La Guinée : une puissance énergétique en 2020 ?

JPG_Kaletadam 200116Souvent qualifiée de «scandale géologique»[1] tant ses ressources minières sont abondantes mais mal exploitées, la Guinée se trouve peut-être à un tournant de son histoire. Depuis la prise du pouvoir par l’éternel opposant Alpha Condé, mais surtout, la réalisation de certains projets hydroélectriques, un vent d’optimisme souffle parmi l’élite politique à Conakry, la capitale guinéenne. En effet, à en croire les dirigeants tels que l’ancien premier ministre, Lansana Komara, ce pays d’Afrique de l’Ouest ambitionne de devenir «une puissance énergétique en 2020.»[2] Pourquoi cet engouement ?

Ce pays dispose d’un potentiel conséquent, caractérisé par un ensemble de sources diversifiées telles que l’énergie éolienne, solaire ou thermique. Toutefois, ce sont ses cours d’eau et ses caractéristiques géo-hydrologiques qui constituent sont plus grand atout. En effet, cette nation «compte 23 bassins versants. Parmi ces derniers, 14 sont partagés avec les pays voisins  – soit près de 60% – ce qui signifie, en d’autres termes, que la plupart des grands fleuves prennent leur source sur le sol guinéen.»[3] Ceux-ci lui permettent de se doter d’un potentiel hydroélectrique estimé à 6000 mégawatts (MW), soit approximativement le quart des 25000 MW évalués en Afrique de l’Ouest. De ce fait et vu ce potentiel, il n’est pas étonnant que le gouvernement de Conakry ait décidé de développer cette filière. De plus, ce choix comporte un avantage stratégique majeur.

La construction de barrages en amont d’un fleuve permet, à un pays donné, de contrôler le flux des eaux et de créer, si celui-ci est doté d’une capacité de production électrique accrue et d’un réseau régional développé, une dépendance en approvisionnement des pays voisins. En d’autres termes, il accroit la puissance politique de l’état producteur d’électricité. À titre d’exemple, au cours de la dernière décennie, l’Ethiopie, source  de plusieurs cours d’eau importants, notamment le Nil Bleu, a entrepris la réalisation de grands barrages hydrauliques, ce qui a engendré une montée en puissance régionale d’Addis Ababa au détriment du Caire. Toutefois, dans le cas guinéen, des obstacles subsistent suscitant des doutes sur son aptitude à changer l’équilibre des forces dans le temps qu’elle s’est fixée. Quelles en sont les raisons ?

Premièrement, il y a un manque dans la production d’énergie.  Malgré l’existence de plusieurs centrales thermiques et hydroélectriques ainsi que l’inauguration récente du barrage de Kaléta qui permet l’injection de 240 MW sur le réseau, la Guinée doit toujours faire face à une carence énergétique. «En comparant la puissance disponible au besoin de puissance pour couvrir la  demande, le déficit de puissance est actuellement estimé aux alentours de plus 175 MW.»[4] Et, ce faussé risque d’augmenter car sa population qui devrait passer de plus au moins 12 millions d’habitants aujourd’hui à 18,5 millions en 2030.

À cette insuffisance, il faut rajouter la dégradation avancée des infrastructures et un réseau de distribution peu fiable voire inexistant dans certains cas. Au niveau national, bien que la compagnie Electricité de Guinée (EDG) qui évaluait la puissance électrique installée à 338 MW en 2014, la puissance disponible n’était que de 158 MW. «En raison de la vétusté des installations et des déperditions enregistrées lors du transport d’énergie, elle perdait ainsi 53% de l’énergie disponible.»[5]

Au niveau régional, le président Alpha Condé a promis que le Sénégal, la Guinée-Bissau et la Gambie recevront respectivement 20%, 6% et 4% de l’énergie produite par le récent barrage de Kaléta. Toutefois, deux problèmes persistent. D’un côté, Kaléta n’est pas encore en mesure de fournir les 240MW d’électricité tout au long de l’année. En effet, en période sèche lorsque les cours d’eau sont à leur niveau le plus bas, les turbines ne pourront pas fonctionner à plein régime réduisant le taux de rentabilité d’utilisation. Mais, il est prévu que Souapiti, dont la mise en service est prévue dans plus au moins 5 ans, sera doté de réservoirs assez grands pour pallier à ce problème. De l’autre côté, un réseau de distribution interconnectant ces pays doit encore voir le jour. Celui-ci est en phase de projet et des négociations sont en cours pour sa réalisation.

Bien que les embûches soient nombreuses et peuvent paraître difficiles à surmonter, il existe des cas qui prouvent qu’elles ne sont pas insurmontables. En effet, depuis la chute de l’Union soviétique en 1991, l’Ethiopie a connu une très forte expansion énergétique. Grâce à la formation d’alliances diplomatiques régionales, la conception de montages financiers astucieux au niveau national, comme le devoir des citoyens d’acheter des obligations qui ont permis de trouver 4 milliards de dollars, l’octroi d’aides extérieures, mais surtout une volonté politique basée sur le long terme,  l’état éthiopien est sur le point de devenir le plus grand pourvoyeur d’énergie électrique en Afrique de l’Est. Néanmoins, l’accession à ce statut a demandé beaucoup de temps. Débutée en 1994 avec la publication d’une politique nationale dessinant les contours d’une nouvelle stratégie énergétique, puis en 2005 avec un plan d’exécution de celle-ci sur 25 ans,  Addis-Ababa déclencha une campagne agressive d’investissements visant à réduire sa dépendance envers ses importations d’énergies fossiles et augmenter sa production électrique, notamment en faisant appel à l’hydroélectricité. Et, cette dernière est «aujourd’hui excédentaire avec une réelle volonté politique de se tourner vers l’exportation.»[6]

Depuis son indépendance en 1958, la Guinée a toujours souffert d’un manque crucial d’électricité, ce qui a contribué à prendre du retard dans son développement économique. L’inauguration, en septembre dernier, du barrage de Kaléta sur le fleuve Konkouré et la possible construction de centrales hydroélectriques supplémentaires donnent des raisons d’espérer que ce pays puisse, à terme, atteindre son objectif d’être un leader dans l’exportation d’énergie dans la sous-région. Toutefois, les déficits encore dans la distribution, la production et l’interconnexion régionale laissent entrevoir le chemin qui reste à parcourir rendant incertain le but fixé par le gouvernement de Conakry, celui d’être une puissance énergétique à l’horizon 2020. Néanmoins, le cas de l’Ethiopie, considéré, tout comme la Guinée, comme un des châteaux d’eau d’Afrique, démontre qu’il pourrait assouvir son ambition, mais à plus long terme.

