Restructurer les stratégies de croissance pour l’atteinte des ODD en Afrique

Les pays africains ont enregistré un taux de croissance relativement rapide depuis le début du nouveau millénaire, ce qui s’est à son tour traduit par des améliorations dans plusieurs domaines tels que le commerce, les rentrées de recettes fiscales, le développement de l’infrastructure et la fourniture de services sociaux et vice-versa. En effet, au cours de la période 2001-2007, l’Afrique a été l’une des régions de l’économie mondiale qui a connu la croissance la plus dynamique, et il est intéressant de noter que cette amélioration de la courbe de croissance a été largement répartie entre les pays, pour connaitre après un déclin considérable de 6.1% en 2007 à 2.2% en 2016 (taux de croissance réelle du PIB). Malgré les progrès accomplis par la région durant la dernière décennie, le profil actuel de la croissance n’est ni inclusif ni durable.

Les pays africains sont fortement tributaires des ressources naturelles qui sont les moteurs de la croissance économique. Pourtant, la plupart de ces ressources − combustibles fossiles, minéraux métalliques et non métalliques (90 % des ressources naturelles de Platinum, 50% des ressources d’or, 50 % des ressources de diamant et 33 % des ressources d’uranium) − sont des ressources non renouvelables et sont en train de s’épuiser très rapidement, ce qui a des conséquences négatives pour la croissance future et la durabilité. La dépendance à l’égard d’une croissance basée sur les ressources est également un sujet de préoccupation pour les responsables africains parce que les prix des produits de base sont extrêmement volatils et soumis aux caprices de la demande mondiale. Cette instabilité des prix a des conséquences négatives pour l’investissement et rend plus difficile la planification macroéconomique.

La production et la productivité agricoles par habitant sont encore faibles dans la région par rapport à la moyenne mondiale, ce qui a de graves conséquences pour la sécurité alimentaire et la stabilité sociale. La Banque africaine de développement estime qu’en Afrique la production vivrière par habitant représente environ 56 % de la moyenne mondiale. De plus, on estime qu’environ 30 % de la population totale de l’Afrique subsaharienne était sous-alimentée en 2010 (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et Programme alimentaire mondial (PAM), 2010). Quelques signes positifs d’une augmentation de la productivité agricole sont apparus au cours de la dernière décennie (Block, 2010). Dans le passé, cependant, la croissance de la production agricole provenait en grande partie d’une expansion de la superficie cultivée plutôt que d’un accroissement de la productivité. Avec la densification croissante de la population rurale, la taille des exploitations agricoles a diminué et de plus en plus de ruraux ont été repoussés vers des terres plus fragiles. L’intensification durable de la production agricole est nécessaire pour doper la productivité et la production agricoles et renforcer la sécurité alimentaire dans la région.

Une autre caractéristique de l’actuel profil de croissance de l’Afrique, c’est que la croissance a eu pour corollaire la désindustrialisation, ce qui ressort du fait que la part de l’industrie manufacturière dans le produit intérieur brut (PIB) de l’Afrique est tombée de 15 % en 1990 à 10 % en 2008. Le recul le plus prononcé a été observé en Afrique de l’Ouest, où la part du secteur manufacturier a chuté de 13 à 5 % durant la même période. Néanmoins, il y a eu aussi une désindustrialisation considérable dans les autres sous-régions de l’Afrique. Par exemple, en Afrique de l’Est, la part du secteur manufacturier dans le produit intérieur brut est passée de 13 % en 1990 à quelque 10 % en 2008 et en Afrique centrale de 11 à 6 % au cours de la même période. De surcroît, en Afrique du Nord, la part du secteur manufacturier a légèrement baissé passant d’envions 13 % à 11 % et en Afrique australe de 23 à 18 %. Le recul de la part du secteur manufacturier dans la production africaine est un sujet de préoccupation, car le secteur manufacturier a été historiquement le principal moteur d’une croissance économique robuste, rapide et soutenue (CNUCED et Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), 2011).

De plus, l’Afrique a connu une croissance urbaine rapide. La part de la population urbaine dans la population totale est aujourd’hui d’environ 40 % et devrait atteindre, d’après les projections, 60 % environ d’ici à 2050. Historiquement, une industrialisation et une transformation agricole impulsée par l’industrie ont été d’importants facteurs d’urbanisation en rendant possible l’absorption de la main-d’œuvre migrant des secteurs ruraux vers les secteurs urbains et modernes de l’économie. Cependant, l’urbanisation de l’Afrique n’a trouvé son impulsion ni dans l’industrialisation ni dans la révolution agricole. Jedwab (2012) montre que la croissance urbaine spectaculaire observée en Afrique durant les dernières décennies n’a pas tiré son dynamisme d’une révolution industrielle ou agricole mais, au contraire, des exportations de ressources naturelles. Il soutient qu’étant donné qu’en Afrique la rente tirée des ressources naturelles est essentiellement dépensée sous forme de biens et services urbains, ceux-ci rendent les villes relativement plus attirantes et incitent la main-d’œuvre à quitter les zones rurales.

L’actuel profil de la croissance économique de l’Afrique est particulièrement préoccupant, vu que la région a une population jeune et de plus en plus nombreuse et comptera d’ici à 2050, d’après la division de la population de l’ONU, près de 29 % de la population mondiale âgée de 15 à 24 ans. De surcroît, les projections indiquent que la population africaine en âge de travailler s’accroît de 15,3 millions de personnes par an, et que ce nombre devrait encore augmenter au cours des décennies à venir. Si le fait d’avoir une population jeune et de plus en plus nombreuse génère des opportunités en alimentant une offre de main-d’œuvre abondante à fort potentiel créatif, cela signifie aussi que les pays africains devront s’engager sur des sentiers de croissance qui génèrent des emplois sur une grande échelle afin d’absorber la main-d’œuvre supplémentaire. En particulier, ils devront abandonner les stratégies de croissance sans emplois et opter pour des modes de croissance inclusive à forte intensité de main-d’œuvre et générant des possibilités d’apprentissage pour les jeunes. Les récents événements d’Afrique du Nord ont montré qu’un sentier de développement qui génère de la croissance sans amélioration significative de l’emploi risque de provoquer des troubles sociaux et politiques, avec de sévères conséquences pour les efforts en faveur d’un développement durable. Les faits récents montrent que l’Afrique est passée par un processus de changement structurel au cours des trente dernières années, mais que ce processus n’a pas été une transformation structurelle de nature à renforcer la productivité. En effet, parallèlement à ce processus, l’économie axée sur les produits de base a pris une importance croissante, de même que les activités économiques informelles à faible productivité dans le secteur des services. Un changement structurel de ce type a en fait ralenti le processus de croissance économique au lieu de le dynamiser, étant donné qu’il ne s’est pas accompagné d’une réorientation vers des secteurs à forte productivité au détriment de secteurs peu productifs (McMillan et Rodrik, 2011). Si les pays africains veulent réaliser une croissance économique vigoureuse et soutenue, ils doivent donc passer par le processus de transformation structurelle impliquant un accroissement de la part des activités manufacturières et des services modernes à forte productivité dans le produit intérieur, allant de pair avec une augmentation de la productivité et de la production agricole. Ces dernières années, les responsables africains ont relevé le défi de la croissance axée sur les ressources en renouvelant leur engagement politique en faveur de la transformation structurelle et en adoptant, aux niveaux national et régional, plusieurs initiatives visant à diversifier la structure de leur production et de leurs exportations (CNUCED et ONUDI, 2011).

Dans le un contexte de la transformation structurelle, le découplage entre l’utilisation des ressources naturelles et les impacts environnementaux, d’une part, et la croissance économique, de l’autre, est d’une importance critique pour relever le défi de la durabilité environnementale en Afrique. Tel qu’il est défini par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), le découplage consiste à utiliser moins de ressources par unité de produit économique (en d’autres termes, à accroître la productivité des ressources ou l’efficience des ressources) et à réduire l’impact environnemental de toute ressource utilisée ou de toute activité économique entreprise. Le découplage peut être soit absolu c’est-à-dire nécessiter une diminution de la quantité absolue de ressources utilisées, indépendamment de la production générée – ou relatif, ce qui implique que de plus en plus de ressources peuvent être utilisées, mais à un taux inférieur au taux de croissance de la production.

