Au-delà de l’énergie solaire : la méthanisation et sa portée économique en Afrique

La méthanisation est un processus de décomposition des matières perissables par des bactéries permettant de générer une énergie renouvelable appelée, le biogaz. Les composantes du procédé se distinguent en deux types : les effluents liquides et les déchets solides organiques. Sont classés dans les effluents liquides, les eaux résiduaires, les effluents d’élevage, les boues biologiques et les effluents agroalimentaires. Quant aux déchets solides organiques, ils comprennent les déchets industriels, les déchets agricoles (substrats végétaux solides, déjections d’animaux) et les déchets municipaux (journaux, déchets alimentaires textiles, déchets verts, emballages, sous-produits de l’assainissement urbain).  Le passage en revue de ces composantes permet de déduire que la méthanisation est un procédé qui favorisera l’assainissement des villes africaines. Cependant, parallèlement aux gains écologiques évidents, quels sont les avantages économiques que peuvent tirer les pays africains d’un tel procédé ?

 

L’élevage : de l’autonomisation alimentaire à la production énergétique

 

L’Afrique est paradoxalement exportatrice nette de produits d’élevage alors même que sa population est en partie touchée par la malnutrition (Figure 3). En effet,  selon la FAO, une personne sur quatre souffre de sous-alimentation (déficience en calorie) en Afrique Sub-saharienne et  43% de la population, soit près de la moitié, vivent dans l’extrême pauvreté[1]. Certes il faut tenir compte des préférences des consommateurs, mais il faut aussi noter que l’ignorance des avantages de l’élevage par les consommateurs joue un rôle déterminant dans leur choix. Si l’on porte l’analyse sur la consommation, on peut tout simplement estimer que l’élevage permettrait aux ménages, surtout les plus démunis, de faire des économies sur leurs dépenses et de s’assurer dans le même temps une suffisance alimentaire. A cet avantage, peuvent s’ajouter de potentielles retombées issues de la vente des produits d’élevage.

La troisième finalité de l’élevage est celle de l’utilisation des défections des animaux comme composante pour la méthanisation et la production d’énergie, sachant que la production énergétique d’une unité de méthanisation traitant 15000 tonnes/an de déchets permet de garantir l’électricité de 1300 logements[2]. Selon la Banque africaine de développement, plus de 640 millions d’africains n’ont pas accès à l’énergie, soit un taux d’accès supérieur à 40%. L’élevage serait donc un moyen d’assurer à la fois l’auto-suffisante alimentaire en Afrique, l’autonomie financière des ménages et l’autonomie énergétique des zones rurales. Notons également que l’énergie est en elle-même un gage de développement, de création d’emplois et par conséquent, de réduction de la pauvreté.

 

La méthanisation pour une croissance de la production agricole en Afrique

 

Bien que la proportion d’agriculteurs ait baissé au cours du 20ème siècle dans toutes les régions du monde, l’agriculture reste le premier pourvoyeur d’emploi en Afrique, avec 52% de la population, soit plus de la moitié, employés par le secteur agricole[3].  L’agriculture occupe toujours une part très importante dans le PIB[4] des pays africains. Au Tchad et en Sierra Leone, par exemple, le secteur agricole représentait respectivement 52,6% et 54%, soit plus de la moitié, du PIB de chacun deux pays en 2014 (World Development Indicators).

Si la méthanisation permet une production énergétique,  les résidus du processus, appelés « digestat », peuvent être recyclés sous forme d’engrais. Ces engrais permettraient d’augmenter la productivité, ainsi que la production agricole. Notons qu’il ne s’agit pas ici de fonder le développement sur l’agriculture mais de raisonner dans le court terme en partant du postulat que, si le revenu des individus dépend de l’agriculture, alors toute augmentation de la production agricole engendrera une hausse du revenu des agriculteurs, toutes choses égales par ailleurs.  Le processus permettra également aux pouvoirs publics de baisser les coûts liés aux achats et subventions d’engrais et de consacrer les lignes budgétaires dédiées à ces achats à d’autres secteurs tels que l’éducation, la santé et les infrastructures.

