Et si Donald TRUMP déstabilisait la région des grands lacs?

Le continent Africain ne figure certainement pas dans les priorités de la politique internationale des Etats-Unis. Il n’en demeure pas moins que les différents locataires de la maison blanche ont mené, sur le continent, des remarquables politiques durant leur mandat. Ces actions, – de nature différente en fonction des choix de la majorité présidentielle – ont impacté d’une manière considérable les pays du continent.

Durant la dernière présidence démocrate, le président Obama par le biais de son symbolique discours d'Accra, a axé sa politique africaine sur la culture démocratique et la bonne gouvernance. Il a appelé de ses vœux un changement de paradigme des dirigeants africains, en les exhortant à refuser le maintien indéfini au pouvoir.

La politique africaine de la nouvelle administration américaine reste quant à elle une énigme. La vision protectionniste du président Trump qui a fait campagne sur un désengagement progressif des Etats-Unis dans les dossiers internationaux, explique en partie cette difficulté à anticiper les rapports qu’il voudrait entretenir avec le continent.

Cependant, une récente décision de cette administration pourrait avoir de dommageables conséquences sur le continent Africain en général et dans la région des grands lacs en particulier. Il s’agit de la signature par le président des USA d’un executive order datant du 03 Février 2017 dont l’objet est l’analyse et une éventuelle refonte de la Loi Dodd Frank de 2008 relative à la régulation du secteur bancaire. De quelle manière la modification d’une loi qui ne concerne à première vue que le monde de la finance américaine pourrait-elle impacter le continent Africain ?


Que dit la loi Dodd Frank ?

L’année 2008 a été marquée par la grave crise économique déclenchée aux Etats-Unis par celle des subprimes. A l’époque, l’absence de régulation du secteur bancaire a permis aux banquiers de consentir des prêts à des ménages qui ne présentaient aucune garantie de solvabilité. Cette crise s’est ensuite internationalisée et a constitué la plus grave crise économique depuis celle de 1929.

La loi Dodd-Frank Wall Street Reform and Consumer Protection Act promulguée en 2010 (dite « loi Dodd-Frank») [1] sera votée pour éviter une telle crise à l’avenir. Son ambition est non seulement de stabiliser le marché financier américain mais également d’améliorer la transparence et de fournir aux citoyens ainsi qu’aux investisseurs des outils destinés à responsabiliser les entreprises.[2]

C’est sur ce dernier point que cette loi a un lien direct avec la région des grands lacs. La loi Dodd franck s’applique à toutes les entreprises étatsuniennes proposant des minerais dans leurs produits. Ces entreprises doivent garantir que les minerais achetés ne financent pas les conflits dans les zones d’extraction notamment dans la région des grands lacs. En effet, l’article 1502 relatif « aux minéraux de conflits » ainsi que l’article 1504 relatif aux paiements versés aux gouvernements locaux par les émetteurs d’extraction de ressources, sont directement inspirés du conflit militaire en République Démocratique du Congo. Au cours de la guerre, des entreprises internationales ont généré un business florissant d’achats de minerais provenant des zones de guerre, en ayant pourtant pleinement conscience que cet argent finançait le conflit armé ayant causé des centaines de milliers de victimes. Le commerce des « minerais de sang » comme on les nomme, a exacerbé les relations entre le Rwanda et la RDC. Cette dernière accusant à maintes reprises son voisin de financer des groupes rebelles (notamment le M23) via la vente des minerais de sang. Un rapport de l’ONU datant de 2011 conforte la thèse des autorités congolaises.

La désintégration de cette loi, signera fort probablement le retour dans cette région de cette macabre foire d’hommes d’affaires véreux et sans aucun scrupule.

La loi Dodd Franck a eu des effets concrets dans les zones de conflit. D’après Ambeyi Ligabo, directeur du programme « Démocratie et bonne gouvernance » de la Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs ( CIRGL), cette loi « avec le travail de la CIRGL avait réussi à  neutraliser les groupes armés qui contrôlaient certains sites miniers. » Il donne l’exemple des groupes tels que le M23 ou les Mai mai qui « n’ont plus de forces faute de pouvoir commercialiser les minerais »[3].

La peur d’une recrudescence des conflits dans les zones à risque est réelle et suscite déjà les inquiétudes des spécialistes du sujet.

Make America great again and Africa worst ever?

Si l’administration Trump souhaite réviser cette loi, c’est parce qu’elle considère que la loi nuit à la compétitivité des sociétés américaines. Le président est lui-même issu du milieu des affaires. C’est un secret de polichinelle que le milieu des affaires est averse à la régulation. Wall street a d’ailleurs salué la vision économique de l’actuel président en tablant déjà sur des chiffres de croissance qui proviendraient de la dérégulation promise par le Candidat Trump.

La compétitivité des entreprises américaines aura-t-elle raison de la stabilité de la région des grands lacs ? Avec un nouveau président américain qui ne jure que par la bonne santé économique des Etats-Unis, des inquiétudes peuvent légitimement être soulevées. Le suspense est très anxiogène pour les dirigeants de cette région, déjà en proie à des difficultés économiques endémiques.

