Paul Sika : Portrait d’un photo maker

511px-Paul_Sika_portraitPaul Sika est un diamant. Vous songez à arrêter votre lecture, cet article serait trop flatteur ? Détrompez-vous. L’artiste a plusieurs facettes, l’une facétieuse, l’autre spirituelle. A la fin de notre entretien, je suis rentrée songeuse. Une ambivalence qui intrigue…

D’une initiation impromptue à une quête absolue

L’ambiguïté apparaît d’emblée dans son parcours : en pleines études d’informatique à Londres, le jeune étudiant a une révélation.  Sa vocation est scellée devant la bande-annonce de Matrix 2, en devanture d’un magasin d’électroménager. Désinvolte, Paul ajoute qu’il s’agissait d’une « chaine inconsciente ». Biberonné aux mangas et aux jeux vidéo, son étincelle de l’art jaillit d’un blockbuster américain… Le déclic le pousse alors à investir dans un bel appareil photo professionnel, quoi qu’en disent les jaloux, et à mettre en boite tout et n’importe quoi. Le choix de la photo et non de la vidéo, a priori curieux, se justifie patiemment : le temps statique du médium intermédiaire de la photo offrirait un meilleur entrainement, collant à sa personnalité méticuleuse. Finalement, entrainement et bien plus avec affinités, Paul y est resté. Lui qui se revendique du « photo making », il nous offre des œuvres où la technique cinématographique semble transposée sur le papier glacé. Autodidacte, il poursuit son apprentissage par une cinéphilie boulimique, notant des détails sur un petit carnet dans les salles obscures. Il s’intéresse brièvement à la photo de mode, avant de la trouver ennuyeuse. Progressivement, son cheminement de petit Poucet se double d’une jolie vision. L’artiste apprenti construit alors sa théorie, expliquant son parcours et sa recherche. Un idéal de beauté, s’épanouissant dans l’art, les mathématiques ou le sport – chaque pot a son couvercle – serait enfoui dans chacun de nous. Il importe de se mettre en route pour découvrir ce « joyau ».  Le mot est jeté, « transcendance » ; ne vous effrayez pas, « chacun son truc », mais il s’agit de percer. Le peintre-photographe nous parle de Drogba, lui qui ne le connaissait pas jusqu’à peu. Le footballeur a trouvé son joyau, parvenant à ce niveau de beauté, et a transcendé ce qui semblait inaccessible au profane. Platon des temps modernes en quête d’un éblouissant Graal et amoureux de Bob l’éponge. Tout en contrastes. 

Le réel pris entre histoires et matière

At the Heart of Me - Paul SikaL’ambivalence demeure dans la conception de l’art pour Paul Sika. Il se décrit comme une éponge, absorbant le réel avec appétit. La matière est saisie à plein objectif, les objets bruissent et grouillent dans un éclat de couleurs assourdissant. Ces aplats s’épurent par le lien tendu par l’artiste : la photo n’est qu’un médium visuel pour « ce qui doit être beau ». Paul Sika délaisse la politique et les bavardages pour convoquer « l’imaginaire pur », il se veut conteur.  « Je raconte une histoire, une saga » : le flash des images, leur mélange, forment un puzzle qu’il est libre à chacun de recevoir. Toucher d’abord, et puis, éventuellement, signifier.  Paul orchestre un processus où la découverte prime sur la créativité, où la quête revient au galop, même pour le spectateur. Au milieu de ce questionnement éthéré, des pincées enfantines sont saupoudrées. L’artiste rêve à la mention des BD et des mangas de son enfance ; son monde est tissé par ses fils animés, qu’il identifie comme un univers de « vrais artistes », loin des galeries glacées de Londres ou Paris. Attention, l’homme est geek mais esthète. Un jeu vidéo, s’il n’est pas « joli », est renvoyé aux oubliettes. La gaieté est aussi un critère clef : Bob l’éponge rafle la mise : le personnage jaune égaye les gens, il ferait « davantage pour l’humanité » que d’absconses œuvres d’art contemporain. Toucher les gens, le fin mot de l’histoire. 

Enfance et pragmatisme : « la cool attitude »

Et puis, ou surtout, Paul est cool. Avec son air intello et un sourire rigolo, il nous invite à « kiffer la vie ». Etre connu n’a aucun sens sinon d’avoir ses œuvres vues, qu’elles appartiennent aux autres et qu’elles soient aussi « cool pour eux ». 

Cette désinvolture va de pair avec son attrait pour l’enfance. Elle se lit dans son admiration pour le monde de Mickey et Minnie : pour Paul,  Disney est un « super grand artiste », créateur d’émotions et capable de guérir les plaies enfouies. Si l’enfance est un état « où tout est cool et possible », Paul nous invite à ne pas avoir peur de son imagination, à la nourrir et à ne pas s’arrêter de chercher à retrouver ce que l’on a délaissé en grandissant. 

La tête dans la lune ? Pas tout à fait. A nos questions sur l’industrie de l’art en Afrique, l’artiste est sceptique.  Contrairement à certains de ses confrères, il ne rejette pas cette pragmatique expression. Pour Paul, l’art est à un état embryonnaire en Afrique, surtout en raison d’un manque d’accessibilité : les canaux de distribution sont à développer et les propositions sont à adapter à la réalité africaine. En particulier, la vision des galeristes serait à remodeler sur le terreau local, et à la déraciner d’une éducation ou d’une projection européenne qui sonne faux ici.  Le partage doit primer, pour que les gens puissent s’approprier l’art, qui reste malheureusement trop perçu comme n’étant « pas pour eux ». A la question méta-conceptuelle « Art en Afrique ou art africain ? », Paul nous balance un sourire malicieux et nous envoie nous référer à notre joyau… 

Les pieds sur terre, Paul les a indéniablement. Sa vision enfantine est comme contrebalancée par un pragmatisme lucide sur le marché de l’art. Il emploie des termes encore une fois souvent dénigrés par beaucoup d’autres. Paul souligne la nécessité de comprendre le métier, notamment pour pouvoir distribuer, partie majeure de son business. Il nous dit s’intéresser de près à la partie administrative de sa carrière, justifiant qu’il faut comprendre son business pour en faire partie. A ce titre, il fait partie d’un projet de formation et d’accompagnement aux jeunes entrepreneurs ivoiriens et est engagé dans les initiatives entrepreneuriales locales. Ne pas se disperser est sa hantise, il n’aime pas trop la casquette de vendeur mais endosse celle du communicant avec plaisir et volonté. Sa bipolarité nous impressionne : entre créativité et gestion, l’artiste dirige son affaire en maitre. Tellement qu’il en paraitrait surdoué, comme l’y enjoint un autre artiste et ami ivoirien, Jean-Etienne Yangzi : « L’Afrique nous demande d’être des surdoués aujourd’hui ». 

En guise de mot de la fin, Paul Sika nous glisse de foncer, « d’impacter l’humanité ». Rien que ça…

Pauline Deschryver et Stephane Madou

Nous vous invitons à découvrir le travail de Paul Sika sur son site internet.

Que savons-nous sur l’économie verte en Afrique ?

