La famille: poids financier ou tremplin pour entreprendre ?

Une des problématiques qui m’était jusque-là inconnue et à laquelle j’ai dû faire face au Sénégal pendant l’accompagnement de certaines jeunes entreprises est la question de la famille dans le processus entrepreneurial. On m’a expliqué que dès le plus jeune âge, l’enfant apprend à intégrer la valeur et obligation morale de partage et solidarité qui permet aux familles de subsister lors de difficultés.  Quel est le véritable impact de cette spécificité sénégalaise sur l’entrepreneur ?

L’entraide familiale pour soutenir les jeunes     

Malgré une mentalité risque-averse et souvent court termiste, de plus en plus de jeunes décident de prendre des risques et d’entreprendre. Une des contraintes de l’entrepreneuriat est le manque de revenu au début de l’activité mais au Sénégal la famille répond toujours présente pour aider les jeunes. Madeleine, qui s’occupe de l’entretien de la maison,  m’explique qu’elle loge son neveu pour qu'il puisse travailler en ville et ne pas avoir à rentrer au village. Le reste de la famille se répartit les couts de la formation, du transport et de la nourriture. Les jeunes trouvent un soutien financier important auprès de leur famille. A l’inverse de la France où beaucoup de jeunes deviennent indépendants à la fin de leurs études, les Sénégalais peuvent rester dépendants de leur famille jusqu’à 25 ans voire plus s’ils le souhaitent, en fonction de l’âge auquel ils se marient. Cet appui permet aux entrepreneurs de pouvoir lancer leur activité en limitant les frais personnels.   

L’autonomie des jeunes, un prix cher à payer

De l’autre côté, les ainés salariés ou entrepreneurs qui ont pris leur indépendance sont nombreux à devoir payer les frais scolaires des frères et sœurs, contribuer au loyer parental et soutenir diverses  dépenses de la famille. D’après le témoignage de plusieurs entrepreneurs, deux réactions se dégagent. La première reflète une volonté de scission financière temporaire en souhaitant faire comprendre aux proches le projet d’entreprendre et l’incapacité de redistribuer dans l’immédiat les ressources générées.

Face à l’incompréhension de l’entourage, la relation peut devenir conflictuelle mais selon Mamba, fondateur de Sen Women Up, « ma famille comprendra quand je serai riche ! ». Mamba m’explique qu’il sera heureux de redistribuer une partie des recettes quand son entreprise sera bien établie mais que pour l’instant il en est incapable et que c’est une situation difficile à expliquer à ses proches. Monsieur Diallo souligne à son tour l’importance de sécuriser les finances d’une jeune entreprise, « l’épargne est la base de l’investissement et permet la croissance de la startup ». Pour maximiser les chances de réussite, il préfère de ne pas mélanger les revenus générer par l’activité de l’entreprise avec les dépenses personnelles et familiales.

La dette sociale

L’autre disposition demande de concilier financièrement famille et entrepreneuriat. Dès que la famille lui demande, l’entrepreneur verse une somme qui servira à payer les dépenses de l’un des proches (santé, scolarité, etc.). Cette résolution « demande des concessions », souligne Babacar qui a fondé Baobab Entrepreneurship en rentrant au Sénégal après ses études d’ingénieur en France, « mais n’est pas impossible à tenir ». C’est également le point de vue de Monsieur Fofana, spécialiste en investissement PME, « la question n’est pas de savoir si l’on doit donner mais combien on doit donner ». Il faut redistribuer en fonction de ses moyens, ne pas se mettre en difficulté mais l’important est de redonner aux gens qui nous ont donné pour éviter toute mésentente. C’est ce qu’il appelle « la dette sociale ».

Ce système de redistribution détermine le statut social de l’individu d’après Madame Sarr, et permet d’éviter à de nombreuses familles de tomber dans l’extrême pauvreté en limitant les écarts extrêmes entre riches et pauvres. Pour l’entrepreneur, ce serait aussi une façon de se donner les moyens de gagner de l’argent puisqu’il sait qu’il va devoir redistribuer par la suite.

Finalement, on s’aperçoit que le rôle de la famille peut être assez paradoxal. Elle peut être un grand soutien financier pendant la jeunesse mais une contrepartie est attendue dès les premiers revenus peu importe la pression que cette demande engendre sur l’entrepreneur.  La culture familiale est donc une variable très importante qui peut influencer la décision d’entreprendre, la manière de gérer l’entreprise et également son succès. Il serait nécessaire de sensibiliser les ménages sur les opportunités offertes par l’entrepreneuriat afin de faciliter le chemin aux porteurs de projets.

 

Sophie ANDRE

Gérer l’argent dans une startup : un franc est un franc !

Il existe de nombreuses façons de financer son activité : prêt, love money[1], ouverture du capital social aux business angels[2]/investisseurs, financement participatif[3], subventions, concours etc. Et pourtant, personne ne mettra de l’argent dans un projet sans avoir vu des chiffres certifiant sa rentabilité – donnée impossible à transmettre pour une jeune entreprise.  

Les moyens de financement externes à oublier !

De manière générale, il ne vaut mieux pas demander de l’argent en phase d’amorçage  de l’activité. Cet apport nfluence la stratégie du business ainsi que les décisions financières futures. C’était le cas d’Ahmed, entrepreneur, qui a demandé à ses relations de lui faire un apport mensuel afin de financer le développement de sa plateforme web. Il a récolté et dépensé plus de 900 000 CFA (près de 1 400 euros) pour un site web qui n’est finalement pas opérationnel car le cœur d’activité de la startup n’avait pas été testé et a depuis été transformé. En sollicitant des fonds extérieurs, il a précipité la prise de décisions stratégiques plutôt que comprendre son marché et d’avancer pas à pas.