L’inquiétude suscitée par cet état de fait soulève certaines problématiques liées à la souveraineté sécuritaire de l’Afrique. Que la stabilité d’une si grande région dépende en partie d’une législation étrangère, témoigne de la faiblesse des politiques sécuritaires locales mais également de l’effet pervers de la mondialisation dans les régions les plus pauvres. La CIRGL a cependant anticipé les conséquences d’une révision de la loi Dodd Franck avec la mise en place d’un système de traçabilité des minerais dans la sous-région indépendante de la loi américaine[4]. Les efforts déployés par cet organe sont louables mais restent insuffisants. Une véritable politique transnationale doit être mise en place pour combattre ce macabre fléau. La semaine derrière un article de Thierry Santime pour l’Afrique Des Idées dénonçait l’absence d’une intégration régionale réussie au sein du continent. Une véritable coopération régionale est nécessaire dans cette sous-région pour assurer la sécurité des personnes et des biens.

Bien que la région des grands lacs en soit épargnée pour le moment, la menace terroriste grandissante sur le continent est une menace réelle qui pourrait se matérialiser si la sécurité de la région n’est pas renforcée. C’est la florissante économie du Rwanda, ou encore la RDC en pleine sortie de crise qui verraient les efforts consentis depuis des décennies réduits à néant.

Le mandat du président Obama avait débuté par un vent d’espoir sur le continent Africain. Un vent d’espoir conforté par les discours volontaristes de l’ancien président au sujet de la démocratie en Afrique. Quant à son remplaçant, les mots peur, inquiétude et incertitude peuvent résumer son début de mandature vis à vis du monde et de l’Afrique en particulier.

 

                                                                                                                                                                           

                                                                                                                                Giani GNASSOUNOU

                                                                                                                               

                                                                                                                                                                         

 


[1] United States Government Publishing Office, Public Law 111–203, 21 juillet 2010, disponible sur : https://www.gpo.gov/

 

 

 

 

 

 

 

 

[2] http://www.mirova.com/Content/Documents/Mirova/publications/VF/Focus/MIROVA_FOCUS_%20Loi%20Dodd-Frank%20Act%20et%20responsabilit%C3%A9%20sociale%20des%20entreprises%20(1).pdf

 

 

 

 

 

 

 

 

[3] http://www.jeuneafrique.com/403913/economie/conference-grands-lacs-ambeyi-ligabo/?utm_source=Facebook&utm_medium=JAEco&utm_campaign=++PostFBJAEco_16022017

 

 

 

 

 

 

 

 

[4] http://www.irenees.net/bdf_fiche-analyse-1085_es.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Autopsie d’un sommet

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Credit photo: AFP/Jim Watson

Je n’ai pas de réelle réticence à ce qu’il y ait des sommets entre l’Afrique et les grandes puissances. Qu’elles soient chinoises, russes, françaises ou américaines, je n’en ai pas l’urticaire jusqu’à crier au scandale, à la soumission, à l’esclavage nouveau et au larbinisme économique ; sémantique à la mode, portée par la meute des colériques irrigués par l’afro-sectarisme ambiant. Cette candeur est coupable. Pour ce type de réaction fiévreuse et acnéique, dont se font le relais quelques défenseurs autoproclamés de la souveraineté du continent, j’éprouve – je dois dire – assez d’indifférence quand ce n’est pas souvent du mépris.

J’ai toujours appréhendé ces rencontres comme de banals et d’indispensables protocoles économiques comme le veut la dictée du capitalisme. Ses lois de l’offre et de la demande, ses équations entre ressources et forces d’exploitation, ses incontournables noces entre dominants et dominés, pour faire revivre la mouture marxiste de cette binarité. Dans cette jungle, il n’y a de place ni pour l’émotion, ni pour le ressentiment, encore moins pour la naïveté des bons sentiments.

Obama, élevé au rang de père de ce banquet, par la taille de son chéquier, son influence et le charme magnétique qu’il emporte, convoquait de petits présidents enfants africains, élèves irréguliers, comptables tous ou presque, de l’échec de leur pays. Il ne fallait s’attendre à autre chose qu’à un sermon en bonne et due forme, enrobé dans le velours des promesses économiques.

Quand ils restaient insipides, comme ils le sont toujours d’ailleurs, à mâcher dans les formules économiques, à parler chiffres, ces sommets sont chiants. Sans intérêt. Bien souvent, les espoirs qu’ils suscitent, crèvent dans le silence des lendemains de gouvernances locales défectueuses. Ce volet économique par conséquent, quelque central soit-il dans les tables rondes, est secondaire, quand les acteurs daignent parler des sujets qui fâchent. Et Obama a osé, certes timidement, mais il a lancé quelques sondes et titillé quelques barons africains. C’était assez rafraichissant.