Synthèse de nos publications sur le thème du forum green business

couverture 8A partir de la définition donnée par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), l’économie verte se caractérise par des activités de production et de consommation impliquant un faible taux d’émission de carbone, l’utilisation rationnelle des ressources et l’inclusion sociale. Pour adapter cette définition très générale au contexte africain, (Kempf 2014) a réalisé une quinzaine d’entretiens auprès d’entrepreneurs locaux au Congo Brazzaville. Ces entrepreneurs sont actifs dans les domaines de la transformation agro-alimentaire, de la gestion des déchets, de l’eau et de la santé.

De ces entretiens, il ressort que les entreprises « vertes » cherchent à mettre en avant des circuits courts de commercialisation (CCC) et des modes de production plus intégrés. Comme le montre l’analyse de (Libog, Lemogo, and Halawa 2013), l’adoption et la vulgarisation des CCC permettrait à coup sûr une réelle revalorisation de la production locale et la rendrait plus compétitive avec l’augmentation des revenus des petits producteurs, une meilleure productivité, l’émergence d’une agriculture respectueuse de l’environnement et le développement des économies régionales et sous-régionales.

Lorsqu’on considère les activités menées par les entrepreneurs « verts », nos analyses montrent qu’il existe de réelles opportunités à saisir dans l’émergence de l’économie verte en Afrique ; en particulier dans l’agriculture biologique et la gestion des déchets.

En effet, selon l’analyse de (Houngbonon 2014), l’Afrique dispose d’énormes atouts dans la production des produits d’agriculture biologique compte tenu de la qualité de ses terres agricoles et de leur disponibilité. Plus spécifiquement, le faible développement de l’agriculture intensive en Afrique implique une faible utilisation des pesticides, ce qui rend les terres agricoles africaines plus appropriées à l’agriculture biologique. De plus, le continent dispose encore d’énormes superficies de terres agricoles non encore exploitées. Par exemple, en 2010, seulement 40% des terres agricoles en Afrique sont cultivées ; cette proportion chute à 25% en Afrique Centrale. Se basant sur ces atouts, il recommande de former les paysans africains à l’agro-écologie et de mettre en place des normes de certification équivalentes aux standards européens et américains.

Dans ces conditions, l’agriculture biologique pourra nourrir l’Afrique à sa faim selon (Morghad 2012). A partir d’une expérience menée en Ethiopie et citée dans une étude de l’Institut du Développement Durable, l’auteure explique comment l’agriculture biologique a permis d’améliorer les rendements agricoles dans une région souffrant de sécheresse et de la désertification. Toutefois, ce rôle clé de l’agriculture biologique risque d’être compromis par les accords de partenariats économiques en cours de signature par la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne comme l’a souligné (Halawa 2014)  dans un article sur le sujet. En effet, à partir des résultats de plusieurs études, il relève l’impact négatif que peuvent avoir ces accords sur la diversification des économies africaines et en particulier sur l’agriculture biologique.

Ainsi, la promotion de l’agriculture biologique requiert une réponse globale alliant à la fois l’accès au financement, la formation des agriculteurs, la mise en place des normes de certification et la négociation d’accord commerciaux qui placent l’agriculture biologique au cœur de ses préoccupations.

Quant à la gestion des déchets, (Kempf 2012) se base sur un rapport de la Banque Mondiale qui montre qu’en 2005, l’Afrique ne représentait que 5% de la production mondiale de déchets. Plus de la moitié (57%) de sa production est constituée de déchets organiques, donc valorisables sans trop de difficultés. Bien entendu, la part de l’Afrique dans la production mondiale de déchets est amenée à augmenter avec la croissance économique et démographique ; il en va de même pour la composition des déchets qui deviendra plus complexe. Cette évolution transforme les déchets en  formidable opportunité d’affaires pour les entrepreneurs souhaitant s’engager dans l’économie verte. Cependant, à partir d’entretiens réalisés auprès d’entrepreneurs du secteur, (Kempf 2013) rapporte que la faible structuration de la filière des déchets, et en particulier le peu d’opportunités de valorisation, demeurent l’une des principales difficultés pour relever le défi des déchets africains.

De même, (Madou 2014) montre qu’à Abidjan, la gestion des déchets souffre d’un manque d’efficacité dans l’organisation du secteur. Typiquement, la persistance du secteur informel, le manque de matériel adapté et de formation du personnel, la gestion des décharges publiques sont à l’origine de cette absence d’efficacité. Un développement de l’activité de gestion des déchets passera donc par la revalorisation du service auprès des ménages, le recyclage des déchets, la formation du personnel et une plus forte implication de l’Etat dans l’organisation du secteur, en particulier dans la gestion des décharges publiques. Les PME restent cependant des acteurs clés pour le développement du secteur et son efficacité.

L’émergence d’une économie verte ne saurait enfin se faire sans un accès à l’énergie pour tous, en particulier en milieu rural. Cela est d’autant plus crucial lorsqu’on sait que plus 95% de la population rurale n’a pas accès à l’énergie dans plusieurs pays africains, comme le Bénin, Madagascar, le Niger et la Zambie,  alors même que le développement d’activités nécessitant de l’énergie telles que l’agriculture biologique auraient un très fort impact en milieu rural. La principale raison identifiée par le Club des agences et structures en charge de l’électrification rurale est la difficulté d’accès au financement. Comme l’a souligné (Sinsin 2014), celle-ci est liée à la faible densité de la population dans les zones rurales qui ne favorise pas la rentabilité d’une extension du réseau électrique dans ces zones. A partir de projets tels que l’Expérience EDF, le GERES au Bénin et UpEnergy en Ouganda, Africa Express recommande une formation professionnelle adaptée et une sensibilisation des populations à l’échelle locale, une promotion des énergies locales décentralisées sur toute la filière à l’échelle régionale et enfin une mise en place de législation appropriée à l’échelle nationale pour inciter le secteur privé à investir dans les énergies renouvelables.

En définitive, l’économie verte peut être considérée comme une application concrète, pratique et viable du volet économique du développement durable. Elle présente d’énormes atouts pour l’Afrique et en particulier pour l’Afrique Centrale,  que ce soit dans le domaine de l’agriculture biologique ou de la gestion des déchets. Elle a besoin d’être soutenue par un accès accru aux énergies renouvelables.

Nous en savons actuellement trop peu sur les politiques les plus efficaces à mettre en place pour soutenir l’émergence d’une économie verte en Afrique. Sur ce sujet, L’Afrique des Idées souhaite engager des études plus approfondies pour accompagner les décideurs publics à identifier les réponses les plus appropriées à l’émergence d’une économie verte en Afrique, et en particulier en Afrique Centrale.

 

Georges-Vivien HOUNGBONON

Références :

Halawa, Djamal. 2014. “Quels sont les enjeux des APE pour l’agriculture et l’industrialisation?” L’Afrique Des Idées.

Houngbonon, Georges Vivien. 2014. “L’Afrique peut-elle bénéficier de L’agriculture biologique ?” L’Afrique Des Idées.

Kempf, Véra. 2012. “Comment l’Afrique gère-t-elle ses déchets?” L’Afrique Des Idées.

———. 2013. “Comment mettre en valeur les déchets au Congo?” L’Afrique Des Idées.

