Entretien avec Douglas Mbiandou, fondateur de 10.000 codeurs

L’Afrique des Idées a rencontré 10.000codeurs, un programme de formation pour les développeurs. Son fondateur Douglas Mbiandou revient dans cet entretien sur le rationnel derrière la mise en place de ce projet.

ADI : D’où vous est venue l’idée de fonder 10.000codeurs ? 

A l’aube de mes 40 ans, je me suis demandé comment je pouvais contribuer au développement d’un continent de plus d’un milliard d’Africains, et ce après avoir contribué en 12 ans à la formation de plus de 3000 informaticiens en France. J’ai pensé qu’il faudrait 1 développeur pour 1000 habitants. On tombe alors sur le nombre 1.000.000. Comme cela faisait beaucoup à former je me suis dit que si j’arrivai déjà à former un centième, ce serait pas mal, ça donne 10.000, d’où 10.000codeurs !

ADI : En quoi consiste votre initiative, pourriez-vous nous donner un aperçu général de vos activités ?

Fédérer, Former, Insérer : dans le cadre d’une volonté de lutter contre le chômage des jeunes en Afrique, tout en repositionnant le continent comme acteur de l’industrie numérique mondiale, nous fournissons en Afrique à des jeunes, des femmes et des professionnels en reconversion des savoir-faire et savoir-être correspondant aux besoins de l’industrie mondiale du logiciel. Nous créons ainsi les conditions d’une autonomisation financière de nos bénéficiaires, et ce dans un secteur très porteur pour lequel les besoins sont plus qu’énormes.

Nous animons des formations sur 12 mois « Développeur d’applications Web Mobile » totalisant 450 heures en cours du soir avec un format de 3 fois 3h par semaine (18h-21h) et nous nous engageons à insérer sous 6 mois les bénéficiaires qui arrivent au bout du programme.

ADI : Ce n’est pas votre première expérience entrepreneuriale, mais c’est la première en Afrique, avez-vous rencontrez des difficultés particulières ?

La première difficulté fut de toucher notre cible : les jeunes. J’ai mis du temps avant de comprendre que c’est à travers les réseaux sociaux et WhatsApp que j’avais plus de chance de les atteindre. Il y a aussi le fait de raconter l’histoire des 100 premiers bénéficiaires : des parcours inspirant à partir desquels les 9900 autres vont s’identifier. Aujourd’hui nous enregistrons 1500 demandes d’inscription au programme à partir du formulaire (http://bit.ly/2BiZ0Og).

La deuxième difficulté a été de constituer un réseau de formateurs pédagogues : des professionnels du développement d’applications déterminés comme moi à jouer leur rôle. Ils sont aujourd’hui dix sur le continent répartis dans les 3 pays suivant : la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Cameroun. Ils ont pu suivre un cursus de formateurs leur permettant de bénéficier des 12 ans d’expériences de formation professionnelle du centre Objis. Nous avons besoin de 200 formateurs pour former les 10000codeurs. Nous en avons actuellement une dizaine dont Serge Komi INNOCENT à Abidjan, Daniel FOUOMENE à Yaoundé, Gabriel KWAYE KANT à Douala, Ousseynou SENE à Dakar. Je les remercie particulièrement car je peux vous dire qu’ils mouillent le maillot au-delà de mes espérances, et pour la joie et l’expertise de cette nouvelle génération de codeurs Africains !

La dernière difficulté reste le modèle économique. Former, valoriser et insérer un bénéficiaire 10000codeurs coute 6000 euros, soit dix fois plus que ce que paye les bénéficiaires actuellement. Notre pari est de montrer que nous sommes capables de former ET insérer ; nous pourrons alors obtenir les faveurs des Etats, des organismes d’aide au développement ainsi que des entreprises. Nous allons établir les partenariats rendant possible la phase industrielle de 10.000codeurs.

ADI : Quels sont les retours que vous avez reçus sur votre projet ?

Sur la base d’éléments factuels (interaction sur les réseaux sociaux, invitations dans les événements liés au numérique, perception de la jeunesse etc…) il apparaît que le projet est perçu non seulement positivement, mais aussi comme étant une initiative à fort potentiel pour la formation des jeunes et des femmes sur notre continent. C’est très encourageant et nous positionne comme une entreprise responsable.

Ce sont les histoires de nos bénéficiaires qui inspirent. Comme celle de Stéphanie NTAMACK au Cameroun : femme, maman, esthéticienne de 34 ans qui a choisi 10000codeurs pour se reconvertir en développeuse d’applications informatique. Ou encore celle de Mohamed TRAORE en Côte d’Ivoire : de formation gestionnaire, il est aujourd’hui l’un des meilleurs éléments de sa promotion. Ces cas donnent envie à d’autres de s’investir dans ce secteur en bénéficiant d’un accompagnement de professionnels responsables.

ADI : Comment voyez-vous l’avenir de 10.000codeurs ?

En 2018 nous allons continuer à raconter l’histoire de ces 100 premiers qui nous ont fait confiance. Nous souhaitons mettre en œuvre des cours en journée et un volet de e-learning pour attirer encore plus d’intéressés. En parallèle, nous menons un travail relationnel pour valoriser notre travail auprès des autorités des pays pilotes ainsi que d’autres pays sensibles à l’emploi de leur jeunesse. Dès 2019 nous souhaitons qu’Objis ne soit pas un contributeur financier parmi tant d’autres.

Nous allons fédérer les jeunes et les femmes en Afrique qui croient en notre vision, et ce à travers des groupes WhatsApp que nous créerons progressivement. Aujourd’hui, nous en avons déjà en Guinée, au Tchad et à la République Démocratique du Congo. Une occasion de garder contact et montrer notre volonté de proximité.

10.000codeurs sera également positionné comme fondation d’une plateforme en cours d’élaboration où codeurs, entrepreneurs et investisseurs seront au service de nouveaux usages du numérique en Afrique. Nous souhaitons devenir un partenaire privilégié des organisations patronales, des Etats, ainsi que des écoles de formation informatique en Afrique et cela dans le cadre de l’écosystème 10000codeurs

ADI : Une dernière chose que vous souhaitez ajouter ?

Combattons le chômage des jeunes et des femmes en Afrique. Comment ? Avec l’apprentissage des compétences pratiques en programmation web Mobile, des Soft skills, de l’anglais et de l’entrepreneuriat pour gagner entre 5000 FCFA (7,5 euros) et 1 million FCFA (1500 euros) et plus par jour.