Dans sa séduction folle et forcément complaisante, la Chine n’a d’amour que pour la terre d’Afrique, elle a le mérite de la non-duplicité. Lâche et prisonnière de son passé françafricain, la France est inaudible et peu crédible à donner des leçons. Les USA ont plus de ressources dans ce domaine. Quand bien même les desseins de prédation prévalent toujours, j’ai vu chez Obama une volonté de questionner les présidents africains, qui sur leurs rapports au pouvoir, qui sur certaine tares locales contre lesquelles ils ne démontrent aucun empressement.

Premier à la barre, l’ami Blaise Compaoré. Attrait devant l’opinion mondiale sur ces velléités anticonstitutionnelles, il répond avec aplomb qu’il faut « des hommes forts pour des institutions fortes ». Il invoque ensuite la chronologie historique de la ségrégation raciale aux USA pour signifier à son juge qu’il n’est pas non plus vierge de tout soupçon. C’est presque du Sankara dans le texte : Compaoré ressuscite le souverainisme de son pays et le droit à la différence pour s’émanciper de ces propres forfaits politiques, qui l’eût cru ? Le tour opère. Invoquer toujours sa réalité différente, c’est un gage au succès intarissable en Afrique.

Macky Sall ne peut la manquer. Auditionné pour le sort des homosexuels et l’opportunité d’une dépénalisation, le président sénégalais, sans sourciller, tranche la question : « l’homosexualité est derrière nous ». La phrase fait suite à l’échange viril quelques mois plutôt entre Obama et Sall, où Macky expliquait la destination carcérale évidente pour les gays au motif d’une culture « pas prête ».

A Kagamé, autocrate au vent en poupe, on ne dit rien. En complétant sa mutation de tutelle coloniale vers les USA, et en invoquant le traumatisme post-génocide rwandais comme explication de l’inflexibilité quasi-dictatorial de son régime, il apparaît comme le favori. Tapis rouge et au suivant. Le suivant c’est Yaya Jammeh, siège multipathologique, Obama renonce devant cette incompétence brute. Les autres s’inspirent des précédents, peu à peu, le silence étouffe les inclinations de justiciers de Washington.

Et je me suis plu à imaginer ce qu’auraient été les réactions des indésirables, pas invités au sommet, à la manière d’un Mugabé… Pour finir, une photo : on passe devant l’objectif pour immortaliser quelques clichés dans les ors de Washington. A la marge du sommet, Obama femme sermonne gentiment les tares africaines domestiques, à la façon de l’excision.

En se voulant gendarme et pas seulement rapace économique, Obama n’est pas allé au bout de sa volonté, si elle existait. Par impuissance et pour realpolitik, je ne sais. Toujours est-il que ce sommet révèle une chose : la systématique réponse des gouvernants d’Afrique quand on leur rappelle leur palmarès macabre, de tous les héros par extension du continent, dans un mélange et un confusionnisme inédit : la lutte pour la souveraineté, la défense de la tradition, celle de la culture. Ce mensonge abolit les frontières entre les vrais mérites et les usurpateurs, entre Sankara et Compaoré. On tient là le piège de l’identitarisme forcené et le sursis hélas, des bourreaux de cette terre.

Quelle est la portée réelle de l’initiative « power Africa »?

Lors de sa tournée africaine de Juin 2013, le président Obama a annoncé une initiative pour améliorer l’accès à l’électricité en Afrique. Cette initiative dénommée « Power Africa » vise à promouvoir les investissements dans le secteur électrique en Afrique subsaharienne afin d’y doubler le taux d’accès à l’électricité à l’horizon 2018. En tenant compte de la démographie galopante dans cette région du monde (2,5% par an) et du taux actuel d’accès à l’électricité qui est d’environ 34% [1], atteindre cet objectif nécessite un effort considérable et des investissements colossaux.


Obama Power AFricaPower Africa se focalise, dans un premier temps, sur 6 pays (Ethiopie, Ghana, Kenya, Liberia, Nigeria et Tanzanie), réunit aussi bien des partenaires publics (gouvernement de ces états) que privés et vise à accroitre la puissance électrique installée de 10 000 MW (à titre de comparaison, la puissance installée au Tchad est de l’ordre de 300 MW). Plus de 7 milliards de dollars US seront mobilisés à travers plusieurs organismes gouvernementaux américains tels que l’USAID[1](285 millions), le MCC[2] (1 milliard), Ex-Im Bank[3] (5 milliards), l’USTDA[4] et l’OPIC[5] notamment [2]. Ces fonds serviront à fournir une assistance technique pour la préparation de projets, les études de faisabilité, le développement de mini-réseaux électriques et les systèmes hors réseau. Ces fonds permettront aussi d’aider les gouvernements des pays concernés à mettre en œuvre des réglementations et d'autres réformes nécessaires pour attirer les investissements privés dans le secteur électrique. Enfin ils permettront surtout de minimiser les risques en servant de garanties pour les investissements effectués dans le domaine.

Power Africa met aussi le secteur privé à contribution. General Electric (GE) s’est ainsi engagé  à produire 5 000 MW d’électricité fiable et bon marché dans les 5 années à venir. Le fonds d’investissement panafricain Heirs Holdings promet d’investir 2,5 milliards de dollars dans la mise à disposition d’environ 2 000 MW de capacités électriques. Des entreprises telles que Husk Power Systems, Harith General Partners et Aldwych International interviendront dans la mobilisation de ressources et la promotion d’installations basées sur les énergies renouvelables (biomasse en Tanzanie, éolien au Kenya). Des projets déjà présentés à la BAD pourront être financés grâce à cette initiative (Lake Turkana Wind, projet de 300 MW au Kenya).