Pour tester une idée, la prototyper et éviter de faire des erreurs qui coutent trop cher, mieux vaut alors commencer avec un capital limité, c’est-à-dire les économies des fondateurs. Mais surtout, il faut être rapidement capable de s’autofinancer. Générer des revenus au lancement de l’entreprise n’est pas évident. Une solution est de diversifier les activités pour obtenir un revenu de base. Cet argent limite les dépenses superflues, couvre les frais fixes et permet de se sentir plus confiant pour gérer les imprévus. Par exemple, l’incubateur virtuel Concree propose deux jours de workshop par mois à de jeunes entrepreneurs. Cette activité leur permet de mettre en pratique leurs connaissances, booster leur réseau et surtout avoir un revenu régulier finançant les dépenses liées à la plateforme.

Bootstrapping : encore un mot anglais…. mais pour quoi faire ?

Si d’une part l’entrepreneur génère un peu d’argent, il faut de l’autre savoir le gérer pour optimiser la durée de vie des fonds de l’entreprise. Chaque dépense doit être évaluée. Trouver des partenariats et échanger services/produits sont une solution pour limiter de nombreux frais. Par exemple, lorsque j’ai commencé à travailler en startup, nous avons échangé nos services contre un espace de travail. Pour reprendre le cas de Concree, l’incubateur virtuel a fait appel à la société de developers DevCorp. Ils ont décidé d’utiliser les compétences de DevCorp pour développer leur plateforme web et ont proposé aux developers une formation business en échange.  

Cette recommandation vaut également pour les petites dépenses comme le taxi, les déjeuners au restaurant etc. Cumulés, marcher ou prendre le bus tous les jours et se préparer son propre déjeuner permettra peut-être à l’entreprise de durer quelques mois de plus sur ses fonds propres. C’est la notion sous-jacente du « bootstrapping ». Cette expression signifie que l’entreprise peut fonctionner sans l’aide de fonds extérieurs donc sans d’endettement, ni ouverture de capital. Générer ses premiers revenus et maitriser ses dépenses demandent de l’organisation et certains outils. Créer un tableau Excel avec des colonnes charges/revenus permet déjà d’avoir une vision globale du résultat financier de l’entreprise et peut éviter certaines erreurs de gestion. 

Traction et originalité

Au lancement du projet, l’objectif pour l’entrepreneur est de tester sa capacité à toucher ses premiers clients, faire parler, et attirer de plus en plus d’utilisateurs en se débrouillant tout seul. L’investissement nécessaire est alors le temps, comme le souligne Pape Ousmane, fondateur de Fruitech, une entreprise de transformation de fruits locaux en jus et confitures. Il y a un plus de deux ans, Ousmane a commencé la transformation du Ditax avec 24,000 CFA (environ 40 euros) en poche pour vendre ses produits à la sortie de l’université. Son idée est maintenant testée et les hypothèses validées.  Aujourd’hui, Ousmane est entouré de quatre collaborateurs et se sent prêt à lever des fonds pour internaliser le processus de transformation de ses produits biologiques.

Avec Internet et une bonne dose d’imagination (après de nombreuses tasses de cafés Touba !), les entrepreneurs peuvent faire connaitre leur produit ou service assez rapidement. L’entreprise sociale Sénégalaise E-Cover, qui transforme les pneus en revêtement pour sol, a créé un buzz sur Facebook  en proposant à chaque individu de la communauté de se prendre en selfie à côté de pneus qu’ils rencontrent sur leur chemin. L’attention portée aux fans sur les réseaux sociaux et la facilité de l’action demandée ont rendu ce mouvement viral.

Un autre succès est celui de Yannick Nino Njopkou, fondateur de l’entreprise Camerounaise de petites annonces Kerawa. Il était de passage à Londres pour une conférence en 2014 et, au milieu des cravates/costumes, portait un T-shirt orange avec inscrit « This is Africa »… Les participants ont rapidement compris l’objet de sa présence et les personnes intéressées par le business en Afrique sont venues directement à lui.  Il existe de nombreux moyens de toucher de manière originale sa cible ! Pour plus d’informations, la newletter The Growth Bakery qui traite du « growth hacking » [4] pourra certainement inspirer certains entrepreneurs.

Manifestement, il est nécessaire d’avoir quelques économies pour entreprendre. Néanmoins, il n’est pas recommandé de poursuivre une activité professionnelle de salariés même à mi-temps ou de demander de l’argent à son entourage dans l’objectif d’avoir un capital de départ plus important. Il faut pouvoir se dédier à 100% à son projet pour le concrétiser. Alors comme Jeff Bezos, qui a fait déménager femme et enfants de Manhattan dans le fin fond de la banlieue de New York pour faire des économies,  maitrisons notre budget et ça paiera !

 

Sophie André


[1] Love money, en francais « argent de l'amour », constitue un moyen de financer la création d'une entreprise. Il s'agit de capitaux apportés par les amis, la famille ou les proches pour aider un porteur de projet à lancer son entreprise et lui permettre de réaliser tous les investissements nécessaires pour démarrer et développer son projet. En contrepartie de ces apports, les amis, les proches et la famille qui apportent des capitaux deviennent associés de la société créée (journaldunet.com).

 

[2] Les Business Angels investissent quelques dizaines ou centaines de milliers d'euros, apportent leurs conseils et aident par leurs relations des entreprises en phase de démarrage (vernimmen.net).

 

[3] Financement participatif (“crowdfunding” en anglais) : mode de financement de projets par le public sous forme de dons avec ou sans contrepartie ; de prêts avec ou sans intérêt ; de souscriptions de titres.

 

[4] Le Growth Hacking est une technique de e-marketing permettant d'accélérer le développement d'une start-up par l'emploi de méthodes créatives, de pensées analytiques et de mise en place de systèmes de métriques sociales pour évaluer en continu la vente des produits et l'améliorer par la mise en œuvre de cycles rapides convergents (wikipedia.org).

 

 

 

Le financement : un frein récurrent à la création de startups en Afrique

Mille et un articles ont été rédigés sur le financement des entrepreneurs en Afrique. Force est de reconnaître l'importance d'apporter des solutions aux questions de ces jeunes entrepreneurs partout sur le continent, qui sont prêts à se lancer à l'aventure et à donner une chance à leurs rêves de se réaliser.