 

 

Plus d’informations sont disponibles sur les liens suivants :

Vidéo de présentation 10000codeurs par Douglas MBIANDOU : https://www.youtube.com/watch?v=mqpbZ567OKA

Site 10000codeurs : www.10000codeurs.com

Site Douglas MBIANDOU : www.douglasmbiandou.com

Site plateforme 10000besoins : www.10000besoins.com

Demande d’inscription programme 10000codeurs : http://bit.ly/2BiZ0Og

Contact : contact@10000codeurs.com

Demande de Rdv et renseignements pays : Tel / WhatsApp

•Côte d’Ivoire : Noel N’GUESSAN au 00 225 58 66 13 07

•Sénégal : Senebou BADJI au 00 221 77 201 31 33

•Cameroun (Yaoundé) : Stéphanie NTAMACK au 00 237 568 375 60

•Cameroun (Douala) : Pierrette MAKANI au 00 237 6 96 23 19 54

Entretien avec Lionel Yao, fondateur de S-Cash Payment

L’Afrique des Idées a rencontré S-Cash Payment, une solution bancaire, totalement digitale. Son fondateur Lionel Yao, revient dans cet entretien sur le rationnel derrière la mise en place de cette plateforme.

ADI : En quoi consiste votre initiative, pourriez-vous nous donner un aperçu général de vos activités ?

Nous avons développé le premier compte sans banque 100% mobile pour les personnes exclues des systèmes financiers classiques, afin de leur permettre de bénéficier de solutions d’épargne, de crédits et d’un porte-monnaie électronique permettant d’acheter 24h sur 24 sans prendre le risque de transporter de la liquidité sur soi. Ce projet nous a couté plus de 25 millions Franc CFA jusqu’à présent. 

D’où vous est venue l’idée de fonder S-Cash Payment ? 

En 2015 lors d’un voyage au Nigeria en bus, j’ai été frustré et peiné parce que je ne disposais pas de compte bancaire, ni de produit bancaire comme les cartes de crédit pour effectuer mes transactions en naira. Ce constat m’a amené à chercher une solution dématérialisée  qui pourrait répondre aux problèmes de tous ceux qui étaient ou se retrouveraient dans ma situation. En faisant les recherches, je me rendu compte qu’en Afrique, on dénombre 925 millions de personnes non bancarisées en Afrique dont 420 millions en Afrique subsaharienne alors que 277 millions possèdent des smartphones et un compte mobile Money. Dès lors la solution que nous voulions proposer était possible et se justifiait. C’est dans cette optique que mon équipe (2 financiers et 3 codeurs) et moi, avions décidé de nous investir totalement pour créer S-Cash.

L’administration vous a-t-elle aidé dans vos démarches ?

Nous avons obtenu un fonds d’amorçage auprès de la fondation jeunesse numérique (www.fjn.ci), on espère plus dans le future. Au delà, d’un intérêt réel pour notre projet, nous n’avons pas reçu pour l’heure d’autres concours de l’Etat. Il n’y a pas de dispositifs d’appui concrets à des initiatives comme la nôtre malheureusement ; cela aurait été le bienvenu.

Quels sont les retours que vous avez eu sur votre projet ?

Nous avons seulement lancé pour le moment la version test (MVP) pour acquisition client. En termes de commercialisation véritable cela se fera dans les mois à venir. Nous recevons chaque jours de nos leads des messages nous demandant l’horizon de commercialisation de S-Cash car impatient d’utiliser la solution. Seules les banques demeurent réticentes à l’ouverture de leur système par peur des cybers attaques.

Comment voyez-vous l’avenir de S-Cash Payment ?

Je vois S-Cash comme une entreprise leader et experte dans la fourniture de solutions de finances digitales pour promouvoir l’inclusion financière en Afrique. Après la conquête du marché national, nous avons pour but de nous étendre sur toute l’Afrique subsaharienne !

Une dernière chose que vous souhaitez ajouter ?

La solution S-Cash est toujours en phase test et ne sera commercialisée que cette année. Mais nous avons déjà récolté un investissement de plus de 35 millions Franc CFA. Et nous restons ouverts à tout investisseur qui souhaiterait appuyer notre initiative pour contribuer à renforcer l’inclusion financière en Afrique.

Pour suivre le développement de S-Cash Payment, suivre leur page sur Facebook : @scash4you, Twitter: @scashpayment ou Instagram: @scash_payment

The Iroko project: The Crowd lending Pioneer in West Africa

The Iroko project is the first crowdlending platform in West Africa. The objective is to allow individuals to lend their savings directly to small and medium-sized companies in West Africa, for a fixed term and interest rate.

The project:

The project was created by two former students of Paris HEC (who graduated in June 2016), passionate about the dynamics and stakes that cross the African continent, especially West Africa.

Their work is based on a threefold observation: in the coming decades, the creation of millions of jobs represents a major challenge of the region, but SME’s are the main levers of job creation. However, these companies often lack the necessary funds for their development. This is the famous “missing middle” or “missing link” of financing. Since September 2015, they have been working on the opportunity of crowdfunding for small and medium businesses from West Africa and they conducted a feasibility study in April/May 2016 in Senegal and Ivory Coast. This study led to partnerships notably with Cofina group and Lendopolis (KissKissBankBank Group).

There were 3 objectives: to develop a legal operational model in the West Arican legal framework (there is no regulation on crowdlending in West Africa yet), to gauge the SMB and lender's interest in the service and to create strategic partnerships with local institutions. Then, they  presented and published their report (which is available on their website) and went back in October to start their activity.

The aim of the pilot stage (october to march) is to realize the three first lendings of about 30 millions CFA francs each. The first collection will start after the first project presentation during the launching event in Dakar on November 15th. They also joined the Cofina Group business incubator in Dakar.

Function and business model

The pivot of their model is their partnerships with agencies that assist SME’s, such as the Entreprise Upgrading Office or the ADEPME in Senegal. Every small and medium business funded is supported and  tutored by these agencies for at least a year.  These provide quantitative and qualitative information on the companies they assist and act as trusted third parties. The applications transmitted by these agencies are then reviewed by the Iroko Project team, and for those selected, presented to the lender community. The needs of the projects funded, vary between 10 and 100 million CFA francs. If the needs are more substantial, they can be complemented with a traditional bank loan. Once the project is presented online, lenders choose individually if they want to contribute, depending on the quantitative and qualitative information available on the company and its team. They also decide the amount they want to lend: between 100 000 and 2 million CFA francs. During this phase, lenders have the possibility to exchange with the manager and ask questions about the company activity. Data on social and environmental impacts are also highlighted, following the setting up of credit are also highlighted. These include: number of jobs created, reduction in the use of fossil energy, impact on local products etc. Once the collection is completed, the credit is disbursed and the reimbursements start. The proposed remuneration to lenders equals the credit interest rate and is around 9 to 14% each year.