Si le découplage absolu peut être nécessaire au niveau mondial pour répondre à des défs environnementales mondiaux (tels que le changement climatique), la préoccupation première des responsables africains devrait être pour le découplage relatif parce que la région a des taux d’utilisation des ressources par habitant très faibles par rapport à la moyenne mondiale, et aussi parce que la région n’est pas l’un des principaux pollueurs. En outre, l’Afrique a actuellement un très faible revenu par habitant, elle n’est pas passée par un processus normal de transformation structurelle et elle aurait besoin d’une plus forte croissance économique à court et à moyen terme pour pouvoir réaliser des progrès significatifs dans la réduction de la pauvreté. La région a donc besoin d’une plus large marge de manœuvre pour promouvoir la transformation structurelle et relever les défs présents et futurs du développement. De plus, la transformation structurelle ne devrait pas être considérée comme une fin en soi mais plutôt comme un élément d’une stratégie plus expansive de transformation structurelle. En Afrique, il y a eu un certain nombre d’initiatives visant à promouvoir le découplage en même temps que la transformation structurelle. Parmi ces initiatives, le Cadre décennal africain de programmes pour une consommation et une production durables (PNUE, 2005) occupe une place importante. Ce cadre s’inscrit dans le Processus de Marrakech, effort global visant à soutenir la mise en place d’un cadre décennal de programmes sur la consommation et la production durables, comme il est demandé dans le Plan de mise en œuvre du Sommet de Johannesburg sur le développement durable. La sixième Table ronde africaine sur la consommation et la production durables s’est tenue en 2010 au Caire, et son principal objectif était d’œuvrer à la transformation structurelle et au développement vert en Afrique grâce à la mise en œuvre intégrée de pratiques industrielles plus propres et plus efficientes et à la promotion de styles de vie durables (ARSCP, 2010). Ses participants sont convenus de mettre en œuvre plusieurs initiatives qui ont trait à la consommation et à la production durables et qui peuvent favoriser le découplage des ressources et de l’impact. Dans le cadre du Processus de Marrakech, et avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) et du PNUE, des centres nationaux pour une production propre ont été créés en Afrique du Sud, en Égypte, en Éthiopie, au Kenya, au Maroc, au Mozambique, en Ouganda, au Rwanda (en cours de création), en République Unie de Tanzanie, en Tunisie, et au Zimbabwe. Parmi les objectifs de ces centres, il y a l’aide à apporter aux pays en développement de la région pour qu’ils améliorent l’utilisation efficiente de l’eau, de l’énergie et des matières premières, l’amélioration de la compétitivité des industries africaines et l’ouverture de nouvelles voies d’accès au marché mondial. De plus, ces centres stimulent la création de partenariats public-privé et encouragent l’élaboration et le transfert de technologies innovantes. Ils peuvent donner un puissant élan aux efforts de découplage.

L’Afrique a besoin de repenser ses stratégies de croissance et de trouver les moyens de les rendre plus compatibles avec l’objectif du développement durable. Le développement durable, tel qu’il est défini dans le rapport Brundtland, est un « développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre l’aptitude des générations futures à répondre à leurs propres besoins ». Tel qu’il a été défini lors du Sommet mondial de 2005 pour le développement durable, le développement durable comprend trois piliers interdépendants qui se renforcent mutuellement : développement économique, équité sociale et durabilité environnementale. En particulier, il exige des responsables qu’ils tiennent compte des conséquences de leurs choix et de leurs décisions sur les générations futures et que le bien-être social soit maximisé dans une perspective intertemporelle plutôt que dans l’immédiat.

Ce n’est pas seulement l’Afrique, cependant, qui a besoin de réaliser un développement durable. On observe un mouvement universel général en faveur de la prise en compte des considérations environnementales dans le processus décisionnel sur les dimensions économiques et sociales. Il faut souligner que ces efforts internationaux devraient être gérés d’une manière qui ne réduise pas la marge de manœuvre dont les pays africains ont besoin pour promouvoir la transformation structurelle durable. Au demeurant, la communauté internationale a un rôle important à jouer en appuyant la transformation structurelle durable par des mesures dans les domaines clefs du commerce, des finances et du transfert de technologie.

La supercherie de la croissance des économies africaines

Comme au début de chaque année, le mois de janvier 2018 n’a pas échappé aux ballets d’annonces des performances macroéconomiques des pays africains. Et comme depuis un certain nombre d’années maintenant, l’Afrique est au premier rang en matière d’économies les plus prospères ; certains classements positionnant d’ailleurs six pays africains dans le top dix des économies en croissance sur l’année à venir.

La guerre des chiffres

 Ce qui frappe tout observateur de ces publications macroéconomiques est le manque de convergence en fonction de qui publie ces chiffres. Pour illustration, la Banque mondiale a estimé que l’économie de l’Afrique subsaharienne va rebondir à 3,2% en 2018 et à 3,5 en 2019 après une croissance enregistrée de 2,4% en 2017. Le Fonds Monétaire International (FMI) qui n’a pas encore annoncé ses prévisions pour 2018 table sur une croissance à 2,7% en 2017 pour l’Afrique subsaharienne. Pour sa part, la Banque Africaine de Développement (BAD) qui publiait les Perspectives Économiques Africaines (PEA 2018) annonce une croissance à 4,1% en 2018 et 2019 après 3,6% en 2017 pour toute l’Afrique, Afrique du Nord incluse (zone généralement associée au Moyen-Orient par le FMI et la Banque Mondiale). Selon certains spécialistes, cette divergence de chiffres s’explique par la différence des méthodes de calcul (indicateurs considérés dans le calcul du Produit Interieur Brut (PIB)) et des zones couvertes (Afrique entière ou Afrique subsaharienne).

Pour quelle validité ? 

Ces différences de performances macroéconomiques des états poussent à réfléchir, notamment à la lumière du scandale autour du classement Doing Business de la Banque Mondiale. Paul Romer (ancien économiste en chef de la Banque Mondiale) a démissionné récemment en critiquant son ancien employeur et l’accusant de défavoriser certains pays comme le Chili et d’en favoriser d’autres comme  l’Inde dans le Doing Business. Il dénonce notamment l’utilisation d’un classement qui fait autorité depuis 15 ans à des fins politiques, et ce depuis au moins 4 ans. C’est à se demander si une institution qui “aurait biaisée” son classement des pays les plus “business-friendly” n’aurait pas fait de même sur les autres indicateurs qu’elle publie. Quid de ses confrères ?

Pour quel impact ?

Au lendemain de la publication de ces chiffres, il est fréquent de voir les responsables politiques se féliciter des performances macroéconomiques de leurs pays. Seulement, ces derniers oublient très souvent les aspects microéconomiques. Selon les PEA 2018 de la BAD :” l’amélioration ne résulte pas d’un facteur unique. Elle est le reflet d’une conjoncture internationale plus favorable, du rétablissement des prix des matières premières, principalement le pétrole et les métaux, de la demande intérieure soutenue, en partie satisfaite par la substitution des importations, et des améliorations de la production agricole”. ​Le constat est encore beaucoup plus alarmant du côté du FMI, pour qui ​“en moyenne, la croissance du PIB par habitant devrait à peine dépasser zéro, et restera en territoire négatif pour près d’un tiers des pays de la zone à ​cause d’une croissance de la population élevée​”​.

A la lecture de ces commentaires, l’on peut se dire que nos politiciens se congratulent d’une croissance artificielle, complètement exogène et qui ne profite pas au panier de la ménagère. Pire, plusieurs pays africains ont basé leur croissance sur de l’endettement lourd pour financer les projets d’infrastructure, et comptent donc sur une population qui ne bénéficie pas des retombées de cette croissance pour rembourser la dette qui la génère. Au lieu de jubiler sur une croissance hors-sol, nos dirigeants feraient mieux de travailler pour des économies beaucoup plus inclusives. Pour cela, certains chantiers sur lesquels ils pourraient s’atteler sont : la modernisation des méthodes et outils agricoles, la mise en place de politiques d’industrialisation, la transformation locale des matières premières, l’amélioration du financement des PME, etc.

D’après certains spécialistes, plus de la moitié de la croissance africaine ne crée pas d’emplois. D’ailleurs l’Organisation Internationale du Travail estime que l’Afrique subsaharienne devrait connaître une augmentation du nombre de chômeurs qui devrait atteindre 30,2 millions en 2018, soit une nette progression par rapport aux 29,1 millions de chômeurs enregistrés en 2017. Il y a donc besoin de mieux redistribuer la richesse sur le continent. Comme le dit une vendeuse de beignets à Abidjan, « ce ne sont ni le métro ni le pont qui vont acheter mes beignets ».

LD

Faut-il croire en l’Afrique ?

Une ironie et un paradoxe gouvernent l’actualité du destin africain. Ironie en ce sens que le continent « maudit » et « mal parti » est aujourd’hui le continent de l’avenir et de toutes les promesses. A tel point que des sénateurs français ont cru bon d’intituler en 2013 un volumineux rapport (N°104) (1) de 501 pages « L’Afrique, notre avenir » sous la supervision de Jeanny Lorgeoux et Jean-Marie Bockel. Le projet de nos deux sénateurs cité ci-dessus est sans ambigüité : « Ce rapport, écrivent-ils, est né d’une interrogation : d’abord sur l’évolution de l’Afrique, hier présentée comme un continent perdu, aujourd’hui louée comme le prochain continent émergent, ensuite sur la présence de la France dans ce continent hier ignoré, aujourd’hui convoité » (p.19). Mais plus loin nos deux sénateurs s’interrogent encore plus explicitement « Sont-ce les regards qui ont changé ou la réalité ? » En 2004, Stephen Smith donnait comme sous-titre à son livre « Négrologie » « Pourquoi l’Afrique se meurt ». A peine quelques années après qu’un autre livre en l’occurrence celui de l’ex-patron de l’Agence Française de Développement était intitulé « Le Temps de l’Afrique ». Ce dernier se demandait si l’Europe et la France n’étaient pas en train de rater le train du décollage africain. On se souviendra également du livre intitulé « L’Afrique notre Avenir » de l’ancien ministre français de la coopération Jacques Godfrain. Qui ne se souvient pas de cette une du très célèbre et réputé hebdomadaire anglais The Economist, parlant de l’Afrique, titrant en grande une le 13 mai 2000 « The hopeless continent » (Le continent sans espoir ).

Mais qui en à peine une décennie se ravisait en titrant cette fois-ci en décembre 2011 « Africa rising » (le réveil ou l’éveil africain). Moins de deux ans après, précisément le 2 mars 2013, le même hebdomadaire britannique récidivait en titrant à sa une « Emerging Africa : a hopeful continent » vantant ainsi « un continent plein d’espoir ». « En dix ans, écrivait-il, d’énormes progrès ont été accomplis, et les dix prochaines années seront encore meilleures.» Ce virage à 180 degrés n’est pas un cas exceptionnel.