 

Recommandations : encourager et assurer le développement de la méthanisation en Afrique

 

Bien que très peu développée, la méthanisation se pratique déjà dans certains pays d’Afrique. En Afrique du Sud, Elgin fruit utilise les pulpes de fruit, extraits du processus de production de jus, pour produire 500 kW d’électricité renouvelable[5]. Au Kenya, l’usine de biogaz de Power tropicale est capable de produire 2,6 MW d’électricité à partir des matières agricoles.  Il existe également des sources naturelles de biogaz en Afrique. Comme exemple, on peut citer la production naturelle du biogaz dans le lac Kivu au Rwanda et en République Démocratique du Congo (RDC).  On note également l’existence de certaines formes de production de biogaz dans des sites miniers d’Afrique du Sud.

Un autre avantage du biogaz est qu’il peut être substitué au gaz naturel, utilisé pour la production de chaleur et de carburant pour véhicules. Pour les pays non pétroliers d’Afrique, la méthanisation permettrait donc de réduire leurs importations de pétrole, ce qui permettrait de faire d’importantes économies.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Hamed Sambo

 

 

Sources


[1]http://www.banquemondiale.org/fr/news/press-release/2015/10/16/africa-gains-in-health-education-but-numbers-of-poor-grow

 

 

[2]http://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/methanisation

 

 

[3]http://www.momagri.org/FR/chiffres-cles-de-l-agriculture/Avec-pres-de-40%25-de-la-population-active-mondiale-l-agriculture-est-le-premier-pourvoyeur-d-emplois-de-la-planete_1066.html

 

 

[4] Produit Intérieur Brut

 

 

 

[5]https://www.clarke-energy.com/fr/2015/le-potentiel-biogaz-en-afrique/

 

 

Libéraliser l’industrie de l’énergie pour favoriser les investissements dans les énergies renouvelables

1024px-Inga04Près de six africains sur dix n’avaient pas accès à l’électricité en 2010 (IRENA, 2014). Parmi ces six africains, cinq vivent en milieu rural. Les énergies renouvelables, compte tenu de leurs coûts de distribution plus faibles, sont des sources alternatives capables de réduire à la fois cette pauvreté et cette fracture énergétique. Cependant, leur développement nécessite des investissements significatifs que seules des politiques publiques sur la fiscalité, le rachat de l’énergie et l’accès aux crédits peuvent soutenir.

Or, outre la formulation des politiques publiques, leur mise en œuvre concrète se heurte souvent à des intérêts particuliers, notamment lorsqu'elles sont susceptibles de réduire la rentabilité d'investissements déjà consentis. Cette question se pose encore avec acuité en cas de "conflit technologique", c’est-à-dire lorsqu'une innovation est susceptible de remplacer, du moins partiellement, une ancienne technologie, comme c'est le cas entre les énergies renouvelables et fossiles.

Cet article montre que ce conflit technologique permet d’expliquer une bonne partie du retard des investissements dans les énergies renouvelables en Afrique. Il propose ensuite de privatiser les compagnies nationales d’énergie électrique et plus largement de libéraliser l’industrie de l’énergie afin de réduire la pesanteur de ce conflit technologique dans la mise en œuvre des mesures favorables à l’investissement dans les énergies renouvelables.

Le retard des investissements dans les énergies renouvelables en Afrique 

Les investissements dans les énergies renouvelables ont certes progressé en Afrique au cours des dix dernières années ; mais leur rythme de progression reste faible par rapport à d’autres régions du Monde comme la Chine. Comme l’illustre le graphique ci-dessous, en 2004, l’Afrique et la Chine avait le même niveau d’investissement. Depuis les investissements chinois ont fortement progréssé par rapport à ceux de l'Afrique, représentant en 2014, près double de ceux de l’Afrique et du Moyen Orient réunis.[1]

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Source : Calculs de l auteur a partir des donnees issues du Rapport UNEP