The service proposes a complementary source of financing and a performing savings product, affordable for individuals. Once the credits have been set up, the Iroko project teams are in charge of following up the reimbursements and the possible recovery in partnership with the agencies. Concerning the default risk, as a last resort, it is supported by the lenders who are actually paid for the risk taken.

The economic model relies on the amount drawn during the credit setup, incurred by the company at a rate of 4,5 % of the total credit amount.For the lenders, the service is free and joining the community is very simple. Iroko project is open to every resident having a bank account in CFA francs. The only documents required are an ID and and bank transfer information.

Conclusion

The goal is to create a dynamic network where lenders and borrowers coordinate their funds, competence and know-how to encourage the development of the West African economic structure. The team is aware that their service targets the West-African privileged part of the population who have a strong savings capacity.   Developing innovative and popular payments channels such as mobile money is a priority.  However, these solutions are still very expensive and very difficult to bear by the parties at stake (SMB, lenders, Iroko Project).

Finally, the team hopes that their initiative helps the implementation of a specific regulation for crowd lending in this region. That is the reason why they discuss with the Senegalese authorities and the UEMOA zone to support the reflexion in that way.

The official project launching is scheduled on November 15th 2016 in Dakar.

You can contact the Iroko project team at contact@iroko-project or on Facebook and Twitter

Translated by

Anne-Sophie Cadet

Entretien avec Bénédicte Kudiman, fondatrice de Beto academy

L'Afrique des Idées a rencontré Beto Academy, une plateforme d'enseignement en ligne qui veut promouvoir les langues africaines et créer de l'emploi sur le continent africain. Sa fondatrice Bénédicte Kudiman revient sur le rationnel derrière la création de cette plateforme d'entrepreneuriat social et leurs ambitions. 

ADI : En quoi consiste votre initiative, pourriez-vous nous donner un aperçu général de vos activités ?

Beto academy est une plateforme d'enseignement des langues africaines (toutes présentées dans notre catalogue) par des enseignants qui résident dans des pays africains pour un public qui vient des quatre coins du monde. Aussi, depuis peu nous sommes sollicités pour réaliser la traduction des textes en langue européenne vers des langues africaines.

ADI : D’où vous est venue l’idée de fonder une académie des langues africaines ? 

Je fais partie de ces enfants qui ont vu leurs parents se priver pour envoyer des sous dans leurs pays d'origine. À la maison, il y a des plaisirs auxquels nous avons dû renoncer parce qu'il fallait aider tel ou tel membre de la famille au pays. Peut-on leur en vouloir ? Dans la plupart des pays africains, les gens ne sont pas payés à la fin du mois, et lorsqu'ils le sont, les sommes sont ridicules.

Nous sommes partis du constat que les autorités africaines n’ont pas la capacité de fournir à tous un emploi tel qu’elles le suggèrent dans leur programme politique. Le pouvoir politique ne  suffit pas pour assurer à tous un revenu suffisant. Le pouvoir est chez celui qui détient de quoi l'acheter…

Nous sommes en mesure de créer de la plus-value. La première matière première d'un pays c'est sa population. Nous sommes créateurs et sources de revenue. La matière première que nous proposons est inépuisable et d'une valeur inestimable : Les langues.

ADI : Quelles sont les modalités d'inscription et le profil type des adhérents ? 

Pour s'inscrire en tant qu'étudiant à une langue il n'y a pas de profil type. Vous pouvez être germanophone, anglophone, francophone. Les cours ont un coût qui reste très accessible. Il y a plusieurs options disponibles, la plus basique au prix de $15/mois inclut 1h30 d’enseignement, alors que la plus avancée au prix de $40/mois propose 4h d’enseignement. Il faut cependant prendre soin de s’enregistrer durant nos sessions d’inscriptions.

Pour ceux qui souhaitent devenir enseignants, nous recherchons des personnes motivées, qui parle couramment la langue qu’ils veulent enseigner, et bien sûr possédant une connexion Internet !

ADI : Comment voyez-vous l'avenir de Beto academy ?

Nous espérons que lorsqu'une personne souhaite faire des affaires ou immigrer dans un pays Africain que l'équivalent du TEF ou du IELTS soit requis. Nous espérons être amenés à la traduction d'œuvres littéraires en langues africaines, mais aussi de films, documentaires, et de chansons. Et bien évidement devenir une académie de référence et reconnue pour l’apprentissage des langues africaines de façon équitable. 

Mais plus sérieusement nous espérons faire partie des plus grands employeurs en Afrique.

ADI : Quel est votre bilan aujourd’hui : le nombre de personnes à qui cela a bénéficié et ce que cela a apporté en plus dans le plan de carrière de ces gens ?

Nous avons à peine un an et deux mois. Il est difficile de dire ce que cela à apporter en plus dans le plan de carrière de ceux qui ont suivi nos cours. Cela dit nous avons pu voir défiler pas moins de 3000 élèves et engager plus de 70 enseignants, c'est encourageant !

N’hésitez pas à contribuer à la cagnotte du projet :

https://www.leetchi.com/c/projets-de-benedicte-16821845

Plus d’informations sont disponibles sur le site de Beto academy :

http://www.betoacademy.com/

 

 

Iroko project : pionnier du crowdlending en Afrique de l’ouest

untitlediroko project est la première plateforme de financement participatif en dette rémunérée (crowdlending) en Afrique de l’ouest. L'objectif est de permettre aux particuliers de prêter directement leur épargne à des PME en Afrique de l'ouest, pour une durée et à un taux d'intérêt fixés à l'avance. 

Présentation du projet

Ce projet a été crée par deux anciens étudiants d’HEC Paris (diplômés en juin 2016) et passionnés par les dynamiques et les enjeux qui traversent le continent africain, et notamment l’Afrique de l’ouest. Leur travail est parti d’un triple constat : dans les décennies à venir, la création de millions d’emplois représente le défi majeur de cette région, or ce sont les PME qui sont les principaux leviers de la création d’emplois. Cependant, ces entreprises manquent souvent du financement nécessaire à leur développement, c’est le fameux « missing middle » ou « chainon manquant » du financement.

Depuis septembre 2015, ils ont travaillé sur l’opportunité du financement participatif pour les PME de la zone et ont notamment réalisé une étude de faisabilité, en avril-mai 2016, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. Cette étude a été l’occasion de nouer différents partenariats, notamment avec le Groupe Cofina et Lendopolis (du groupe KissKissBankBank)[1].

