’autres cas tout aussi importants sont à dénombrer pour chacun des régimes avec la constance que la concurrence pour la signature des contrats publics se déroule essentiellement entre les plus gros opérateurs économiques nationaux.

Une bataille d’une nouvelle nature s’installe

Aujourd’hui, la donne est en train de changer. Tout porte à croire que les hommes d’affaires béninois en sont conscients depuis l’entrée en scène de Lionel Zinsou, banquier d’affaires franco-béninois, nommé premier ministre depuis juin 2015 et actuellement candidat du parti au pouvoir à l’élection présidentielle du 28 février prochain. Son éventuelle élection à la présidence de la République ne signifierait pas nécessairement que les investisseurs français et de la diaspora béninoise seront privilégiés par rapport aux investisseurs traditionnels béninois. Cependant, cela encouragerait davantage ces derniers à explorer le marché béninois espérant trouver une oreille plus attentive et plus sûr à leurs projets d’investissements. Nous n’en voulons pour preuve que la signature éclair de la convention d’exploitation et de construction du chemin de fer reliant Cotonou à Niamey par le Groupe français Bolloré en août 2015.

C’est dans la crainte de cette concurrence que deux des plus grands hommes d’affaires béninois, Patrice Talon et Sébastien Ajavon, se sont également lancés dans la course à la présidentielle, abandonnant leurs stratégies classiques de soutien à un candidat de la société civile. En face, se trouve le premier ministre avec le soutien des deux plus grands partis politiques de l’opposition. Dans ces circonstances, la sauvegarde de leurs intérêts économiques se trouve confrontée au présage d’une concurrence plus rude en provenance de l’extérieur.

L’intérêt de la population béninoise

Cette confrontation soulève la question de savoir laquelle des deux parties aurait plus de chance d’améliorer de manière plus substantielle les conditions de vie des béninois. Cela dépend d’une part de l’ampleur de la valeur ajoutée économique que chacune d’elle créerait si elle était élue, et d’autre part de la part qu’elles laisseraient au profit de la population, notamment aux 90% les plus pauvres.

Une simplification de l’analyse, sans perte de généralité, consiste à approximer la contribution en valeur ajoutée par le taux de croissance du PIB, et la part de cette valeur ajoutée allouée à la population par l’évolution de la proportion de personnes en situation de pauvreté. Une baisse de cette proportion signifie que la part de la valeur ajoutée allouée aux plus pauvres s’accroît, ou plutôt qu’elle n’a pas baissé. A l’aide de ces deux indicateurs, on peut d’ores et déjà se faire une idée de la contribution de l’approche traditionnelle de la bataille économique à la création de la richesse et à la réduction de la pauvreté au Bénin au cours des 25 dernières années.

Contrairement aux attentes, tous les indicateurs sont au rouge. La pauvreté s’est considérablement accrue au cours des 25 dernières années au Bénin en dépit d’un taux de croissance moyen proche de 5%. Selon les chiffres de la Banque Mondiale, la proportion de personnes vivant avec moins de 500 FCFA par jour, juste suffisant pour le déjeuner, est passée de 49 à 53% entre 2003 et 2011 alors que le taux de croissance moyen était de l’ordre de 3,5%.[2] Par conséquent, le contrôle exercé par les opérateurs économiques nationaux sur l’économie béninoise, bien qu’elle a généré une certaine valeur ajoutée, s’est même accompagné d’une paupérisation de la majorité des béninois. Cela ne signifie pas nécessairement qu’ils en sont les seuls responsables. Bien entendu, les gouvernements successifs, à travers leurs partis politiques, ont aussi leur part de responsabilité. Après tout, c’est bien la collusion entre milieux d’affaires et partis politique qui a conduit à cette catastrophe sociale.

La démonstration pourrait s’arrêter là puisque le béninois moyen ne peut plus espérer pire. Mais ce serait omettre l’effet bénéfique que pourrait exercer une concurrence « étrangère » sur l’innovation de la part des investisseurs traditionnels béninois. En effet, non seulement les investissements étrangers et de la diaspora, de par leur capacité de financement, peuvent toucher de larges pans de l’économie béninoise, générant ainsi de la croissance et éventuellement de la réduction de la pauvreté, mais également, ils sont susceptibles d’inciter les entrepreneurs traditionnels à investir dans de nouveaux secteurs plus innovants comme le numérique, les énergies renouvelables et la santé, ou à améliorer leur processus de production. Jusqu’à présent, la plupart se focalisent sur les secteurs traditionnels tels que l’agro-alimentaire, l'importation de véhicules d’occasion et les exportations de matières premières agricoles telles que le coton.