L’un des facteurs couramment mis en avant pour expliquer ce retard est le coût fixe d’installation et d’entretien particulièrement élevé des énergies renouvelables, que ce soit pour les panneaux solaires, l’éolien ou la biomasse. Cependant, le coût des équipements d’énergies renouvelables est en baisse graduelle sous l’effet du progrès technologique (Voir Rapport UNEP page 19). A titre d'exemple, les panneaux solaires se vendaient, en moyenne, à 3.5 euros le Watt crête (€/Wc) en 1999 contre à 50 €/Wc en 1960. Selon une étude récente du cabinet IHS, ce prix, même pour le meilleur panneau solaire, a atteint 2,8 €/Wc en 2014. Ainsi, le coût des équipements d’énergies renouvelables devient de moins en moins un facteur contraingnant pour le développement des énergies renouvelables.

Même si la propension moyenne à payer de nombreux Africains peut être inférieure aux coûts compte tenu du faible niveau de revenu, il n’en demeure pas moins que les politiques publiques en matière d’investissement dans les énergies renouvelables ne sont pas encore suffisamment effectives. En réalité, ce ne sont pas les politiques publiques qui manquent, mais plutôt leur mise en œuvre qui reste limitée à cause du conflit technologique entre les énergies fossiles et les énergies renouvelables. Le Document de Politique en matière d’énergie renouvelable de la CEDEAO[2] ou le Livre Blanc de la CEMAC et de la CEEAC[3], par exemple, mettent tous en avant, chiffres à l’appui, des actions concrètes à mener pour encourager les investissements dans les énergies renouvelables. Cependant, leur mise en œuvre tarde à se matérialiser.

Le conflit technologique exacerbé par l’intervention de l'Etat

Ce retard se trouve exacerbé par l'intervention de l'Etat. Dans certains pays développés où les entreprises impliquées dans la production et la distribution des énergies sont sous contrôle d’intérêts privés, ce sont des groupes de lobbies qui incitent les gouvernements à ne pas prendre les mesures susceptibles de rendre plus compétitives les énergies renouvelables. Par contre, lorsque la compagnie de fourniture d’énergie est sous contrôle de l'Etat, comme c’est le cas dans de nombreux pays africains, la tentation est plus forte pour l’Etat de restreindre les mesures favorables à la compétitivité des énergies renouvelables. Cette intervention de l'Etat peut être encore plus dommageable lorsque les institutions économiques sont faibles ou lorsque la gouvernance économique est exempte de transparence. A titre d'exemple, en 2013 au Cameroun, l’importation d’un kit solaire était soumise à un droit de douane de 10% en plus d’une TVA de 19.25% et d’une taxe de transport égale à 5% du prix d’achat.[4] Parallèlement, le même kit solaire est exonéré de droit de douane au Burkina-Faso, en Egypte et en Tunisie entre autres (UNECA, 2014). Cette différence de traitement fiscal peut s’expliquer par la volonté de protéger l’industrie domestique utilisant des ressources fossiles pour la production de l’énergie ; cette industrie étant souvent monopolisée par une compagnie nationale, contrôlée par l'Etat.

Selon le rapport de l’UNECA sur l’Afrique du Nord, il existe un ensemble de mesures publiques favorables à l’investissement dans les énergies renouvelables. Typiquement, l’Etat peut mettre en place un système d’obligation d’achat par les distributeurs de l’énergie photovoltaïque à un prix régulé et transparent. Il peut aussi garantir des parts de marché aux investisseurs dans les énergies renouvelables à travers des concessions ou des certificats d’énergie verte. D’autres mesures, moins coûteuses, consistent à mettre en place des systèmes d’incitations fiscales directes (crédit impôt investissement, réduction d’impôt, paiement de la production d’énergie) ou indirectes (réduction de la TVA sur les équipements verts ou économes en énergie) ou de facilitation de l’accès au crédit pour les ménages et les entreprises ayant un projet d’investissement dans les énergies renouvelables.