Szymon Jagiello

[1] M. Devey Malu-Malu, Guinée: Remédier « au scandale géologique », Jeune Afrique, Juin 2011. Disponible sur http://www.jeuneafrique.com/31868/economie/guin-e-rem-dier-au-scandale-g-ologique/

[2] M. Diallo,  Energie : la Guinée en quête d’ 1 milliard de dollar pour devenir une puissance exportatrice, Afriki Press, Octobre 2015. Disponible sur http://www.afrikipresse.fr/economie/energie-la-guinee-en-quete-d-1-milliard-de-dollar-pour-devenir-une-puissance-exportatrice

[3] L'hydroélectricité de Guinée: un rôle à jouer dans la sous-région, World Investment News. Disponible sur http://www.winne.com/guinea_cky/cr07.html

[4] M. Mouissi, Electricité: le paradoxe guinéen, Mays Mouissi News, Octobre 2015, http://www.mays-mouissi.com/2015/10/19/electricite-le-paradoxe-guineen-2/

[5] Ibis.

[6] J. Favennec, L’Energie en Afrique à l’Horizon 2050, Rapport de l’Agence de Développement des Entreprises en Afrique, Septembre 2015. Disponible sur http://www.eurogroupconsulting.fr/sites/eurogroupconsulting.fr/files/document_pdf/eurogroup_livredenotes_n15_1sept15_bat.pdf

 

L’Afrique de l’Ouest : Vers un pôle de compétitivité énergétique ?

Il est vrai que les statistiques abondent en ce qui concerne la performance économique de l’Afrique subsaharienne. Il est aussi vrai que cette croissance est tirée par les secteurs énergétiques et miniers réputés pour leur  forte valeur ajoutée que par l’ouverture de lignes commerciales avec l’Asie et l’Amérique du Sud. Quand bien même les externalités et les effets d’échelles sont nombreux, il n’en demeure pas moins que la question de l’amélioration du niveau de vie des populations du continent suscite des réactives vives et divergentes. C’est la raison pour laquelle nous parlerons d’un projet qui en plus d’améliorer le bien-être des populations est susceptible d’améliorer la compétitivité  économique et énergétique de l’Afrique de l’Ouest : Le Gazoduc de l’Afrique de l’Ouest (GAO).

Nouvelle imageLe GAO est un projet ambitieux qui date des années 80 et  qui permet de nos jours l’acheminement du gaz naturel entre le Nigéria, le Bénin, le Togo et le Ghana. Long d’environ 700 km, il fournit en gaz naturel les principales centrales de production d’énergie électrique des pays concernés. L’opportunité d’une telle infrastructure est multiple. Tout d’abord le gaz naturel demeure l’énergie fossile la plus compétitive pour la production d’électricité. D’autre part, la découverte de nombreux gisements dans les bassins du Golfe de Guinée assure un stock de réserve important pour une exploitation à long terme. Contrairement au pétrole qui est souvent exporté et peu traité localement pour son raffinage, l’exploitation du gaz naturel permet une plus value locale plus importante; surtout quand nous savons que le Nigéria torchait autrefois l’équivalent de toute la consommation énergétique de l’Afrique faute de débouchés.

Nouvelle imagLe gazoduc est fonctionnel depuis 2011 et relie des centrales de la Communauté Electrique Bénin (CEB)[i] au Bénin et au Togo, et de la Volta River Authority (VRA)[ii] au Ghana. Grâce au prix du gaz naturel, le coût de revient du kWh produit est plus compétitif que les sources traditionnelles. La fonctionnalité du gazoduc a même entrainé des  meilleures perspectives de l’offre d’électricité compte tenu de la multiplication des projets de centrales. Il s’agit d’un atout important dans la mesure où, conformément au plan directeur du secteur de l’énergie de l’UEMOA, les interconnexions  et l’homogénéisation des réseaux électriques de chaque pays faciliteront les transferts d’énergie et permettront de rendre les tarifs de livraison de l’électricité à un prix soutenable aux populations. Les questions de tarification, d’extension et de contrat dépendent d’une autorité de régulation : l’AGAO : Autorité de Gazoduc de l’Afrique de l’Ouest. D’un point de vue macroéconomique, la disponibilité et la compétitivité de l’électricité dynamiseront la zone UEMOA à travers la baisse des prix des produits industriels, manufacturés ainsi que des services. Le bien être social sera amélioré de facto et nous pourrons alors supposer que les performances économiques statistiques s’accompagnent d’une amélioration du cadre et du niveau de vie des populations.

Toutefois, malgré l’engouement et les espoirs suscités par l’opérationnalisation d’un tel projet, des contraintes restent à surpasser. Nous n’en citerons que deux: d’une part, les volumes contractuels ne sont pas encore respectés car le gazoduc transporte moins de 50% des capacités garanties. Ceci affecte le démarrage des projets de construction, ainsi que les centrales actuelles qui tournent au ralenti ou en sous régime malgré une demande en énergie sans cesse croissante. D’autre part, la question de la sécurité du gazoduc en offshore est plus que d’actualités avec la recrudescence de la piraterie maritime et de la pêche illégale. Rappelons qu’en 2012, le dragage de l’ancre d’un pétrolier piraté puis détourné dans les eaux togolaises a entrainé la rupture du gazoduc et son indisponibilité pendant plus de dix mois. Il s’en est suivi une recrudescence des délestages entrainant un recours au fuel lourd ou au Jet A1 dont les couts de production sont prohibitifs.