Le problème de l’électeur béninois

Loin des considérations personnelles sur les connaissances anthropologiques de tel ou tel candidat, il semble donc bien que ce qui importe dans cette élection présidentielle soit la capacité de chacune des parties à générer de la croissance et à en distribuer une partie aux populations sous forme d’emplois décents ou de programmes sociaux. Une éventuelle victoire de Lionel Zinsou peut garantir une forte croissance mais pas nécessairement une plus grande part redistribuée aux populations. Tout dépendra de ses choix de politiques de développement. En cas d’une victoire de l’un des hommes d’affaires béninois, il semble que la croissance économique ne serait pas supérieure à la moyenne enregistrée au cours des 25 dernières années pour la simple raison qu’on se retrouverait dans un statu quo. Cependant, il est plus probable que ces derniers réallouent une plus grande part de la valeur ajoutée aux populations, même indépendamment de leurs politiques économiques, ne serait-ce qu’en guise de reconnaissance vis-à-vis des populations qui leur auraient permis d’éviter la faillite de leurs entreprises.

A long terme, il faudra envisager une séparation stricte entre les partis politiques et les milieux d’affaires. Cela passe par le financement public des partis politiques reconnus par l’Etat, couplée à une régulation indépendante de la concurrence, source d’innovation et de création d’emplois et de réduction de la pauvreté. Dans un tel contexte, les entrepreneurs locaux n’auront pas besoin d’être confrontés à une concurrence étrangère pour innover et proposer leurs produits et services à un prix qui laisse davantage de pouvoir d’achat aux populations. C’est aussi dans ce contexte que seules les propositions de politiques publiques des candidats à l’élection présidentielle compteront, et non leurs capacités à créer de la croissance, un rôle qui incombe plutôt au secteur privé.

 

[1] Le premier tour de l’élection est prévu pour le 28 février 2016.

[2] Conversion de 1,9 $ PPP 2011 en FCFA sur la base de 220,02 FCFA pour 1$ PPP 2011. Ces observations ont également été relevé par le dernier rapport conjoint Gouvernement Béninois – Banque Mondiale sur la pauvreté au Bénin publié en 2014.

L’Afrique que nous voulons !

c68a72e0-2En perspective de la première conférence annuelle de l'Afrique des Idées le 30 mai  prochain à Paris, la rédaction publie une série de tribunes sur le thème de l'Afro-responsabilité. Matrice intellectuelle et cadre d'analyse de notre Think Tank, ce concept est pour nous la voie idéale pour la construction d'une Afrique maitresse de son destin. Cette Afrique que nous voulons est justement le sujet de la première tribune en deux parties de Hamidou Anne et Christine Traoré. 

 

Phénomène nouveau, l’Afrique compte de plus en plus de « returners » ou « repats ». Comprenez cette diaspora composée d'enfants d’émigrés ou de personnes elles-mêmes émigrées, qui font le choix de quitter leur vie au Nord, pour revenir s’installer dans leur pays d’origine, au Sud. Au delà d’une vision binaire du monde, que nous enseignent ceux, qu’affectueusement, nous pourrions appeler les nouveaux porteurs d’espoir. L’Afrique serait-elle devenue, après avoir été de nombreuses années le berceau de l’humanité puis de la litanie, cette « nouvelle terre promise » des « patrides » en désir de renouveau ?

S’il ne fait aucun doute que les raisons qui motivent les returners sont multiples et propres à chacun, ont-elles en partage deux particularités : le fait d’être mus par un désir de ré-enracinement et la volonté de tourner le dos à une Europe en crise. D’ailleurs cette logique ascendante touche plus particulièrement certains pays en difficulté, le Portugal en tête. Mais sans doute également et tout simplement, cet exil inversé répond-il à l’attractivité envers les potentialités offertes par le continent.

Ainsi l’Afrique connaîtrait-elle enfin, « l’année de son année » pour parodier les paroles d’une célèbre chanson populaire ? A en croire l’écho médiatique de certains signaux faibles, nous serions portés à croire que oui. Oui, car une actrice mexico-kenyane ne cesse de rafler le haut des podium ; oui, car le Sénégal est désormais dans le top 10 des pays africains à l’indice du meilleur progrès social[1] ; oui encore car sa sœur abidjanaise semble signer son grand come back. A ce tableau d’apparence idyllique nous pourrions ajouter quelques données métriques clefs : 5% de croissance sur les 10 dernières années et des prévisions rassurantes.  

Oui, mais. Concrètement, quels changements tangibles peut-on observer dans le quotidien des populations ? Certes ces 15 dernières années ont été le théâtre du changement des visage de nos capitales : exit les ruelles de terre battue, exit les chevaux, exit les maisonnettes en banco. Mais c’est majoritairement avec la même ferveur parfois teintée de résignation que continue de battre le cœur de nos villes. La débrouille se taille toujours la part du lion sous le soleil de Ouagadougou, Dakar, Bamako ou Abidjan. Et aux rêves d’Afrique des uns, s’opposent les rêves d’ailleurs des autres. La Méditerranée a encore ce 18 avril englouti plus de 800 victimes attirées par l'eldorado d’une vie meilleure en Europe.

Perdus dans le brouhaha du quotidien, éblouis par les discours lénifiants et fascinés par les grues qui s’élèvent, nous en oublions l’essentiel. Mais au fait, où va-t-on ?