L’émergence africaine fascine et enthousiasme beaucoup plus la presse hexagonale. Le Point, dans son édition (N° 2166) du jeudi 20 mars 2014, consacre un numéro spécial à l’Afrique : « le grand réveil ». On y voit « la » chance de la France qui ne sait plus trop où elle en est ». On peut lire sous la plume des journalistes Romain Gubert, Claire meynial ces quelques lignes « Malgré ses innombrables défis, c’est le nouvel eldorado de la planète. L’Afrique sidère le monde. Chinois, Américains, Indiens…tout le monde y va faire des affaires.» C’est cette même Afrique, aujourd’hui très convoitée et objet de toutes convoitises que toutes les grandes et moyennes puissances courtisent. Les sommets se succèdent : France-Afrique, Chine-Afrique, Inde-Afrique, Japon-Afrique, UE/Afrique, Afrique-Monde Arabe, Etats-Unis-Afrique, Turquie-Afrique, Brésil-Afrique, Amérique du Sud-Afrique…et la liste s’allongera sans doute à l’avenir. A tel point que Jean-Philippe Rémy, journaliste au Monde parle de « guerre des sommets Afrique » qui a commencé et Patrick Ndungidi, journaliste congolais dans un article sur huffingtonpost.fr parle de « bal des sommets ou l’Afrique pour tous ». Tous ces rendez-vous politiques mais surtout économiques placent le continent au cœur de luttes entre puissances et d’enjeux géostratégiques. Les chiffres quant à eux sont éloquents. En 2012, le Pib du continent s’est envolé à 5,5 % contre 3,4 % 2011. En 2014, il est reparti à 5,3 % contre 4,8 % 2013. A l’évidence l’Afrique est le nouvel Eldorado.

Malgré cette embellie, paradoxalement la situation africaine laisse à réfléchir. Le 16 juin de cette année, alors même que c’est la journée de l’Enfant africain, 34 migrants parmi lesquels 20 enfants sont retrouvés morts de soif dans le désert nigérien. Le 7 juin à Genève, un porte-parole du Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés déclare, depuis 2014, c’est de 10.000 personnes au total qui sont mortes en mer Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe. Selon plusieurs observateurs, la classe moyenne africaine a augmenté mais concomitamment les pauvres augmentent. « Manière de Voir », mensuel publié par le groupe Le Monde mettait en une de son numéro 143 « Afrique : Enfer et Eldorado ». Ce qui provoque un accroissement des inégalités sociales. En effet, la croissance africaine si enviée est tirée par les exportations de minerais (industries extractives) et l’investissement dans les grands chantiers et non par la consommation des ménages. Espérons que la richesse ainsi crée à long terme sera redistribué à travers divers mécanismes.

Les deux leçons du moment présent africain, d’une part, c’est qu’il n’y a pas de fatalité et que le développement n’est pas une course de vitesse. D’autre part c’est que la jeunesse africaine ne doit pas désespérer de son avenir sur cette terre hier déclarée « maudite » et aujourd’hui très convoitée.

Sossiehi Roche

Notes

1-Lien de téléchargement du rapport du Sénat français :

https://www.senat.fr/rap/r13-104/r13-1041.pdf

2- Jacques Attali, l’un des plus grands intellectuels et économistes français très respecté et écouté a écrit une chronique intitulée « L’Afrique, notre avenir ». Les liens de lecture : L’Express (http://www.lexpress.fr/actualite/monde/afrique/l-afrique-notre-avenir_829344.html) et Son blog : http://www.attali.com/actualite/blog/geopolitique/lafrique-notre-avenir

Quelles perspectives de croissance pour l’Afrique en 2017 ?

Alors que l’économie mondiale tend à se redresser, le FMI estime que le ralentissement devrait persister en Afrique subsaharienne, mettant en exergue la fragilité des ressorts des économies de cette région. 

Le FMI a publié son édition d’avril des perspectives économiques pour 2017. Le rapport indique une stagnation générale de l’économie mondiale à 3.5% (contre une prévision de 3.1% en 2016). Pour l’Afrique subsaharienne, un léger redressement est escompté à 2.6% (contre une prévision initiale de 3% fin 2016), après la décevante performante de 2016[1]. Selon le FMI, ce rebond est porté notamment par le recouvrement en cours au Nigéria dans la production pétrolière, les dépenses publiques engagées en Angola – dans la perspective des élections à venir – et la résolution de la sécheresse dans la zone sud du continent.

Cette performance reste toutefois bien en dessous des performances enregistrées par le continent sur les deux dernières décennies, tranchant ainsi avec les discours laudateurs présentant le continent comme le nouvel eldorado économique et mettent en exergue les ressorts fragiles des économies africaines.

Si à l’échelle mondiale, le recouvrement paraît plus lent que prévu, les pays africains semblent, pour leur part, loin de retrouver le rythme de croissance de ces dernières décennies. Cette situation amène à s’interroger sur le caractère durable des performances enregistrées par la région ces dernières années et l’efficience et la pertinence des politiques économiques mises en place sur le continent.

Il convient avant toute chose de préciser que cette donnée masque de fortes hétérogénéités dans la région. Alors que l’économie de près de la moitié des pays du continent – pays riches en ressources naturelles pour l’essentiel – a été affaiblie par la baisse du cours des matières premières, dont notamment le Nigéria, l’Afrique du Sud, l’Angola (premières économies d’Afrique) ; l’autre moitié – pays pauvres en ressources naturelles pour l’essentiel – enregistrent des performances plutôt robustes. Selon les estimations du Fonds, pour ce dernier groupe, le taux de croissance devrait s’établir en moyenne à 5.4% en 2017 (contre 5.1% en 2016). Globalement, ce léger redressement est dû à la faiblesse de la performance économique dans le premier groupe de pays, constitué par les principales économies du continent qui dépendent fortement de leurs ressources naturelles. Même pour le second groupe, le niveau relativement bas du prix des ressources naturelles, notamment celui du pétrole, a fortement contribué à leur performance. En effet, pour ces pays, la baisse de la facture d’importations a permis de renforcer l’activité intérieure et de dégager des marges pour l’investissement public. Au final, les économies de la région restent encore fortement dépendantes des fluctuations sur le marché des ressources naturelles.

Des politiques publiques inadéquates ? 

Le manque de résilience des économies africaines vis-à-vis de ces chocs exogènes tient essentiellement au manque de mécanismes adéquats dans les pays pour les absorber. Dans les pays exportateurs, les mesures d’ajustement ont été mises en place avec beaucoup de lenteur et sont parfois inadéquates et contreproductives.

La principale économie du continent, le Nigéria, est depuis fin 2014 plongée dans une crise économique liée à la tardive décision des autorités de laisser le taux de change s’ajuster au marché. Si une telle mesure aurait été difficile à adopter dans les économies appartenant à une union monétaire (pays de la zone franc notamment), les mesures budgétaires n’ont consisté essentiellement qu’à une réduction des dépenses publiques plutôt qu’au renforcement des mécanismes de mobilisation des ressources financières internes pour financer les projets et renforcer l’activité interne.

Aussi, la bonne performance enregistrée par les pays non exportateurs n’est pas la conséquence de quelques mesures de politiques publiques mais le fait d’une conjoncture plutôt favorable. D’ailleurs, profitant de cette embellie économique, certains pays ont accélérer l’investissement public en s’endettant davantage et en ne prenant que peu de précautions contre un éventuel retournement de la conjoncture ou en mettant en place des mécanismes permettant d’amplifier cet impact à long terme. La Zambie et la Cote d’Ivoire auraient ainsi levé près de 3 Mds USD sur les marchés financiers internationaux en 2014 et 2015.

Au final, les performances économiques robustes récentes du continent ne découlent pas forcément d’une stratégie visant à asseoir une activité interne dynamique. Elles reposent encore sur des ressorts exogènes, qui se sont renforcés avec la crise de 2007/2008. Une situation qui corrobore les récents résultats de l’ADI en ce qui concerne le caractère inclusif de la croissance en Afrique subsaharienne.

Des conditions financières de plus en plus serrées, qui vont ralentir la reprise escomptée   

La baisse de régime de la performance économique dans les pays d’Afrique subsaharienne affecte notamment leur capacité à financer leur développement. Selon les données du FMI, les pays exportateurs de ressources naturelles affichent aujourd’hui des déficits (près de 5% du PIB en moyenne entre 2015 et 2016) contre des excédents (pouvant atteindre 4% du PIB) en 2013. Alors que les financements internationaux se font de plus en plus rares, le manque de ressorts économiques internes vient accentuer ces pressions. Le recours à l’endettement pour financer l’investissement public dans ces conditions est fortement porteur de risques. Un article précédent discutait les forts risques qui pèsent sur les économies africaines du fait de l’accélération de la dette.

Dans ce contexte, les espoirs d’une reprise économique robuste permettant d’améliorer les conditions de vie des populations s’estompent. D’ailleurs, le FMI indique que la croissance dans la région pourrait se relever à 3% en 2017 si les mesures de politiques publiques s’appuient sur l’activité économique interne portée par une politique publique de diversification. Il faudrait, en outre, que les pays trouvent des alternatifs financiers pour poursuivre l’exécution des investissements publics nécessaires pour l’attractivité des pays sans accentuer les risques de surendettement.  Une question que l’ADI a discuté lors de sa conférence annuelle 2016.