La mise en place  d’un cadre de concertation et de prévention contre les troubles susceptibles d’affecter le bon fonctionnement du gazoduc s’avère nécessaire. C’est à cet effet que des forums et réunions s’organisent dans les quatre pays concernés de façon régulière.

Dans une Afrique où les infrastructures et les projets communs sont rares, nous devons saluer cette initiative Ouest africaine d’un Partenariat Public Privé qui relève de l’Afro responsabilité.

 

Léomick SINSIN

 

 


[i] La CEB est une organisation inter étatique entre le Bénin et le Togo. Elle fut créée à la fin des années 60. Elle gère la production, le transport et la distribution d’énergie électrique entre les deux pays.

 

 

[ii] La VRA est la principale structure ghanéenne en charge de la production d’énergie électrique.  Elle gère entre autres le barrage d’Akosombo ainsi que de nombreuses sources thermiques.

 

 

 

Le dilemme de l’électrification rurale

Nouvelle imageDu 25 au 30 Décembre dernier se tenait à Djibouti un sommet africain sur le thème de l’électrification rurale.  Une trentaine de pays aussi bien francophones qu’anglophones ont répondu à l’appel. L’objectif était de faire un bilan du sous secteur de l’électrification rurale. À travers ce billet, nous tâcherons d'en faire la synthèse et de mettre en exergue les difficultés auxquelles font et feront face les pays africains.

L’électrification rurale a toujours été au cœur des enjeux de développement du continent africain. Sa spécificité tient du fait qu’au nom de la péréquation spatiale[1], toutes les régions d’un pays doivent être raccordées au courant conventionnel, tout en garantissant à chaque habitant un même service, une même qualité et un même prix d’accès. Mais compte tenu de l’hétérogénéité des superficies des pays du continent, nous comprenons d’emblée l’enjeu des politiques d’électrification rurale quand on sait qu’à PIB quasiment similaire[2], le Bénin (PIB 2005 : US$ 13Billion[3]) avec une superficie de 112 622km2 doit électrifier toutes ses zones rurales au même titre que le Mali (PIB 2005 : US$ 15Billion) avec une superficie de 1.240.192km2. Pourtant, ces pays ont tous ratifié les objectifs du millénaire pour le développement avec des cibles d’environ 30 à 50% de couverture des zones rurales à l’horizon 2015.

En comparant les statistiques relatives au taux d’accès à l’énergie électrique en zone rurale[4] présentées lors du sommet, nous remarquons une certaine homogénéité des pays africains hors Afrique du Sud et Afrique du Nord : Madagascar a un taux d’environ 5% en 2012, le Bénin entre 4 et 6%, la Côte d’Ivoire une moyenne de 34%, le Cameroun est à 12%, la Zambie à 4.5%, le Niger à moins d’un pour cent et enfin la Somalie à environ 20%. La plupart des pays aussi bien anglophone que francophone oscillent entre 5 et 30%, en fonction de leur taille, de l’intérêt qu’accordent les gouvernements en place au sous secteur[5], et de la structure de tutelle en place.

Concernant l’organisation du sous-secteur, il s’agit d’un point déterministe car suite aux recommandations du FMI et de la Banque Mondiale dans les années 1990 dans le cadre de l’accélération de l’électrification des zones rurales, deux groupes se sont formés : les uns privilégiant le renforcement des structures étatiques, avec une hausse considérable des montants alloués au sous secteur (en l’occurrence le Maghreb et l’Afrique du Sud), les autres (pour la plupart sub-sahariens) allant dans le sens de la création d’agence ou de structures spécialisées d’électrification rurale.  Sans revenir sur les résultats et  les performances annuelles de chacun des groupes, la tendance nous indique que le premier groupe, a réussi en moins de 20 ans à atteindre des niveaux d’électrification rurale supérieurs à 80%, contrairement au second groupe qui peine à atteindre les 30%. En l’absence de statistiques fiables qui nous auraient permis de faire des conclusions critiques, nous pouvons toutefois émettre quelques hypothèses: la mise en place d'agences, au détriment du renforcement des sociétés nationales d’électricité pose le problème de leur autonomie financière notamment leur dependance à la création de nouvelles lignes budgétaires et/ou de subventions que l’État n’arrive pas toujours à honorer et leur forte dépendance aux bailleurs de fonds internationaux dont les montants accordés ne peuvent toujours être budgétisés. Et ce, malgré le fait que le budget de ces agences dépend le plus souvent d’une ponction imputée sur les factures des abonnés ou des « rentes » ou tirées d’une libéralisation de la filière par des concessions, comme c’est le cas en Côte d’Ivoire.

Pour finir, nous aborderons le dilemme de l’approvisionnement et de la fourniture d’énergie électrique dans les zones rurales. Bien qu’il n’existe pas de définition arrêtée « d’une zone rurale », une zone peut se définir comme rurale compte tenu du nombre d’habitants (jusqu’à 5000 habitants par exemple), de son poids économique, ou de sa proximité avec le réseau conventionnel. Dans le cas du Bénin, l’Agence en charge de l’électrification rurale s’est donnée comme seuil d’action 20 km des lignes du réseau national. Mais à la vue de la superficie de certains pays ainsi que des questions relatives au coût du kWh produit, l’électrification rurale pose le double enjeu de pouvoir rendre accessible l’énergie électrique sans augmenter le coût d’accès. Même dans les pays comme la Côte d’Ivoire[6] et le Ghana où le mix énergétique est très intéressant, la base[7] est assurée le plus souvent par du thermique (gaz, jet-A1 ou autre combustible), l’hydraulique étant très dépendant des saisons climatiques. Quand on tient compte des pertes d’ordre techniques et non techniques, il devient alors important de promouvoir les sources de production décentralisées dans les zones rurales très éloignées. Les choix de ces sources décentralisées (solaires, éoliens, hybride diesel-renouvelables, hybride renouvelable-micro barrage, etc.) doit se justifier par des analyses cout-bénéfices pointues, et contingentes entre le coût de ces nouvelles sources d’énergie et le coût très onéreux de l’extension du réseau. En effet, comme nous l’avions toujours dit, l’énergie est ce bien social économiquement inaccessible pour tous, qui se doit toutefois d’être disponible pour tous.