L'objectif était triple : développer un modèle légal opérationnel dans le cadre juridique ouest-africain (qui ne possède pas encore de régulation propre au crowdlending), tester l’intérêt des PME et des prêteurs pour le service et nouer des partenariats stratégiques avec des institutions locales. Ils ont ensuite soutenu et publié leur rapport (qui est disponible sur leur site) et sont revenus en octobre pour démarrer l’activité. L’objectif de la phase pilote (octobre-mars) est de réaliser les trois premiers crédits, d’environ 30 millions FCFA chacun.

La première collecte débutera après la présentation du premier projet, lors de l'événement de lancement le 15 novembre à Dakar. Dans ce contexte, ils ont également rejoint l’incubateur du Groupe Cofina à Dakar.

Fonctionnement et modèle économique

Le pivot de leur modèle est leur partenariat avec des agences d’accompagnement de PME, comme le Bureau de Mise à Niveau ou l’ADEPME au Sénégal. L’intégralité des PME financées sur leur plateforme sont en effet suivies par ces agences depuis au minimum un an. Celles-ci  fournissent une information quantitative et qualitative sur les entreprises qu’elles accompagnement et agissent comme des tiers de confiance. Les dossiers transmis par ces agences sont ensuite étudiés par les équipes d'iroko project et, pour ceux retenus, présentés à la communauté de prêteurs. Les besoins des projets financés sur la plateforme varient entre 10 et 100 millions de FCFA. Si les besoins sont plus conséquents, ils peuvent également arriver en complément d’un crédit bancaire traditionnel.

Une fois le projet présenté en ligne, les prêteurs choisissent individuellement s’ils veulent y contribuer, en fonction des informations quantitatives et qualitatives disponibles sur l’entreprise et son équipe. Ils décident également du montant qu’ils souhaitent prêter : entre 100 000 FCFA et 2 millions FCFA. Lors de cette phase, les prêteurs ont la possibilité de communiquer avec le dirigeant de la PME et de questionner son activité. Egalement, sont mis en avant des données sur les impacts sociaux et environnementaux attendus suite à la mise en place du crédit : nombre d’emplois créés, réduction de l’usage d’énergies fossiles, impact sur la production locale, etc.

Une fois la collecte complétée, le crédit est décaissé et les remboursements débutent. La rémunération proposée aux prêteurs est égale au taux d’intérêt du crédit et se situe entre 9 et 14% par an.

Le service propose donc une source complémentaire de financement pour les PME et un produit d’épargne performant et accessible pour les particuliers.

Une fois les crédits mis en place, les équipes d'iroko project se chargent de suivre les remboursements et de réaliser d’éventuels recouvrements, en partenariat avec les agences d’accompagnement. En ce qui concerne le risque de défaut, il est, en dernier recours, porté par les prêteurs, qui sont donc rémunérés pour le risque qu’ils prennent.

Le modèle économique repose sur une commission prélevée à la mise en place du crédit, supportée par la PME et qui s’élève à 4,5% du montant du crédit.

Pour les prêteurs, le service est gratuit et rejoindre la communauté de prêteurs est simple : iroko project est ouvert à tous les résidents possédant un compte bancaire en FCFA. Les seules pièces démandés sont un document d’identité valide et un RIB.

Conclusion

L'objectif est de créer un réseau dynamique où prêteurs et emprunteurs mutualisent leurs fonds mais également leurs expertises et savoir-faire pour favoriser le développement du tissu économique ouest-africain.

L'équipe a conscience que leur service s’adresse encore à une partie privilégiée de la population ouest-africaine, bancarisée et possédant une capacité d’épargne importante. Développer des canaux de paiement innovants et populaires, comme le mobile money, est une de leurs priorités. Néanmoins, ces solutions restent encore trop onéreuses et difficilement supportables pour les parties en présence (la PME, les prêteurs ou iroko project).

Enfin, l'équipe souhaite que leur initiative permette de favoriser la mise en place d’une régulation propre au financement participatif dans la région. C’est pourquoi ils sont en discussion avec les autorités du Sénégal et de la zone UEMOA pour accompagner la réflexion dans ce sens.

 

Le lancement officiel du projet est prévu pour le 15 novembre 2016, à Dakar. N’hésitez pas à contacter les équipes d’iroko project à contact@iroko-project ou sur Facebook et Twitter


[1]  L’un des leaders du crowdlending en France

 

 

 

 

 

Redéfinir « l’innovation » dans la technologie médicale en Afrique

L'innovation – le mot à la mode peut-être le plus utilisé dans le monde du développement international – se présente de plusieurs façons mais, dans la plupart des cas, il fait référence à une variante d'une nouvelle technologie. Il peut s'agir d'une lanterne alimentée par la puissance solaire, d'un dispositif portable de filtration d'eau ou d'un test de diagnostic en temps réel. Il est cependant rare que l'innovation se concentre sur des systèmes nécessaires à la durabilité et à l'efficacité de ces technologies. Autrement dit, l'innovation porte trop souvent sur le produit et non sur le process

Pour les futurs entrepreneurs sociaux étudiant des sujets tels que la science, la technologie, l'ingénierie et les mathématiques, il est tentant de se concentrer sur l'innovation au sens traditionnel et orienté sur le produit, particulièrement en Afrique. Après tout, dans un continent confronté à des défis sociaux, économiques et environnementaux, des technologies innombrables pourraient avoir un impact immédiat et de grande portée. Par conséquent, pourquoi ne pas mettre ses talents à l'œuvre pour concevoir et développer de nouveaux produits ?

« Parce qu'il est moins important d'avoir une nouvelle technologie qu'une technologie qui fonctionne », affirme Francis Kossi, un entrepreneur social et ingénieur biomédical togolais, qui s'est lancé dans la redéfinition du terme « innovation » en Afrique de l'Ouest. « Ce dont nous avons besoin, ce sont des systèmes de distribution et de réparation des produits dont nous disposons ».

Il se trouve qu'en Afrique, pratiquement 8 dispositifs médicaux sur 10 sont en panne et hors d'usage – la plus grande partie étant des dons ou des appareils d'occasion. Il en résulte que les équipements existants ne sont d'aucune utilité pour les patients auxquels ils sont destinés – non pas en raison de quelque limitation technologique, mais simplement parce qu'il n'y a pas de pièce de rechange ou qu'ils nécessitent un simple réglage qui les rendraient fonctionnels. Comme l'affirme Kossi, « les gens en Afrique ne pensent pas à des choses comme l'entretien, et de nombreuses vies sont perdues à cause de cela ».