Je ne discrédite aucunement la plupart des articles écrits à ce sujet. En réalité, un bon nombre d'entre eux donnent effectivement de très bons conseils sur les moyens et les pistes à suivre afin de prétendre à un financement d'amorçage pour lancer sa startup en Afrique. Sans remettre en question la véracité de ces conseils qui, souvent, sont prodigués par des experts dans le domaine, la réalité d'une levée de fonds en Afrique reste loin d’être une partie de plaisir et demeure une exclusivité pour un pourcentage très faible de startups.

L'essence même d'une start-up est de rechercher, de tester et de trouver un modèle économique viable pour une activité au fort potentiel de croissance, et qui bien souvent n’existe pas encore. Tout nouveau besoin, toute nouvelle solution, tout nouveau service, la route peut parfois être longue et semée d’embûche avant de rencontrer le bon marché. Les startups sont caractérisées par un environnement assez instable et des changements constants. Contrairement à une PME, qui applique un modèle économique déjà existant, une startup, elle, cherche une toute nouvelle manière de créer, distribuer et capturer de la valeur, elle s'aventure par conséquent sur des terrains nouveaux et souvent risqués. Obtenir des financements est une étape primodiale pour les start-ups car elles travaillent à apporter des modèles disruptifs dans l’économie d'un pays. Obtenir ces financements reste tout aussi difficile à obtenir pour les startups que pour les PME, voire plus, en raison de la volatilité de leurs activités : parce qu’elles expérimentent leurs modèles et leurs produits,  elles peuvent pivoter de leur activité principale d'un jour à un autre pour mieux s’adapter aux besoins de leurs consommateurs.

En tant que 'Early Team Member' dans une jeune startup sénégalaise qui fournit de l'appui à la création d'entreprise, j’expérimente, au même degré que tout jeune entrepreneur tous les obstacles et difficultés du passage de l’idée au projet, quand on n’a pas  nécessairement le financement nécessaire pour fair tourner l’activité comme il se doit.  En me mettant dans la peau d'un jeune entrepreneur africain, je voudrais à présent parcourir les principales sources de financement proposées par l’auteur d'un article que j'ai lu récemment, et celles dont j'ai connaissance, afin de faire ressortir les avantages et inconvénients liés à chacune de ces options financières.

1/ L'apport personnel
Si je devais donner un conseil à un entrepreneur africain en recherche de financement, ce serait certainement d'injecter ses propres fonds dans son projet de création. À mon avis, rien n'est plus valorisant que le fait de commencer là où l'on est et avec ce dont nous disposons. Faire un apport personnel libère en outre des contraintes suivantes:

– Rembourser (cet argent est vôtre)
– Ralentir la création de votre structure (fonds d’amorçage? Non Merci!)
– Céder des parts de votre entreprise (contrôle Total)
Dépenses volatiles (prudence, c'est mon argent!)

Cette forme de financement a, cependant, elle aussi ses points négatifs. Rares sont en effet le jeunes fraichement diplômés et aspirants entrepreneurs qui ont suffisamment d’économies, ou qui peuvent prétendre à un prêt bancaire. Pour un peu qu’ils viennent de familles modestes, et alors le banquier suspectera que l’emprunt sera utilisé à d’autres fins qu’entrepreneuriales.


2/ Les concours de création d'entreprise
Ils sont très récurrents dans la plupart des pays africains. Ces petits concours avec de petites sommes à la clé permettent aux entrepreneurs novices de travailler pendant quelques jours sur la mise en place de leur projet entrepreneurial et de le présenter devant un jury qui, ensuite, désigne un gagnant sur la base de plusieurs critères tels que la pertinence de l’idée, la facilite d’implémentation, la viabilité du concept etc. Les avantages des concours de création d'entreprise sont:
– Le fait qu'ils ne soient pas très compliqués à remporter
– L’opportunité de valider ou d'améliorer une idée de projet
-L’occasion de rencontrer plusieurs potentiels co-fondateurs aux compétences complémentaires et de se forger un réseau.

Les principaux inconvénients des concours de création d'entreprise sont:
– Le montant des récompenses plutôt faibles
– Les retards de versement des fonds
– Les problèmes de choix des idées les plus pertinentes par le jury
– La phobie de se faire voler une idée de projet

3/ Les institutions de Micro-Crédit
Le micro-crédit est perçu comme l'un des outils les plus efficaces pour améliorer les perspectives économiques en Afrique. Les avantages du micro-crédit résident dans le fait que ce dernier n'est pas très difficile à obtenir et peut vraiment aider à lancer une activité dont les frais de lancement sont plus ou moins minimes (exemple : une petite exploitation agricole, un élevage de volaille) ; ceux-ci, ne sont, par ailleurs, pas des start-ups car ne présentent pas un fort potentiel de croissance.

D'un autre coté, les inconvénients de ce mode de financement sont que:
– Les prêts accordés sont assez limités et ne permettent pas de lancer des projets dans certains domaines d’activités comme les TICs, ou des domaines au potentiel économique encore en train d’être démontré
– Les prêts sont sur un court terme et doivent être remboursés assez vite.

Par ailleurs, la légitimité de ce type de financement est souvent mise en cause du fait de ses objectifs plus ou moins contradictoires. Le but de ces institutions est de démocratiser le financement et de le rendre disponible au plus grand nombre de personnes y compris les population vulnérables mais se retrouvent parfois à privilégier le profit au dessus de leur mission d'origine (la démocratisation du financement).

4/ Les Banques
Au cours de mes nombreuses conversations avec de jeunes entrepreneurs, dès que la question du financement se posait, il a toujours été question de recourir aux prêts accordés par les banques. Ce que nous semblons constamment oublier c’est que les banques ont besoin de sûreté et de stabilité. Business modèles en création, les start-ups sont par conséquent tout ce qu'il y a de moins sûr dans le monde complexe des affaires.
De plus, afin de bénéficier des prêts bancaires, d'importantes garanties sont demandées par les banques aux porteurs de projets pour pouvoir leur accorder un prêt. Un autre facteur déterminant pour obtenir un prêt bancaire est bien sur la qualité et la cohérence du business plan qui est présenté.