 

                                                                                                                      Leomick SINSIN

 


[1] La péréquation est un mécanisme de redistribution qui vise à réduire les écarts de richesse, et donc les inégalités, entre les différentes collectivités territoriales

[2] Se baser sur le PIB ne permet pas de comparer les performances économiques des pays mais juste d’avoir un indice de de mesure du niveau de richesse réel généré

 

 

 

 

 

[3] WorldWiki

 

 

 

 

 

[4] Rappelons que le taux d’accès se calcule sur la base du nombre de localités électrifiées par le nombre total de localités du pays

 

 

 

 

 

[5] L’importance des gouvernements dépend du budget annuel alloué à l’électrification rurale

 

 

 

 

 

[6] 57% de thermique et 43% d’hydraulique

 

 

 

 

 

[7] La base constitue la source d’énergie la plus utilisée pour la production d’énergie en continue, contrairement à la pointe qui constitue la source activée pour répondre à l’énergie marginale à produire

 

 

 

 

 

Les enjeux du compteur intelligent pour les pays africains

Nouvelle image (6)Le compteur intelligent, également appelé compteur communicant, est un dispositif permettant de fournir les informations de consommations énergétiques en « temps quasi réel » et d’informer, par extension, de l’état du réseau. La technologie de communication utilisée, dite AMR (Automated Meter Reading), a pour objet de transmettre les informations par différents canaux tels que CPL, GSM, Internet etc.

De plus, le compteur intelligent est « programmable  à distance », c’est-à-dire qu’il permet de piloter le réseau par ordre télécommandé. On parle alors d’une méthode de gestion avancée du système des compteurs dite AMM (Advanced Meter Management), permettant une communication bidirectionnelle.

Le type de compteur intelligent change en fonction des constructeurs et les fonctionnalités proposées peuvent différer selon les pays.

En France par exemple, le projet Linky est basé sur un compteur qui communique par liaison CPL/GPRS, programmable à distance.

Le principal objectif des compteurs intelligents est de résoudre les problématiques énergétiques telles que :

  • optimiser les pertes techniques et non techniques (dans certains pays comme ce fut le cas en Italie);
  • maîtriser sa consommation d’énergie;
  • optimiser la qualité de fourniture d’électricité

Intérêt du compteur intelligent pour le continent africain

Le compteur électrique intelligent, brique essentielle des smart grids, laisse entrevoir des perspectives de développement importante pour le continent africain.

Il est cependant difficile de parler de l’Afrique en général, tant les disparités sont importantes en terme d’électrification. Le taux d’électrification du continent est de 42% (99% au Maghreb et 29% en Afrique subsaharienne) et il varie énormément entre les zones urbaines et rurales.

La capacité de production électrique de l’Afrique est aujourd’hui d’environ 74 GW, soit l’équivalent de l’Espagne qui compte 45 millions d’habitants alors que l’Afrique en compte 860 millions. La population devrait atteindre les 2 milliards à l’horizon 2050 et accroitre la part de personne n’ayant pas accès à l’électricité.

Malgré des ressources énergétiques très importantes (10% des réserves hydrauliques mondiales, 10% des réserves mondiales de pétrole, 8% des réserves mondiales de gaz et 6% des réserves mondiales de charbon et un potentiel solaire important), les deux tiers des habitants d’Afrique subsaharienne n’ont pas accès à l’électricité. Ce faible taux s’explique en partie par le manque d’infrastructures et  la vétusté des équipements entraînant ainsi des délestages fréquents qui pénalisent la vie de nombreux habitants et le développement industriel.

Le continent africain a donc un potentiel de développement très important qui pourrait être accéléré par l’arrivée des compteurs intelligents et des smart grids de manière plus globale.

Les compteurs intelligents participeraient à l’amélioration du réseau et à la qualité de services offerts aux consommateurs.

En effet, ces compteurs communicants permettent :

  • de lutter contre la fraude et le vol;
  • d’intervenir à distance en cas de panne et donc de réduire le délai d’intervention souvent très long;
  • d’offrir des services tarifaires innovants adaptés aux habitudes de consommation des populations locales (ex : pré payé) et à leur pouvoir d’achat;
  • d’informer le consommateur de sa consommation en temps réel et donc de le sensibiliser à une utilisation responsable de l’énergie.

Ces compteurs permettraient donc aux opérateurs de réaliser d’importantes économies et d’offrir un meilleur service aux consommateurs en limitant les délestages.

De plus, le développement des énergies renouvelables sur le continent et les problématiques liées à leur intégration sur le réseau local pourrait être facilité par les compteurs intelligents. En effet, ces sources d’énergies décentralisées et par définition intermittentes (éolien, solaire) peuvent entraîner des contraintes sur le réseau.

Des investissements importants sont cependant nécessaires, au niveau des équipements mais également au niveau du système d’informations pour mettre en place un système de gestion moderne de facturation et assurer un stockage volumineux des données. Ces investissements, trop peu souvent subventionnés en Afrique, sont souvent un frein bloquant au projet.