Pour éviter qu’à nouveau des vies n’aillent se perdre dans les méandres noirs de la mer, il serait plus qu’urgent de s’interroger sur l’Afrique que nous voulons et de poser, ensemble, les fondations d’une troisième voie, celle d’un développement inclusif et durable. Nos colonnes font régulièrement l’objet d’appels à la jeunesse. Qu’elle soit aujourd’hui une pierre supplémentaire à l’édifice d’une pensée afro-responsable.

L’émancipation créatrice face au principe de réalité : l’illusion des trois « i ».

La crise financière puis économique dans le monde occidental coïncide avec le nouveau positionnement accordé à l'Afrique dans le débat économique mondial. Le continent est devenu l'aire de toutes les promesses, souvent exagérées voire simplement sans aucun fondement objectif. L'Afrique en devenir, lieu d'expression des nouveaux rêves de tous ordres, est positionné au carrefour de toutes les influences et attire différents chasseurs de parts de marché. Nous mettant ainsi en face d'un nouvel impérialisme qui menace par une triple illusion.

Si les colonisations française, britannique et portugaise ont pris fin majoritairement dans les années 60, l'influence de ces pays n'a jamais véritablement cessé en Afrique. L'invention et l'usage réitéré de la notion de néo-colonialisme dont la version la plus caricaturale est le concept de Françafrique le prouve à suffisance.

La crise économique structurelle dans laquelle se trouve les anciennes puissances coloniales et l'émergence de nouvelles puissances économiques qui amorce leur dessein hégémonique hors de leurs frontières, font de l'Afrique un nouveau terrain d'expression de plusieurs luttes d'influence. L'Afrique est ainsi en proie aux visées hégémoniques chinoise, arabe, russe voire indienne, sans grande résistance et souvent sans une réelle prise en compte de son intérêt. Et il s’agit là de la première illusion. Celle de l’impérialisme politique qui résulte d’une forme de servitude volontaire installée dans les rapports avec ces nouveaux « géants » aux agendas aussi divers que peu philanthropiques.

La mondialisation, la faiblesse des États qui s'est accompagnée d'une forte croissance de multinationales aux capacités financières énormes génèrent aussi une présence de grandes entreprises étrangères sur le continent, avec souvent une puissance supérieure aux États dans lesquels elles s'installent. Si le discours de ces entreprises laisse croire à un volontarisme et une participation au développement des pays africains, la réalité est souvent différente à l'aune des faits. Leur impact est faible sur la croissance des pays, car une grande part des capitaux est exportée en dehors du continent et leur agenda est en inadéquation avec l'impératif de développement dans lequel doit s'inscrire un investissement dans un pays au-delà de la quête de rentabilité. C’est ainsi qu’intervient la deuxième illusion. Celle de l'impérialisme économique.

Mais l'économie n'est pas le seul domaine dans lequel la ruée vers l'Afrique se caractérise. Ainsi à l'impérialisme politique et économique, répond l’impérialisme culturel. Le fameux soft power, qui est aussi une réalité à laquelle l'Afrique est confrontée. Les chaînes câblées, l'arrivée de grands groupes audiovisuels la consommation culturelle étrangère sont symptomatiques de l'énorme défi qui se pose à nous dans la formulation d'une efficace bataille culturelle en vue d'inverser la tendance.  Le propos n’étant pas de tourner le dos à la modernité recherchée, mais de l’impulser dans une direction qui nous ressemble.

Les États face aux serments de l’Histoire.  

A l’illusion des trois « i » : impérialisme politique, économique et culturel, vient s’ajouter, presque 60 ans après nos indépendances, le temps des divergences qui freinent l’émergence d’États forts capables de changer radicalement et qualitativement la vie des citoyens pour amorcer un développement pérenne et profond.

L'absence d'unité nationale, qui est la résultante d'une décolonisation amorcée sur les bases des frontières issues du congrès de Berlin a conduit à la difficulté d'ancrer le principe d’État-nation dans plusieurs pays. Depuis le premier sommet de l'OUA marqué par les dissensions entre les groupes de Casablanca et de Monrovia, l'on est en proie à une faiblesse du sentiment de destin commun en Afrique. Les facteurs exogènes qui ont sabordé toutes les tentatives d'unité politique du continent ont trouvé résonance avec une irresponsabilité de dirigeants africains peu enclins à un devenir commun.

Ces facteurs combinés génèrent des drames aussi tristes et scandaleux que la vague de violences xénophobes actuelle en Afrique du Sud.

A contre courant de l'histoire qui voit de grands ensembles se former en Europe et en Amérique latine notamment, l'Afrique demeure le continent le plus divisé et certainement le plus désarticulé. Ceci rendant illusoire, dans un contexte de mondialisation, toute velléité d'émergence.

Pis encore, aujourd'hui ces faiblesses structurelles ayant trait à une faiblesse de la puissance publique et à l'incurie de choix politiques désastreux, deviennent un terreau fertile pour la gangrène du terrorisme qui, au-delà de menacer la survie des États, devient un défi lancé à notre survie en tant que culture et civilisation.

À la recherche d’une 3ème voie, le temps des solutions.

Face à tant de constats négatifs, que faire ? S'il est indéniable que l'Afrique n'a jamais été dans une période aussi avantageuse pour enfin amorcer et concrétiser son développement, les forces contraires à cet idéal sont nombreuses et les défis énormes.