Les prêts bancaires offrent cependant deux avantages pour une start-up :
– La possibilité d’avoir à disposition un montant d'argent important et disponible immédiatement pour lancer ses activités, payer les premiers prestataires, stagiaires, fournisseurs (l’obsession du BFR alias le Cash)
– L’assurance pour la start-up de pouvoir financer ses ressources vitales que sont les locaux et le matériel de travail.

Cependant, comme tout autre moyen de financement, les prêts bancaires ont eux aussi leurs points négatifs. En effet, contracter un prêt bancaire demande d'avoir des garanties sures qui peuvent être mises en gage en cas d’insolvabilité du débiteur. En tant que jeune entrepreneur, il est plus qu’évident que nous ne pouvons satisfaire ce critère car n'ayant pas de possessions de valeur pouvant servir de garantie. À cela, s'ajoute la réticence des banques à avoir à faire aux jeunes porteurs de projet sans grande expérience.

 

5/ Le Capital Risque
Le Capital Risque est encore très peu répandu en Afrique. En développement progressif dans les écosystèmes d'Afrique anglophone, il peine à s'installer dans la zone francophone du continent. Encore appelé 'Venture Capital' en anglais, il est à l'origine du développement des plus grands écosystèmes entrepreneuriaux à travers le monde. Il consiste, en effet, à financer une jeune pousse (souvent dans le domaine technologique) à grand potentiel de revenu dans le but d'en retirer un profit supérieur à l'investissement consenti lorsque la start-up atteindra une valorisation financière significative. Les principaux avantages de ce mode de financement sont que:
– En plus du financement reçu, la startup dispose du large réseau professionnel et de l’expérience des investisseurs
– Ces investisseurs ne lésinent pas sur les sommes déboursées pour accélérer le développement d'une startup à fort potentiel.

D'un autre coté les inconvénients de ce mode de financement sont:
– Le fait que ce type de financement ne soit pas très développé en Afrique entrainant par conséquent une difficulté d’accès aux fonds.
– La présence d'un ou de plusieurs investisseurs dans le conseil d'administration de la future entreprise du fait du manque de liberté lorsqu'il s'agit de prendre des décisions cruciales pour l'entreprise.
− Financement réservé uniquement aux start-ups à très fort potentiel de croissance alors que les besoins existants dans l'environnement africain ne nécessitent pas forcément la création de projets à fort potentiel d'expansion.

Un autre moyen de financement qui n'a pas été mentionné dans l'article et qui présente un énorme potentiel en Afrique, c'est bien entendu, le crowdfunding. Le concept du crowdfunding est encore nouveau même dans des écosystèmes plus matures tels que l’Amérique du Nord et l’Europe. Appelé financement participatif en français repose sur le principe des petits ruisseaux qui font les grandes rivières. Le principe consiste à faire appel à ses proches, à son réseau et à toute personne intéressée pour récolter une somme d’argent annoncée à l’avance dans le but de financer un projet déterminé (création d'un produit, mise en place d'un service etc.). La récolte se fait via une plateforme internet, généralement sur un laps de temps assez court et les contributions individuelles sont souvent peu élevées. Le crowdfunding représente une source de financement non-négligeable pour les entrepreneurs africains dans la mesure où tout ce dont ils ont besoin pour la mobiliser est une idée originale, un réseau à l’écoute et une communication percutante.

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Moussa Traoré est un jeune entrepreneur qui a mis en place la plateforme , une plateforme d'achat en ligne pour la diaspora expatriée qui s'occupe encore de leurs familles au pays. Moussa, pour financer sa jeune entreprise, a opté pour le financement sur fonds propres malgré les offres d'investissement qu'il a reçu d'entreprises telles que InnovaCom. D’après lui, on va voir un business angel principalement pour deux raisons : soit pour une levée de fonds dont on ne dispose pas ou alors pour partager le risque avec quelqu'un. Or, dans son cas, contrairement à beaucoup d'entrepreneurs africains, les fonds étaient disponibles et les risques, entièrement assumés. Il nous confie également que les principaux avantages du financement sur fonds propres sont la grande liberté sur la gouvernance de son entreprise et sur la stratégie à adopter, la simplification de la vente à terme de l'entreprise, la preuve de l'engagement de l'entrepreneur lorsqu'un jour il souhaite se faire accompagner par des partenaires financiers. D'un autre coté, l’inconvénient principal de ce type de financement est sans aucun doute la responsabilité de la totalité des risques encourus.

 

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Le studio de jeu vidéo camerounais Kiroo Games a été créé par un jeune entrepreneur du nom de Madiba Olivier. Apres avoir eu recours dans un premier temps au financement classique (crédit bancaire), sans grand succès, la jeune pousse a décidé d'ouvrir son capital a des investisseurs privés (particuliers, entreprises etc.) afin d'offrir à ces derniers la possibilité de prendre part au capital de la start-up. C'est bien plus tard que la start-up a découvert que leur mode de financement était en faite appelé 'Equity Crowdfunding', un moyen de financement généralement utilisé par les start-ups à fort potentiel de croissance. C'est donc grâce à cette technique que le studio a pu lever à ce jour plus de 120.000 euros, avec 220 parts vendues sur les 300 qui étaient mises en vente. L'avantage principal de ce type de financement est l'absence de barrières au financement, permettant ainsi à tout un chacun d'investir son épargne. Pour une entreprise, il n'est pas nécessaire d’avoir au préalable des garanties ou de l'argent en réserve pour prétendre à ce type de financement. A noter que la lenteur d’obtention du financement et le retour sur investissement qui doit se faire presqu'immédiatement sont les deux inconvénients de l’equity crowdfunding. Mais tout compte fait, il présente plus d'avantages que d’inconvénients et peut être une plus-value pour les jeunes entrepreneurs africains qui n'ont pas le privilège de se faire subventionner par l'Etat.                       