En définitive, Power Africa est une initiative qui permet de mettre en lumière le problème de l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne en essayant d’y apporter une réponse concrète. L’initiative est bonne. Quelques insuffisances sont à relever toutefois.

Une des insuffisances majeures de Power Africa réside dans le choix des pays qui pourront en bénéficier. Atteindre l’objectif de doubler le taux d’accès à l’électricité en se focalisant uniquement sur 6 pays parait assez difficile. En plus du fait que mathématiquement cela est impossible (la population totale de ces pays ne représente qu’environ 37% de la population africaine), le déséquilibre qui serait engendré sera trop important pour être viable. Il aurait été plus utile de se focaliser sur les projets à vocation sous régionale tels que les interconnexions entre les pays. En plus de la BAD, aider au développement d’organismes sous régionaux comme le SAPP, le WAPP (faciliterait l’identification des projets prioritaires et leur mise en exécution. Cette sélection de pays (tous anglophones par ailleurs), dont les critères sont ignorés, semble plus relever de la géostratégie et de la défense de pré-carré que de la volonté de développer le secteur électrique africain.

Pour arriver à atteindre l’objectif de doubler le taux d’accès à l’électricité, Power Africa recommande que les nouvelles capacités installées s’appuient sur les récentes découvertes de gaz, les ressources hydrauliques et les énergies renouvelables (géothermique, solaire et éolien). Le manque de hiérarchisation des priorités dans les sources d’énergie recensées constitue une des insuffisances majeures de cette initiative. Comme il a été rappelé à maintes reprises sur TW, il serait utile que le continent se focalise dans un premier temps sur le développement d'infrastructures hydrauliques et solaires afin de pallier le manque d’électricité dont souffre une très grande partie de sa population (près de 85% en milieu rural).

Le budget mobilisé dans le cadre de cette initiative est élevé. Cependant il est important de mettre en regard les chiffres avancés par l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) sur le sujet. Cet organisme international a évalué à 300 milliards les investissements à réaliser pour que tous les habitants du continent africain aient accès à l’électricité à l’horizon 2030 [2]. Face à ce chiffre, les 7 milliards avancés, qui sont certes importants, ne paraissent pas à la hauteur de l’enjeu. Une action concertée avec d’autres pays développés aurait sûrement permis de mobiliser plus de fonds vue l’influence des Etats-Unis sur la scène internationale.

Il est louable que le secteur privé soit invité à participer activement à cette initiative. Ce secteur demeure le vecteur de croissance par excellence, notamment dans le domaine électrique. Néanmoins, il est important de relever que sur un plan de 10 000 MW de capacités additionnelles à créer, la moitié est d’ores et déjà attribuée à General Electric (GE). Cela donne l’impression que pour bénéficier de ces fonds, il n’est point besoin de faire un appel d’offre, confier tout projet à GE suffit visiblement. Cette initiative, de ce point de vue, s’apparente à une garantie, par le gouvernement américain, des investissements des entreprises américaines présentes dans le secteur en Afrique, et plus particulièrement à General Electric.

Améliorer l’accès à l’électricité en Afrique subsaharienne nécessite un accroissement des capacités de production mais aussi une amélioration des infrastructures de transport, une plus grande rationalisation de la distribution, une sécurisation de l’approvisionnement en combustible et une maintenance accrue de l’ensemble des installations. En dépit du fait que Power Africa ne semble se focaliser que sur le premier point et malgré les remarques exposées précédemment, l’initiative a le mérite d’exister et d’apporter une lueur d’espoir aux populations. Ceci étant, il est important de rappeler que seuls les gouvernements africains ont la capacité d’impulser un mouvement salutaire pour le secteur. Ils doivent en prendre davantage conscience.

 

Mis à jour le 04/08/2013


[1] World Energy Outlook 2010, AIE

 

 

 

 

[2] http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2013/06/30/fact-sheet-power-africa

[3] Brochure Power Africa Initiative, document BAD

[1] USAID : U.S. Agency for International Development

[2] MCC : Millennium Challenge Corporation

[3] Ex-Im Bank : U.S. Export-Import Bank

[4] USTDA : U.S. Trade and Development Agency

[5] OPIC : Overseas Private Investment Corporation

 

 

 

 

Macky Sall, Obama et la peine de mort

Nous vivons en un temps où, Dieu merci, une condamnation à mort ne déshonore plus personne.

Malatesta, II, 4, Malatesta

Henri de Montherlant

 

Que le président Macky Sall en soit conscient ou non, la logique qui mène à la pénalisation de l'homosexualité est proche de celle qui sous-tend la peine de mort. On ne peut pas etre abolitionniste "à moitié".