———. 2014. “Economie Verte, de quoi parle-t-on ?” L’Afrique Des Idées.

Libog, Charlotte, Jerry Lemogo, and Djamal Halawa. 2013. “Les Circuits Courts de Commercialisation.” L’Afrique Des Idées.

Madou, Stéphane. 2014. “Comment gère-t-on les déchets domestiques à Abidjan?” L’Afrique Des Idées.

Morghad, Leïla. 2012. “L’agriculture biologique permettra-t-elle de nourrir l’Afrique à sa faim?” L’Afrique Des Idées.

Sinsin, Leonide Michael. 2014. “Quels financements pour l’accès à l’énergie en milieu rural?” L’Afrique Des Idées.

Comment gère-t-on les déchets domestiques à Abidjan?

D’emblée, il est important de relever que la gestion des déchets domestiques à Abidjan a toujours été à la charge des pouvoirs publics (l’Etat de 1960 à 1980 puis la Ville d’Abidjan et maintenant le District d’Abidjan) dans la mesure où ils ont toujours été le maitre d’œuvre de celle-ci. L’analyse de la gestion du secteur montre que 2 grands systèmes l’ont marqué : un système avec monopole et un système sans monopole[i]. Chacun de ses systèmes a connu des évolutions, tant législatives qu’institutionnelles. Ainsi la gestion de ce service public a connu quatre grandes périodes depuis l’indépendance de la Cote d'Ivoire :

Nouvelle image
Decharge d’ordures d’Akouedo

  • de 1960 à 1980 : système de privatisation avec monopole, géré par l’Etat ;
  • de 1980 à 1999 : système de privatisation avec monopole, géré par la Mairie Centrale d’Abidjan ;
  • de 2003 à 2007 : système de privatisation sans monopole, géré par le District et les Communes ;
  • depuis 2008 : système de privatisation sans monopole, géré par l’Agence Nationale de la Salubrité Urbaine (ANASUR).

De ces différentes périodes, il ressort que ce service public a toujours été privatisé (excepté pendant la très courte période allant de Janvier 1992 à Août 1992, période de transition).

L’organisation institutionnelle découlant de l’application des textes législatifs et réglementaires fait intervenir 2 types d’acteurs : les acteurs politico-administratifs et les acteurs techniques.

Les acteurs politico-administratifs sont :

  • les collectivités territoriales ;
  • le Ministère de tutelle technique ;
  • le Ministère de l’Intérieur ;
  • la Direction et Contrôle des Grands Travaux (DCGTx), et le Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement (BNETD) par la suite ont aidé les collectivités territoriales à superviser la gestion des ordures ménagères.

Les tâches dévolues à ces 4 entités sont aujourd’hui du ressort de l’ANASUR.

  • le Ministère de l’Economie et des Finances ;

Les acteurs techniques qui interviennent dans la gestion des déchets ménagers ont évolué au fil du temps.

De 1960 à 1999, dans le système de privatisation avec monopole, la SITAF (1960 à 1992) puis ASH International (1992 à 1999) assurait la collecte, le nettoyage des voies principales et la mise en décharge. Cette collecte était réalisée soit par le porte-à-porte à l’aide de camions-tasseurs, soit à l’aide de conteneurs placés dans les lieux publics tels que les écoles et les marchés. Les déchets, une fois collectés, sont acheminés vers une station de transfert puis transportés vers la décharge. Toutes ces opérations, de 1960 à 1999 étaient réalisées par les entreprises prestataires (SITAF puis ASH International).

Il est important de noter qu’après la résiliation du contrat de SITAF avec la Ville d’Abidjan, il est revenu à cette dernière d’assurer la gestion des déchets domestiques de la ville entre Janvier 1992 à Août 1992.

A partir de 1999, avec le système de privatisation sans monopole, plusieurs entreprises, en plus de ASH International, ont fait leur apparition dans le système de gestion des déchets ménagers. Ces entreprises assurent chacune sur un territoire défini par les autorités, la pré-collecte, la collecte, le transport des déchets jusqu’à la décharge.

Au-delà des entreprises du secteur formel, un important secteur informel s’est développé autour du système de gestion des déchets domestiques à Abidjan, depuis la défaillance de la SITAF, avec l’apparition des pré-collecteurs. Ils récupèrent les déchets domestiques en faisant du porte à porte et les acheminent à l’aide de brouettes ou de pousse-pousse vers les centres de groupage et de transfert.

Le système de gestion des déchets domestiques est caractérisé principalement par la production moyenne journalière qui s’élevait en 2009 à environ 3500t[ii], soit environ 0.95kg/habitant/jour (en supposant qu’Abidjan a 3.692.570[iii] habitants).

Il est important de noter que le budget alloué par la Ville d’Abidjan en 2000 pour la gestion des déchets est d’environ 3 milliards de francs CFA. Aussi la décharge d’Akouédo,  la plus grande d’Abidjan ouverte en 1965[iv] pour une période initiale de 25 à 30 ans, reçoit entre 2 000et 2 500 tonnes  de déchets par jour.

Cette belle architecture organisationnelle souffre, à l’évidence, d’un manque d’efficacité, vu les tas d’immondices qui jonchent les rues de la « Perle des Lagunes ». Sans un diagnostic plus approfondi, il n’est pas raisonnable de pointer le doigt vers tel ou tel acteur du système. Néanmoins il faut souligner que :

  • le caractère informel de l’activité et le manque de formation des pré-collecteurs sont souvent à la base de dépôts anarchiques dans la ville d’Abidjan,
  • les entreprises qui ont la charge de la collecte et du transport de ces déchets ne possèdent pas toujours les matériels adaptés et le personnel qualifié,
  • le contrôle des différents acteurs du système par les pouvoirs publics n’est pas toujours efficient
  • la décharge d’Akouédo, principale décharge du pays est saturée depuis belle lurette.

Il importe donc, au vu du niveau du budget alloué par les pouvoirs publics au secteur, que tous les acteurs du système de gestion des déchets domestiques réfléchissent à une organisation qui puissent garantir une plus grande efficacité de ce service public et à une valorisation (pourquoi pas énergétique) de ces déchets.

 

Stéphane Madou

 


[i] Source : «  Gestion des ordures ménagères d’Abidjan : Diagnostic », Mémoire de fin d’étude de Monsieur N’Guettia Kouakou Yves.

 

 

[iii] Données du Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 1998

 

 

[iv] « La politique de gestion de l’environnement dans les capitales africaines : le cas de la ville d’Abidjan en Côte d’Ivoire » de G. Touré page 94

 

 

 

 

 

 

Quelle est la portée réelle de l’initiative « power Africa »?

Lors de sa tournée africaine de Juin 2013, le président Obama a annoncé une initiative pour améliorer l’accès à l’électricité en Afrique. Cette initiative dénommée « Power Africa » vise à promouvoir les investissements dans le secteur électrique en Afrique subsaharienne afin d’y doubler le taux d’accès à l’électricité à l’horizon 2018. En tenant compte de la démographie galopante dans cette région du monde (2,5% par an) et du taux actuel d’accès à l’électricité qui est d’environ 34% [1], atteindre cet objectif nécessite un effort considérable et des investissements colossaux.