Si bien de progrès ont été réalisés ces dernières années, la fragilité de certaines économies africaines démontrées par ces données interpellent à plusieurs niveaux. On peut, dès lors, se mettre d’accord avec le FMI en insistant sur la nécessité de repenser la politique économique dans les pays africains. La prépondérance des ressources naturelles dans la trajectoire socio-économique du continent constitue le premier obstacle pour son développement. En outre, la dépendance des économies africaines vis-à-vis des ressources financières externes entravent fortement la mise en valeur de son potentiel économique. Tout en misant sur une politique de diversification, il apparait important pour les Etats africains de renforcer les mécanismes de mobilisation des ressources intérieures afin de faire face à leur important besoin financier.


[1] La croissance s’était établie à 1.4% pour la région alors qu’il était attendu à 1.5%.

Réformer les indicateurs économiques : et si le sursaut venait d’Afrique ?

Alors que le débat autour de la redéfinition des indicateurs économiques se cristallise dans les sociétés occidentales, c’est d’Afrique que pourraient provenir des réformes audacieuses.
Dotés d’une croissance économique dynamique mais confrontés à des défis sociaux et environnementaux majeurs, certains pays du continent bénéficieraient d’ajustements de leurs indicateurs. Une meilleure gestion de ces défis nécessite en effet la création d’indicateurs pertinents et aptes à contrôler les évolutions (positives et négatives) dans ces domaines.
Au-delà d’une simple remise en question du PIB, c’est également l’opportunité d’une rupture idéologique inédite dans l’histoire économique et des relations internationales.

Un débat historique mais en suspens dans les économies occidentales

La limite de la croissance du PIB comme indicateur central dans notre appréhension et notre gestion des défis actuels est la question fondamentale. Historique, comptable et essentiellement quantitatif, il est en effet considéré comme caduc et inapte à mettre en lumière les problèmes sociaux et environnementaux contemporains. Reportant uniquement l’accroissement de la production, il ne révèle rien sur les évolutions sociales et environnementales de nos sociétés.

Depuis 1972, et le rapport « Limits to Growth » du Club de Rome, différentes contributions questionnent la « pertinence de ces données en tant qu’outils de mesure du bien-être sociétal » (Rapport « Stiglitz », 2008). Toutefois, jamais la mise en place d’indicateurs performatifs complémentaires au PIB ne s’est concrétisée.

Ces critiques militent pour l’ajout d’indicateurs propres aux questions sociales  et à la préservation de l’environnement. On peut notamment évoquer les inégalités de revenus, la proportion d’individus vivant sous le seuil de pauvreté, l’accès à l’éducation, la pollution atmosphérique, la gestion des ressources en eaux, la dégradation des sols, etc. Il reste néanmoins important de noter que ces indicateurs ne doivent pas être substituables, c’est-à-dire que de bonnes performances dans un domaine ne doivent pas masquer de piètres résultats dans un autre. Ceux-ci permettraient de sortir d’une vision uniquement quantitative et d’orienter nos activités vers l’amélioration des conditions de vie des populations et la durabilité de nos écosystèmes.

Néanmoins, ces volontés d’ajustements se heurtent à de nombreux refus dans les sociétés occidentales. Tous se fondent en partie sur l’atonie actuelle de la croissance : en cette époque de croissance faible, la priorité serait son rétablissement, pas sa remise en question en tant qu’indicateur phare. Il leur semble déplacé de vouloir discréditer cet indicateur au moment précis où il vacille. C’est donc parce que ces sociétés cherchent aujourd’hui à renouer avec la croissance que les aspirations à revoir le modèle d’analyse sont écartées.

Une chance en Afrique subsaharienne ?

Il est donc approprié de se tourner vers des pays jouissant d’une croissance dynamique pour impulser cette initiative, notamment en Afrique de l’ouest francophone.

Le Sénégal ou la Côte d’Ivoire bénéficient, par exemple, de performances économiques saluées par des observateurs reconnus, comme la Banque Mondiale ou le cabinet McKinsey. Ils bénéficient d’une croissance stable, autour de 5% par an[1], depuis plusieurs années et les perspectives sont encourageantes.

Au-delà de leur croissance économique, c’est sa relative qualité qui en fait des candidats opportuns : ces économies sont relativement diversifiées, ne dépendent pas des exportations d’hydrocarbures et ont des marchés intérieurs dynamiques. Difficile donc d’objecter les mêmes critiques qu’en occident. Ces performances offrent également un certain prestige régional qui peut servir de catalyseur et, à terme, entrainer certains pays voisins, comme le Bénin ou le Togo, plus modestes et plus discrets sur la scène régionale.

Une réforme urgente au vu de la situation

Même si la croissance offre ici un avantage indéniable à ces économies, c’est surtout l’ampleur des défis à relever dans la région qui rend cette réforme urgente. Ces pays sont en effet les premiers concernés par les conséquences sociales et environnementales d’une croissance non-inclusive et d’une dégradation rapide de l’environnement.

La situation des littoraux d’Afrique de l’ouest[2] illustre cette urgence. Les industries minières et l’exploitation du sable accélèrent l’érosion du littoral, où vit plus du tiers de la population, et  menace les écosystèmes naturels et les sociétés. Les destructions d’emplois issues de ces changements accentuent la précarité et la marginalisation socio-économique, en particulier des jeunes, ce qui amplifie la violence et les trafics. Il semble donc nécessaire de contrebalancer l’hégémonie de la croissance sur les décisions économiques et politiques par l’intégration d’indicateurs qualitatifs.

Outre cet exemple, c’est une prise de conscience plus large du danger inhérent aux facteurs quantitatifs qui est crucial. C’est le cas de la démographie et de l’urbanisation, qui sont encore trop souvent considérés comme des opportunités de fait et proclamés comme les principaux atouts du continent. En réalité, ces dynamiques quantitatives restent fondamentalement des défis à la stabilité de la zone.

L’évocation constante du « dividende démographique » illustre cette confusion entre quantitatif et qualitatif. La population de l’Afrique subsaharienne atteindra en effet plus de 2 milliards d’individus d’ici 2050 (environ 1.2 actuellement)[3] et sa main d’œuvre sera la plus abondante au monde, devant la Chine ou l’Inde. Ce « dividende » sous-entend que l’explosion démographique aurait naturellement un effet positif sur le développement général.

Néanmoins, ce lien est loin d’être évident. Comme le suggère la notion d’explosion, cette dynamique quantitative reste imprégnée du risque inhérent à l’accroissement rapide d’une population. Le dividende ne s’opère que si les services de base (logement, éducation, emploi, santé) sont fournis à l’intégralité des populations et si les jeunes intègrent le marché du travail sereinement. Marché sur lequel doivent se combiner formations adéquates et accessibles avec une offre suffisante d’emplois correspondants. Plus généralement, le dividende démographique est une conséquence d’une croissance inclusive et équitablement répartie à l’ensemble de la population et non un phénomène quantitatif, spontané et naturel.

Dans son dernier rapport[4], le cabinet McKinsey réalise également un raccourci optimiste sur les bénéfices de l’urbanisation rapide du continent. Vantant ses mérites, il passe brièvement sur les besoins qu’elle implique, concluant sur la nécessaire provision de « logements » et de « services ». Il aurait fallu être cynique pour évacuer le besoin de logements pour les nouveaux urbains, mais les auteurs n’ont pas approfondi la notion de « services », euphémisme osé qui englobe les minima requis pour des millions de citadins supplémentaires et sans lesquelles les bidonvilles grossiront.

A l’heure des plans ambitieux (notamment le Plan Sénégal Émergent[5]), ces réflexions sur les indicateurs ne sont donc pas de simples challenges intellectuels mais apportent des ajustements décisifs. Dépasser les paramètres quantitatifs (production, démographie, urbanisation) et superviser les évolutions sociales et environnementales  est déterminant pour soutenir des trajectoires prometteuses mais encore fragiles.

Au-delà de la réforme technique : une révolution idéologique

Ce changement de paradigme implique également un recul idéologique vis-à-vis des politiques économiques traditionnelles en faveur d’un modèle endogène de croissance et de développement. Passée la période des plans d’ajustements structurels (caractérisée par le recul de la puissance publique et la rigueur budgétaire), les gouvernements régionaux suivent néanmoins encore les dogmes libéraux traditionnels dans leurs politiques. La suprématie de la croissance du PIB reste donc incontestable et favoriser des indicateurs complémentaires, malvenu. Les performances du PIB sont notamment un sésame précieux pour obtenir le soutien des bailleurs internationaux et elles focalisent donc l’attention de gouvernements.

Cette innovation impliquerait donc de s’émanciper de ces institutions en favorisant l’intégration régionale. L’UEMOA offre un cadre intéressant de discussion mais ne possède pas de capacités financières, contrairement à la Banque Africaine de Développement.  Celle-ci dépend néanmoins à plus de 70% de l’étranger et nécessite donc des réformes profondes pour devenir une réelle force de proposition. Quoiqu’il en soit, financer son propre mode de développement semble décisif pour dépasser la simple déclaration de principe et promouvoir un modèle inédit.  

 

Cette innovation incite donc à penser le développement hors des cadres hérités et calqués systématiquement. Elle implique de prendre du recul sur la notion de « rattrapage », de s’émanciper de la référence occidentale comme universelle et indépassable. Elle invite au contraire à tirer les conclusions des crises multiples qui la traversent pour éviter de tomber dans les mêmes écueils. En un mot, il est important de cesser de faire « du passé des autres notre avenir » pour reprendre la formule lapidaire du sociologue et écrivain togolais Sami Tchak (cité par Felwine Sarr dans « Afrotopia »).

Bien entendu, cela laisse planer de nombreuses questions et inconnues, notamment autour du choix de ces nouveaux indicateurs. Néanmoins, il semblerait que ce soit à l’Afrique de prendre ce débat en main, il en va de sa stabilité.