Les options de financement s'offrant aux entrepreneurs africains pour mettre en place leurs projets sont plutôt limitées. Celles à leur disposition comportent pour la plupart plus d’inconvénients que d'avantages. La rareté des fonds d’amorçage impacte fortement le taux de création d'entreprises et de start-ups sur le continent. Cependant, nous commençons à voir peu à peu un développement d’initiatives pour aider au financement de nouvelles entreprises, à l'image du Sénégal qui accueillera son premier fond d’amorçage dédié aux nouvelles entreprises technologiques dans le but de booster les initiatives entrepreneuriales. En espérant que d'ici quelques années, beaucoup plus de moyens de financement privés puissent voir le jour en Afrique subsaharienne pour aider plus de jeunes entrepreneurs à poursuivre leurs idées et à développer des projets de plus en plus innovants.

Ibrahima Gabriel Mall

L’Open Innovation: une nouvelle voie entrepreneuriale en Afrique ?

Le concept d’open innovation date de plus de 10 ans. Il a été vulgarisé par Henry Chesbrough dans son ouvrage fondateur paru en 2003 “Open Innovation”. Mais la mayonnaise a mis du temps à prendre et à traverser l’Atlantique: les premiers à s’être lancés sont les sociétés de logiciels qui avaient une forte culture de plateforme (Sun, Oracle, Microsoft, Google, Apple, Facebook, mais aussi Intel et IBM).

C'est un mode d'innovation fondé sur le partage, la coopération entre entreprises, à la fois compatible avec une économie de marché (via les brevets et licences), ou d'Intelligence économique, mais cette approche permet aussi des démarches fondées sur des alternatives éthiques ou solidaires (économie solidaire) de partage libre des savoirs et savoir-faire modernes ou traditionnels, avec notamment l'utilisation de licences libres dans un esprit dit ODOSOS (qui signifie : Open Data, Open Source, Open Standards).

L'augmentation de la disponibilité et la mobilité des ressources humaines hautement qualifiées dans des endroits différents est l'un des avantages de l'adoption d'un processus de recherche et développement (R & D) sur la base de l'innovation ouverte. Il est aussi le chemin le plus rapide et le plus efficace de trouver le bon modèle d'affaires pour les produits et services de l'entreprise.

Elle peut concerner tous les domaines de la recherche et du développement. De la perspective d'une entreprise pratiquant l'Open Innovation on peut distinguer deux modalités : la modalité outside-in (ou inbound) et la modalité inside-out (ou outbound). Lorsqu'elle pratique l'Open Innovation outside-in, une entreprise cherche à trouver des connaissances, méthodes ou technologies à l'extérieur de l'entreprise pour enrichir ses propres processus d'innovation. Lorsqu'elle pratique l'Open Innovation inside-out, elle cherche à mieux valoriser sa propriété intellectuelle à l'extérieur, la plupart du temps sous forme de licences.

C’est dans cette optique que de nombreuses initiatives favorisent déjà l'Open Innovation dans l'Hexagone occidentale et américaine, mettant en relation les compétences et les idées entre grandes entreprises, laboratoires de R&D, PME et start-up. Les principales start-ups évoluant dans ce domaine sont IdexlabClub Open Innovation , Challenges, Innovation Partagee, Openinnovation-Engie. Ces initiatives, aujourd’hui constituent une banque de données inestimable pour les entreprises conscientes des bénéfices de l’open innovation. Certaines entreprises éveillées développement leur propre start-up d’open innovation en collaboration avec d’autres start-ups de domaine d’activités très diverses. 

Dans un environnement globalisé, compétitif et évoluant à une grande vitesse, « réinventer » l’innovation constitue un levier de performance et un gage de pérennité pour l’Afrique. Inspirés des réussites d’initiatives entrepreneuriales dans le domaine d’open innovation, des projets dans ce sens commencent à jaillir en Afrique. Nous en avons distingué principalement deux à savoir le projet de :

Convaincu qu’une démarche collaborative bénéficiera aux clients, Orange pratique une démarche d’innovation ouverte (« l’open innovation »). Il s‘agit de permettre l’émergence rapide de solutions inédites, pour obtenir des innovations toujours plus simples et intuitives, centrées sur les usages des clients. 
Comment l’open innovation s’incarne-t-elle pour Orange ? Elle se concrétise par le soutien apporté à de nombreux projets issus d’horizons différents. 
L’accélérateur de startups Orange Fab, créé il y a deux ans aux États-Unis est aujourd’hui présent en Côte d’Ivoire. En l’intégrant, les  jeunes entrepreneurs bénéficient de soutien dans les domaines du marketing, de l’élaboration d’un business modèle, du design et de la technologie. Dans certains cas, les start-upers disposent aussi d’espaces de travail partagé ou même d’un soutien financier.

C’est la première Start-Up évoluant dans le domaine de l’open innovation en Afrique. Conscients des enjeux et de l’importance de l’innovation dans les entreprises africaines,  A.O.I est un projet  piloté par 9 jeunes africains venant du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de l’Algérie et du Cameroun. C’est un projet dont la vision est de faire de l’innovation une ressource capitale pour la croissance des entreprises africaines. Il consiste  en la mise en place d’une plate-forme virtuelle ; lieu de rencontre des entreprises et des experts dans l’objectif de résoudre des problématiques dans tous les domaines d’activités d’une entreprises. La Start-up démarrera ses activités au premier trimestre 2016

L'open innovation, c’est l’humilité de reconnaître qu’on n’est plus capable en interne de produire toute l’innovation nécessaire au développement de l’entreprise. Un nouveau champ d’opportunités entrepreneuriales s’ouvre aujourd’hui en Afrique. Il devrait conduire les entreprises africaines à nouer des partenariats en amont de leurs processus d’innovation. A entrer dans des modèles de collaboration et d’intégration bénéfiques. A considérer aussi la perspective d’une empreinte internationale et globale toujours plus tôt dans leurs efforts de développement et de commercialisation.

Innover toujours PLUS, toujours PLUS vite, voilà le vrai challenge que doivent vivre au quotidien les entreprises africaines.