Privatiser et libéraliser l’industrie de l’énergie pour inciter à investir dans les énergies renouvelables

La mise en œuvre effective de ces mesures requiert la limitation de l’interventionnisme de l'Etat dans la promotion des investissements dans l’énergie renouvelable.  Pour cela, nous recommandons de privatiser les compagnies nationales d’énergie électrique. Cette privatisation supprime le conflit d’intérêt de l’Etat dans la mise en œuvre de ses politiques publiques en faveurs des énergies renouvelables. Pour être plus efficace, cette privatisation devrait s’accompagner d’une libéralisation de l'industrie de l'énergie afin de permettre à tout opérateur économique d’entrer sur le marché avec tous les avantages proposés par l’Etat. Enfin, la mise en place d'un régulateur indépendant et autonome devrait servir à cette fin.

Cette recommandation n’est pas nouvelle car le problème de conflit technologique auquel est confronté l’industrie de l’énergie s’était déjà posé dans le secteur des télécommunications au début des années 90, lors du passage de l’analogique au numérique. Dans ce contexte, la privatisation, la libéralisation et la mise en place de régulateurs indépendants et autonomes ont permis de booster les investissements dans les réseaux mobiles et leur adoption par une proportion de plus en plus importante de personnes en Afrique.

Georges Vivien HOUNGBONON

Sources :

IRENA – International Renewable Energy Agency. 2014. « L’Afrique et les Energies Renouvelables : La voie vers la croissance durable »

UNECA – United Nations Economic Commission for Africa. 2014. « Les mécanismes innovants de financement des projets d’énergies renouvelables en Afrique du Nord »

CEDEAO – Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest. 2012. « Politique en matière d'énergie renouvelable de la CEDEAO »

UNEP – United Nations Environment Program. 2015. « Global Trends in Renewable Energy Investment »

IHS Consulting. 2015. “Top Solar Power industry Trends for 2015”.


[1] Les données ne sont pas directement disponibles pour l'Afrique. Dans tous les cas, les investissements réels dans le périmètre Africain seraient plus faibles.

 

[2] CEDEAO, 2012.

 

[3] Livre Blanc de la CEMAC et de la CEEA: Politique régionale pour un accès universel aux services énergétiques modernes et le développement économique et social, version finale provisoire du 8 avril 2014.

 

[4] Agence EcoFin, consulté le 1 avril 2015.

 

Quatre modèles économiques pour l’électrification rurale en Afrique (2 /2)

Nouvelle imageL’association Africa Express a étudié en 2012, 25 projets d’énergie sélectionnés par un Comité Stratégique. A partir du Livre Blanc sur les bonnes pratiques des énergies durables en Afrique, publié par l’Association, nous avons présenté dans un précèdent article, deux modèles portant sur l’entreprise sociale (1), et la création de filière économique nouvelle (2). Voici deux autres reposant sur la fidélisation de la clientèle (3) et le développement de partenariats public-privé (4).

(3) Fidéliser les clients

Les projets d’électrification rurale décentralisée peuvent faire face à un taux élevé de non-recouvrement du paiement du service rendu par les clients, pour différentes raisons : insatisfaction, difficultés financières… Il s’agit d’un risque majeur pour la pérennité du projet, puisqu’il entraîne une diminution des recettes, qui pèse sur les opérations de maintenance préventive ou curative et dégrade ainsi la qualité du service.

La conservation de la rente assurée par les clients acquis exige donc un investissement qui peut représenter un coût élevé : relances, mobilisation de personnel pour récupérer les créances, désinstallation du matériel… Cependant, il est nécessaire pour garantir la qualité de service et assurer la viabilité de l’opérateur.

BPC Lesedi propose une solution innovante parfaitement adaptée au cas du Botswana, car il s’agit d’une région à fort pouvoir d’achat des populations. Le concept du paiement au service est une solution qui peut être répliquée pour d’autres bassins de population.

Projet BPC Lesedi / Botswana : mise en œuvre du concept de «paiement au service » via un réseau de franchisés

Nouvelle image (BPC Lesedi (joint-venture détenu à 55% par BPC – opérateur national d’électricité botswanais – et à 45% par EDF) est née en 2010 et a pour mission de mettre en œuvre le programme national d’électrification rurale à partir d’énergies renouvelables, solaire en particulier. L’objectif de la politique énergétique du Bostwana est d’atteindre un taux d’électrification de 80% des foyers d’ici 2016 et de 100% d’ici 2030.