Les exemples sud-africain et camerounais

En Afrique, certains pays ont déjà démarré des projets de déploiement  de compteurs intelligents ou travaillent sur des programmes de R&D.

Prenons le cas de l’Afrique du sud, où les compteurs communicant de type « Hefcom » ont été installés en 2008/2009 dans la ville de Blairgowrie. Malheureusement ce projet n’a pas pu être finalisé suite aux nombreuses factures sur-calculées et aux problèmes techniques, notamment en ce qui concerne les conflits liés aux signaux de communication.

Dans la ville de Johannesburg en Afrique du sud, un contrat d’une valeur de 150 millions de dollars a été signé entre City Power, Itron et EDISON Power Group, concernant l’installation de compteurs intelligents de dernière génération et du système de comptage associé. L’ambition du projet est d’installer un compteur intelligent/prépayé par foyer ou entreprise d’ici 2015 pour répondre au défi de gestion de facture. Il est également envisageable de lutter contre les fraudes avec ces compteurs avancés.

Au Cameroun, l’ARSEL (Agence de Régulation du Secteur de l’Electricité) a lancé un projet d’installation de compteurs intelligents qui concerne notamment le comptage « prépayé ».
Pour venir à bout des problèmes de factures non conformes à la consommation, fraude et corruption, 1000 compteurs seront posés à Yaoundé durant la phase d’expérimentation et le projet sera ensuite élargi à l’ensemble des abonnés AES-Sonel.

Problématiques de collecte d’infos

Même si certains pays émergents d’Afrique ont déjà donné le feu vert pour des projets de compteurs intelligents, les problématiques liées au transfert des données reste un sujet incontournable et parfois bloquant. D’une part, le projet de Blairgowrie a mis en lumière de nombreux problèmes et a montré la nécessité d’une étude plus approfondie sur les méthodes de télécommunication des compteurs. D’autre part, les doutes et les craintes liées à la sécurisation de données rendent ce sujet plus compliqué.

Les premières études ont démontré qu’une station de base GSM peut théoriquement supporter l’échange de données pour plusieurs dizaines de milliers de compteurs intelligents. Cependant, la faiblesse de l’infrastructure du réseau télécom africain nécessite des investissements supplémentaires pour pouvoir mettre en œuvre ces projets de déploiements de compteurs intelligents.

Le compteur intelligent apparait donc comme une opportunité pour le continent africain mais cette opportunité implique de relever de nombreux challenges nécessaires à sa mise en œuvre.

 

 Haoxuan LIU & Julien KELLER

Yele Consulting

Article paru initialement sur : http://www.actu-smartgrids.com/

 

Sources :

Compteur Linky : http://www.erdfdistribution.fr/medias/Linky/elements_cles_systeme.gif

Problems of Blairgowrie / Projet de Johannesburg : http://www.iol.co.za/news/south-africa/gauteng/joburg-electricity-meter-readers-face-axe-1.1494403#.UjJXpNJkOKI

http://www.sa-venues.com/attractionsga/blairgowrie.php

Cameroun:http://www.agenceecofin.com/electricite/2807-12719-cameroun-arsel-achete-1000-compteurs-electriques-intelligents-pour-une-phase-test

Présentation Méthode de transition de data : http://electroallergique.wordpress.com/tag/smart-meter/

Présentation GPRS : http://fr.wikipedia.org/wiki/General_Packet_Radio_Service

Challenge GSM : http://massm2m.wordpress.com/2013/02/04/how-many-smart-meters-can-be-deployed-in-a-gsm-cell/

 

Faut-il supprimer les subventions à l’énergie en Afrique ?

136120101L’une des recommandations phares du FMI aux pays africains pour assainir les finances publiques est l’abandon ou la réduction des subventions, notamment celle relatives à l’énergie – carburant et électricité. Ces subventions représentent une part assez considérable des budgets annuels des pays africains mais la question de l’approvisionnement en énergie demeure assez critique. Il y a donc raison à se poser des questions sur l'efficacité de ces subventions d’autant plus qu’elles semblent défavorables à l’investissement dans le secteur énergétique et ne profitent en fait qu’aux classes sociales les plus riches. 

D'un point de vue économique, une réforme semble importante mais demeure pour les pays africains une question difficile. De fait, ces subventions constituent un « bouclier social » contre les fluctuations des prix du marché de l’énergie. Il faudrait s’assurer que ces subventions soient pro-pauvres et en même temps facteur de développement du secteur énergétique. Tout un ensemble de travaux ont été menés sur la question. Au regard des résultats de ces travaux et en fonction des réalités socio-économiques africaines, est-il opportun de réviser les subventions à l’énergie en Afrique ? 

Pourquoi des subventions ?

Entre 2003 et 2012, le prix du pétrole a fortement évolué avec un pic de 0,8 USD le litre en 2008. Cette situation est devenue particulièrement contraignante aux pays africains, qui ont vu leur facture énergétique s’accroître à un rythme soutenu dans un contexte où les tensions sociales s’exacerbent. Les pays ne pouvant plus laisser les ménages les plus pauvres supporter les prix sans cesse croissant de l’énergie, ont du recourir aux subventions pour maintenir les prix à des niveaux relativement acceptables.  Des mécanismes ont donc été définis pour que les prix locaux ne soient pas directement indexés au prix international du pétrole.

En ce qui concerne le carburant, ces mécanismes ont induit entre 2008 et 2011, des pertes de recettes fiscales concomitamment à une augmentation des subventions, selon des estimations du FMI. Il estime à 1,6% du PIB en moyenne le coût fiscal de telles mesures pour l’Afrique subsaharienne. Selon les résultats d’une enquête du FMI, la pratique dans la plupart des pays africains consiste à offrir la subvention après que le prix au détail, directement indexé au prix du pétrole, soit déterminé.  