Mactar SY

TIC et agriculture: l’innovation au service du secteur primaire

Les innovations liées au TIC sont de plus en plus nombreuses et ne cessent d’accroitre l’économie du continent. Aujourd’hui, c’est le secteur de l’agriculture qui semble avoir trouvé son moteur à travers les nouvelles technologies. Des applications mobiles aux plate-formes de vente en ligne, les entrepreneurs africains font preuve de créativité pour allier les TIC et le secteur primaire. On parle, alors « des technologies de l’information et de la communication, au service de l’agriculture » soit l’ICT4Ag.

Une opportunité pour le secteur primaire

Selon une étude de Mc Kinsey, en 2025, un demi-milliard de la population africaine aura accès à Internet et il y aura 360 millions de smartphones sur le continent. Les TIC pourront ainsi accroitre la productivité agricole du continent de trois milliards par an. Les TIC se révèlent être les outils dont le secteur avait besoin. En effet, le secteur agricole représente la première source de revenus, d’emplois et voire même de subsistance pour 64 % de la population africaine. 

Or, il reste l’un des secteurs qui peine à atteindre ses objectifs de rendement. Les infrastructures, le capital, l’évolution technique des outils rendent les agriculteurs moins compétitifs que les acteurs internationaux. Ces derniers avec lesquels ils se retrouvent en concurrence directe sur les marchés locaux. À cela s’ajoute donc le manque de visibilité et de mise en valeur des produits. À l’instar du mobile-banking, qui révolutionne le secteur bancaire, l’équation TIC et Agriculture semble être une solution pour remédier à la stagnation du secteur primaire.

Les Agro-preneurs l’ont bien compris.

De la place de marché à l’application mobile, les agro-preneurs sont plus nombreux à l’Est. Au Kenya, on retrouve de nombreuses applications mobiles orientées vers l’éducation des agriculteurs. Elles tentent ainsi, d’améliorer le rendement de ces derniers. Par exemple, iCow l’application mobile qui permet de suivre chaque vache individuellement et permettre aux agriculteurs de maintenir toutes les informations pertinentes spécifiques à chaque vache. Ou encore Esoko, sa consoeur qui propose un logiciel permettant aux agriculteurs locaux de trouver les informations nécessaires pour améliorer leurs productivités.

À l’ouest l’e-commerce à le vent en poupe.

Avec au Sénégal, la plate-forme Soreetul spécialisée dans la vente en ligne de produits locaux à travers le Sénégal, vient d’être lancé par Awa Caba. Sa volonté : « valoriser et donner une plus grande visibilité aux femmes transformatrices ». Ou encore, Mlouma qui permet aux agriculteurs d’obtenir les informations nécessaires sur le marché pour leurs décisions d’achat ou de vente. Au Nigéria, c’est la plate-forme Agro-Merchant qui permet la vente en ligne de produits agricoles pour les particuliers et les professionnels.

Les entrepreneurs sont de plus en plus nombreux et les organismes l’ont bien compris. On voit apparaître des initiatives telles que les Hakhatons « AgriHack Talent » organisé par ARDYIS, pour accroître l’innovation et renforcer l’entrepreneuriat de jeunes dans le secteur agricole à travers les TIC. Les TIC semble donc aujourd’hui indispensable pour soutenir le développement du secteur primaire.

Moussou DIAKITE

Sources:

http://www.mckinsey.com/insights/high_tech_telecoms_internet/lions_go_digital_the_internets_transformative_potential_in_africa

https://icow.co.ke

https://www.dropbox.com/s/ya0k4zg342g1ntd/Forbes%20Afrique_Esoko%20only.pdf

http://www.mlouma.com/index/quisommesnous

http://agromerchant.com

http://hackathon.ict4ag.org/the-future-google-of-agricultural-land-information/

http://www.inter-reseaux.org/IMG/pdf/GDS58_Valorisation_des_produits_locaux.pdf

http://ardyis.cta.int

http://www.commodafrica.com/02-11-2015-bamboo-finance-et-louis-dreyfus-sunissent-pour-financer-la-chaine-de-valeur-agricole-en

Quelle place pour l’entrepreneuriat à l’université ?

L’entrepreneuriat est l’un des moteurs de l’économie. Son incidence sur l’innovation, l’investissement ainsi que l’insertion professionnelle des jeunes et la création d’emplois n’est plus un secret en Occident. Au Sénégal, avec une population de jeunes en pleine croissance et un taux de chômage important, l’entrepreneuriat offre de nouvelles perspectives.  Quelle est la place de l’entrepreneuriat à l’université ? C’est ce que je vous propose de découvrir à travers mon expérience de « toubab »[1] au Sénégal.

Les défis de l'université publique Sénégalaise

Selon le Plan de Développement de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche au Sénégal[2], le nombre de nouveaux bacheliers devraient devrait doubler entre 2012 et 2017. Pour répondre à cette demande croissante d’inscriptions, réduire les inégalités d’accès et sensibiliser les jeunes aux nouvelles technologies, le gouvernement a créé il y a deux ans  la première université numérique et publique du Sénégal, l’Université Virtuelle du Sénégal. Bien que la mise en place des cours en ligne et le suivi soient encore à revoir selon certains étudiants, cette initiative s’inscrit dans une dynamique de changement numérique prônée par la ville de Dakar[3].  

Aux difficultés internes du système s’ajoutent un problème d’orientation des étudiants. C’est le cas de Youssou, 22 ans et étudiant en philosophie à l’UCAD. Il va certainement devenir professeur de philosophie mais il explique pourtant que le bricolage est sa véritable passion et que « tous ses copains le trouvent doué pour ça ». Il pourrait certainement développer ses prédispositions manuelles et se professionnaliser. Mais jamais, dans son environnement éducatif et universitaire, il n’a été informé du Fab Lab[4] de Dakar,  Ker Thiossane, ou de l’existence d’autres initiatives en dehors de son cursus.