Le modèle mis en place par BPC Lesedi est celui de « paiement au service » déjà mis en œuvre dans d’autres pays par EDF. Au Botswana, l’innovation de cette approche réside dans son système de franchises. Le « paiement au service » vise à répondre au plus grand défi posé par les systèmes hors-réseaux par rapport à l’électrification via le réseau électrique conventionnel : prendre en charge la maintenance et sa charge financière qui pèse sur le client en échange d’une redevance mensuelle.

La force du système de franchises réside dans l’adaptabilité des entrepreneurs à différents environnements, et la durabilité d'une prestation de services performante qui conduit l'entrepreneur local à maintenir son entreprise en pleine croissance en conservant ses clients captifs et satisfaits. En impliquant le secteur privé pour mener le processus d’électrification rurale à travers le pays au lieu de confier la mission à un unique opérateur national, le concept de franchises va permettre à BPC Lesedi d’encourager l’ensemble de l’industrie solaire dans le pays et d’apporter de la valeur ajoutée à son expansion.

Après 3 ans, BPC Lesedi a déjà réussi l’installation de 600 systèmes solaires (pour 3 000 bénéficiaires environ)  grâce au recrutement et à la formation de 10 franchisés. Ceci a contribué à la création de 47 postes permanents dans le solaire à travers le réseau de franchises et de sous-traitants.

(4) Construire des partenariats public-privé (PPP)

Les PPP peuvent représenter une solution pertinente de financement de l’accès à l’énergie, si la politique nationale d’électrification rurale d’un État ou d’une région est définie, et que le cadre réglementaire est transparent et incitatif.

Dans le domaine de l’électrification rurale, les États peuvent libérer des concessions dont elles confient la gestion à une entreprise privée, alors titulaire d’une délégation de service public sur un territoire défini. Elle est alors en charge du développement de l’accès à l’énergie, et bénéficie d’une exclusivité d’exploitation sur une durée longue (10 à 20 ans) afin de rentabiliser ses investissements et dégager des bénéfices. Au terme de la concession, la puissance publique devient propriétaire et gestionnaire des infrastructures. D’autres systèmes existent, comme l’affermage, dans lequel l’opérateur privé gère un service public, en contrepartie d’une rente reversée à l’État.

Pour les infrastructures énergétiques d’envergure nationale ou régionale, les PPP représentent une voie pertinente d’une croissance durable. À l’initiative des gouvernements et sur impulsion internationale, bailleurs publics, agences internationales et partenaires privés sont associés afin de mettre en œuvre un projet de  production ou de distribution énergétique.

Projet GDC / Kenya : PPP pour la construction d’une centrale géothermique de 400 MW

Nouvelle image (3)L’entreprise GDC (Geothermal Development Company), créée en 2008, développe l'énergie géothermique au Kenya. La géothermie est l’unique grande source d’énergie encore inexploitée, peu chère, fiable et disponible.

On estime le potentiel géothermique du pays à plus de 10 000 MW, principalement le long de la vallée du Rift. Le premier projet développé par l’entreprise est la centrale de Menengai, qui produira 400 MW à l’achèvement de sa construction en 2017.

En raison des coûts très élevés liés à l'exploration des ressources en amont, les investisseurs sont généralement frileux quant au développement de la géothermie, dont l’exploitation des ressources a stagné dans la plupart des pays. Cependant GDC a été conçu comme un accélérateur du développement géothermique du pays.

GDC prend en charge les risques de l’exploration : elle procède ainsi à des études de surface, d’exploration, d'évaluation et de production de forage. Les investisseurs seront par la suite invités à s'associer au développement de la centrale dans le cadre d’un partenariat public-privé.