Obama Macky SallLa presse africaine a fait grand cas de l’échange aussi courtois qu’"incisif" entre le président Barack Obama et son homologue sénégalais Macky Sall au cours de leur conférence de presse conjointe, jeudi dernier. La visite d’état d’Obama coïncidait avec la décision de la cour suprême américaine invalidant la loi de défense du mariage [voir Libération, 26/06/2013] qui le définit comme l’union entre un homme et une femme. Interrogé sur la portée de cette décision et la question du statut social de l’homosexualité, Obama eut recours à son sauf-conduit favori, le principe "éternel" et commun à toutes les « grandes religions » qui dit en susbstance : « ne fais pas à autrui ce que tu n’aimerais pas qu’on te fasse » [se reporter ici pour toutes les variantes de la « règle d’or »]. Macky Sall opta pour une défense plus subtile, rappelant que sur ces questions, il était nécessaire de respecter les dynamiques propres à chaque société, et glissant au passage que le Sénégal avait quant à lui déjà aboli la peine de mort… Cette réponse pas tout à fait du berger à la bergère a fait les gorges chaudes de bien des journalistes et commentateurs [voir Dakar Actu, la BBC, Afrik.com, le Journal du Mali, African Review, Guinée Conakry Info] et gagné les applaudissements de la rue dakaroise.

Macky Sall : la réponse du berger au berger

Ce qu’il faut pour être « courageux », aujourd’hui, n’arrête pas de me surprendre [Terangaweb, 08/05/2011]. La réponse toute en esquive et en approximations de Macky Sall, donnée dans un contexte apaisé, sur un ton mineur, souriant et détendu a été accueillie comme une version moderne de David contre Goliath, le courageux Macky contre le tout-puissant Barack [Le New York Times]. Sur le ton de la conférence de presse et la teneur exacte des échanges (loin de la chronique martiale relatée par la presse) le lecteur pourra se reporter à la retranscription de la rencontre [Département d’Etat, 27/06/2013]. Sur la réponse de Macky Sall, on ne peut que pointer les demi-mensonges et incohérences.

Prenons-en la partie centrale : "Le Sénégal est un pays tolérant qui ne fait pas de discrimination en termes de traitement sur les droits (…). Mais on n'est pas prêts à dépénaliser l'homosexualité. C'est l'option du Sénégal pour le moment. Cela ne veut pas dire que nous sommes homophobes. Mais il faut que la société absorbe, prenne le temps de traiter ces questions sans qu'il y ait pression. (…) "C'est comme la peine de mort, une question que chaque pays traite [à sa façon]. Nous l'avons abolie depuis longtemps. Dans d'autres pays, elle s'impose parce que la situation l'exige. Nous respectons le choix de chaque Etat."

Je ne sais que faire, personnellement, de la première partie : la pénalisation de l’homosexualité – article 319 du code pénal sénégalais (Ministère de la Justice, PDF) – est, par définition, une discrimination, un traitement différencié vis-à-vis de la loi, instauré en fonction des préférences et attitudes privées d’un individu. Quelqu'un de plus intelligent que moi devra m'expliquer comment cela cadre avec l’analyse de Macky Sall. Sur la question de la « tolérance » dont ferait preuve la société sénégalaise, il pourrait suffire de lire les réactions de la rue dakaroise à la réponse de Macky Sall, telles que recueillies par le correspondant du New York Times (cf. supra). On pourrait également se reporter à un rapport d’Amnesty International de Novembre 2010 sur les exactions commises au Sénégal contre les personnes homosexuelles ou perçues comme telles par la population et les forces de police [Amnesty International, « Craindre pour sa vie », 2010]. On pourrait enfin s’inquiéter du recours au terme « tolérance » qui pour toute son apparente innocuité, implique une « sorte de refus péniblement refoulé, une sorte de résignation » (Jean Dausset, Courrier de l’Unesco, Sept. 1982, p.69 – PDF)  

C’est un magnifique geste de jiu-jitsu politique de la part de Macky Sall que d’avoir transformé cette réponse inadéquate en attaque voilée contre la pratique de la peine de mort aux USA. Ça lui permet à la fois d’éviter complètement le sujet et de paraître résister aux tous puissants USA. S’en contentera qui voudra. Pour ceux que ça interesse et pour ce que ça vaut, comparé à plusieurs autres pays africains [Amnesty International, Juin 2013], le traitement réservé dans le droit et dans la société aux homosexuels  au Sénégal est relativement modéré. En grande partie parce que le texte de la loi n’est pas appliqué aussi souvent que cela – que même le Président de la République se réjouisse de l’inapplication des lois est assez rare pour être noté. Mais enfin… Depuis le temps que j’écris sur ce sujet, j’ai l’horrible impression de me répéter et d’ennuyer le lecteur – autant que je m'ennuie à répéter ces évidences.