 

Kossi est un type d'entrepreneur rare. Issu d'une grande famille modeste de 10 enfants, à l’extérieur de la ville de Lomé au Togo, il étudie la physique et les maths jusqu'à ce que des envies de théâtre en Europe le démangent. Mais il change de trajectoire après quelques années.

Une opportunité se présente pour étudier en Europe et poursuivre son éducation scientifique et technique, et il laisse expirer son visa – se retrouvant temporairement dans un camp de réfugiés belge.

 

Un champ d'équipements médicaux en panne au Malawi

Il se fraye toutefois un chemin vers une école d'ingénierie où il est le seul Africain. C'est alors qu'il découvre une nouvelle voie : ramener son acuité technique en Afrique de l'Ouest et transformer les vies au moyen de la technologie – mais non pas dans le sens conventionnel.

Revenant à Lomé, avec un petit conteneur d'outils et de matériels, Kossi démarre Homintec, une entreprise de services en génie biomédical (GBM), avec pour mission l'amélioration des soins de santé dans la région en assurant le fonctionnement continu de l'équipement des hôpitaux. Tout comme les dispositifs médicaux fonctionnels, les entreprises de service GBM sont, en Afrique de l'Ouest, rares et éloignées. La plupart des hôpitaux font part de leurs difficultés à trouver des techniciens biomédicaux ou des ingénieurs d'entretien, ce qui a des conséquences graves sur leur capacité à fournir des services de santé de qualité.

« Nous souhaitons que nos médecins et infirmiers puissent fournir des soins de qualité – afin que les enfants soient traités et que les femmes accouchent en sécurité – mais que peuvent-ils faire lorsqu'une pièce manque sur un appareil et qu'ils ne savent pas qui est le fabricant ? Remarques de Kossi. « Comment peut-on espérer qu'un appareil nous aide à traiter des os cassés si nous ne pouvons pas traiter l'appareil cassé ? »

Ces questions motivant son travail, Kossi déménage Homintec au Bénin voisin en 2013, où l'économie est plus stable mais où les cimetières d'équipements médicaux hors d'usage s'accumulent dans les salles des hôpitaux et les espaces aux alentours. C'est devant ce décor qu'Homintec commence à progresser, autant sur le plan commercial que sur le plan social. En l'espace de quelques années seulement, la société passe de cinq à trente employés, et signe des contrats avec des dizaines d'hôpitaux en Afrique de l'Ouest, la plupart d'entre eux desservant les communautés les plus vulnérables de la région. Les intervenants en matière de santé commencent rapidement à s'appuyer sur Homintec pour son support d'équipements, avec ses techniciens devenus des experts fiables dans la technologie allant des machines d'anesthésie aux équipements de diagnostic et aux appareils de radiologie.

Kossi posant dans une salle d’opération à Cotonou, Bénin

Homintec est désormais une société multinationale, bien établie dans le processus d'ouverture d'une école de formations spécialisées en GBM, travail du bois, mécanique, électromécanique, ingénierie et automatisation, et apportant son réseau, son expertise et sa vision à l'avènement de la nouvelle génération d'ingénieurs biomédicaux en Afrique de l'Ouest. Kossi croit que « Peu de choses contribuent plus au développement social et économique qu'une population que des professionnels hautement qualifiés, particulièrement dans une spécialité telle que le GBM ». « Et nous avons un rôle important à jouer dans cet effort ».

Pour un entrepreneur social comme Francis Kossi, la technologie est toujours reine, mais l'innovation réside dans les petites choses de l'écosystème qui entourent cette technologie. En créant une équipe de techniciens d'entretien des équipements médicaux, Homintec garantit le fonctionnement fiable de ces équipements, de façon à ce que les docteurs et infirmiers puissent se concentrer sur les soins de santé et maintenir leurs patients en bonne santé, au lieu de se soucier des machines en pannes qu'ils ne savent pas réparer. Le résultat est une nouvelle approche avec pour objectif d'assurer le fonctionnement correct des équipements médicaux et, dans ce cas, une nouvelle définition de « l'innovation ».

 

Par Adam Lewis, Gradian Health Systems®

Gradian Health Systems est une société d'appareils médicaux à but non lucratif qui équipe les hôpitaux à ressources limitées pour l'administration d'une chirurgie sûre. Gradian fournit l'équipement approprié, la formation clinique et technique et un service continu à la clientèle afin de garantir que les hôpitaux des pays en développement puissent dispenser des soins chirurgicaux et anesthésiques de haute qualité. La technologie centrale de la société, la Machine d'Anesthésie Universelle (UAM), est un poste de travail d'anesthésie marqué CE, conçu pour fonctionner sans électricité ni oxygène, et permettant aux utilisateurs de l'utiliser en toute confiance quel que soit leur environnement.


Malkin R, Perry L. Efficacité des dons d'équipements médicaux pour améliorer les systèmes de santé : combien d'équipements médicaux sont en panne dans le monde en développement ? Medical & Biological Engineering & Computing, 2011, Volume 49, Édition 7, pages 719 à 722.

Cordero I. Dons de dispositifs médicaux : considérations sur les sollicitations et l'approvisionnement. Organisation mondiale de la santé : Genève, 2011. [accès au site ici (en anglais) : http://apps.who.int/iris/bitstream/10665/44568/1/9789241501408_eng.pdf]

Mullally, S. Efficacité de l’ingénierie clinique dans les hôpitaux des pays en voie de développement. Carleton University: Ottawa, 2008. [accès au site ici (en anglais) :https://curve.carleton.ca/system/files/etd/51fd9e39-238e-4060-81b7-1c85d95617b2/etd_pdf/04d6de4ce03a151f3351c5e4f7a4ec51/mullally-clinicalengineeringeffectivenessindeveloping.pdf]

Entrepreneuriat féminin : LAFEENT, l’association qui accompagne les entrepreneures africaines

LAFEENTL’association « L’Africaine, Femme Entrepreneur » (LAFEENT) est une association à but non lucratif qui a pour objetif de promouvoir l’entreprenariat des femmes africaines, en Afrique et ailleurs. Ses activités sont centrées autour du conseil , de la formation et de l’emploi. Discussion avec sa présidente, Meyia NTOLO.

« Les femmes africaines représentent aujourd’hui plus de 50% de la population du continent Africain. Elles sont donc des actrices incontournables, des forces pour son développement », déclare d’emblée Meyia NTOLO, Présidente et fondatrice de l’association. 