La puissance publique garante de l'égalité des droits et du dessein commun doit être renforcée. Nos États doivent être forts, dans l'égalité et la justice, pour affronter des défis comme celui, par exemple, du terrorisme. La pensée doit connaître un nouveau printemps. Il faut réconcilier l'université avec le politique. La place existe également pour de nouveaux intellectuels et pour une résurgence de la pensée positive et dépossédée des vestiges d'un passé complexé et en déphasage avec l'exigence de rigueur et de développement du continent.

La nouvelle élite intellectuelle doit faire œuvre de praxis car une action non conceptualisée est désordonnée. Une pensée non suivie d'action est vaine et ne peut avoir aucune incidence sur la marche de l'histoire. Marx disait qu'une « pensée qui transperce les masses devient révolutionnaire ».

N’est ce pas les bribes de ces cœurs percés qui ont soulevé les âmes burkinabè hier, peut-être béninoises demain ? Voilà nos dirigeants prévenus. L’ère de l’afro-responsabilité et de toutes ses résurgences semble amorcée.

 

Hamidou Anne et Christine Traoré

Ici la deuxième partie de cet article.

 


[1] Le Sénégal est la 10ème place des pays africains de l’indice du progrès social publié par l’Ong « The social progress imperative ». Le pays est au 97ème rang mondial sur 133. 

 

 

 

 

Macky Sall, l’équilibriste

Mali-Macky-Sall-à-BamakoLe Sénégal vient-il d’interdire le port du voile intégral sur son territoire pour « raisons sécuritaires »? Le Président Macky Sall en a bien manifesté la volonté au début du mois de novembre lors du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité. Aucune interdiction officielle n’a toutefois été encore édictée, en dépit de l’information relayée récemment par plusieurs médias sénégalais et étrangers. Au vu de la recrudescence des attaques terroristes, en Afrique comme ailleurs, la question semble plus que jamais d’actualité et divise l’opinion sénégalaise.

En vérité, l’importance du débat se base surtout sur sa forte portée symbolique, et sur ce qu’il soulève d’interrogations sur la stratégie antiterroriste adoptée par Dakar. Il est clair aujourd’hui que nul pays n’est à l’abri d’une menace terroriste sans frontières et sans limites. A l’instar de ses voisins ouest-africains et en raison de son intervention sur le territoire malien et de sa position assumée d’acteur-clé de la lutte contre le terrorisme, le Sénégal est exposé aux représailles des principaux groupes djihadistes opérant dans le Sahel.

Les réponses à apporter à cette menace ont été largement débattues à l’occasion du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité, dont la deuxième édition s’est déroulée dans la capitale sénégalaise les 9 et 10 novembre derniers. Le forum de Dakar se veut un lieu de discussions informelles entre chefs d’Etat, diplomates, militaires et experts visant à réfléchir à une solution globale aux défis sécuritaires auxquels doit faire face le continent. Bien qu’il ait été primordialement pensé comme un espace d’appropriation des questions de sécurité par les dirigeants africains, le Forum a réservé lors de ses deux éditions une place de choix aux principaux partenaires occidentaux du continent en matière de défense, Paris en tête.

Est-ce cette présence privilégiée qui a cristallisé l’agacement d’une bonne partie de l’opinion sénégalaise face aux déclarations de son Président contre le port du voile intégral ? « Nous ne saurions accepter (…) qu’on vienne nous imposer une autre forme de religion, (…) le port du voile intégral dans la société ne correspond ni à notre culture, ni à nos traditions, ni même à notre conception de l’Islam », estime le chef de l’Etat. Ainsi donc, Macky Sall voudrait, à l’instar du Tchad ou du Cameroun, interdire sur le territoire sénégalais le port du voile intégral pour des raisons sécuritaires. « Mesure prudente », reconnaissent certains ; « encore une stratégie politico-liberticide importée de l’Occident», s’exclament les autres. L’annonce des arrestations récentes de plusieurs imams, en raison de leurs liens supposés avec des organisations terroristes et de leur participation au financement desdits groupes, a sans doute participé à cette vague de mécontentement à l’encontre de Macky Sall. Aborder la question de la religion au Sénégal est un exercice particulièrement délicat, même pour un chef de l’Etat.

Bien que laïc, le pays comporte en effet plus de 95% de musulmans dont la grande majorité est adepte du soufisme, un courant de l’islam basé sur une organisation confrérique. L’influence de ces confréries et de leurs chefs religieux sur la population représenterait le meilleur rempart du pays à la propagation des idéologies extrémistes qui prolifèrent chez ses voisins. Ainsi, l’idée d’un islam soufi réputé « tolérant » et « modéré » en opposition à des courants étrangers dits « radicaux » fait largement consensus. C’est à ces courants importés des pays du Golfe que Macky Sall fait allusion lorsqu’il évoque, le 10 novembre dernier, le danger de se laisser imposer une conduite par ceux qui « financent des mosquées et des écoles » dans le pays. La progression du wahhabisme saoudien, réputé pour sa vision rigoriste et traditionaliste de l’islam, est ainsi favorisée par l’importance des investissements des pétromonarchies dans le domaine religieux au Sénégal.