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L'Etat, l'individu et la peine de mort

L’esquive de Macky Sall est un peu plus grave qu’il ne le semblerait à première vue. Dans la condamnation, la pénalisation de pratiques individuelles et personnelles, il y a un instinct autoritaire. Cette concession de pouvoir à l’Etat sur les vies des individus n’est pas, dans ses fondements moraux, si différente que ça de la peine de mort. L’utilisation aléatoire et mesquine de la peine de mort par le président Yahya Jammeh en Gambie [Geopolis France Info] ou les efforts des parlementaires Ougandais pour rendre l’homosexualité passible de la peine capitale [Terangaweb, 25 mai 2011] viennent renforcer cette similarité.

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Au-delà de tous les sentimentalismes et de toutes les positions morales ou religieuses, l’argument central contre la peine de mort, à mes yeux, a trait aux limites imposées au pouvoir de l’état. Tous les régimes totalitaires étaient des régimes d’homicides d’état, sans aucune exception. La suppression de la peine de mort de nos arsenaux juridiques est une réaffirmation de la primauté de l’individu, sur l’état et sur la société. Celle-ci peut condamner, ôter les libertés civiles et politiques, bannir et punir, elle n’a pas le droit d’être vengeresse et de supprimer ce droit inaliénable, individuel à la vie.

La mort est définitive, incorrigible, irrattrapable. La justice des hommes est imparfaite, corruptible et corrigeable. Pour ces simples raisons pratiques, la peine de mort devrait être ôtée des mains de l’Etat. Ainsi, ce qui rend la peine de mort « raisonnable » aux yeux de ses partisans, est précisément ce pour quoi elle est condamnable : son caractère définitif, absolu et totalitaire.

Il suffit de feuilleter le catalogue des indignités humaines que constitue l’application de la peine de mort aux Etats-Unis pour se rappeler que la plupart du temps, ce droit de tuer concédé à l’Etat ouvre la voie à une application capricieuse, mesquine, barbare et petite-bourgeoise de la loi : surreprésentation des minorités ethniques et des pauvres parmi les condamnés, malades mentaux et enfants croupissant dans les couloirs de la mort, exécutions pour la forme, organisées par convenance politique, les veilles d'élections présidentielles ou législtaives, etc.

La liste des « crimes » passibles de la peine de mort, à travers le monde, est hautement variable et incohérente, reflet des préjugés et arriérations de chaque société : on peut être condamné à mort pour adultère dans une dizaine de pays, la possession de certaines quantités de drogue peut vous valoir votre vie, dans plus d’une quinzaine d’Etats, vous pouvez être condamnés à mort pour « crimes de nature économique » dans quinze autres, etc. [Chacun pourra se construire, selon son estomac, un catalogue intime de ces incohérences sur ce site : Death Penalty Worldwide]

La survivance de la peine capitale aux USA est une infamie. L’utiliser comme parade à la pénalisation de l’homosexualité au Sénégal, comme le fit Macky Sall et ses compatriotes qui s’empressèrent d’acquiescer, est à peine moins grave. Là où l’Etat a obtenu le droit de régenter les esprits et de condamner des « aberrations » individuelles pour lesquelles il n’y a aucune victime, sur la simple désapprobation morale ou religieuse du chef, de son clan ou même de sa majorité, là s’ouvre une brèche et un acquiescement à l’autorité toute puissante et omnisciente de l’Etat qui sont dangereux.

Obama et la « Bande des quatre »

Jacques Foccart raconte dans ses mémoires que parlant des Chefs d’Etat africains, De Gaulle lui dit un jour ceci : « Foutez-moi la paix avec vos nègres ; je ne veux plus en voir d’ici deux mois, vous entendez ? Plus une audience avant deux mois. Ce n’est pas tellement en raison du temps que cela me prend, bien que ce soit déjà fort ennuyeux, mais cela fait très mauvais effet à l’extérieur : on ne voit que des nègres, tous les jours, à l’Élysée. Et puis je vous assure que c’est sans intérêt. »
 
Imaginer que de tels propos puissent sortir de la bouche de Barack Obama serait saugrenu. Pour la dernière phrase cependant, on nuancerait presque le propos. Une éternité après la saillie de Charles de Gaulle, en effet, on pourrait, avec un brin de témérité, se figurer le premier président afro-américain des Etats Unis, disant à Johnnie Carson, le monsieur Afrique de son administration, qui lui parlerait d’audiences à accorder aux leaders africains : « Je vous assure que c’est sans intérêt » avant de consentir à en recevoir quatre à la fois histoire de ne pas avoir l’impression de les voir, à la Maison Blanche, tous les jours.
 
Les présidents du Sénégal, de la Sierra Léone, celle du Malawi ainsi que le premier ministre du Cap-Vert ont été reçus, ce 29 mars, à la Maison Blanche afin d’être félicités pour les acquis démocratiques observés dans leurs pays.
 
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(crédits photos : Pete Souza – Official White House Photo)
 
A la sortie de son entrevue de quinze minutes avec Barack Obama, Macky Sall a confié aux journalistes avoir invité son homologue américain à lui rendre visite à Dakar.  Là,  on n’a pas pu s’empêcher de s’imaginer le président sénégalais inviter, dans le même temps, les présidents du Canada, du Mexique ainsi que celle du Brésil et les recevoir tous les quatre ensemble avant de leur accorder des tête-à-tête d’un quart d’heure, à tour de rôle. Pas sérieux tout ça. C’est en fait la preuve, par l’absurde, qu’en acceptant ce traitement, ces dirigeants ne forcent pas le respect. Ils se décrédibilisent en entrant à la queue leu leu dans le bureau ovale. De plus cette mise en scène triste ou comique – c’est selon – n’a concrètement, en terme de retombées sur leurs pays respectifs, aucun intérêt pour utiliser le bon mot de l’autre.
 