Gilles Lecerf 


[1] Banque Africaine de Développement, « African Economic Outlook » 2016

 

[3] Projection des Nations Unies – World Population Prospects 2015

 

[4] McKinsey&Company – Global Institute – « Lions on the Move II. Realizing the Potential    of Africa’Economies » – September 2016

 

[5] Cadre de référence pour les politiques sénégalaises. Plans quadri-annuels sur les périodes 2014-2035 – http://www.presidence.sn/pse

 

Perspectives économiques régionales: une croissance à plusieurs vitesses en Afrique subsaharienne!

Selon les dernières prévisions du FMI, le taux de croissance économique (la croissance moyenne)  de l’Afrique subsaharienne devrait descendre à son plus bas niveau depuis plus de vingt ans. Ces  prévisions publiées précisément le 16 Octobre 2016   dans son rapport semestriel  sur «les Perspectives économiques régionales pour l’Afrique subsaharienne » soulignent  aussi une croissance hétérogène entre les différents pays de la région.

En effet, la conjoncture actuelle de l’économie mondiale, dominée précisément par la baisse continuelle des cours du pétrole et des matières premières,  a eu des effets différents sur les pays de la région en fonction de la structure de leur économie (pays exportateurs ou importateurs de pétrole, pays riches ou pauvres en ressources naturelles).

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             Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel

De facto, les pays  tributaires des exportations de ressources naturelles (le pétrole) connaissent aujourd’hui un fort ralentissement    de leur économie. Des tensions causées, en partie, par la chute des exportations vers la Chine – premier partenaire commercial de la région (qui fait face à d’énormes difficultés économiques)  – mais aussi vers le reste du monde. Ainsi les pays comme le Nigéria, l’Afrique du sud et l’Angola ont vu leurs recettes nationales amputées  dans des proportions allant de 15 % à 50 % de leurs PIB depuis le milieu de l’année 2014.

Cependant, cette situation l’économie mondiale profite à d’autres pays comme le Sénégal, la Côte d’ivoire, le Kenya, l’Éthiopie …qui continuent d’afficher de bons résultats, car bénéficiant de la baisse des prix des importations de pétrole, de l’amélioration du climat des affaires. Ces pays devraient  continuer d’enregistrer des taux de croissance allant de 6 %  à  8%  dans les deux prochaines années, selon le même rapport. Mais dans l’ensemble, la production de la région ne devrait progresser que de 1,4 % en 2016. Un chiffre correspondant à ceux des années 1977, 1983,1992 et aussi de l’année 2009  date à laquelle la plupart des pays industrialisés du monde sont rentrés en récession la suite du krach de l'automne 2008.

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Afrique subsaharienne : croissance du PIB réel Pendant les épisodes de ralentissement économique actuel et passés

En plus de ces facteurs exogènes, la manque de transparence  des politiques publiques des pays les plus touchés a fortement contribué à leurs relentissements actuels et aux tensions économiques qu’ils connaissent. En ce qui concerne la politique économique, la réaction des différents gouvernements  fut lente voire même parcellaire.Et les progressions ou les croissances prévues pour les pays comme  la Côte d’ivoire, le Sénégal, l’Ethiopie, etc. pour les années à venir n’auraient pas d’effets ou d’impacts  sur l’économie des pays touchés  en raison de la faible intégration économique de la région.

Toutefois, les prévisions du FMI annoncent aussi une reprise modeste, avec une croissance d’un peu moins de 3 % pour l’année prochaine mais sous certaines conditions. Cette reprise ne serait possible que si  les différents gouvernements concernés, c’est-à-dire ceux qui dependent de l’exportation du  pétrole, mettent en place un ajustement budgetaire efficace à moyen terme.En d’autres termes,ces pays doivent  trouver des nouveaux moyens de financement de leurs économies  qui pourraient contribuer à attenuer l’effet de freinage à court terme sur la croissance et réduire l’incertitude qui fait actuellement obstacle à l’investissement privé.

D’ailleurs, cette problématique du financement des économies africaines a été le thème de la Conférence annuelle 2016 de l’Afrique des Idées qui avait réuni plusieurs experts au sein de l’université Paris Dauphine le 4 juin 2016.  L’élargissement de l’assiette fiscale, les Partenariats Public-Privé (PPP) sont des pistes à explorer pour garantir des moyens durables de financement des économies africaines.

Hamidou CISSE

Le numérique peut-il vraiment changer votre vie ?

Depuis que le football ne fait plus rêver, le nouvel eldorado social africain se trouve dans l’entrepreneuriat, avec un intérêt particulier dans les domaines du virtuel. En même temps que le nombre d’Africains connectés monte en flèche, Internet, les réseaux sociaux en général ainsi que les solutions numériques sont  envisagés dans tous les discours. Ces changements se suivent forcément de modifications plus ou moins profondes dans le quotidien des uns et des autres, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. Le digital a-t-il une influence si grande sur nos vies ?

  1. Le digital change-t-il nos habitudes ?

Le réseau social Facebook a atteint en juin 2014 les 100 millions d’utilisateurs mensuels en Afrique. Avec une telle croissance, les faits par eux même  prouvent que les modes de vie changent, ici comme ailleurs. L’ampleur de ces changements se perçoit plus facilement dans des nations à forte présence technologique comme le japon ou Singapour, mais de plus en plus les vies africaines se modifient, de manière parfois plus forte qu’ailleurs. Le continent vert étant par exemple le seul sur lequel le mobile est utilisé à plus de 80% par rapport aux ordinateurs et autres tablettes pour les connexions sur le Web.

 

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(c) Jeune Afrique / Infogram

Plus généralement, on voit le digital changer les sociétés de plusieurs manières. Nous le voyons quand nous nous rendons compte que plus du tiers de la population mondiale aujourd’hui dispose d’internet. Nous voyons de  plus en plus fréquemment nos mamans nous envoyer des demandes d’amitié sur Facebook *pour notre plus grand malheur*, pendant que nos papas regardent leurs matchs, consultent leurs mails, profitent des services vidéos comme YouTube via leurs téléphones. Et la tendance est croissante, puisque les transports par drones d’Amazon et les ballons distributeurs de Wi-Fi nous font passer dans un univers digne des meilleures séries de science-fiction.
Nous voyons aussi le digital quand nous pouvons assister en streaming (en direct) à l’E3, la conférence du jeu vidéo, et lorsque nous pouvons lancer des campagnes de financement participatif (« Crowdfunding »). Ces campagnes de financement permettent entre autres de redonner ses couleurs à une culture comme avec le projet JeParleBassa’a 2.0, qui vise à réhabiliter certaines langues  locales au Cameroun. Le digital permet à  une entreprise de faire de la location de voitures sans voitures, et le digital permet aussi à une voiture de se déplacer sans chauffeur. De la monnaie à la météo en passant par la télévision, les transports. D’ailleurs prenez une minute, et pensez au téléphone. A chaque appels que vous émettez, vous entendez distinctement la voix d’une personne située à des milliers de kilomètres de votre position, vous arrivez à la voir en direct et même, vous pouvez lui faire un transfert d’argent *ce qui doit être fréquent si vous êtes africains*.

Il y a moins de quarante ans que l’internet est entré dans nos habitudes, mais on peut difficilement imaginer un monde sans le digital. Ceci dit, ces changements globaux n’ont pas forcément d’impact réel sur les vies des africains, qui sont relativement en retard dans la course aux datas.

  1. Le digital change-t-il vraiment la vie ?

Selon beaucoup, pas vraiment. Soyons un peu pragmatiques. L’homme n’en est pas à sa première révolution, et à moins que les mayas aient raison, l’humanité a encore quelques belles années avant que nous ne soyons tous dévorés par les oranges mutantes issues de l’agriculture OGM. En attendant, l’homme a toujours vécu des innovations, et très peu ont réellement changé quelque chose à notre manière fondamentale de vivre. Malgré les discours  optimistes à souhait, en fait, tout   est pareil. Notre manière d’aimer par exemple n’a pas changé, les compétences nécessaires au leadership n’ont pas  changé, et on se rend compte que la vie est un éternel recommencement, vu que Pokemon et les jeans déchirés  sont revenus à  la mode.  De plus, malgré les ambitions philanthropiques et mégalomaniaques des superpuissances et des milliardaires de l’heure, on n’a pas encore vu beaucoup de réalisations  vraiment utiles pour l’humanité, au point que certains se demandent si ces projets humanitaires sont vraiment si humanitaires que ça.

Parce qu’entre nous, l’Afrique est pauvre. Bon. Soyons politiquement corrects. L’Afrique est un « contexte géopolitique complexe et incertain». Qu’est-ce que des applications web, le data mining ou les drones peuvent apporter à une région où on a des coupures de courant de vingt heures par semaine? Qu’est-ce que les « wazzaps » et les « fassbook » peuvent apporter à quelqu’un qui vit sous le seuil de un Euro par jour ? Comment est-ce possible que l’homme soit capable d’aller sur la Lune et sur Mars, et qu’il soit inapte pour éradiquer la famine ?

 

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(c) Jeune Afrique / Infogram

A contrario, la transformation digitale qu’est en train de connaitre le continent africain ne se fait  pas sans risques. En Algérie qui est le cinquième pays africain sur  les réseaux sociaux, on a récemment ouvert un centre de désintoxication contre  Facebook. Incroyable mais vrai. Pendant ce temps des terroristes notoires utilisent fréquemment des vidéos de propagande diffusées via les réseaux sociaux, ainsi que des services de messagerie chiffrée comme Telegram, l’application de messagerie qui permet d’envoyer des messages virtuellement impossibles à intercepter. Le digital change même la manière de faire la guerre.