« Nous avons l’ambition de travailler à transmettre aux femmes Africaines les connaissances et informations nécessaires pour leurs projets de création d’entreprise , de sensibiliser le plus grand nombre à l’entreprenariat, d’aider au développement de PME et TPE déjà existantes, de travailler avec les différents états et organisations à la réduction du secteur informel par l’information, la formation et l’accompagnement».

Les missions que s’est donnée l’association LAFEENT sont diverses : (i) faire la promotion de l’entreprenariat des femmes africaines en Afrique ; (ii) accompagner les femmes africaines dans leurs projets ; (iii) encourager les femmes hésitantes à créer leur propre emploi ; (iv) promouvoir la conscience professionnelle dans le monde du travail et (v) intéresser les femmes et jeunes femmes/filles à l’entreprenariat

« Nous apprenons aux femmes à découvrir et développer leurs talents. Nous travaillons à valoriser leurs intelligences, leurs compétences, ainsi que leurs réalisations», ajoute Meyia NTOLO. L’association se donne comme objectifs de former les femmes pour leur fournir les connaissances indispensables dans leurs projets de création et de gestion d’entreprises. Il s’agit d’aider les femmes africaines à s’épanouir professionnellement en Afrique et ailleurs.

LAFEENT entend également accompagner les femmes dans leurs recherches d’emplois en Afrique, et permettre le développement de leurs compétences et talents (notamment à travers des ateliers). Enfin, l’association permettra de former un réseau de femmes entrepreneurs pour assurer un échange d’expériences et l’entraide entre ses membres, en particulier en informant les femmes Africaines de la diaspora souhaitant investir ou s’installer en Afrique sur les modalités de création d’entreprise dans leurs pays d’origine.

Le lancement des activités est prévu en fin d’année 2016.

Retrouvez toutes les informations sur LAFEENT sur son site internet. Vous pouvez aussi suivre l'association sur les réseaux sociaux : Facebook, Twitter et Instagram

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Innover dans la lutte contre le paludisme : un enjeu planétaire

Le paludisme est une maladie qui menace 3,2 milliards de personnes, soit près de la moitié de la population mondiale. Si la pandémie est en net recul ces dernières années (avec un déclin de 37%), l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) estimait qu’il y avait en 2015 plus de 200 millions de cas, ayant engendré près de 500.000 morts. La plupart des décès enregistrés sont des enfants vivant en Afrique (70% des enfants de moins de 5 ans d’Afrique subsaharienne sont menacés).

Au XXIe siècle, à l’heure où la recherche dans le domaine de la santé peut être considérée comme à son apogée grâce à l’avènement des outils de biologie moléculaire, aucun vaccin candidat à l’endiguement du paludisme n’est disponible à ce jour. Plusieurs projets à travers le monde focalisent leurs recherches sur la combinaison d’une série de molécules, qui à travers des interactions en synergie, seraient capables d’agir en tant que vaccin efficace. Pourtant en imaginant une analogie avec la poliomyélite, une maladie contagieuse à l’origine de millions de victimes au cours du XXe siècle, l’éradication du paludisme ne semble pas encore sur la voie du succès.

Considérée comme l’un des plus beaux exploits imputables à la recherche,  la poliomyélite fut éradiquée à 99% suite à une campagne de vaccination de masse permettant de déclarer l’épidémie vaincue depuis 2008. Il demeure cependant des pays endémiques où la poliomyélite constitue encore une menace pour les enfants les plus vulnérables dans ces régions marginalisées. Des vagues événements aléatoires mais récurrents tels que l'épidémie de maladie à virus Ebola ou récemment le virus Zika, qui en plus d’occuper une place dominante dans les médias, viennent perturber des systèmes de santé pourtant déjà fragiles dans les pays concernés. Il devient alors difficile de lutter sur plusieurs fronts de façon simultanée.

Ainsi la plupart des systèmes focalisent leurs initiatives sur des actions prioritaires avec à la clé des résultats visibles à court terme aux dépends des enjeux qui s’étalent dans le temps et qui souffrent parfois d’un désintérêt préoccupant tels que l’épidémie du paludisme ou celle du VIH. Contrairement au cas de la poliomyélite où la recherche a rapidement convergé vers le développement d’un vaccin, le paludisme ne fut pendant longtemps considéré qu’à travers des mesures de prophylaxie passives. 

Tout au long du XXème siècle, les prouesses biologiques associées au paludisme sont souvent en rapport avec la malaria-thérapie. Avant l’essor des antibiotiques, et grâce à sa capacité à engendrer de fortes fièvres, le protozoaire paludéen était utilisé pour traiter certaines pathologies telles que la neurosyphilis, la chorée ou encore la schizophrénie.

L’échec du premier vaccin testé en 1986 retarda considérablement les objectifs et les attentes des différents programmes lancés par l’OMS pour défier l’épidémie. Il demeure néanmoins des équipes de chercheurs qui en font une priorité et on a vu se multiplier, au cours des vingt dernières années, des essais cliniques pour élaborer un éventuel vaccin. Même s’il apparaît aujourd’hui encore impossible d’imaginer un monde sans paludisme, les espoirs récents laissent à penser qu’on s’en approche.

Les progrès en matière de sciences, technologies et communications permettent de concevoir des approches innovantes.  À l’image du Dr. Youyou Tu, couronnée d’un Nobel de médecine en 2015, pour récompenser la mise au point d’un traitement efficace et novateur combinant médecine moderne et ancestrale à base d’artémisinine, substance active isolée à partir d’une plante poussant en Chine. Il s’agit de l’antipaludéen le plus efficace à ce jour et donc le plus répandu. Par ailleurs, la biologie de synthèse a rapidement contré les répercussions écologiques que pourrait susciter son épuisement. Ainsi certains obstacles rencontrés par le passé, pourraient être aujourd’hui surmontés, ce qui permettrait de raviver les espoirs de voir un jour le développement d’un vaccin efficace.

S’inscrivant dans cette lignée, l’Agence européenne des médicaments (EMA) a émis un avis favorable, fin 2015 pour le lancement d’un nouveau vaccin. Bien qu’elle n’ait pas émis d’avis définitif, l’OMS vient d’encourager depuis mars 2016, des essais supplémentaires dans certaines régions d’Afrique subsaharienne. Ceci en dépit du fait que les résultats parus suite aux précédents essais cliniques ayant concerné sept pays africains n’offraient qu’une protection modeste et limitée sur les enfants de moins de 5 ans ayant reçu ledit vaccin.  