En Afrique, le secteur électrique est souvent sous le contrôle des autorités au travers de sociétés parapubliques, afin d’assurer l’approvisionnement à un prix non marchand. Ainsi, leur chiffre d’affaire est souvent moins important que ce qu’elles réaliseraient en offrant l’électricité au prix du marché. Or les compagnies font parfois face à des coûts supplémentaires imprévisibles et leur difficulté à dégager des marges de profit les empêchent d’entreprendre des investissements durables et considérables pour renforcer l’appareil productif.

Selon une étude de Eberhard et Shkaratan (2012), la capacité installée par personne en Afrique ne représente que 1/3 de celle de l’Asie du sud et 1/10 de celle de l’Amérique Latine. La consommation électrique par personne, quant à elle, vaut 10kWh par mois (Afrique du Sud et Afrique du nord exclus), à mettre en rapport avec les 100kWh dans les autres pays en développement. Dans un tel contexte, les subventions deviennent nécessaires tout au moins pour empêcher la faillite des sociétés. Le FMI estime en 2012 qu’en moyenne les subventions au secteur électrique représentent près de 0,4% du PIB des pays avec des situations assez hétéroclites : au Mali, par exemple, elles ont atteint 0,8%. De plus, ces compagnies accumulent des arriérés de paiement, qui selon le FMI représentent en moyenne 0,8% du PIB des pays ; et des dettes qui ont atteint en moyenne1,5% du PIB.

Face à ces pertes de ressources financières, on pourrait penser qu’il suffirait de laisser le marché réguler le prix de l’énergie afin que ces ressources soient allouées à des projets de développement. C’est d’ailleurs la principalement recommandation faite par les économistes du FMI. En effet, les pays feraient des économies sur les ressources mais auraient par ailleurs des rentrées fiscales sur le prix du carburant mais aussi sur les compagnies électriques. La principale raison servie par les pays est le fait que ces subventions constituent un amortisseur pour les plus pauvres qui ne pourraient certainement supporter les prix du marché.  

Les subventions sont-elles réellement pro-pauvres ?

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Source : Africa Pulse (2012) data base.

Une étude réalisée sur un panel de 9 pays à travers l’Afrique Subsaharienne indique que les ménages les plus pauvres ne consomment qu’en fait qu’une infime part de la production d’électricité. Les ménages les plus riches dépenseraient 20 fois plus que les ménages pauvres pour la consommation d’énergie. 

En réalité les zones urbaines où se concentrent les populations les plus riches, ont un meilleur accès aux ressources énergétiques. Par ailleurs, la différenciation entre les prix par niveau de consommation est insignifiante. Cette situation fait que les petits consommateurs ont la même grille de facturation que les riches et la subvention étant fait au kWh,  seuls les plus grands consommateurs bénéficient au mieux de ces mesures de protection sociale

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Tarif par niveau de consommation

Les subventions sont donc plus profitables aux riches qu’aux pauvres. Selon une étude de Coady (2010), en Afrique, les 20% de la population constitués des ménages les plus riches bénéficient de 45%  des subventions à l’énergie alors que les 20% de la population constituée des ménages les plus pauvres ne profitent que de 8% de ces fonds.

Dès lors, il s’avère nécessaire d’envisager la réduction, voire la suppression des subventions. Ces fonds ne semblent pas réellement être destinés aux plus pauvres mais plutôt aux plus riches. Par ailleurs, elles constituent une charge pour les Etats, qui ont tout intérêt à investir ces fonds dans des secteurs porteurs de croissance ou dans des projets à caractères sociaux.

Toutefois, si les ménages les plus riches peuvent supporter une mesure de suppression des subventions, il pourrait être difficile pour les ménages les plus pauvres de supporter les prix du marché. Dans un prochain article, nous analyserons les possibles impacts de l’augmentation du prix de l’énergie sur le bien-être économique des ménages en l’absence de subventions.

 

Foly Ananou

Eberhard, Anton and Maria Shkaratan, 2012, Powering Africa: Meeting the Financing and Reform Challenge. Energy Policy, vol. 42. IMF.

Coady, David, Robert Gillingham, Rolando Ossowski, J. Piotrowski, Shamsuddin Tareq, and

Justin Tyson, 2010. Petroleum Product Subsidies: Costly, inequitable, and Rising. IMF Staff Position Note.

 

Pour aller plus loin 

Une nouvelle politique du secteur de l’énergie pour l’Afrique

Energie en Afrique : lumières sur les défis du secteur et les opportunités

Focus sur l’électricité au Tchad

 A l’aube d’une relative période de paix et avec l’ambition affichée d’émerger à l’horizon 2025, le Tchad s’est doté d’un nouveau schéma directeur de l’énergie[i] pour atteindre ses objectifs. Cet article se propose de faire le point sur le secteur électrique dans le pays.


Il n y a pas lieu de s’attarder sur les chiffres, le Tchad à l’instar de la plupart des pays africains connait une crise énergétique majeure. Il est l’un des plus mal approvisionnés en électricité. Un petit rappel suffit à saisir l’ampleur du problème:

  • La consommation électrique représente seulement 0,5% de la consommation totale de l’énergie dans le pays
  • Plus de 90% de la consommation énergétique est issu de combustibles ligneux – bois et charbon de bois-  3% seulement de produits pétroliers
  • Le taux d’accès à l’électricité de la population tchadienne est de 4%. Il varie de 14% dans la capitale à 1% dans les provinces.
  • La capacité de production de la Société Nationale d’Electricité (SNE)- principal opérateur du secteur-  est inferieur à 200 MW
  • 53 MW disponible pour 349 000 MWh produit en 2010) essentiellement par des centrales thermiques à gazoil.
  • Le coût de ce dernier absorbe la quasi-totalité des recettes de la société.
  •  La capitale N’Djamena totalise 80% de la production électrique du pays mais le délestage est fréquent.
  • Seul le tiers de la ville est alimenté régulièrement.
  • Moins d’une dizaine de villes sont électrifiées et disposent de réseau de distribution.