Les spécialistes affirment que depuis l’élection de Barack Obama en novembre 2008, les investissements de l’Amérique vers l’Afrique ont diminué. Georges Bush, notamment dans le financement des programmes anti sida, a fait mieux dans ce domaine que son successeur dit-on. Après l’euphorie ayant entouré son élection, Obama a tôt fait de rappeler à tout le monde que l’Afrique, c’est moins de 5% du commerce extérieur américain. Il y a juste eu un certain regain d’intérêt en matière de sécurité, d’influence géostratégique et de lutte contre le terrorisme.
 
Quand, voyant la Chine étendre son influence à coup de milliards de dollars (entre 2001 et 2011, le commerce entre le géant asiatique et le continent est passé de 20 à 120 milliards de dollars), certains conseillers ont commencé à insister sur l’urgence de contrer la Chine en Afrique, sans en faire une véritable priorité, le président a laissé sa secrétaire d’Etat d’alors, Hillary Clinton, s’occuper de la gestion de ce dossier.
 
Que Barack Obama ne porte pas beaucoup de considération à une région dont il juge l’impact sur le maintient de l’influence de son pays dans le monde insignifiante est somme toute normale (certains disent que dans le même ordre d’idées, il a un peu délaissé la vieille Europe pour les nouvelles opportunités offertes par l’Asie). Les américains l’ont élu et réélu pour qu’il s’occupe de leurs problèmes, et il fait de son mieux pour mériter leur confiance. Ce qui gêne en revanche, c’est l’attitude de ses homologues africains qui semblent considérer une réunion et quelques petites minutes d’aparté avec lui comme un succs diplomatique sans autre égal ou une merveilleuse consécration politique.
 
Au lendemain de son élection, beaucoup d’Africains se sont mis à rêver d’un nouvel allié sur la scène internationale lorsqu’il s’agirait, par exemple, de prendre position sur des questions à grands enjeux telles que la redéfinition des règles du commerce mondial ou l’obtention pour l’Afrique d’un siège au Conseil de Sécurité de l’ONU. Les plus réalistes avaient pourtant prévenu qu’il éviterait au contraire de renvoyer à son électorat un tropisme africain, qu’il serait, sur le fond, un président américain comme un autre, ne bousculant donc en rien les règles établies, même si sur la forme il s’efforcerait à renvoyer une image plus reluisante que celle de son prédécesseur. Cependant, l’obamania ambiant ne laissait pas beaucoup de place au retentissement d’un tel son de cloche.  
 
En juillet 2009, lors de sa première visite sur le continent, Obama prononçait, à Accra, un de ces discours dont il a le secret. « L’Afrique n’a pas besoin d’hommes forts mais de fortes institutions » martelait-il devant un auditoire conquis. Aurait-il eu besoin de nous en administrer la preuve, qu’il n’aurait pas fait autre chose qu’obliger nos « hommes forts » à se mettre en quatre littéralement pour pouvoir entrer dans le saint des saints.
En août 2010, il accueillait, à la Maison blanche, plus d’une centaine de jeunes africains pour discuter de leur « vision de l’Afrique pour les 50 ans à venir ». Recevoir leurs représentants de la même manière que ces groupes de touristes qu’il croise de temps à autre dans son palais ne faisait certainement pas partie des idées de l’avenir qu’ils lui ont exposées.
 
Macky Sall raconte qu’en réponse à son invitation, Obama lui a assuré qu’il étudierait, lors de sa prochaine visite en terre africaine, la possibilité de passer par Dakar. Comme pour dire : je ne me déplace généralement pas pour visiter spécialement un pays africain, je choisis un créneau libre dans mes quatre ans de mandat et je visite, à coup de vent, les pays où je peux me rendre à ce moment là. Vous aurez peut être la chance d’en faire partie.
 
Au moins, il a un langage qui sied à sa fonction. Toujours correct et charmant même lorsqu’il vous envoie un peu promener…