Dans le monde de la recherche les chemins sont souvent longs, multiples, hasardeux et couteux. Cependant une fois la mise au point d’un vaccin compétent, utilisable à grande échelle et capable de contrer les différentes souches virales, l’espoir d’une éradication n’apparaît plus alors comme utopique. Les campagnes de vaccination de masse permettent d’obtenir des résultats concluants dans des délais plus qu’acceptables. Ainsi le succès de l’endiguement de la poliomyélite s’inscrit dans la continuité de celui d’une autre maladie infectieuse d’origine virale : la variole. De plus, les programmes de vaccination se chevauchent parfois ce qui permet encore aujourd’hui de combiner les phases d’endiguement et de surveillance de la variole avec celle de l’éradication de la poliomyélite. Sur ce modèle on peut imaginer dans le futur la combinaison de la surveillance de la poliomyélite avec l’éradication du paludisme.

Les succès consécutifs dans la lutte contre les épidémies de la variole suivie de la poliomyélite ont été possibles grâce au concours et aux engagements fournis par l’ensemble des parties concernées à commencer par les parents et passant par les États pour arriver à une action coordonnée de la communauté internationale. Ce succès reflète également le plus grand engagement en faveur de la santé publique avec une double alliance entre des secteurs souvent rivaux. Avec d’une part le secteur public, représenté par les gouvernements et les institutions Onusiennes. D’autre part le secteur privé incarné par des donateurs appuyés par quelque 20 millions de bénévoles. Parmi les plus actifs, la Fondation Bill et Melinda Gates qui, après avoir contribué massivement dans le passé, s’engage aujourd’hui dans la lutte contre le paludisme.

Enfin, il est certain que le contexte géopolitique actuel n’est pas comparable à celui ayant favorisé les éradications dans les années 1970 à 1990. En effet, pour prétendre à des résultats optimums il faut être en mesure de vacciner chaque enfant. L’UNICEF met en avant le fait qu’un seul enfant non vacciné expose au danger 200 autres. Or des facteurs externes comme la croissance démographique ou encore la multiplication de conflits dans les zones les plus à risques compliquent l’accès aux régions touchées.

Bien souvent, le paludisme demeure une cause négligée par les économies des pays endémiques. Pourtant d’après un rapport du Forum économique mondial (FEM), il existe bien des effets retardateurs de croissance (-1.3%) dans les pays à forte prévalence paludéenne. Ceci en dehors du fait que la prise en charge du paludisme, aussi insuffisante soit-elle, coûte environ 0,6% du PIB de l’Afrique subsaharienne.

Au-delà de son impact sur l’économie et la santé des populations, le paludisme demeure un frein dans l’amélioration des conditions de vie. Par conséquent un pas significatif vers l’éradication de l’épidémie permettra d’envisager une avancée majeure dans la lutte contre la grande pauvreté.

Pendant la lecture de cet article, 5 enfants sont morts victimes du paludisme. Pourtant il existe des mesures articulées autour des 3Ts (Test, Treat, Track) préventives mais surtout curatives. En attendant une campagne de vaccination efficace, et avec une moustiquaire qui coute aujourd'hui 5$, un test de diagnostic rapide à 50 centimes ou encore un traitement antipaludéen à 1$, comment est-il encore possible qu’un enfant meurt chaque minute dans le monde?

 

Ibtissem Kaid-Slimane

L’entrepreneuriat ethnique: vers une « économie de la communauté » ?

La permanence d’une réalité exprime au mieux l’état de vérité atteinte par celle-ci dans les phénomènes caractérisant la nature humaine et ses manifestations dans le temps et l’espace. C’est avec ce chapeau que je souhaite habiller le faîte de mon message à l’adresse de la communauté formée par les migrants économiques inter et intra états.

Il y a quelques années, j’arrivais en France pour y poursuivre mes études supérieures en sciences, et je découvrais, édifié, les possibilités technologiques de l’époque. Parmi elle le Tatoo, le Tam Tam et le Kobby qui permettaient d’envoyer de courts messages sur les afficheurs ou dans les boites vocales. Ils furent assez vite remplacés par les SMS avec l’essor de la téléphonie mobile. Bien que généralement considérés par moi, prolétaire dédaigneux de fait, comme des gadgets high-techs, les slogans Marketing n’en étaient pas moins évocateurs : « Votre tribu garde le contact avec vous » ; « Mais comment faisait-on sans Tam Tam ? » ; « Si on te cherche on te trouve ».

Cette notion de connexion et de proximité pour justifier le groupe subsiste encore de nos jours dans les adhésions aux pages et flux des réseaux sociaux et des blogs. On se reconnait dans les messages, on partage des valeurs ou on agit ensemble dans un but précis. Autrefois, on se définissait déjà par l’usage en commun du dialecte, de la terre, de la foi, et autres attributs socioculturels. Ce positionnement permanent face à soi, à l’autre et à l’environnement ne vise, selon moi, qu’à apaiser le vide existentiel ressenti et qui nécessite la clarification d’un fondement de l’être : l’Identité.

Avec la mondialisation passée et sa petite sœur plus véhémente « l’oppression économique » c’est justement cette Identité qu’on se doit de questionner pour mieux se la réapproprier. En effet, la tentative d’entropie générale associée à l’édulcoration de cette Identité s’est amorcée par la mise en compétition tout azimut des peuples avec l’intensification des échanges commerciaux, l’essor des technologies de l’information et la perte de la dualité en matière de modèles économiques. Les mains d’œuvres qualifiés s’extradent alors d’elles-mêmes dans une triangulation « départ pour étude-emploi en exil-retour fébrile » entrainant des mini chocs culturels locaux dans les sociétés d’accueil et donc des frictions à l’intégration économique. Aussi, assiste-t-on à l’hégémonie de grands groupes corporatifs qui font cavaliers seuls dans la création et l’exploitation de richesses quand ce n’est pas parfois de la simple spoliation.

Face à cela, l’apparition des mouvements de rejet de cette domination rappelle (à juste titre ?) le besoin qu’à l’Homme de se sentir libre dans cette Identité et de pouvoir décider ou s’aligner sur le destin de sa communauté. On observe ainsi les efforts d’éveil pour la renaissance africaine en lieu et place d’un package Marketing « d’émergence économique » soufflé sinon dicté par les acteurs et vecteurs de l’aliénation affective de toujours.