L’offre de formation proposée à l’université est concentrée autour des  sciences humaines et sociales et des lettres au détriment des formations scientifiques[5]. Les programmes ne proposent pas de cursus croisés entre départements et restent inadaptés aux besoins économiques du pays. Ainsi, l’inefficacité du l’enseignement supérieur se répercute à travers un chômage massif des diplômés (31% en 2011 contre 16% en 2005[6]).

Comment faire de la place à l’entrepreneuriat dans l’université

Au Sénégal, certaines écoles privées telle que l’Institut Africain de Management (IAM) encouragent l’entrepreneuriat à travers la création d’un incubateur et du SenseCampus lancé en partenariat avec MakeSense pour 2016. L’objectif de ce programme est de favoriser l’innovation et la création de projets d’entreprises sociales[7] en s’attaquant à des problèmes sociaux non résolus par l'Etat ou le secteur privé. A l’inverse de cette institution privée, aujourd’hui aucune université publique ne propose une formation diplômante en entrepreneuriat au Sénégal.

Ces formations seraient pourtant nécessaires à la population. L’esprit de débrouillardise des Sénégalais est bien connu mais peu d’initiatives deviennent de véritables entreprises. Par exemple, en zone rurale beaucoup de femmes cultivent et transforment manuellement des céréales et font pourtant face à l’insuffisance alimentaire. Rares sont celles qui sont capables de faire passer leur activité à l’échelle supérieure, par manque d'outils et de compétences adaptés. Pour combattre la malnutrition et aider ces femmes à développer une culture d’entreprises, l’entreprise sociale Sen Women Up les accompagne à travers une activité de transformation de fonio[8] à Kédougou. Il s’avère nécessaire de changer profondément les mentalités d’où l’importance de la sensibilisation des étudiants à l’université. Certaines actions peuvent facilement être initiées telles que la visite d’entrepreneurs, la diffusion des réussites…

Ainsi dès janvier 2016, un réseau de Fab labs[9] va être créé au sein de trois écoles d’ingénieurs au Sénégal. Ces laboratoires d’ingéniosité seront mis à la disposition de tous (étudiants, artisans, designer, groupes/startups etc) pour démocratiser l’accès aux outils innovants et débrider la créativité de la population. La BICIS (filiale du groupe BNP) propose de sensibiliser les Dakarois à ce mouvement de « makers[10] » et d’entrepreneurs sociaux avec l’exposition Wave (du 7 au 15 novembre 2015 à l’IFAN).  Afin de diffuser ces courants et initiatives auprès des néophytes, l’université doit devenir un véritable relai de communication.

Pour passer à l’action, l’analyse des besoins, le prototypage et la gestion des ressources sont des éléments très importants à connaitre. C’est pourquoi, à défaut de les apprendre dans l’enseignement supérieur, des entités privées organisent des workshops. L’entreprise Baobab Entrepreneurship a créé l’incubateur virtuel CONCREE et propose chaque mois deux jours de formation au modèle de création « lean startup ». Des outils sont transmis aux entrepreneurs pour tester leur idée avant sa mise en place. MakeSense[11] organise également de nombreux ateliers de brainstorming gratuits pour résoudre les problématiques rencontrées par les entrepreneurs sociaux. Afin de démocratiser l’accès à ces outils, l’université pourrait s’impliquer en proposant, par exemple, des cours de comptabilité et d’Excel ciblant les problématiques financières des startups.

En conclusion…

Au Sénégal, les TPE opèrent parfois dans des conditions de forte précarité (Abdoul Alpha Dia, 2011). Quant aux grandes entreprises, essentiellement des filiales de groupes étrangers, elles ne peuvent répondre seules aux attentes grandissantes du marché du travail.

Universités et entrepreneurs sénégalais peuvent jouer un rôle de premier plan en matière de développement et de croissance économique. Des mesures comme la mise en place du PSE-J[12] permettant une formation professionnalisante destinée aux jeunes diplômés porteurs de projets ou encore l’allègement des procédures lors de création d’entreprises[13] donnent l’impulsion. Des initiatives, qui si elles se concrétisent et se multiplient, permettront de faire de Dakar une métropole de l’entrepreneuriat. A nous de jouer !

 

Sophie ANDRE

Références

Dia Abdoul Alpha, « L'Université sénégalaise face à la problématique de l'entrepreneuriat », Revue de l'Entrepreneuriat, 2011/1 Vol. 10, p. 9-32.


[1] Toubab : mot wolof signifiant “européen”

 

[2] Ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche du Sénégal, 2013, PDESR 2013 – 2017, Sénégal.

 

[3] Dakar nommée ville créative par l’UNESCO. Ville de Dakar (2015), La Ville de Dakar vient d’être désignée membre du Réseau des villes créatives de l’UNESCO dans la catégorie des arts numériques [Online], Disponible : http://bit.ly/1OTxKc3 [21 oct 2015].

 

[4] Fab lab : contraction pour « fabrication laboratory » en anglais, signifiant laboratoire de fabrication

 

[5] 80% des programmes selon le PSE. République du Sénégal, 2014, Plan Sénégal Emergent (PSE), Sénégal.

 

[6] République du Sénégal (2014) Diagnostic sur l'emploi des jeunes au Sénégal, Sénégal

 

[7] L’entrepreneuriat social consiste à créer une activité économique viable pour répondre aux besoins sociaux et environnementaux (santé, logement, environnement, chômage de longue durée, etc.) – Mouves, Qu’est-ce que l’entrepreneuriat social [Online], Disponible : http://bit.ly/YMVBUH

 

[8] Fonio : céréale d’Afrique de l’Ouest pauvre en gluten

 

[9] Fab lab : contraction pour « fabrication laboratory » en anglais, signifiant laboratoire de fabrication

 

[10] Un « maker » utilise la technologie de manière innovante pour créer des objets.

 

[11] Rejoignez la communauté MakeSense de l’Afrique de l’Ouest sur Facebook : http://on.fb.me/1hV5SHq.