 

TchadLa sécurité avant tout

Cette situation est le produit de plusieurs facteurs techniques, structurels, institutionnels, financiers qui plombent l’essor économique et social du pays. Juste après son indépendance acquit en 1960, le pays est rentré dans un cycle de violence et de conflit qui aura duré plus de trente ans. Le Tchad n’a connu une véritable période de paix que ces quatre dernières années. Les efforts ont été longtemps tournés vers la sécurité au détriment de tout développement d’infrastructures. La faiblesse institutionnelle liée à l’instabilité, la mauvaise gouvernance, la corruption sont autant de facteurs qui ont aggravé la situation énergétique du pays. Ces conditions n’ont pas favorisé les investissements public et privé et malgré la libéralisation du secteur en 1999, la SNE détient toujours le monopole dans le secteur électrique.

Une dépendance de l’extérieur jusqu’à en 2011 en matière d’hydrocarbures, un manque de savoir-faire et de maintenance des équipements, une performance médiocre de la société opératrice en matière de recouvrement des créances, des pertes commerciales dues aux branchements illégaux et à la vétusté du réseau ont conduit à faire de l’électricité au Tchad, l’une des plus chères au monde. Malgré une large subvention gouvernementale, le tarif moyen de vente du kWh par la SNE était par exemple de 145 FCFA en 2007 ; largement à perte car le coût de revient du kWh était estimé à 250 FCFA au même moment.

Nouveaux revenus

Exportateur de pétrole depuis octobre 2003, l’Etat a profité des nouveaux revenus (issus essentiellement des royalties versées par les compagnies opératrices et des taxes) pour développer les infrastructures notamment énergétiques. Il s’est doté d’un schéma directeur de l’énergie et entend mettre en œuvre un nouveau code de l’électricité. Ainsi plus de 150 milliards de FCFA ont été investi ces deux dernières années pour améliorer la production, le transport et la distribution de l’énergie électrique dans les principales villes du pays.

En juin 2011, une raffinerie a été mise en activité à Djarmaya situé à 50 km au Nord de la capitale. Elle a permis l’arrivée sur le marché intérieur des produits pétroliers locaux. Elle fournira également 20 MW à la SNE pour ravitailler les quartiers périphériques de la capitale. Une ligne haute tension vient d’être construite pour l’acheminement de l’électricité.

Production électrique non-raccordée au grand public

Il faut noter que la plus grande unité de production électrique au Tchad est une centrale de 120 MW installée au terminal pétrolier de Komé et propriété de la multinationale ESSO. Malgré cette puissance, elle n’est malheureusement pas raccordée au réseau public. A l’instar de ce qui s’est fait avec la raffinerie de Djarmaya, les autorités tchadiennes doivent négocier systématiquement avec les entreprises pétrolières par exemple une fourniture d’énergie aux régions de leurs installations. Cela peut rentrer dans le cadre de la responsabilité sociétale et environnementale RSE des entreprises qui n’y sont pas forcement hostiles quand elles se font accompagnées par l’Etat.   

Par ailleurs, on estime que la puissance totale des groupes diesel des auto-producteurs industriels est de l’ordre de 20 MW, sans compter les micros groupes électrogènes privés (de l’ordre de quelques kW chacun) pratiquement présentent dans chaque foyer à N’djaména et au-delà essentiellement pour des besoins d’éclairage et de petite consommation. Un potentiel énorme de consommation existe cependant pour peu que les infrastructures se mettent en place. Le renforcement des cadres institutionnel et réglementaire permettrait les investissements privés, l’organisation et l’émergence d’un véritable marché moderne de l’électricité et de l’énergie globalement.

Pas de réseau électrique national interconnecté

L’immensité du territoire national (1284 000 km², 2000 Km du sud au nord et 1000 km d’est en ouest), conjuguée à la faible densité de population contribuent à priviligier des réseaux locaux isolés. Le pays de par sa position géographique possède un grand potentiel d’énergie renouvelable : Un très bon gisement solaire sur l’ensemble du territoire, un bon gisement éolien au Nord et un bon gisement de biomasse dans le sud. Bien que le coût des énergies renouvelables demeure encore élevé par  rapport à l’énergie fossile (au moins sur du court terme) dans certains pays, dans le contexte Tchadien avec une électricité déjà chère, le mix électrique est une solution à la crise Tchadienne.


[i] Les données citées dans cet article sont essentiellement tirées du Schéma directeur de l’énergie, FICHTNER 2012

 

 

 

Pour un nucléaire africain

Le développement de l’Afrique passe par la transformation sur le continent de ses matières premières. De cette problématique, se dégagent plusieurs sujets. Celui sur lequel nous nous focaliserons est le problème énergétique et plus particulièrement celui de l’électricité. En effet, l’électricité ou plutôt l’accès à une électricité bon marché et abondante, est une condition sine qua none du développement industriel. L’industrie étant très gourmande en énergie, un des critères essentiels pour l’implantation d’une unité industrielle est le coût et la disponibilité de l’électricité. Afin de mieux appréhender ce propos, il faut garder à l’esprit que pour une usine de production d’aluminium par électrolyse contenant 200 cuves (produisant 259 kt par an) il faut près de 300 MW, ce qui correspond à environ 20% de la puissance installée en Côte d’Ivoire. De plus les cuves des alumineries, les fours électriques et les laminoirs des fonderies ainsi qu’une très grande majorité des éléments constitutifs d’un process industriel nécessitent un fonctionnement quasi-continu. Les faibles puissances électriques installées, la mauvaise maintenance des équipements électriques, les délestages, et autres aléas de la production d’électricité en Afrique ne sont donc pas compatibles avec les exigences requises par le fonctionnement d’une industrie.