Toutefois, Macky Sall, nous dit-il, s’oppose à cette progression et à l’ingérence des pays étrangers dans les affaires religieuses de son pays, malgré le soutien financier non-négligeable que représentent ces Etats. C’est tout à son honneur. Il ne faut toutefois pas oublier la décision prise par le même Président, en avril dernier, d’envoyer sur l’appel de l’Arabie Saoudite plus de 2 000 soldats sénégalais lutter contre la rébellion houti active au Yémen. Décision qui a été prise sans avoir consulté au préalable une opinion publique largement réfractaire à l’idée de s’impliquer dans une guerre qui n’est pas la sienne. Il en va de même pour l’épisode « Charlie Hebdo», où l’image du Président aux côtés de François Hollande lors des commémorations des attentats de janvier à Paris avait fait grincer les dents de nombreux sénégalais profondément offensés par les caricatures de l’hebdomadaire satirique. Dans le contexte de la lutte contre le terrorisme, il est certain que la France est un allié de choix pour le Sénégal et la majorité de ses voisins. Ou, dépendant du point de vue selon lequel on se place, la « guerre » française contre le terrorisme peut se faire, en Afrique, sans la coopération de ses partenaires ouest-africains.

Quoiqu’il en soit, la France ne rechigne pas à investir lourdement dans les dispositifs sécuritaires des pays de la région, en particulier dans les services de renseignement. Son soutien passe également par la formation des forces spéciales et le renforcement des systèmes d’armement. 1 A ce titre, la question de la stratégie anti-terroriste du gouvernement sénégalais et de son insertion dans le contexte régional est légitime. Comme il a été dit et répété à l’occasion du Forum de Dakar, la solution apportée aux risques sécuritaires qui pèsent sur la stabilité du continent ne peut être que globale, multilatérale, et basée sur une profonde coopération entre les secteurs politiques et militaires des Etats concernés. Dans ce cadre, la fameuse réputation de «havre de paix et de stabilité» dont jouit le Sénégal renforce ses ambitions de leader régional en matière de lutte contre le terrorisme. Son armée, réputée professionnelle et bien entrainée, et son système de sécurité performant sont autant d’éléments jouant en sa faveur. A ce titre, il est utile de rappeler que le Sénégal est le 7ème pays contributeur mondial de troupes des missions onusiennes de maintien de la paix.

Dans cette conjoncture, les propos tenus par Macky Sall sur le voile intégral et l’arrestation des imams alimentent les inquiétudes de la population sénégalaise, qui n’en est pas pour autant moins préoccupée par la menace terroriste qui pèse sur le pays. A la tension entre le respect des libertés fondamentales de ses concitoyens et l’absolue nécessité de protéger le pays, s’ajoute la volonté du Président de se positionner en tant qu’acteur incontournable de la stabilité dans la région. Cette position implique également le maintien de relations privilégiées avec ses partenaires régionaux et internationaux.

A l’heure de la surenchère belliciste et des démonstrations de force, il serait pourtant bon de rappeler que le radicalisme se nourrit avant tout de la frustration provoquée par l’absence de perspectives d’avenir et de la perte de repères. Ce sentiment-là, qui pèse sur la jeunesse sénégalaise et qui représente la plus grande faiblesse du pays face à la menace djihadiste, n’est pas le produit d’une nation étrangère et ne pourrait disparaître avec la modernisation des services de renseignement. Peut-être existe-t-il donc d’autres priorités pour un chef de l’Etat que celle de lancer un débat polémique dont l’issue, quelle qu’elle soit, n’aura aucune incidence sur la menace à laquelle son pays est exposé…

Marième Soumaré

Post-Printemps Arabes : le développement durable par une approche en nexus

Youth-employment-2-670x501En septembre 2015, les pays arabes devront s’engager à contribuer aux ambitieux objectifs de développement durable (ODD). Les atteindre représente d’autant plus un défi que les Printemps arabes ont mis à mal les progrès sociaux et économiques que ces pays avaient connu au début du XXIe siècle. Une approche originale en nexus devrait être développée, mettant l’accent sur les priorités de l’emploi des jeunes, de la décentralisation et de l’aménagement du territoire. 

Après des avancées importantes pour contribuer à l’atteinte des objectifs du millénaire pour le développement (OMD) entre 2000 et 2010, le « Printemps arabe » a été synonyme de reculs significatifs sur les indicateurs du développement humain dans de nombreux pays arabes. Irak, Libye, Syrie, Égypte, Yémen ou encore Tunisie et le Bahreïn : tous ont connu des revers de développement depuis 2011. Pour certains, comme la Syrie, le recul est un retour en arrière de plusieurs décennies.

Pourquoi les « Printemps Arabes » ?