 

[12] Programme Sénégalais pour l’Entreprenariat des Jeunes (PSE-J) http://bit.ly/1LG5gyb

 

[13] Le Sénégal fait un grand bond en avant dans le classement en  passant de la 133ème place en 2014 au 90ème rang en 2015. Groupe de la Banque Mondiale (2015), Doing Business [Online], Disponible : http://bit.ly/1GqwPym

 

 

 

 

VALLESSE, une success-story ivoirienne

Le Fonds Afrique Développement (FADEV | www.fadev.fr), un fonds d’investissement solidaire à destination des PME africaines, compte diffuser des portraits de chefs d’entreprise africains avec lesquels il collabore. Valoriser et faire connaître leur réussite est autant un signe de fierté qu’un message d’encouragement à tous les futurs entrepreneurs du continent ! Aujourd’hui, nous retraçons le parcours de la maison d’édition ivoirienne VALLESSE, que le FADEV et son partenaire technique en Côte d’Ivoire, le CCDE, soutiennent et accompagnent depuis 2014.

 

Valesse

 

 

 

 

 

 

L’histoire de VALLESSE est encore intimement liée au parcours de sa dirigeante, Madame Diomandé. Entrée en 1999 au CEDA (Centre d’Édition et de Diffusion Africaine), première maison d’édition en Côte d’Ivoire, elle passe successivement au service éditorial, au service commercial et distribution (dont communication) puis à la Direction Générale en tant qu’Assistante du Directeur Général Adjoint, chargée de la fabrication jusqu’en février 2005.

Licenciée pour motif économique en février 2005, Madame Diomandé poursuit son aventure dans l’édition en devenant assistante de direction à l’imprimerie Nour pendant 9 mois, avant de ressentir profondément le besoin d’une maison d’édition produisant des ouvrages de meilleure qualité, tant dans le fond que dans la forme.

Ce sentiment s’accompagne d'une vocation pour l’entrepreneuriat qui se concrétisa en 2006 par la création de la société VALLESSE Sarl dont l’objet est l’Edition d’ouvrages de qualité, avec un goût prononcé pour la littérature éducative. En parallèle et afin de compenser les fluctuations de commandes inhérentes au métier d’éditeur, VALLESSE proposait initialement l’Impression et la Prestations de services divers, activités abandonnées avec l’essor des commandes d’édition.

L’aventure a d’abord débuté avec un premier associé détenant 30% du capital. Madame Diomandé  recrute d’anciens membres expérimentés du Centre d’Édition et de Diffusion Africaine (secrétaire d’édition et personnel administratif) pour former son équipe. Ensemble l’équipe s’est mise à la recherche de manuscrits qui, une fois édités pouvaient être soumis à agrément du Ministère de l’Education pour être utilisés comme ouvrages de littérature scolaire conseillés, assurant une commande large des instituts d’enseignements nationaux.

Dans le but de déceler de nouveau talents et de contribuer à la promotion de la lecture et à l’écriture VALLESSE lance dès janvier 2007 un concours littéraire dénommé «  les Manuscrits d’OR » récompensé par l’édition en un ouvrage collectif des manuscrits primés. Soutenu par Côte d’Ivoire Telecom, le concours a pu être organisé 3 années durant avant que les subventions ne cessent.Valesse 2

En 2007, le Chiffre d’Affaires atteint ainsi  101 347 932 FCFA. Et c’est en 2008, avec le premier ouvrage agréé par le Ministère de l’Education Nationale, que l’Edition connait une véritable percée. En parallèle, la cessation d’activité de son distributeur attitré Distrilibre, conduit VALLESSE à la décision d’internaliser cette fonction. L’équipe est alors renforcée par un délégué pédagogique (pour l’adoption effective des ouvrages dans les classes) et une assistante commerciale (qui s’occupe des librairies et de la facturation).

2009 marque un tournant dans la stratégie et dimension de VALLESSE. De nouveaux titres de littérature générale rejoignent les collections dont certains ont été réalisé à compte d’auteurs ou compte à demie. 3 titres figurent désormais au programme des lycées et collège (ouvrages conseillés) et un au programme Parascolaire (réalisé en formant une équipe de pédagogue). Au fur et à mesure l’activité du volet impression et prestations de services décroît pour que l’équipe se consacre entièrement à l’édition.

Les statuts sont ensuite modifiés en trois points :

– Augmentation de capital qui passe de 1 000 000 de FCFA à 3 000 000 FCFA,

– Rachat des parts de l’associé historique qui souhaitait désormais s’orienter vers d’autres projets d’investissements,

– Changement de l’objet social qui est désormais « éditions, distribution, diffusion et représentation ».

Aujourd’hui, VALLESSE figure parmi les éditeurs de référence en Côte d’Ivoire. La Maison d’Edition possède l’expertise et la maitrise de toute la chaîne d’activité. Elle continue de se perfectionner à travers différents séminaires et rencontres professionnelles et de croître grâce à l’apport de mécanismes financiers tels que le Fonds Afrique Développement, entré au capital en 2014, qui apporte un appui technique et financier pour développer les activités (financement de nouvelles collections, participation à des événements internationaux…).

Les résultats et nouveaux défis suivent :

– Lancement de la collection YENIAN

– Attribution de nouveaux manuels scolaires  par le Ministère de l’Education Nationale (le premier manuel « Education Musicale 6ème » a été édité pour la rentrée scolaire 2015-2016)

– Sortie du livre "le charme rompu", 1er titre de la collection « Nouvelle »

– Agrément de deux (02) nouveaux titres pour la rentrée scolaire 2015-2016 (L’Héritier de Mboula pour la classe de 4ème et Yavan et la montre merveilleuse pour  la classe de CM2)

– Nomination de Madame Diomandé Fidèle au poste de trésorière d’AFRILIVRES, association d'éditeurs africains francophones

 

Martin FLEURY
 

Vous souhaitez en savoir encore plus ?

Page facebook : https://www.facebook.com/pages/Vallesse-Editions/548867148501839

Profil sur la plateforme FADEV : http://www.fadev.fr/projet/1-vallesse-edition-jeunesse-litterature-africaine

Ouvrages disponibles sur Afrilivres : http://www.afrilivres.net/fiche_editeur.php?e=10101