La production d’électricité abondante et bon marché en Afrique doit reposer sur les ressources énergétiques de l’Afrique. L’Afrique regorge de nombreuses sources d’énergie. Les technologies permettant de transformer ces sources en électricité lui font défaut, c’est donc à l’acquisition des compétences dans ces domaines techniques qu’il faut qu’elle s’attelle. Cette quête technologique doit avoir pour objectif la réalisation d’un mix énergétique en adéquation avec le développement humain et le développement industriel de l’Afrique. Ainsi, au-delà des ressources fossiles et des sources inépuisables d’énergie (renouvelables), il importe pour l’Afrique de réfléchir à la transformation de leurs immenses ressources d’uranium en électricité à travers une (ou des) centrale(s) électronucléaire(s).

Les avantages que présente cette technologie cadrent parfaitement avec l’objectif de production d’une énergie abondante, bon marché, propre et le développement de capacités industrielles en Afrique. En effet, à puissance installée équivalente, l’électricité produite par une centrale nucléaire est la moins chère (selon le rapport « Coûts de référence de la production électrique » de la DGEMP, France 2008). L’électricité produite par les centrales nucléaires est une énergie de base, c’est-à-dire qu’elle est produite constamment au niveau de puissance maximale. Elle ne dépend quasiment pas des aléas climatiques, contrairement aux énergies renouvelables. Au-delà du fait qu’il existe différents types, différentes technologies et différentes puissances de réacteurs nucléaires à travers le monde, pour mieux comprendre l’énorme potentiel énergétique que possède cette source d’énergie, il faut retenir qu’il faut 1 kilogramme de combustible nucléaire pour fournir la même puissance électrique que 6 tonnes de pétroles dans une centrale à cycle combiné . L’énergie y est donc très condensée. En moyenne, la majorité des 440 réacteurs en fonctionnement dans le monde a une puissance de l’ordre de 1000 MWe. L’EPR, en construction aujourd’hui aussi bien Chine, en France qu’en Finlande a quant à lui une puissance de l’ordre de 1500 MWe. C'est-à-dire qu’un seul EPR équivaut à toute la production électrique installée aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Un réacteur nucléaire permettrait par conséquent d’avoir une énergie bon marché et en abondance.

Les avantages du nucléaire

L’électricité nucléaire est une électricité sans émission de gaz à effet de serre. Un réacteur nucléaire ne fait brûler aucun combustible fossile, il peut donc s’insérer dans le mix énergétique sans contribuer directement à l’augmentation des gaz à effet de serre. Ceci est un atout car la conscience collective aujourd’hui incite les entreprises à intégrer le développement durable et la préservation de l’écologie comme des variables importantes dans les choix d’investissement.

La construction d’une centrale nucléaire présente aussi l’avantage de favoriser le développement de l’industrie technologique en Afrique. Car elle fait appel à différents corps de métiers. De plus l’uranium nécessite plusieurs traitements depuis la mine jusqu’au réacteur (concentration du minerais – formation du « yellow cake » ; raffinage ; conversion ; enrichissement et fabrication du combustible) avant d’y être utilisé. C’est l’amont du cycle du combustible. De même l’aval du cycle renferme différentes opérations techniques en fonction du modèle choisi entre une filière ouverte c'est-à-dire sans recyclage du combustible et une filière fermée (avec recyclage).Toutes ces étapes du cycle du combustible nécessitent des compétences très qualifiées et des entreprises (grandes entreprises aussi bien que PME – PMI) dans les tous les domaines scientifiques et techniques. Ainsi, des pans entiers de l’économie (bâtiment ; entreprises de conception de machines-outils ; recherche scientifique et technique ; etc…) peuvent être boostés par la réalisation d’un tel chantier. En France par exemple, l’industrie nucléaire crée 125000 emplois directs. Cela ne peut être que bénéfique pour les Etats africains qui pourront occuper sainement leurs jeunesses, collecter plus d’impôts, favoriser la consommation et donc créer de la croissance économique.

Un autre avantage et non des moindres est la favorisation de l’intégration sous-régionale. La construction d’une centrale nucléaire régionale peut être une formidable aventure humaine et un puissant catalyseur de l’intégration. Elle permettra de créer une saine émulation dans les domaines scientifiques, techniques et économiques. Elle fédérera toute une région autour d’un projet de développement et permettra à l’Afrique de l’Ouest d’assurer son indépendance électrique. La collaboration avec des pays africains, en plus de ceux de l’occident, disposant déjà de la technologie nucléaire ou désireux de s’en doter accentuera une coopération Sud-Sud qui est salutaire.

Les risques du nucléaire

Ces différents avantages ne doivent pas entrainer une minimisation des risques engendrés par le développement de centrales nucléaires. La sûreté des installations doit être garantie par la compétence et la conscience professionnelle des ingénieurs, des techniciens, des autorités et des industriels. La gestion des déchets ultimes doit être envisagée avec le plus grand soin. Les différentes catastrophes nucléaires à travers le monde (Fukushima ; Tchernobyl ; TMI ; etc…) devraient nous permettre d’être plus attentifs aux aspects relatifs à la sûreté des installations au lieu de nous rendre plus frileux. Toute industrie a des risques induits, nul besoin de surestimer ou sous-estimer ceux relatifs au nucléaire. C’est seulement dans la réflexion, sans émotion et avec clairvoyance qu’il faut évaluer les avantages et les désavantages du nucléaire pour l’Afrique. C’est uniquement par l’audace que l’Afrique arrivera à se surpasser et à faire des réalisations à la dimension de ses potentialités.

Même si, in fine, du débat que nous espérons susciter autour de cette question, il ressort qu’il n’est pas opportun pour l’Afrique d’avoir des centrales électronucléaires, ne nous bridons pas dans la réflexion dès le départ. N’ayons pas peur…réfléchissons ! Osons réfléchir pour nous-mêmes et par nous-mêmes, c’est à ce prix que l’Afrique se développera.

 

Stéphane Madou