Des facteurs politiques, géostratégiques et idéologiques ont joué un rôle important dans le déclenchement des Printemps arabes et continuent à en influencer les soubresauts. Mais les causes principales de ces bouleversements historiques sont intérieures. Il s’agit entre autres de la vague de jeunesse démographique constituée par l’arrivée de la génération du « baby-boom » arabe à l’âge de l’emploi. Cette vague est devenue un « tsunami » du fait de l’accélération de l’exode rural de ces dernières années, vidant les campagnes et accentuant la surpopulation des banlieues et des villes moyennes. Dans cet environnement, les emplois sont rares, surtout pour les jeunes et les femmes. Par exemple, les taux de chômage féminin atteignent parfois 50 %, alors que la participation de la femme à la force de travail est la plus faible mondialement, autour de 20%. La situation était telle que même dans les pays non autoritaires, ce « tsunami de jeunes » allait transformer la société.

Avant ces mouvements de protestation, les capacités des gouvernements à fournir des services publics décents, notamment dans l’éducation et l’enseignement supérieur, étaient dépassées par le nombre des baby-boomers et leurs besoins. D’autant plus que tous les pays arabes avaient adopté depuis la décennie 1990 des politiques d’ajustement structurel sous l’égide des institutions financières internationales et que les aides publiques au développement ont baissé considérablement, même celles issues des pays du Golfe.

Lire la suite de la tribune de Samir Aita sur le site de notre partenaire http://ideas4development.org/ (Le Blog animé par l'Agence Francaise de Développement).

 

L’étude des littératures postcoloniales, un enjeu de société pour construire demain.

dany laferiereVous est-il arrivé, ces derniers mois, d’ouvrir un journal, d’allumer votre télévision, de suivre votre fil Twitter ou de commencer votre liste des meilleurs romans de la rentrée littéraire 2015… ? Si c’est le cas, il est fort à parier que les noms de Dany Lafférière, Léonora Miano, Marc-Alexandre Oho Bambe, Alain Mabanckou, Sony Labou Tansi, Fatou Diome, Charline Effah (la liste ne saurait être exhaustive) aient réveillé vos tympans, fait trébucher votre langue ou encouragé une potentialité encore somnolente.

L’actualité littéraire française le montre : les auteurs francophones africains et caribéens ont le vent en poupe. Le journal l’Humanité invite cinquante écrivains parmi les grands noms de la littérature francophone à « lire le pays » dans sa série de l’été[1], Marianne dédie une double page à la « Harlem Renaissance » et son pendant, la Négritude [2], RFI propulse six auteurs contemporains venus d’Afrique et des Caraïbes au festival d’Avignon [3], tandis que Fatou Diome subjugue le public du plateau de France télévision dans l’émission « Ce soir ou jamais »[4] avec son intervention remarquée sur l’état des politiques européennes d’immigration.

Quelle est la source du regain d’intérêt pour les littératures « postcoloniales» ?

Heureux hasard ? Effet de mode ? Prise de conscience générale? La question mérite d’être soulevée. Face à la montée des extrémismes religieux, du front national et au repli identitaire ambiant, nos leaders d’opinion seraient-ils en manque d’inspiration? Auraient-ils enfin, consenti à écouter les « bouches des malheurs qui n’ont point de bouche » ou « le cri des oiseaux fous », qui depuis plus de 10 ans, raflent, dans la plus grande discrétion, les prix littéraires les plus courus du monde francophone [5] ?

Soixante ans après les indépendances, cet engouement des journalistes pour les auteurs francophones africains et caribéens issus de l’ère postcoloniale, surtout publiés à Paris, et touchant avant tout un lectorat européen et africain immigré, est manifeste. La négritude d’Aimé Césaire, de Léon Gontran Damas et de Léopold Sédar Senghor a quitté la sphère intellectuelle pour aller vers des sphères plus populaires, des lieux de culture publique. En d’autres termes, Césaire est devenu un poète slogan, véhiculé par les mass media français.

Cet élan d’affection nouvelle pour la littérature postcoloniale peut s’expliquer par l’évolution du regard porté sur l’Afrique depuis 2011 [6], mais aussi par la présence et l’activisme des écrivains francophones sur le sol français, qui donnent à voir et à penser un Continent hors de ses réalités locales, en interaction permanente avec le monde. Une aubaine pour les médias à l’heure où « the rising continent » est sous les feux des projecteurs.

« De ces peuples, il était temps de savoir autre chose que le rire aux éclats, le rythme dans le sang.
Il était temps de connaître leur âme blessée, de fraterniser suffisamment avec eux pour embrasser leur complexité […] il fallait creuser pour saisir, sous la parole portée, le non-dit qui palpitait ».
Les aubes écarlates, « Latérite », Léonora Miano.

L’introduction de cette nouvelle manière d’être en relation, de repenser le lien indéfectible qui unit le continent africain avec le continent européen pour pouvoir construire demain est donc au cœur des réflexions. Ces nouveaux regards se retrouvent-ils dans le champ scolaire et universitaire ? Les littératures postcoloniales y sont-elles enseignées ? Connaissent-elles le même accueil ? Sont-elles perçues comme un outil capable d’apporter des grilles de lecture pertinentes aux générations futures ? Paradoxalement, il semblerait qu’un silence entoure encore ces littératures.