Grâce à la prise en charge des risques initiaux engendrés par l’exploration géothermique, GDC favorise les investissements dans le secteur en limitant les risques qui pèsent sur eux. Si les investisseurs privés devaient être impliqués dans l'investissement de l’intégralité de la chaîne de valeur géothermique, le risque serait de facto répercuté sur les tarifs au consommateur, qui deviendraient alors trop élevés pour la population locale.

Grâce à ce modèle, le Kenya développera une industrie géothermique efficace tandis que les consommateurs  bénéficieront également de tarifs plus bas.

En conclusion :

L’Afrique dispose de ressources énergétiques très importantes. Pourtant les investissements actuels dans les unités de production, et une approche strictement technique et macro-économique ne sont pas suffisants pour délivrer l’électricité à l’ensemble de la population. Des freins subsistent : infrastructures vulnérables aux variations de la demande, réseaux peu interconnectés qui freinent le développement de structures de production énergétiques régionales, surcoût à l'investissement des énergies renouvelables… Enfin, l'économie actuelle du système électrique empêche les investissements nécessaires faute d'efficacité, de solvabilité des acteurs et de stabilité politique et réglementaire.

La réussite de l’accès à l’énergie en zone rurale nécessite une autre vision, tout aussi à long terme, mais menée au plus près du terrain. Surtout, elle requiert la construction de modèles économiques mieux adaptés à des populations pauvres et souvent peu solvables, l’implication de tous les acteurs des filières et enfin le placement de l’innovation sociale et financière au cœur de la problématique de l’accès à l’énergie.

 

Jeremy DEBREU d’Africa Express

Quatre modèles économiques pour l’électrification rurale en Afrique (1/2)

Nouvelle imageEn 2012, l’association Africa Express a étudié 25 projets d’énergie sélectionnés par un Comité Stratégique, pour comprendre quels sont les facteurs-clés qui sous-tendent leur réussite. La diversité des projets audités était très large, tant en type de développeur de projet et de source d’énergie produite qu’en termes d’impact pour les populations bénéficiaires ou encore de variété des stades de développement.

En septembre 2013 l’association a publié un Livre Blanc des bonnes pratiques tirées de l'ensemble de ces projets, qui peuvent servir de modèle et être adaptées ailleurs. Cet ouvrage, déjà téléchargé à plus de 6 000 exemplaires, se veut une source d’inspiration pour les porteurs de projets actuels et futurs, leurs bailleurs et partenaires financiers, mais aussi pour les gouvernements en charge de la politique énergétique.

 A travers une série de deux articles, voici une revue de quatre modèles observés par Africa Express : l’entreprise sociale (1),  la création de filière économique nouvelle (2), la fidélisation de la clientèle (3) et le développement de partenariats public-privé (4). 

Avec presque 600 millions d’exclus de tout service énergétique, l’électrification rurale décentralisée (ERD) reste un enjeu majeur pour le développement du continent. Les solutions techniques sont pourtant connues et disponibles. Malgré des sources d’énergie abondantes, l’électricité est rare et chère en Afrique subsaharienne, avec des prix moyens supérieurs aux normes internationales.

Dans le domaine de l’électrification rurale, le rôle du porteur de projet est déterminant. Au-delà de la technique déployée, le succès d’un projet d’accès à l’énergie relève d’une capacité à comprendre les besoins locaux, intégrer les parties prenantes, développer des relations fiables avec les partenaires financiers, assurer un management positif et soutenable, notamment sur le plan de la formation.

Mais avant toute chose, un projet d’énergie doit impérativement s’adosser à un modèle économique garantissant la viabilité économique de l'exploitation.  Un business model est la manière dont une entreprise crée, partage et retient de la valeur. Dans la plupart des projets, l’investissement de départ est fortement subventionné – jusqu’à 80% du montant total, souvent par des bailleurs internationaux. Cet apport initial risque toutefois de rester inopérant s’il n’est pas relayé par un modèle d’exploitation commerciale viable permettant de développer les projets au-delà du périmètre initial.