Obama Power AFricaPower Africa se focalise, dans un premier temps, sur 6 pays (Ethiopie, Ghana, Kenya, Liberia, Nigeria et Tanzanie), réunit aussi bien des partenaires publics (gouvernement de ces états) que privés et vise à accroitre la puissance électrique installée de 10 000 MW (à titre de comparaison, la puissance installée au Tchad est de l’ordre de 300 MW). Plus de 7 milliards de dollars US seront mobilisés à travers plusieurs organismes gouvernementaux américains tels que l’USAID[1](285 millions), le MCC[2] (1 milliard), Ex-Im Bank[3] (5 milliards), l’USTDA[4] et l’OPIC[5] notamment [2]. Ces fonds serviront à fournir une assistance technique pour la préparation de projets, les études de faisabilité, le développement de mini-réseaux électriques et les systèmes hors réseau. Ces fonds permettront aussi d’aider les gouvernements des pays concernés à mettre en œuvre des réglementations et d'autres réformes nécessaires pour attirer les investissements privés dans le secteur électrique. Enfin ils permettront surtout de minimiser les risques en servant de garanties pour les investissements effectués dans le domaine.

Power Africa met aussi le secteur privé à contribution. General Electric (GE) s’est ainsi engagé  à produire 5 000 MW d’électricité fiable et bon marché dans les 5 années à venir. Le fonds d’investissement panafricain Heirs Holdings promet d’investir 2,5 milliards de dollars dans la mise à disposition d’environ 2 000 MW de capacités électriques. Des entreprises telles que Husk Power Systems, Harith General Partners et Aldwych International interviendront dans la mobilisation de ressources et la promotion d’installations basées sur les énergies renouvelables (biomasse en Tanzanie, éolien au Kenya). Des projets déjà présentés à la BAD pourront être financés grâce à cette initiative (Lake Turkana Wind, projet de 300 MW au Kenya).

En définitive, Power Africa est une initiative qui permet de mettre en lumière le problème de l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne en essayant d’y apporter une réponse concrète. L’initiative est bonne. Quelques insuffisances sont à relever toutefois.

Une des insuffisances majeures de Power Africa réside dans le choix des pays qui pourront en bénéficier. Atteindre l’objectif de doubler le taux d’accès à l’électricité en se focalisant uniquement sur 6 pays parait assez difficile. En plus du fait que mathématiquement cela est impossible (la population totale de ces pays ne représente qu’environ 37% de la population africaine), le déséquilibre qui serait engendré sera trop important pour être viable. Il aurait été plus utile de se focaliser sur les projets à vocation sous régionale tels que les interconnexions entre les pays. En plus de la BAD, aider au développement d’organismes sous régionaux comme le SAPP, le WAPP (faciliterait l’identification des projets prioritaires et leur mise en exécution. Cette sélection de pays (tous anglophones par ailleurs), dont les critères sont ignorés, semble plus relever de la géostratégie et de la défense de pré-carré que de la volonté de développer le secteur électrique africain.

Pour arriver à atteindre l’objectif de doubler le taux d’accès à l’électricité, Power Africa recommande que les nouvelles capacités installées s’appuient sur les récentes découvertes de gaz, les ressources hydrauliques et les énergies renouvelables (géothermique, solaire et éolien). Le manque de hiérarchisation des priorités dans les sources d’énergie recensées constitue une des insuffisances majeures de cette initiative. Comme il a été rappelé à maintes reprises sur TW, il serait utile que le continent se focalise dans un premier temps sur le développement d'infrastructures hydrauliques et solaires afin de pallier le manque d’électricité dont souffre une très grande partie de sa population (près de 85% en milieu rural).

Le budget mobilisé dans le cadre de cette initiative est élevé. Cependant il est important de mettre en regard les chiffres avancés par l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) sur le sujet. Cet organisme international a évalué à 300 milliards les investissements à réaliser pour que tous les habitants du continent africain aient accès à l’électricité à l’horizon 2030 [2]. Face à ce chiffre, les 7 milliards avancés, qui sont certes importants, ne paraissent pas à la hauteur de l’enjeu. Une action concertée avec d’autres pays développés aurait sûrement permis de mobiliser plus de fonds vue l’influence des Etats-Unis sur la scène internationale.

Il est louable que le secteur privé soit invité à participer activement à cette initiative. Ce secteur demeure le vecteur de croissance par excellence, notamment dans le domaine électrique. Néanmoins, il est important de relever que sur un plan de 10 000 MW de capacités additionnelles à créer, la moitié est d’ores et déjà attribuée à General Electric (GE). Cela donne l’impression que pour bénéficier de ces fonds, il n’est point besoin de faire un appel d’offre, confier tout projet à GE suffit visiblement. Cette initiative, de ce point de vue, s’apparente à une garantie, par le gouvernement américain, des investissements des entreprises américaines présentes dans le secteur en Afrique, et plus particulièrement à General Electric.

Améliorer l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne nécessite un accroissement des capacités de production mais aussi une amélioration des infrastructures de transport, une plus grande rationalisation de la distribution, une sécurisation de l’approvisionnement en combustible et une maintenance accrue de l’ensemble des installations. En dépit du fait que Power Africa ne semble se focaliser que sur le premier point et malgré les remarques exposées précédemment, l’initiative a le mérite d’exister et d’apporter une lueur d’espoir aux populations. Ceci étant, il est important de rappeler que seuls les gouvernements africains ont la capacité d’impulser un mouvement salutaire pour le secteur. Ils doivent en prendre davantage conscience.

 

Mis à jour le 04/08/2013


[1] World Energy Outlook 2010, AIE

 

 

 

 

[2] http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2013/06/30/fact-sheet-power-africa

[3] Brochure Power Africa Initiative, document BAD

[1] USAID : U.S. Agency for International Development

[2] MCC : Millennium Challenge Corporation

[3] Ex-Im Bank : U.S. Export-Import Bank

[4] USTDA : U.S. Trade and Development Agency

[5] OPIC : Overseas Private Investment Corporation

 

 

 

 

Comment la Côte d’Ivoire compte financer son Plan National de Développement ?

presidentAu cours de la première semaine de décembre 2012, s’est tenue à Paris une réunion du Groupe Consultatif sur le financement du Plan National de Développement de Côte d'Ivoire. Cette réunion a vu la participation du Chef de l’Etat de ce pays accompagné d’une forte délégation ivoirienne qui comptait pas moins de 7 ministres. La majeure partie des organismes de financement internationaux (BM, BAD, Banque Islamique du Développement, etc..) ont aussi participé à cette rencontre. Il est utile ici de donner quelques chiffres de ce Plan National de développement sur la période 2012-2015 afin de présenter le contexte et l’objectif de cette réunion. Le tableau ci-dessous montre le plan d’investissement tel que programmé.

PND

En clair la Côte d'Ivoire a planifié des investissements qui, s’ils sont réalisés, permettraient au pays de devenir un pays émergeant à l’horizon 2020, selon l’expression consacrée par le Chef de l’Etat. Ainsi il est prévu 11 076 milliards FCFA d’investissements dont 4 644 milliards FCFA d’investissements publics. La mobilisation des investissements privés n’est pas l’objet de ce papier. La communication gouvernementale martèle qu’un important travail est abattu par le Chef de l’Etat dans ce sens, notamment lors de ces nombreux déplacements à l’étranger. Gageons que ce très intense lobbying porte ses fruits.