C’est dans cet ordre d’idée qu’il m’est apparu nécessaire de continuer à favoriser la création de ponts entre les terres mère et les diasporas sur le plan économique et identitaire et de revendiquer un tant soit peu une meilleure reconnaissance du statut ethnique :

« Une ethnie = une identité commune. Les pays qui ont favorisé l’établissement de peuples forts ont généralement délaissé la notion d’ethnie lors de leur constitution. De fait, l’appellation “entrepreneuriat ethnique” ne doit pas uniquement s’appliquer au phénomène issu de l’immigration dans les pays suscités mais aussi à l’entrepreneuriat local dans les pays où l’ethnicité est préservée. Les mécanismes sociopolitiques et culturels font souvent intervenir, dans ces derniers, les mêmes enjeux d’intégration économique pour des communautés ethniques composant les classes moyennes et populaires face à des minorités à privilèges. Cela concerne notamment les pays du sud (tiers monde) dont l’Afrique et sa diversité. Dans ce contexte cet entrepreneuriat se doit d’acquérir, à son tour, ses lettres de noblesse par sa compétitivité, la durabilité de sa performance et la qualité de ses extrants. »

Ceci pose donc le cadre d’une économie que j’appelle depuis « l’économie de communauté » qui comporte en son sein l’économie informelle des terres mère et l’économie ethnique des diasporas. Il va s’en dire, que la prise en compte des mécanismes communs de ces deux économies doit guider la recherche de solutions à l’insuffisance de revenus des populations concernées en marge de la gouvernance étatique justifiée ou non. C’est ce à quoi je m’attelle dans mon travail quotidien.

Je vous invite donc simplement à le suivre et à y contribuer avec les moyens qui sont les vôtres.

Arnaud Segla

 

Arnaud Segla, M. Sc., M. Sc. A., CAPM. Consultant spécialisé dans l’entrepreneuriat ethnique. J'organise et anime des activités d’apprentissage et accompagne plusieurs entrepreneurs dans l'atteinte des objectifs de leur projet d'affaires.

www.entrepreneurethnik.com

www.theleanintention.com

La vision de l’entrepreneuriat par la famille sénégalaise

Quand on se promène dans les rues de Dakar, le nombre de vendeurs de chaussures, jus locaux et d’arachides est impressionnant. Cette forme de travail indépendant, souvent informelle, est très répandue. Est-ce un choix ou bien le résultat d’une conjoncture économique et sociale ?

Entreprendre ou avoir un « vrai travail » ?

La famille sénégalaise encourage les enfants à choisir la sécurité du travail avec un emploi dans une grande entreprise ou dans la fonction publique. Pourtant, la demande limitée des groupes et le besoin de relations pour intégrer les institutions restreignent les possibilités de carrières pour la plupart des diplômés. Une solution pour pallier ces difficultés bien réelles du marché de l’emploi est l’entrepreneuriat. Au Sénégal, « on peut créer son propre travail juste en regardant autour de soi et identifiant les manquements dans son environnement », explique Monsieur Diallo, conseiller fiscal de PME. Les opportunités de création d’entreprise ne manquent pas et pourraient servir l’économie du pays.

Malgré une conjoncture propice à la création, beaucoup de gens se limitent à un commerce nécessitant peu de fonds propres. Cette activité génère rapidement un revenu, ce qui convient bien à une mentalité locale averse au risque et souvent impatiente d’en voir le résultat. L’engouement pour ce type de négoce ne favorise cependant pas les investissements et les décisions de long terme nécessaires à la prospérité du business, précise Monsieur Oudiane, sociologue.

Pour mettre en place un véritable projet de création, l’entrepreneur doit faire preuve de courage et affronter le regard de sa famille. Un exemple marquant d’entrepreneuriat est celui de Monsieur Mbaye Sarr, fondateur de SENECARTOURS. Il a commencé ses services en achetant son premier taxi sur fonds propres en 1980 et dirige, 35 ans plus tard, un empire du transport touristique. Pour revaloriser l’entrepreneuriat dans le contexte familial, il faudrait pouvoir changer l’image de réussite limitée aux lutteurs et politiciens, et diffuser les histoires à succès d’hommes et de femmes d’affaires.

La place de la femme entrepreneure dans la famille  

En plus de la difficulté culturelle d’entreprendre, nous pouvons nous demander si l’expérience de l’entrepreneur homme ou femme diffère. Dans la famille sénégalaise, chaque individu a une place et un rôle bien définis. Le père est le pilier central et premier responsable de la famille. En cas d’absence ou de décès, c’est souvent l’ainé des garçons qui assume la charge familiale. La mère a également un rôle de première importance dans la gestion de la famille. C’est elle qui complète le revenu du père pour la (sur)vie familiale. Le rapport de force a été renégocié et l’activité économique des femmes est reconnue des maris mais « c’est dans le discours public que la femme est dévalorisée et ce depuis la colonisation», explique Madame Fatour Sarr, chercheure sur le genre au Sénégal.  

Monsieur Diallo porte beaucoup d’espoir aux femmes entrepreneurs qui selon lui ont une meilleure gestion de l’entreprise grâce à l’éducation reçue. Depuis l’enfance, elles appliquent des règles imposées par la structure familiale. Selon lui, elles sont devenues plus rigoureuses que les hommes. Un bel exemple de réussite est celui de Madame Dia, ingénieure et fondatrice de plusieurs entreprises de logiciels informatiques. Elle a dû trouver le bon équilibre entre sa responsabilité de mère et celle de femme entrepreneure mais maintenant que ses enfants ont grandi, elle assure ne rien regretter des sacrifices réalisés sur sa vie sociale. Mariée, c’est le mari qui va déterminer le succès professionnel de la femme en acceptant ou non que l’épouse voyage pour son travail ou même qu’elle travaille en bureau/entreprenne dans le secteur formel. Ainsi, les femmes entrepreneurs mariées ou divorcées réussissent mieux que les célibataires qui portent une pression familiale forte pour trouver un époux. « Les femmes réussissent bien au tout début de leur carrière, puis les hommes les rattrapent en raison de la culture et de la place de la femme de la société », conclu Monsieur Diallo. De nombreuses femmes se limitent alors au système de débrouille et d’imitation avec des microentreprises de couture ou transformation de produits locaux par exemple, plutôt que de créer de nouvelles activités.  

Finalement, on s’aperçoit que la culture a un fort impact sur la structure de l’économie. Les ménages aspirent à un travail à responsabilité pour les enfants et à un bon niveau de vie. Pourtant, l’innovation et de manière générale l’entrepreneuriat sont des activités rejetées par beaucoup de familles en raison des risques encourus. Contraints par un fort taux de chômage, femmes et enfants doivent alors reprendre l’activité familiale plutôt que suivre leur aspirations et profiter d’une ascension sociale. Cette peur de l’avenir est à contre temps des réalités sociaux économiques du pays mais de beaux exemples d’entrepreneurs donnent de plus en plus d’ambitions aux jeunes déterminés à développer leur pays.

 

Sophie André