En effet, dans l’enseignement secondaire, la crainte de manipuler ces œuvres littéraires en milieu scolaire est souvent évoquée par les professeurs. Les questions liées au post-colonialisme sont traitées sous des angles d’approche différents, par manque de formation. Les termes « francophonie » et « postcolonial » sont délaissés tout comme leur essence même au profit de thématiques plus larges telles que l’altérité, le racisme ou encore l’ouverture sur le monde. L’absence de support permettant une application en classe est également flagrante : si 64% des manuels étudiés dans le secondaire et publiés avant 2011 font mention d'auteurs postcoloniaux, seulement 23% des manuels utilisent ces textes dans des problématiques liées à l'altérité, l'histoire coloniale et postcoloniale [7]. Le problème n'est donc plus la reconnaissance des auteurs francophones africains, mais la reconnaissance du champ littéraire dans lequel ils évoluent, ainsi que l’apport qu’ils pourraient représenter pour l’éducation.

Dans le champ universitaire, le constat n’est guère plus optimiste. La fermeture récente de la chaire « Littérature comparée des Suds » à l’Université de Cergy Pontoise [8], est un exemple inquiétant, et non isolé, de la réduction des formations centrées sur ce thème.

Un souffle nouveau porté par une nouvelle génération

Pourtant ces littératures sont au cœur d’enjeux historiques. En se saisissant de leur plume, les auteurs postcoloniaux invitent les citoyens à lever le voile sur les mémoires passées sous silence, les mémoires de l’exil, sous l’angle de regards croisés. Ils proposent un contre-discours au discours colonial pour créer un espace cicatriciel et construire demain. Aux prises avec l’actualité, de jeunes auteurs comme Mohamed Mbougar Sarr ou Fabienne Kanor prennent également en charge des problématiques résolument contemporaines comme le terrorisme islamiste ou l’immigration clandestine. En dépeignant des personnages en proie à la menace djihadiste dans Terre Ceinte, ou prêts à tout pour fouler l’eldorado européen dans Faire l’Aventure, ils font la jonction entre la réalité et l’imagination, changent les focaux traditionnels, et poussent les lecteurs à adopter une posture intellectuelle qui toujours interroge [9].

«  -Si tout le Sénégal part du Sénégal, je serai le seul à rester, fit Diabang au bout d’un moment. C’était marmonné sans amertume mais l’œil vissé à cette mer qu’il ne prendrait jamais, ni pour quitter le pays, ni pour revenir. Des hommes de Mbour, il était bien le seul à ne pas rêver. Il fallait des jambes pour marcher le monde. C’était un minimum. La volonté, la chance, l’argent, n’intervenaient qu’après ».                                                                                                 

Faire l’Aventure, Fabienne Kanor.

À partir de cette approche et de ce type de grille de lecture, les textes et les différents corpus, loin de s’opposer, se font écho. L’intertextualité des œuvres, leur travail de mémoire, et leur urgence de dire, entre autres, permet aux lecteurs et aux enseignants de faire des ponts entre les différentes cultures et de comprendre la construction de l’histoire contemporaine. Elles replacent le rôle du poète, de l’écrivain, de l’intellectuel dans nos sociétés et font se rejoindre littérature et politique.

On pourrait croire qu’il s’agit d’une évidence. Ce n’en est pas une, c’est un apprentissage de l’altérité (et de soi-même), qui, à notre heure, est vitale.

Marine Durand & Morgane Le Meur

Notes : 

[1]  « Il s’appelait Labou Tansi », hommage rendu à Sony Labou Tansi par Alain Mabanckou dans le journal l’Humanité du 30 juin 2015.

[2] Marianne du 22 au 28 mai 2015, rubrique « Penser », page 81 – « Immortelle Harlem Renaissance ».

[3] « Ça va, ça va le Monde ! » un cycle de lectures multimédias, organisé par RFI en partenariat avec le Festival d’Avignon et le soutien de la SACD dans le cadre de son action culturelle radio. 

[4] Emission « Ce soir ou jamais » diffusée le 24 avril 2015 sur France Télévisions.

[5] Dany Lafférière : élu à l’Académie française, le 12 décembre 2013.

Léonora Miano : La Saison de l'ombre, Grasset, 2013 – Prix Fémina 2013 et Grand Prix du Roman Métis 2013.

Marc-Alexandre Oho Bambe : prix Paul Verlaine de l’Académie française.

Alain Mabanckou : prix Renaudot pour son roman Mémoires de porc-épic. Finaliste en 2015 du Man Booker International Prize et du Premio Strega Europeo.

[6] « The hopeful continent. Africa rising», Une du journal The Economist, publié le 3 décembre 2011.

[7] Magazine Afriscope n°37, « L'école 3.0, c'est pour bientôt ? », septembre-octobre 2014.

[8] La fermeture de la Chaire est intervenue suite au départ à la retraite de Madame Chaulet-Achour, professeure de Littérature Comparée et responsable du pôle Francophonies littéraires des Suds de l'Université de Cergy-Pontoise.