Ainsi pour les investissements publics, l’Etat ivoirien estime pouvoir dégager 2079 milliards FCFA en mobilisant les ressources internes sur la période 2012-2015. Le but de cette réunion était donc de rechercher auprès des bailleurs de fonds le financement (Aide Publique au développement) afin de combler la différence entre l’estimation (4644 milliards FCFA) et les ressources propres (2079 milliards FCFA). Cette différence s’élève à 2566 milliards FCFA. Des conclusions de cette réunion, il ressort qu’au lieu de 2566 milliards FCFA demandés par la CI, les bailleurs de fond internationaux ont promis de dégager des lignes de crédit de l’ordre de 4 319 milliards, soit environ 2 fois la somme demandée.

Au-delà de l’émotion entretenue autour du sujet et des vuvuzela de service sortis pour la circonstance, il est bon maintenant de poser quelques questions de fond dont les réponses éclaireraient les ivoiriens dans le but d’avoir un débat constructif sur le sujet : Que fera l’Etat de CI du surplus de crédit qu’il est possible d’utiliser ? Va-t-il l’utiliser ? Si oui, continuera t-il à mettre en place les réformes nécessaires à la mobilisation des ressources internes initialement prévues à cet effet ? Une fois ces sommes récoltées, à quelles dépenses seront-elles maintenant affectées ? Dans le cas où il est décidé d’utiliser la totalité de ces lignes de crédit, à combien s’élèverait la dette de la CI ? Les critères de convergence de l’UEMOA (notamment celui relatif au niveau de la dette par rapport au PIB), seront-ils respectés ? N’est-il pas souhaitable de n’utiliser ces sommes que pour les besoins identifiés aujourd’hui, soit 2566 milliards FCFA ?

Les différentes chapelles de la scène politique nationale doivent comprendre que les Ivoiriens ont le droit, eux aussi, d’avoir des débats de qualité sur des sujets aussi importants pour la destinée de la Nation. Au lieu de cela, aux violences et au culte de la personnalité servis par les supporters du Chef de l’Etat actuel, les partisans de l’ex-Chef de l’Etat répondent par des invectives et des incantations telles que « Gbagbo ou rien ». La stratégie du pouvoir actuel d’éviter tout débat contradictoire peut se comprendre, l’irrationalité de certains choix pourrait être mise à nue. Mais celle de l’opposition significative est assez trouble. Certes, battre le pavé des capitales européennes (surtout par ce temps hivernal) pour réclamer la libération de l’ex Président et se répandre dans les médias pour dénoncer la violence quotidienne constituent des éléments de la stratégie de reconquête pacifique du pouvoir mais celle-ci ne doit pas se cantonner à cela. L’opposition significative doit donner aussi aux ivoiriens son analyse sur les choix qui engagent l’avenir du pays. Elle doit pousser les tenants du pouvoir actuel à un débat sain et argumenté sur ces grands sujets. Et à notre humble avis, la conclusion de cette conférence rentre dans ce cadre.

Au delà de l’opération de communication, au demeurant réussie, de la part du gouvernement ivoirien, un débat constructif autour de ces questions permettrait à la fois d’éviter un nouveau surendettement du pays et de repenser la doctrine socialiste en Afrique.

 

Stéphane Madou 

L’énergie hydraulique en Afrique subsaharienne

Avec environ 35% de la population qui avait accès à l’électricité en 2000, l’Afrique présente les taux d’électrification les plus faibles du monde en voie de développement. Pourtant ce continent regorge d’immenses potentialités pour produire l’électricité nécessaire à son émergence économique. Une des richesses dont il dispose est son potentiel hydroélectrique qui représente environ 10% du potentiel hydroélectrique mondial. En guise de comparaison, ce potentiel correspond à la consommation énergétique (pas uniquement électrique) annuelle de la France, l’Allemagne, la Grande Bretagne et l’Italie réunies. Au-delà du fait que la République Démocratique du Congo (110 000MW) à elle seule, concentre environ 50% de ce potentiel, toutes les régions d’Afrique subsaharienne sont dotées d’atouts leur permettant de développer des installations hydroélectriques.

Ainsi l’Afrique de l’Ouest, qui abrite un quart des cours d’eau du continent, dispose d’un potentiel de 25 000 MW dont environ le quart se trouve en Guinée. En 2007, seulement 16% de ce potentiel était exploité mais plusieurs projets de développement de barrages hydroélectriques actuellement en cours permettront d’augmenter ce taux. Ce sont entre autres, les barrages de Soubré en Côte d’Ivoire (270 MW), de Bui au Ghana (400 MW), de Kaléta (240 MW) et de Koukoutamba (280 MW) en Guinée.

L’Afrique Centrale est la région de tous les paradoxes. En effet le taux d’électrification de cette région est de 13,4% alors que la région, avec la RDC et le Cameroun, est celle qui possède le plus important potentiel hydroélectrique de l’Afrique (environ 60% de l’ensemble du potentiel). Même si des projets tels que le barrage de Lom Pangar au Cameroun permettront de réduire ce contraste, il est important de souligner le retard accusé par cette région dans l’exploitation de ses immenses potentialités.

L’Ethiopie en Afrique de l’Est est le deuxième pays en Afrique, après la RDC, en termes de potentiel hydroélectrique (40 000 MW). Ce pays, drainé par le Nil, voit se développer de nombreux projets de barrages dont celui de la « Renaissance », qui produira à terme 5 250 MW. Doté d’une puissance hydroélectrique d’environ 728 MW en 2009, le pays se posera, avec ses différentes installations (Gigel Gibe II et III, Takeze, Anabeles, etc…) en construction (ou déjà mises en service), en exportateur d’électricité vers les autres pays de la région tels que le Kenya, Djibouti et le Soudan.

De ce rapide tour d’horizon, il est essentiel de retenir que malgré tous ces atouts, seulement 4% du potentiel exploitable est exploité et 45% de l’électricité produite sur le continent est d’origine hydroélectrique. Ce qui est insuffisant.

A l’insuffisance des capacités hydroélectriques installées, s’ajoute un déficit d’entretien des installations existantes. Ce qui pénalise le développement économique et humain de l’Afrique subsaharienne. Le cas du Grand Inga en RDC illustre parfaitement cette perfide combinaison. Le complexe de Grand Inga à lui seul a un potentiel hydroélectrique de l’ordre de 44 000 MW, une puissance deux fois supérieure à celle du complexe hydraulique des Trois-Gorges en Chine et qui pourrait couvrir 40% des besoins de toute l’Afrique. Le premier élément de la perfide combinaison réside dans le fait que sur la quinzaine de barrages prévus au départ, seuls deux (Inga I et Inga II) ont été réalisés en 1972 et 1982 pour une capacité théorique de 1 800 MW. L’idée que depuis trente ans, rien de nouveau n’a été construit pour accroitre les capacités de production sur ce site plus que prometteur est tout simplement révoltante. La réalisation de ce genre de projets devrait remplacer la volonté de se maintenir au pouvoir à tout prix dans la liste des priorités de nos gouvernants.