Des variations notables du quotidien africain sont certes perceptibles. Outre les 25 % d’abonnés mensuels revendiqués par le continent, on compte aussi une utilisation plus que massive des outils de messagerie instantanée comme WhatsApp, qui a affiché deux années de suite un taux de croissance de plus de 50%. L’Afrique est aujourd’hui le premier continent en matière d’utilisation de solutions de paiement mobile comme avec M-PESA au Kenya, et de manière générale le digital a rendu l’Afrique beaucoup plus mobile. Dans les deux sens que peuvent prendre ce mot.

  1. Qu’est-ce que le digital apporte alors à l’Afrique ?

Des perspectives.

Il ne faut pas se voiler la face. Les discours sur le prétendu réveil africain n’auront pas passé l’épreuve du temps. Beaucoup des problématiques sociales, économiques, structurelles de  l’époque des indépendances sont encore bien présentes de nos jours. Ceci dit, même si une connexion internet ne remplace un champ détruit par la sécheresse, le digital est loin d’être un placement à perte, au contraire.

Considérer que le numérique n’est pas une  priorité parce que le peuple a faim, c’est  équivalent à considérer en pleine deuxième guerre mondiale que la fabrication d’armes  et les entraînements  des soldats ne sont pas  une priorité… parce que le peuple a faim. C’est incohérent, surtout qu’en vérité, on est vraiment en guerre. Les épidémies, l’instabilité sociale, et les très nombreux préjugés nuisent à l’image de l’Afrique, et empêchent l’instauration d’un climat entrepreneurial fiable.

Sur tous ces champs de bataille, les technologies de l’information et de la communication offrent des perspectives, ouvrent des portes. Le simple accès à l’information permettrait déjà de mieux gérer certaines épidémies, pendant que les applications de sécurité routière offrent de belles solutions à des problèmes concrets, permettant de [plus ou moins] réduire les taux d’accidents en attendant les super-routes promises par tous les plans africains d’émergence en 2025, 2035, 2045 et cetera.

S’agissant de l’éducation la question ne se pose même pas. A l’heure actuelle on devrait intégrer l’utilisation des blogs et des algorithmes dès la sixième pour rattraper le retard pris sur les nations des autres continents. Au japon, on envisage déjà d’introduire le code dans les programmes scolaires. Au primaire -_-.

De toutes manières, même si les technologies de l’information ne résolvaient aucun problème et ne changeaient rien au quotidien, il faudrait  quand même capitaliser dessus. Si on ne le fait pas, d’autres le feront à notre place et ils ont même déjà commencé. Les projets visant à « connecter l’Afrique » sont des priorités pour de nombreuses grosses boites américaines et chinoises. La ville de Hong Kong à elle seule produit plus de contenu sur WIKIPEDIA que tout le continent Africain. Faudra-t-il attendre que le monde vienne écrire nos articles à notre place ?

Quelques-uns ont compris, et certaines de nos figures politiques se sont aussi mises à la page, avec des mesures plus ou moins utiles, éthiques, efficaces. L’exonération d’impôts sur l’importation de matériel technologique ou l’achat d’ordinateurs pour les universités sont déjà adoptées, même si on débattra plus tard de la pertinence souvent discutable de celles-ci. Dans le même temps les coupures brutales de l’internet en périodes électorales ne sont pas rares non plus. En outre il n’est pas rare de voir quelques « négligences » de la part des gros médias sociaux, envers certaines figures emblématiques africaines. Le compte « officiel » de l’artiste Youssou n’dour notamment, avec 173k abonnés, n’est pas certifié. Comme quoi le digital ne peut pas tout changer, sans une vraie volonté.

Cela signifie que nous avons encore du chemin à faire, mais ce qui est sûr c’est que ce chemin sera bien moins pénible pour les nations et peuples africains qui auront compris ce qui est plus qu’un slogan pour quelques geeks en mal de reconnaissance : Le digital, c’est le futur. Si vous en doutez, vous vous trompez.

 

Cet article est issu de TechofAfrica.com, site d'actualités sur les nouvelles technologies et les startups en Afrique.

 

Pour un « new deal » entre l’Afrique et le monde : Croissance(s) partagée(s)

JPG_AfriqueCroissanceComment et pourquoi un continent longtemps réduit à être à la fois l’arrière-cour politique et le relais de croissance économique des puissances du monde devient graduellement l’épicentre de toutes les attentions commerciales et intentions de développement international ?

Plus de cinq décennies après des indépendances qu’il n’est point exagéré de qualifier d’autonomies circonstanciées et de forme, l’Afrique suscite aujourd’hui un intérêt gourmand voire avide en termes d’investissements internationaux et d’attractivité pour le business mondial.  Aujourd’hui, la capacité pour les pays africains, dans leur spécificité et globalité, réside dans l’émergence d’une génération décomplexée, habituée aux dynamiques de confrontation internationale en matière de gouvernance politique et économique. Ces Africains nouvelle tendance est suffisamment renseignée sur les circuits de décision internationaux et travaille à une intégration outillée du continent dans l’arène mondiale pour faire face aux enjeux de compétitivité internationale.

A l’ère de la mondialisation débridée, soumise à de multiples crises économiques, bouleversements politiques et réorientation du système et des valeurs de coopération entre les Etats, l’Afrique apparaît comme l’Eldorado de la croissance mondiale et le biotope des nouvelles énergies du monde à l’horizon 2050.

Cette nouvelle donne économique et géopolitique s’exercera t-elle au détriment du continent ?

Faire mentir l’histoire

Pour envisager sereinement l’avenir, convoquer le passé n’est pas une attitude de régression mais de compréhension des piliers qui ont permis d’implanter durablement des schémas politiques, économiques, sociaux et culturels en Afrique. La Conférence de Berlin de 1885 initiée par les conquérants coloniaux sous la houlette du Chancelier Bismarck consacrait le partage de l’Afrique et la mainmise impérialiste sur ces ressources considérées à l’époque comme démesurément illimitées. Cet acte fondateur de la ruée vers l’Afrique, prélude à la colonisation, donnait le signal d’un « gâteau africain » découpé en territoires physiques et géographiques mais aussi en viviers économiques et de rentes pour les puissances occidentales. La suite ne fut qu’une succession de « prises d’intérêt économique et de ressources vitales » à sens unique, asséchant le continent africain, souvent avec la complicité d’acteurs locaux habilités à jouer les auxiliaires de liaison entre le Nord et le Sud.

130 ans plus tard, l’Afrique est toujours au centre de toutes les attentions vues du Nord et même de l’Orient. La Chine complète le tableau des puissances classiques en quête de vitalité économique. Se joue depuis deux décennies au moins en Afrique une guerre économique avec des outils de concurrence féroce entre globalement la France, les Etats-Unis, les Anglais d’un côté et les Chinois qui, forts de leurs longs compagnonnages tiers-mondistes avec l’Afrique, souhaitent durablement s’installer en maîtres dans les secteurs stratégiques sur le continent. Ils ne sont pas les seuls mais restent sur les lignes de front les acteurs prédominants sur l’espace économique et politique africain.

Après la Conférence de Berlin, la colonisation, les indépendances, la guerre froide, et la néo-colonisation et maintenant le cycle nouveau des régimes « post- Chute du Mur de Berlin », que propose l’Afrique pour les Africains et au monde ?

A cet effet, la nouvelle génération d’Africains aguerrie aux mutations géopolitiques dispose d’un avantage imparable : une grande capacité d’adaptation aux transformations et changements culturels du monde d’une part et d’autre part la position ambitieuse d’acteurs et « influenceurs » de nouveaux modèles qu’ils soient économiques et politiques. Le changement de paradigme tient en un axiome : l’Africain des années 2000 fait précéder la vision pragmatique d’un continent émergent, avançant avec ses failles et ses attributs de satisfaction, avant la réalité hypothétique d’une Afrique forte à l’essor économique insolent et à la stabilité politique incontournable.

De quoi l’Afrique est-elle le nom ?

Le continent est aujourd’hui celui des progrès divers et variés sur l’éducation, la santé, l’agriculture, les technologies. A l’horizon 2050, sa démographie sera la plus importante au monde. Actuellement forte d’un peu plus du milliard d’habitants, elle sera la terre d’un habitant sur quatre dans le monde dans trente ans. De fait, c’est le territoire de toutes les consommations et donc des besoins et opportunités. Corrélativement, le continent est celui des ressources : une jeunesse de plus en plus qualifiée en quête de destin collectif, un patrimoine naturel riche en forêts, mers et terres arables et des atteintes climatiques amoindries par un environnement encore vert et préservé. Pour exemple, le deuxième poumon vert du monde après l’Amazonie est au cœur de l’Afrique.

Ces différentes implications placent l’Afrique, pour les puissances internationales et multinationales, comme la terre de tous les attraits car un accès à plus d’un milliard de consommateurs est à la fois source de croissance économique, d’impact culturel et rayonnement international et d’influence politique et géopolitique.

Ainsi, ce continent devenu fortement compétitif apparait de fait comme le champ de bataille économique et politique du monde. Il y a lieu de s’interroger sur les retours de croissance pour l’Afrique elle-même. Le postulat d’une Afrique imprégnée dans la guerre économique et les luttes d’influence, loin d’être démontré, est suffisamment intéressant à analyser comme un nouveau facteur du bouillonnement des relations internationales. Le développement du continent, encore inégalement réparti, déséquilibré du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, malgré des ressources enviées, souffre aujourd’hui de la démonstration objective d’une conscience politique et continentale affirmée.