 [9] Référence à l’ultime prière de Frantz Fanon, dans Peau noire, masques blancs, Editions Seuil, 1952 – « Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ! ».

Auteures :

Enseignante et amoureuse des littératures postcoloniales, c'est tout naturellement que Morgane Le Meur s'est interrogée quant à l’enseignement de ces dernières.  Simple question en Master, cette problématique est rapidement devenue un sujet de thèse. Sous la direction d'Annie Rouxel et d'Anne Douaire-Banny, sa thèse s'articule en trois points: un état des lieux de cet enseignement, des propositions didactiques faites en classe et analysées et une réflexion sur la portée d'un tel enseignement sur le vivre ensemble notamment pour l'île de Mayotte.

Férue de poésie et de littérature francophone africaine, Marine Durand s’intéresse à la mouvance de la pensée postcoloniale et sa transmission. Diplômée d’un master en Science Politique, mention communication  à l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ), elle a travaillé au Burkina Faso et au Sénégal, et est actuellement chargée de communication  à l’Alliance française Paris Ile-de-France. En rejoignant l'Afrique de Idées elle souhaite s’enrichir d’autres visions que celles des centres décideurs et penser de nouvelles manières d’être en relation.

Écart entre riches et pauvres au Sénégal, les dessous d’une cohabitation difficile!

091_G3962_color_meszarovitsQuatrième économie de l’Afrique de l’Ouest, derrière le Nigéria, la Côte d’Ivoire et le Ghana, le Sénégal voit prospérer depuis l’an 2000 une certaine classe d’hommes et de femmes d’affaires richissimes. D’une part, il suffit de flâner dans le tout nouveau centre commercial de Dakar, le Sea Plaza, pour remarquer la tendance : loisirs, habillement, cosmétiques…De l’autre, des quartiers de la banlieue comme Yeumbeul, Gounass ou les villages en profondeur du pays laissent trainer une pauvreté extrême. Les riches aident ils les pauvres au Sénégal ?

Les grandes marques ont désormais leurs boutiques sur place. « L’Oréal a ouvert un bureau au Sénégal avec un représentant », confirme un consultant dakarois. BMW, Mercedes… « Les ventes progressent car le pouvoir d’achat croît », assure Edward Gonfray, responsable de la marque Mercedes-Benz pour le Sénégal, le Mali et la Guinée. Mais le luxe, ce n’est pas seulement acheter des biens ou habiter de belles villas, c’est aussi une opulence qui se veut visible.

Tout cela génère de nombreuses inégalités sociales au sein de la populations sénégalaise. C’est un phénomène assez répandu en Afrique où les plus nantis envoient leurs enfants dans les meilleures écoles et universités du monde au moment où les plus pauvres peinent à avoir de quoi nourrir la famille. « Ndogalou Yalla la – c’est de la volonté divine » comme aiment le dire les Sénégalais.

D’après le rapport Doing Business 2011, les 5 % des ménages les plus riches s’accaparent de 47 % des revenus alors que 80 % des gens les plus pauvres réussissent à se partager 28 % des revenus.

Le Sénégal est un État prébendier, c’est à dire que conquérir le pouvoir équivaut au contrôle des sites d’accès à la richesse nationale. Dans un ce type d’État, le Président de la République est le gardien de la porte qui mène aux prébendes, prestiges et privilèges et donc peut enrichir qui il veut.

Dans le contexte économique actuel, être milliardaire est le fruit de travail de toute une vie voire de plusieurs générations. Mais la politique est devenue un raccourci pour devenir milliardaire depuis l’an 2000. « Un pays a besoin de milliardaires ». C’est ainsi que le président sortant Abdoulaye Wade lors d’un entretien sur Africa7 parlait. Ajoutait-il : « je ne récuse pas les riches. Je n’ai jamais vu un pays qui se développe avec les pauvres. Même en Occident, il faut des riches pour investir». L’ancien chef de l’État avoue même qu’avec son avènement à la tête du pays, beaucoup se sont enrichis mais réinvestissent dans le pays. Au Président Wade de confirmer qu’il existe «une classe très aisée» et une autre «très pauvre». «On ne peut pas enrichir tout le monde à la fois. Même le bon Dieu ne l’a pas fait».

Des milliardaires dans un pays démontrent le dynamisme des affaires, attirent des investisseurs et contribuent à la création d’emplois. Une économie forte a besoin de consommateurs qui ont un fort pouvoir d’achat. La faible moyenne salariale mensuelle dans les entreprises formelles établie à 221 000 F Cfa en 2006 (ANSD 2006) et à 45 960F dans l’informel justifie le manque de pouvoir d’achat.

La Chine a commencé à émerger quand Deng Xiaoping a lancé son fameux “Enrichissez-vous”, mais il parlait du business. « Politiciens milliardaires » est un indicateur de pays pauvre et sous-développé. Or, l’émergence commence par la séparation des deux sphères, d’un côté les riches et de l’autre les pauvres. L’État crée les conditions d’un enrichissement général, mais n’a pas de vocation à servir de levier d’enrichissement à ceux qui contrôlent les destinées du peuple.

Makhtar Gueye