De plus, faute de moyens pour les entretenir convenablement, les deux barrages ne produisaient en octobre 2008 que 875 MW. Ceci uniquement parce que la moitié des groupes de Inga I et Inga II étaient en activité. Visiblement, dans un pays de la taille de la RDC, avec les ressources dont il regorge, les dirigeants estiment qu’il est normal que les citoyens subissent les aléas du rationnement faute de moyens pour réparer ces machines.

Ce sous-équipement et ce déficit d’entretien doivent amener les gouvernants africains à investir massivement dans le développement des compétences afin de mieux exploiter ses immenses potentialités. Faute de quoi, vu l’importance capitale que ce genre de projets revêt, l’idée que leur réalisation soit pilotée par des structures spécialisées supra nationales doit être examinée avec attention.

 

Stéphane Madou

Un projet d’avenir : Le CSP en Afrique du Sud

Les espoirs suscités par les déclarations des gouvernants africains quant à leur volonté de développer les énergies renouvelables (autres que l’énergie hydraulique) sont souvent douchés par le manque de stratégie ambitieuse et de réalisations concrètes mises en place dans leur pays. Dans ce contexte, il est important de souligner les actions sur le continent qui vont dans le sens d’une utilisation accrue de ces énergies pour soutenir le développement auquel aspirent les populations africaines.

Dans ce domaine, différents projets sont en cours de réalisation sur le continent, notamment dans le domaine solaire. Parmi les plus importants, figure le projet de centrale solaire CSP (Concentrated Solar Power Plant) prévu à Upington en Afrique du Sud. Le rendement espéré de cette centrale solaire, de type thermodynamique, est compris entre 60% et 65% et il est prévu qu’elle fournisse 100 MWe. En comparaison, les centrales thermiques à cycle combiné ont un rendement de l’ordre de 60% et 100 Mwe, c’est la consommation d’une ville de 100 000 habitants avec des standards de vie européens.

Certes la puissance prévue pour cette centrale ne représente qu’une infime partie des 45 000 MW environ de capacités installées en Afrique du Sud mais sa réalisation constitue une étape importante dans la volonté de l’Afrique d’utiliser toutes ses potentialités pour assurer son développement.

En effet, la centrale CSP, participera à satisfaire la demande croissante d’électricité en Afrique du Sud. Selon les prévisions de la compagnie électrique nationale ESKOM, cette demande atteindra 80 000 MW en 2025, soit le double de la demande actuelle. Cette centrale, si elle fonctionne normalement en base comme prévu, constituera un exemple de la fiabilité de ces technologies tant critiquées sur cet aspect. L’intégration de cette technologie dans le SAPP (équivalent du WAPP en Afrique de l’Ouest) sera donc envisageable, vu le potentiel de la région estimée à 20 000 MW.

De plus, cette centrale constitue un pas important dans le développement de cette technologie (CSP) parce que c’est le premier projet au monde d'une telle taille (100 MWe) avec une technologie de miroirs pour concentrer la chaleur, deux tours de refroidissement, utilisant des sels fondus comme fluide de transfert et un centre de stockage thermique. L’Afrique, à travers l’Afrique du Sud, peut donc être considérée comme pionnière en la matière.

Dans un pays où plus de 90% de la production électrique est faite à partir de charbon avec tous les impacts négatifs sur la production de gaz à effet de serre que cela comporte, un tel projet est en ligne avec les engagements de l’Afrique du Sud de promouvoir un développement à faible intensité carbonique. Ce projet permettra ainsi d’augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique sud-africain, et de faire un premier pas vers la réduction de 44% à horizon 2025 des émissions de gaz à effet de serre prévue dans la stratégie du pays pour le climat (Climate Change Response Strategy).

Enfin, le fait qu’un tel projet, d’une valeur de 881.154.380 UAC[1], soit financé par divers organismes tels que la BAD, la Banque Mondiale, l’AFD, KFW et la BEI peut être perçu comme un gage de sérieux et de professionnalisme (s’il en fallait encore un ) d'ESKOM. C’est bien la preuve que lorsque les Africains allient compétence et rigueur, ils peuvent décrocher des financements comme n’importe quelle entreprise crédible. Le coût relativement élevé du projet (2,5 fois le coût du MW nucléaire installé par exemple) doit être relativisé au vu du potentiel effet de série envisageable s’il s’avère concluant et du nombre d’emplois qu’il va générer dans la région (jusqu’à 2000 emplois pendant la phase de construction).

En conclusion, il est important d’encourager l’initiative du gouvernement sud-africain dans la mesure où elle permet à l’Afrique d’exploiter ses immenses richesses, d’espérer un leadership dans ce domaine stratégique et de montrer la voie aux autres pays Africains. En espérant que ces derniers s’en inspirent…

Stéphane MADOU


[1] 1 UAC= 1 DTS = 1,42927 USD

Réformes du secteur de l’électricité en Côte d’Ivoire

C’est une lapalissade de dire qu’il est urgent de mener des réformes structurelles dans différents secteurs d’activités en Afrique, notamment en Afrique de l’Ouest et plus particulièrement en Côte d’Ivoire. Dans le domaine de l’électricité, un constat s’impose : un habitant de Côte d’Ivoire consomme en moyenne 170 KWh par an, tandis qu’aux Etats Unis, ce chiffre s’élève à 14170 kWh et en France à 6890 KWh. Si comme le révèlent certaines études, la consommation d’énergie en général (pas uniquement d’électricité) est en relation avec le niveau de développement, les chiffres précédents montrent, si besoin en était, l’urgence des réformes dans ce secteur afin d’avoir une production abondante, bon marché et d’augmenter le taux de couverture des populations.

 

A la faveur de la réforme du secteur de l’électricité, encouragée (pour ne pas dire plus) par les institutions financières internationales, la Côte d’Ivoire s’est dotée de trois sociétés d’Etat en remplacement de la défunte EECI1 qui croulait sous les dettes :

  • Une autorité de régulation du secteur a été créée. Elle est en charge du contrôle du concessionnaire et des producteurs indépendants. Elle est aussi responsable de l’arbitrage et des contentieux entre les différents intervenants et la clientèle.

  • Une société en charge de la gestion du patrimoine et de la gestion des flux financiers a vu le jour. Sa mission est de sauvegarder les actifs et les immobilisations de l'Etat en assurant la gestion des loyers résultant de la location ou de la mise à disposition de ce patrimoine ainsi que la gestion comptable et financière des investissements de l’Etat dans le secteur.

  • Une société d’ingénierie a été constituée. Elle est chargée de la planification de l’offre et de la demande en énergie électrique, de la maîtrise d’œuvre des investissements publics et du suivi technique des différents contrats et conventions de concession (contrôle des flux énergétiques).