Logos et logocrates (II) : Sarkozy et Obama discourent sur l’Afrique

Accra
Le ton et le contexte sont ici essentiels. L’allocution de Barack Obama à Accra était attendue, le choix de cette ville, considéré comme un adoubement, une reconnaissance. La popularité du Président Américain y est réelle et solide. Le ton du discours plus apaisé, plus respectueux dans les formes, plus didactique, le fond plus conséquent, la forme plus structurée, les analyses plus fines, les perspectives ouvertes plus claires, les promesses chiffrées et les références plus actuelles que dans le cas du désormais (et tristement) célèbre "discours de Dakar".
J’avais le pressentiment que je détesterais ce discours. Pour des raisons assez étranges, les discours de l’ex-sénateur Obama, me semblent rébarbatifs depuis son accession à la présidence, sa timidité dans le domaine des relations internationales m’exaspère aujourd’hui, comme jadis l’enthousiasme insensé que sa candidature avait soulevé.
Au fond, il n’y a rien à redire sur le discours en lui-même, mais c’est l’idée de ce discours, la manie de discourir tout le temps sur l’Afrique, la propension à venir rappeler aux leaders Africains des vérités qu’ils sont censés savoir, qui est écœurante.
L’allocution d’Obama a un avantage décisif sur celle de son homologue Français : elle est structurée et cohérente.
D’abord les habituelles banalités sur l’avenir de l’humanité qui dépendra peu ou prou de ce qui se passera en Afrique, dans les domaines de la démocratie, la santé et l’économie. Puis un retour sur l’histoire familiale du Président Américain qui recoupe en partie l’histoire de l’Afrique subsaharienne (colonisation, lutte pour l’indépendance et mirages postélectoraux). Enfin, le corps du sujet : une exposition en quatre parties sur la démocratie, la création d’opportunités, la santé et la résolution pacifique des conflits.
Simple et cohérent. Des annonces chiffrées (65 milliards de dollars pour poursuivre les efforts entrepris par Bush dans le domaine de la santé), des explications sur le rôle du commandement militaire américain qui doit être installé au Liberia, des engagements précis sur le soutien aux états démocratiques du continent, sur l’aide à la formation des cadres, sur la lutte contre le paludisme et l’amélioration de la prise en charge de l’accouchement. Nulle allusion à l’homme Africain, juste « l’Afrique » (parce que c’est suffisant); la question des défis et des opportunités que crée le réchauffement climatique en Afrique abordée sans aucune référence à l’homme noir si "proche de la nature".
Mais tout cela est gâché par le paternalisme. « L’Avenir de l’Afrique appartient aux Africains »… Et les parlementaires Ghanéens ont applaudi… L’occident n’est pas responsable de la dégradation de la situation au Zimbabwe… Et la salle s’est enthousiasmée. « Le monde sera ce que vous en ferez » et des hourrah jaillirent de toutes les gorges. Des sottises pareilles…
On pourrait en tirer deux conclusions : ou personne ne sait rien de tout cela en Afrique, et l’on est en droit de s’alarmer sur l’avenir de ces terres ; ou Barack Obama a ressenti le besoin de rassurer les Africains, ce qui est presque plus grave, parce qu’il n’y a que les enfants qu’on a besoin de rassurer, les adultes affrontent les défis, "debout, parce que c’est debout qu’on écrit l’Histoire".
L’infantilisation ici procède différemment. Ce ne sont pas les Africains en général qui se sentiraient infantilisés par ce discours, mais leurs leaders. La Voix de l’Amérique leur apporte la vérité sur leur situation, leur promet récompenses ou punitions. La société civile en Afrique a reçu elle les « encouragements » et les « félicitations » du président américain, l’entreprenariat privé a été vanté. Ce sont les leaders politiques qui ont été infantilisés. Le Professeur Obama leur a pendant trente minutes expliqué pourquoi il fallait aller de l’avant, comment leur situation pourrait s’améliorer et ce qu’il faudrait changer; il leur a présenté les vertus de la démocratie. Tout cela dans une sorte de tragi-comédie qu’on pourrait intituler « les cons découvrent le XXIème siècle ».
Conclusion
L’élégance racée et distinguée d’un côté, la brutalité brouillonne de l’autre, mais le même fond, à Dakar il y a deux ans, comme à Accra, l’Afrique n’a eu droit qu’à des logocrates, exposant ce qu’ils présentent comme les nécessités et les besoins de ce continent, alors qu’il ne s’agit que de tactiques électorales. Le discours de Conakry du Général de Gaulle en 1958 n’a pas mis fin à la mainmise française en Afrique francophone, celui de François Mitterrand à la Baule en 1990 n’a pas achevé les dictatures africaines, les excuses de Clinton en 1998 à Kampala n’ont pas suffi à clore le débat sur l’esclavage : tous visaient avant tout à rassurer ou s’attirer les faveurs de certaines parties des opinions publiques nationales, l’Afrique n’était qu’un prétexte.
Si Nicolas Sarkozy a annihilé tout espoir de construire des relations pacifiques avec l’Afrique, Barack Obama, par son habileté et aussi au nom de cette mystique panafricaine désuète mais si dangereusement répandue sur le continent et au sein des diasporas noires,  a vu  sa popularité s'accroître. Mais tout cela n’est que logorrhée. George Bush dont on ne recense aucun grand discours sur l’Afrique est pourtant, de tous les chefs d’États occidentaux, celui qui aura le plus fait pour aider réellement cette partie du monde, sans fanfares et alors que s’abattaient sur lui la pluie des quolibets – bien mérités – suscités par son action sur d’autres fronts (un article que j’ai en tête depuis trois mois et que je n’ai pas encore eu le temps d’écrire). Les vrais amis de l’Afrique ne sont pas toujours ceux qu’on croit.