Au-delà du romantisme sur l’afro-optimisme, l’émergence en action

Il n’est pas un jour où des professeurs de foi, débordants d’enthousiasme invitent à croire en l’Afrique-Lumière, celle sortie miraculeusement de ses ténèbres séculaires par la seule magie du vœu. Le progrès économique, le salut social, la stabilité politique ne peuvent être réduits à des incantations bienheureuses. Aujourd’hui, les référentiels sur les lendemains qui chantent de l’Afrique ne sont pas différents de ceux qui ont été à l’origine de l’émergence de la Chine, du Brésil, de la Turquie, de la Corée du Sud, de la Malaisie, et que savons-nous encore ?

Concrètement, l’Afrique ne peut s’analyser comme un bloc émergent, sujet aux aléas d’une éventuelle récession économique, d’une crise politique, d’un conflit géopolitique. Il existe plusieurs Afrique(s). Le Rwanda, le Maroc, dans une moindre mesure le Nigéria ou l’Afrique du Sud représentent aujourd’hui des points de satisfaction avec la précaution admise mais non souhaitée d’une rechute.

Ainsi pour garder le cap et demeurer compétitif sur les marchés internationaux, les pays africains pris spécifiquement ou dans leur globalité doivent répondre à un ensemble structurant de critères non-exhaustifs mais qui permettant d’établir un climat de confiance pour le monde des affaires. L’existence d’infrastructures routières et maritimes (autoroutes, lignes ferroviaires et fluviales) et de circulation des biens et personnes (aéroports, ports), des conditions politiques stables et la sécurité, une main d’œuvre qualifiée et des cadres techniques de haut-niveau, la réduction de la corruption, des systèmes de santé et académiques adéquats, des capacités d’accueil et d’hébergement aux standards internationaux sont quelques préoccupations pour tous ceux qui souhaitent investir et travailler en Afrique. Un pays doté de structures bancaires et d’assurances sécurisées, de circuits administratifs et institutionnels fluides et dynamiques est rassurant. Le Maroc est l’exemple le plus abouti qui cumule tous ces points ; ce qui en fait aujourd’hui un leader en Afrique et une porte d’entrée vers l’Afrique subsaharienne.

De fait, il est très important que les pays africains soient accompagnés, dans le cadre de l’élaboration de leurs politiques publiques et  économiques, de concepteurs d’outils méthodologiques et adaptés au contexte administratif et culturel sur le développement de stratégie internationale et de promotion d’investissements extérieurs. L’urgence de cellules d’expertise géopolitique, de veille et d’intelligence économique dans les administrations publiques et chambres de commerce, les ministères des finances, du commerce, du tourisme, des affaires étrangères, dans les ambassades demeure un impératif.

Intégration africaine, paix et croissance durable

La nouvelle génération d’Africains est consciente que ces enjeux de développement doivent prédominer tout débat d’émergence et créer les conditions d’un partenariat entre le monde et l’Afrique où la croissance est partagée de façon équitable. La seule obsession qui vaille le déploiement de toutes les énergies de Rabat à Pretoria ou encore de Brazzaville à Harare n’est pas de rattraper un quelconque retard économique sur d’autres blocs de la planète, mais de dessiner les passerelles qui mènent à une intégration économique inclusive. Cela implique aussi pour les 54 Etats l’urgence d’aboutir en définitive à une véritable Union Africaine qui disposera de moyens et ressources politiques afin de s’imposer dans cette insaisissable compétition internationale. Modernisation des procédures administratives et nationales, professionnalisation des formations et mobilisation des ressources humaines vers le même objectif à la fois défensif et offensif, diversification des partenariats et coopération sud-sud, réelle intégration africaine économique et politique permettront d’accéder à une légitime prétention, celle de faire face aux défis de ce monde virevoltant en assurant durablement la croissance économique et la paix.

Il y va de l’équilibre du continent et du monde.

Régis HOUNKPE

Développement des Comores : il faut (aussi) regarder au-delà des facteurs économiques!

Avec un indice de Développement humain faible, (moins de 0.550)[1],  les Comores sont un des pays africains les plus inégalitaires du continent. En plus des inégalités, c’est un pays qui connait des problèmes dans sa transformation avec une urbanisation galopante avec plus de 60 % des citadins vivant dans des bidonvilles. À cela, il faut ajouter la crise énergétique qui pèse sur la croissance économique, qui n’a pas dépassé 1.1 % en 2015, et un chômage élevé chez les jeunes. Ces problèmes économiques doivent inciter à  repenser l’économie et les politiques de développement du pays pour répondre aux attentes du peuple comorien comme l’a souligné Son Excellence Monsieur Le Président Azali Assoumani lors de son discours d’investiture en mai 2016: «  Je mesure pleinement l’ampleur de vos attentes et plus particulièrement, l’unité, la paix, la sécurité et le décollage économique de notre pays». Mais au-delà des facteurs économiques qui limitent son développement, les Comores font face également à des problèmes sociaux qui ne sont pas sans effets sur les progrès économiques du pays et qui demandent une remise en cause des comoriens. La question est donc de savoir comment les comportements influent-ils sur le  développement socio-économique des Comores ? Cet article traitera de certaines caractéristiques de la société comorienne qui pourrait être un frein au progrès économique et social des Comores.
 

La faculté de choix
Ces dernières décennies, la recherche sur les sciences naturelles et sociales a développé des théories stupéfiantes sur la façon dont les individus pensent et prennent des décisions. Alors que les gens posent toujours comme hypothèse que les décisions sont prises de façon délibérative et autonome, selon des préférences logiques et des intérêts personnels, de récents travaux montrent qu’il n’en est presque jamais ainsi : on pense de façon automatique – au moment de prendre une décision, les individus utilisent généralement ce qui vient naturellement à l’esprit ; on pense de façon sociale – les normes sociales influent en grande partie sur notre comportement et bon nombre de personnes préfèrent coopérer tant que les autres coopèrent ; et on pense par modèles mentaux – ce que les individus perçoivent et la façon dont ils interprètent ce qu’ils perçoivent dépendent de visions du monde et de concepts issus de leurs sociétés et d’histoires communes.

La belle tradition du ‘Anda’ aux Comores

À l’origine, le ‘Anda’ symbolise le Grand Mariage mais c’est devenu un phénomène social qui joue un rôle primordial dans la vie de chaque comorien. Je ne vais pas ici faire un bilan global du mariage et dire qu’il est mauvais ou pas car ce serait ignorer les maintes ramifications, irremplaçables et essentielles dans le déroulement de la vie aux Comores et qui ne relèvent pas du seul domaine économique. Les effets du ‘Anda’ tels que la gestion du quotidien, la structuration villageoise, le maintien d’une cohésion sociale et l’établissement de systèmes de gouvernance à l’échelle locale et régionale, nous permettent de voir à quel point ce phénomène est ancré en chacun de nous depuis notre naissance. Notre conduite et notre prise de décisions est programmée tel une machine dès notre jeunesse à suivre et respecter tout cela au risque d’être traité de non désirable, d’être banni de la société ou même au sein de nos propres maisons. La majorité des comoriens en sait quelque chose et beaucoup d’intellectuels y ont laissé leurs marques mais le plus important  concernant  le ‘Anda’ est que nous devons trouver le moyen d’allier coutume et modernité et faire en sorte que cette coutume se modernise de façon à répondre aux impératifs de développement du pays.


L’islam est-il un frein pour le développement ?

La religion joue un rôle fondamental en tant que déterminant du développement économique d’une région donnée et dispose d’un impact considérable sur la formation et l’évolution du corpus juridique et institutionnel d’une société, qui est lui-même un déterminant majeur et reconnu de longue date du développement économique. Dans les pays musulmans, l’influence de l’islam est si envahissante qu’elle empêche de nombreux États comme les Comores de s’interroger sur les vraies raisons de leur retard. Toutes les réponses apportées sont religieuses… Si les choses vont mal, nous sommes punis par Dieu pour avoir abandonné le droit chemin comme on a tendance à le souligner quand on est confronté à la mort : « c’est la volonté de Dieu ! » et on met de côté toutes les causes médicales, etc. Toutefois , comme on peut le constater dans plusieurs pays musulmans comme les Émirats Arabes Unis, le Qatar, l’Arabie Saoudite et autres qui sont très avancés qu’aucune religion ne puisse être «  par essence » défavorable au développement économique, puisque l’effet de ses dogmes est contingent aux conditions économiques, sociales et historiques du moment. Dans le cas des Comores où la pratique des lois islamiques que ce soit dans le collectif ou l’individualisme laisse à désirer. Surtout avec la nouvelle génération de «  musulman non pratiquant » qui semble croire qu'il suffit pour être musulman, de le déclarer avec la bouche et cela, même si on n'applique rien des obligations de l'Islam. Tous cela pour dire qu’aux Comores, on a plus nos repères dans la religion mais on tâtonne, nous devons soit nous déclaré pays laïc ou être de vrais musulmans pour le bien de notre développement.


La jeunesse comorienne est-elle une bombe à retardement ?
De nos jours, les jeunes comoriens, s’engagent en politique, et dans beaucoup d’autres secteurs. Ces nouveaux militants ont comme objectif de faire bouger les choses dans notre pays. Défendre les intérêts de la jeunesse paraît être leurs préoccupations majeures. Ils se lèvent ainsi pour revendiquer leurs droits à des conditions de meilleures conditions de vie. Ces jeunes comoriens longtemps défavorisés, veulent à travers leur engagement, avoir la liberté de choisir leur mode de vie. Et s'il n’y avait pas à choisir et que nous étions réduit à un seul mode de vie : la pauvreté ? Devraient-ils abandonner et continuer à critiquer les dirigeants sans bouger le petit doigt ou brandir le drapeau national et construire leurs vies par leurs propres mains ?