En plus de ces sociétés d’Etat, une société privée dans laquelle l’Etat est actionnaire à 15% a une convention de service public. Cette dernière a un contrat d’affermage pour la production, le transport et la distribution de l’électricité. En clair, l’Etat lui loue ses installations (barrages hydroélectriques, lignes électriques, transformateurs, etc…) et elle a la responsabilité de l’exploitation et de l’entretien courant de ces dernières. Les gros travaux de réparation et d’entretien étant du ressort du propriétaire c’est à dire l’Etat.

Cette réorganisation du secteur s’est effectuée en vue de donner plus de place aux capitaux privés. Ainsi de nouvelles sociétés privées de production d’électricité sont apparues. Dans le jargon, elles se nomment les Producteurs Indépendants d’Electricité (PIE ou IPP en anglais). L’Etat ivoirien est aussi actionnaire minoritaire (15% environ) dans ces différentes sociétés, qui aujourd’hui sont au nombre de 2. Elles portent des projets de création et d’exploitation d’unités de production dans le cadre de conventions de concession de type BOOT (Build, Own, Operate and Transfer). Elles ont des contrats de type « Take or pay » avec l’Etat dans lesquels elles s’engagent à fournir une quantité minimale d’électricité que l’Etat est obligé d’acheter. L’Etat ivoirien s’engage aussi à fournir le combustible nécessaire à la bonne marche des installations. Cette formule sécurise les investissements et leur garantit une certaine rentabilité.

 

Il est indéniable que cette réforme finalisée en 1998 présente certains avantages. Elle permet l’afflux massif de capitaux privés pour assurer la production d’électricité. Cet afflux est salutaire au vu des besoins croissants du pays (8% de croissance de la demande par an) et du manque de ressources de l’Etat. De plus avec cette réforme, théoriquement, le recentrage de l’Etat sur ses activités régaliennes est censé aller de pair avec une plus grande responsabilisation du secteur privé. Ce qui engendre, une plus grande rationalisation dans l’utilisation des moyens et dans la gestion des entreprises. Enfin cette réforme montre une certaine volonté de modernisation de l’Etat ivoirien en vue d’assurer la compétitivité du secteur.

Cependant à la faveur du délestage important observé en Côte d’Ivoire en 2010, la question de la place de l’Etat dans le secteur se pose. En dépit des avantages évidents que l’Etat soit actionnaire des différentes sociétés présentées précédemment, des problèmes demeurent. Les investissements qui doivent être faits par l’Etat dans le but d’assurer la maintenance des installations ne sont pas faits. Les installations hydrauliques ne fournissent que 33% de leur énergie maximale (1750 GWh produits en 2010 pour une capacité de 5300 Gwh installés) à cause du fonctionnement en baisse de charge, des interruptions intempestives dues aux défaillances de matériel et plus généralement du non-respect du calendrier des investissements. C’est pourquoi la défaillance d’une turbine de 150 MW de la centrale d’un PIE en décembre 2009, a complètement rompu le mince équilibre offre-demande du système.

 

Il est nécessaire d'approfondir les réformes engagées à travers :

  • une plus grande clarification des missions des sociétés d’Etat créées avec éventuellement un regroupement de certaines d’entre elles,

  • une plus grande indépendance de l’Autorité de Régulation vis-à-vis de l’Etat et des sociétés privées du secteur,

  • un désengagement total de l’Etat des PIE afin d’exercer des contrôles sans conflit d’intérêt,

  • un renforcement de la part de l’Etat dans la société qui a la convention de service public en vue d’assurer une équité des citoyens par rapport à l’accès à l’électricité et d’avoir un plus grand pouvoir sur les prix pour le consommateur final.

  • une vente complète des installations de production publiques (barrages hydroélectriques par exemple) aux entreprises privées.

Ces aménagements permettraient de sortir du flou actuel qui entoure le secteur, de favoriser l’investissement afin de maintenir la qualité des installations et de donner la possibilité à l’Etat de concentrer ses moyens pour favoriser l’électrification rurale.

Stéphane MADOU

1 EECI : Energie Electrique de Côte d’Ivoire crée en 1952 et liquidée en 1998.

Crédit photo: africaexpress.fr

 

Le WAPP : le système d’interconnexion électrique ouest africain

De manière générale, il est important de souligner les actions positives menées en faveur du développement économique partout dans le monde, mais cela revêt une importance capitale lorsque ces actions sont posées dans la zone de turbulence qu’est l’Afrique de l’Ouest. En termes de développement énergétique, la réalisation de plusieurs projets de production électrique (barrages de Soubré en Côte d’Ivoire, de Bui au Ghana, de Kaléta en Guinée, etc..) dans cette zone est à saluer. Cependant, au delà de ces ouvrages de production électrique, le projet sur lequel nous voulons attirer l’attention est celui de l’interconnexion des réseaux électriques des pays de la zone. Produire de l’électricité c’est bien, mais l’acheminer vers tous les lieux de consommation l’est tout autant. C’est pourquoi la mise en place du système d’Echanges d’Energie Electrique Ouest Africain (EEEOA ou WAPP –West African Power Pool) constitue une avancée notable dans le développement de cette partie du monde.

Le WAPP est une institution spécialisée de la CEDEAO chargée dans un premier temps d’intégrer les réseaux électriques des 14 pays membres (tous les pays de la CEDEAO à l’exception du Cap Vert) et dans un second temps de gérer le marché unifié régional ainsi créé. Ces deux missions (le volet technique et le volet économique) sont très importantes pour assurer un approvisionnement en énergie électrique régulier, fiable et à des coûts compétitifs. Les avantages que présente ce système sont nombreux.

D’abord, avec l’EEEOA, l’intégration régionale se retrouvera renforcée. Le déficit de production d’un pays pourra être compensé par les excédents des autres. L’interconnexion entre le Ghana et la Côte d’Ivoire (CI) en est une parfaite illustration. Au départ, cette interconnexion a été réalisée dans le but de permettre au Ghana d’être alimenté par la CI. Mais en 2010, lors de la crise énergétique qui a secoué cette dernière, c’est plutôt le Ghana qui fournissait de l’électricité à la CI. Ainsi l’EEEOA favorisera la coopération entre les sociétés de production, de transport et distribution ainsi que la concertation entre les autorités de régulations du secteur.

Ensuite il est important de souligner qu’avec cette interconnexion, le rêve de marché commun de la CEDEAO va devenir une réalité, au moins dans le domaine électrique. L’EEEOA, c’est la création d’un marché de l’électricité de près de 300 millions de personnes. Certes le taux de couverture est relativement faible (le taux de couverture de la population en CI est de 40%, c’est pourtant l’un des plus importants de la sous-région), mais cette perspective est de nature à attirer plus d’investissement dans le secteur tant au niveau des installations de production et de transport qu’au niveau du développement du réseau dans chaque pays.

De plus l’interconnexion électrique permettra d’accroitre les capacités des installations de production envisagées par les sociétés productrices d’électricité. Selon les normes internationales, une seule installation de production d’électricité ne doit pas produire plus de 10% de la capacité d’un réseau. Ainsi plus le réseau est important et plus les puissances unitaires installées des unités de production d’électricité (barrages hydroélectriques, centrales thermiques, etc…) peuvent être élevées.

Ce projet permettra aussi de clarifier les coûts de transport et d’échange d’électricité. Les producteurs d’électricité pourront être mis en concurrence, ce qui devrait réduire le coût du kWh pour le consommateur final. Les activités de trading pourront ainsi être développées par les entreprises du secteur. Le marché de l’électricité sera donc hautement concurrentiel et très moderne.

Le seul bémol, si on peut l’appeler ainsi, c’est le financement du budget de fonctionnement du WAPP. Ce sont les états membres qui doivent financer les frais de fonctionnement de cette structure. Certains Etats ne règlent pas leurs quotes-parts, ce qui entraine des arriérés considérables. Cette situation peut engendrer la démotivation des équipes et ralentir la réalisation des projets. Il reste à espérer que l’irresponsabilité de nos dirigeants ne mette pas à mal ce beau projet.

 Stéphane MADOU

L’électrification de la Côte d’Ivoire, il reste du chemin…

Le samedi 10 Mars 2012, s’est tenue à Paris, une « journée de réflexion » sur différents sujets importants pour le développement de la Côte d’Ivoire : l’apport de la Diaspora, la place des NTIC, l’Education et la Politique Energétique. Cette journée a été organisée par un réseau de « jeunes cadres » ivoiriens engagés pour le développement de la Côte d’Ivoire. Elle a vu la participation de personnalités éminentes. Attiré par l’énergie, les travaux de l’atelier portant sur la politique énergétique du pays sont ceux qui ont le plus capté mon attention. Cet atelier avait pour but de réfléchir à la politique énergétique à mettre en place pour soutenir la croissance économique espérée par les populations en vue d’améliorer leur quotidien. De cet atelier, il faut retenir que la CI s’est dotée d’un document stratégique, qui donne les grandes orientations dans ce domaine, recense avec précision les projets à réaliser et les investissements à faire. En matière de production électrique, la stratégie de la CI est basée sur l’utilisation plus accrue du potentiel hydroélectrique (20% du potentiel de 12 000 MWh est utilisé aujourd’hui) du pays. Le début de cette phase nécessitant un temps de construction de nouveaux barrages (Soubré est le premier d’une longue série) de l’ordre de 7 ans, la CI a décidé de renforcer ses capacités en centrales à gaz. Et pour alimenter ces centrales à gaz, il est espéré de nouvelles découvertes et prévu la construction d’un gazoduc reliant ces champs aux centrales.

En conclusion, pour satisfaire la demande d’électricité qui croît de plus de 8% par an, deux sources d’énergie sont préconisées pour assurer la production électrique de la CI : le gaz et l’hydroélectricité. Ces options, qui peuvent apparaître comme les plus raisonnables, sont en réalité frappées du sceau d’une vision passéiste, non volontariste et trop libérale. Ceci pour plusieurs raisons : elles sont, en définitive, le renforcement de ce qui est déjà car la CI a aujourd’hui une capacité de production électrique installée de l’ordre de 1400 MW répartie, à peu près équitablement entre les installations thermiques et hydroélectriques. Elaborer une « nouvelle stratégie » pour confirmer l’ancienne. Tel est ce qui est proposé aux ivoiriens aujourd’hui.

Construire une stratégie sur l’hypothèse qu’on découvre des champs gaziers plus importants en CI pose déjà des problèmes évidents (Car si ces nouveaux champs gaziers ne sont pas découverts, que faisons-nous ?). Mais soit ! Construire un nouveau gazoduc indépendant de celui qui relie déjà le Nigéria au Ghana en passant par le Bénin et le Togo, en plus de ne pas être la solution la plus économique, apparaît comme une épine dans le pied de l’intégration régionale. L’idée de « mix » énergétique est ici réduite au minimum : 2. N’est il pas dangereux de se baser uniquement sur 2 sources pour la production électrique quand aujourd’hui l’heure est à des « mix » beaucoup plus variés (exemple : le Kenya avec une unité de production d’électricité à base de géothermie de 128 MW) ? En cas de sécheresse, comme celle de 1983 qui a provoqué des délestages en CI, que faisons-nous ?

Aucune incitation de l’Etat (avantages fiscaux, garantie du prix de rachat du kWh à un prix compétitif, etc…) n’est envisagée pour développer les énergies renouvelables (comme le solaire et l’éolien par exemple). Ceci au motif que ce n’est pas à l’Etat de mener ce genre de projet, l’investissement étant libre en CI, c’est aux investisseurs d’amorcer ce tournant décisif et salutaire sous nos tropiques. Au delà du dogme libéral qui sous-tend cette position et des problèmes techniques de connexion ou non au réseau qui compliquent davantage le problème, ces arguments sont donnés en sachant que sans coup de pouce de l’Etat, aucun projet de ce type ne saurait prospérer en Côte d’Ivoire. C’est le serpent qui se mord la queue. C’est ce genre de logique, qui relève au mieux d’un manque de vision, qui maintient l’Afrique à la traine. Le taux d’ensoleillement en Afrique (5,4 MW/m²/an) est plus élevé que celui de l’Europe par exemple (4 MW/m²/an). Il faut croire qu’il est normal que nous négligions ce type d’énergie et que les pays européens, moins bien lotis que nous par la nature, misent sur cette énergie. Pourquoi ne pas investir afin d’être leader, dans un domaine, pour une fois ? Devons-nous toujours attendre que les organisations internationales viennent nous montrer comment utiliser les immenses ressources dont nous disposons, en nous vendant au passage leur technologie ?

En CI, la stratégie pour l’électrification depuis 1960 a certes permis d’avoir un taux de couverture d’environ 40%, mais n’a pas apporté la lumière dans les endroits les plus reculés du pays. Cette stratégie était basée sur la production centralisée acheminée à travers des lignes électriques. Et quelle est la nouvelle stratégie proposée ? Une production centralisée acheminée à travers des lignes électriques. OUI, la même ! Vu les résultats de cette stratégie, il est étonnant voire révoltant qu’en 2012, les décideurs choisissent la même stratégie que celle des années 60 pour résoudre le même problème. En clair, l’Etat estime ne pas avoir les moyens de faire des efforts pour faciliter le développement des énergies renouvelables, énergies décentralisées, mais s’engage, à construire des lignes électriques pour électrifier tous les villages de Côte d’Ivoire. C’est contradictoire, coûteux et surtout cette politique va à l’encontre des intérêts des 57% des ivoiriens qui vivent en milieu rural. L’électricité, c’est l’éducation, la santé, le commerce, etc…

L’environnement, qui aujourd’hui est un problème planétaire, semble être le cadet des soucis de nos gouvernants. Utiliser du combustible fossile pour produire l’électricité, c’est accroitre les émissions de gaz à effet de serre, participer au réchauffement de la planète, favoriser la montée des eaux et accélérer ainsi la disparition de quartiers entiers à Port-Bouët par exemple. Vouloir attirer les entreprises internationales en négligeant à ce point cet aspect est une gageure car ces dernières intègrent aujourd’hui la composante environnementale dans leurs projets. Pour conclure, il est important de souligner l’utilité de ce genre de rencontre, ne serait ce que pour que les « jeunes cadres » prennent conscience du chemin à parcourir pour faire évoluer les mentalités afin de penser nous-mêmes et pour nous-mêmes notre développement.

Stéphane MADOU