Plusieurs études montrent de façon concrète comment ces théories s’appliquent aux politiques de développement. Une meilleure compréhension et une vision plus subtile du comportement humain peut générer de nouveaux outils d’intervention et aider à atteindre des objectifs de développement a beaucoup d’égards – développement du jeune enfant, situation financière des ménages, productivité, santé et autres. En apportant même de légers ajustements au contexte décisionnel, en préparant les interventions sur la base d’une compréhension des préférences sociales et en exposant les individus à de nouvelles expériences et de nouveaux modes de pensée, on peut créer de meilleures conditions de vie.
Cependant n’y a-t-il pas un danger à essayer de changer les normes culturelles et religieuses d’une communauté par un «  big push » visant à modifier rapidement l’équilibre culturel d’une population, et donc ses normes coopératives ? Comme dit l’adage, qui va doucement, va surement. Il y a beaucoup à faire pour ce beau paradis et jeune pays que sont les Comores pour notre développement socio-économique et cela ne dépend que de notre mode de vie individuel et collectif  à nous tous peuple comorien car c’est uniquement ensemble qu’on mènera le bateau à bon port.

 


[1] African Economic Outlook 2016

Le développement du capital humain comme facteur de croissance économique et de progrès social : cas du Sénégal

Microsofts-education-project-in-Senegal.Sur des marchés où les biens, les services, les capitaux et les technologies circulent et s’échangent librement, les ressources humaines  constituent l’un des facteurs permettant de  marquer la différence entre les performances des pays. Dès lors, la politique éducative participe structurellement à la politique économique, car  elle contribue à déterminer l’avenir à moyen terme du pays. En d’autres termes, l’éducation permet l’accumulation du capital humain ce qui stimule la productivité du travail et accélère la croissance économique – le capital humain est un est un facteur important de la croissance endogène (Robert Lucas). Au Sénégal, même si le système éducatif est considéré comme l’un des meilleurs dans la sous-région ouest africaine, il reste encore beaucoup à faire pour le rendre performant. C’est ainsi que dans le cadre du Plan Sénégal Émergent (PSE), où des réformes structurelles sont entamées et s’étalent sur la durée, le gouvernement sénégalais a décidé de construire un système éducatif capable de répondre aux exigences de développement du pays en faisant de l’éducation un point clé de ce plan. Cet article se propose de revenir sur les réformes en cours pour améliorer la qualité du système éducatif au Sénégal.

1. Un système malade de ses précédentes réformes non abouties

Toute analyse exige d’abord un état des lieux du système éducatif sénégalais. Comme dans la plupart des pays africains francophones, celui-ci a peu progressé en dépit des efforts fournis par les différents gouvernements successifs. Le monde de l’enseignement et de l’éducation sénégalais souffre toujours d’un manque criant de moyens. Et les grèves incessantes des enseignants ou des étudiants dans le but de réclamer de meilleures conditions de travail n’ont rien donné : leurs situations demeurent inchangées.

A la surpopulation des amphithéâtres causée par un système d’orientation défaillant s’ajoute un manque d’infrastructures éducatives avec la vétusté des bâtiments universitaires, sans oublier les lycées et les collèges. Ces problèmes sont davantage accentués dans les régions éloignées de la capitale du pays, c’est-à-dire le Sénégal profond, à l’exemple de la région de Matam et de Tambacounda où le manque de professeurs et d’éducateurs est devenu un problème banal au fil des années. On y note aussi un faible taux d’alphabétisation, particulièrement chez les filles. Toute politique éducative ou réforme du système éducatif doit donc prendre en compte l’ensemble  des défaillances de celui-ci. Pour remédier, à tous ces problèmes, l’état sénégalais dans le cadre du PSE a mis en place le PAQUET, un programme de réforme du système éducatif.

2. Le Programme d'Amélioration de la Qualité, de l’Equité et de la Transparence (PAQUET)

Le PAQUET (2013-2025) est le programme mis en place dans le cadre du PSE afin d’améliorer le système éducatif et constituera le socle de la politique nationale en matière d’éducation et de formation   . Il a été élaboré avec la collaboration de nombreux acteurs du système éducatif, tel que le ministère de l’éducation nationale et les inspections académiques, mais aussi les collectivités locales, les organisations de la société civile, les syndicats d’enseignants ainsi que les partenaires techniques et financiers. Ce programme se décompose en différents points à savoir :

  • mettre en place un cycle fondamental d'éducation de base de 10 ans ;
  • éradiquer l'analphabétisme et promouvoir les langues nationales ;
  • développer une offre d’enseignement supérieur diversifié et de qualité ;
  • renforcer l’utilisation des TIC dans les enseignements (interconnexion des établissements d’enseignement supérieur) ;
  • développer une gouvernance efficace, efficiente et inclusive du système éducatif ;
  • promouvoir la formation professionnelle orientée vers le marché de l'emploi ;
  • etc.

Certains de ces points ont déjà plus ou moins été spécifiés dans une réforme précédente, le PDEF (Le Programme Décennal de l’Éducation et de la Formation), programme qui  devait à l’origine corriger les lacunes observées dans le système éducatif. Parmi ses objectifs figuraient notamment l’introduction de l’enseignement des langues nationales dans les programmes scolaires ainsi que la mise en place des Cases des Tout-petits, un nouveau modèle de prise en charge de la petite enfance. Ces éléments apportent certes un renouveau au système éducatif, mais ne règlent pas le fond du problème : à tous les niveaux, la qualité de l’éducation demeure hétérogène et reste un privilège réservé à une  certaine partie de la population. Or, dans un pays où le nombre d’habitants augmente 2,8 % par année et le nombre d’enfants en âge d’être scolarisé progresse de façon similaire, des dispositions ou précautions plus sérieuses doivent être prises.

Ainsi, afin de faire de la mise en œuvre du PAQUET un succès, les autorités sénégalaises doivent avant tout se concentrer sérieusement  sur l’accès à l’éducation. Ceci passe par la construction de nouvelles salles de classes, l’investissement dans la formation et le salaire des enseignants, la mise à disposition de matériel didactique et l’extension de l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication, partout sur le territoire – des mesures qui permettraient d’améliorer la gestion de l’enseignement et de renforcer sa qualité à tous les niveaux.

3. L’adaptation de l’enseignement supérieur aux besoins du marché du travail et le recours à la formation professionnelle et continue

Il faut noter qu’aujourd’hui le pourcentage des jeunes en situation de chômage de longue durée est de 74% pour les diplômés du supérieur, 52% chez les diplômés du secondaire, 62% pour ceux qui ont le niveau primaire et 41% pour ceux qui n’ont aucun niveau d’instruction d’après les chiffres du ministère de l’éducation

Par conséquent, le gouvernement doit, d’une part identifier le secteur clé et porteur d’emploi ainsi que les domaines– et d’autre part y créer ou implanter des pôles d’excellence afin d’adapter l’enseignement supérieur au besoin du marché. De plus, dans un monde où le marché de l’emploi est en perpétuelle progression, la formation professionnelle et continue doit occuper une place importante dans le système éducatif. Plus exactement, l’objectif doit être de former les étudiants et de les préparer à des situations professionnelles futures  à travers la mise en place d’enseignements spécifiques et ciblés ou adaptés au marché local et les secteurs vers lesquels se tournent le pays à travers les réformes structurelles engagées dans le PSE. En outre, la disponibilité de ces ressources humaines, à savoir les techniciens et ingénieurs locaux, favorise le recours aux nouvelles technologies, augmente l’employabilité des individus et améliore la productivité et la compétitivité des entreprises locales.

L’Université doit également être impliquée dans le domaine de l’entrepreneuriat ou de la création d’entreprise. Et cet aspect entrepreneuriat, qui est devenu crucial de nos jours avec la tension sur le marché de l’emploi, a été négligé dans le PAQUET. En effet aucun des axes du PAQUET ne fait référence à l’entrepreneuriat. Or, aujourd’hui, l’entrepreneuriat est considéré comme un important vecteur de croissance, et cela s’explique notamment par son incidence sur l’insertion professionnelle des jeunes et la création d’emplois. Ainsi , lorsque l’enseignement comporte  un  apprentissage  à  l’entreprenariat,  les  probabilités  de  création  de  nouvelles  entreprises  et  d’exercice   d’un   travail   indépendant   s’accroissent, tandis   que   les   récompenses   économiques   et   la   satisfaction personnelle des individus ayant créé leur entreprise augmentent (Kauffman Center Charney et Libecap, 2000) .

En définitive, le rôle joué par l’éducation dans les pays en développement est très important dans le processus de développement économique et social, et ce au même titre que l’amélioration de la productivité du travail, l’amélioration de la condition de santé et de nutrition, la réduction des disparités et des inégalités entre les différents groupes de la société notamment les inégalités liées au genre, les inégalités entre les riches et les pauvres ou encore  entre zones urbaines et rurales. Mais l’éducation, plus encore, est essentielle pour réduire les inégalités en accordant plus de chances aux groupes les plus vulnérables, renforcer la cohésion sociale et pour la construction d’une société plus démocratique. De façon objective, cet objectif est réaliste au Sénégal dans les deux décennies à venir, si sa réforme éducative (le PAQUET) est menée à bon escient. A l'inverse, elle resterait un travail de Sisyphe.

Hamidou Cissé