Or, au vu de la faible rentabilité de l’activité (petit nombre de clients, faibles consommations, difficultés de paiement), l’activité commerciale se révèle le plus souvent insuffisante pour assurer le renouvellement et l’entretien des installations ou pour investir dans des équipements lourds ou d’envergure qui permettraient de changer d’échelle, au-delà du petit matériel de maintenance.

1. Favoriser l’entreprise sociale et engager les populations locales

L’accès à l’énergie est un investissement social avec une finalité de développement. L’entreprise sociale vise à utiliser la création de richesse pour répondre efficacement à des besoins sociaux. Elle représente un modèle original et particulièrement adapté aux pays en développement. Ici on s’adresse prioritairement aux 4 milliards de personnes qui vivent avec un revenu local inférieur à 3 000 dollars par an en parité de pouvoir d’achat (WRI/rapport IFC) regroupées sous l’appellation « base de la pyramide »  (BoP).

A lucrativité limitée, l’entreprise sociale adopte une gouvernance ouverte, en associant les différentes parties prenantes : acteurs locaux, salariés, bénéficiaires… dans une optique d’économie sociale et solidaire (ESS). Or la gestion participative est une des garanties de la pérennisation d’un projet rentable, car les bénéficiaires d’un projet d’énergie sont aussi les premiers artisans de son succès. Pour que ce nouvel accès à l’énergie s’inscrive dans la durée, ils doivent en être également les partenaires.

À ce titre et en premier lieu, une participation financière partielle des usagers est un prérequis indispensable à la bonne acceptation du système, quel qu’il soit : location-rechargement de batteries, micro-réseau solaire, générateur diesel… Et ce, même si on s’adresse à des populations à très faibles revenus. D’une part, l’acte d’achat confère de la valeur à l’équipement ou au service. D’autre part, cette participation, même subventionnée, permet d’assurer la maintenance des systèmes et constitue une base de capitaux nécessaire pour le remplacement d’équipements défectueux. Elle stabilise donc le modèle d’exploitation.

Une gestion participative du projet responsabilisera en outre l’ensemble des bénéficiaires en faisant de l’installation énergétique un bien commun à préserver. Collecte du règlement des factures par un groupement villageois, maintenance générale par un technicien du village formé par le porteur de projet… Autant de méthodes qui participent à assurer un engagement fiable des populations.

Exemple: Projet écovillage Villasol / Sénégal : développement d’un micro-réseau avec la population locale

Nouvelle imagefÀ Dar Salam à l’Est de Tambacounda au Sénégal, l’entreprise Schneider Electric a subventionné l’installation d’une micro- centrale solaire qui permet à l’ensemble du village d’accéder à une énergie primaire grâce à un système de location-rechargement de batteries.

Après une consultation initiale des responsables du village afin que le projet réponde bien aux attentes de la population, les habitants ont constamment été partie prenante du projet. Tout d’abord, chaque client s’est acquitté d’un montant de 12 000 F CFA pour l’achat d’une batterie. Ensuite, un technicien issu du village a été formé pour maintenir le bon état général du système, gérer le parc de batteries et entretenir un lien avec les porteurs du projet : Schneider Electric et l’Agence Nationale des EcoVillages. Enfin, la gouvernance a été confiée à un comité villageois destiné à garantir la bonne gestion de l’argent collecté — 100 F CFA par rechargement de batterie.

Ces fonds seront réinvestis dans le projet avec une double fonction : régler le salaire du technicien et constituer une réserve pour l’achat de nouveau matériel quand l’actuel arrivera en fin de cycle. Après un an  d’expérimentation de ce projet en cogestion, les indicateurs de suivi ont permis d’identifier des points  d’amélioration. Sa rentabilité étant strictement limitée, la participation de l’ensemble des clients au bon développement est capitale. Des adaptations sont en cours pour améliorer le taux de non-recouvrement qui demeure élevé. Les gestionnaires du projet à Dar Salam bénéficient par ailleurs de formations complémentaires.

2. Développer une filière économique locale

Le porteur de projet d’énergie tisse de nombreuses interactions avec de multiples acteurs : représentants de l’État (commune, agence nationale d’électrification rurale, etc.), communautés d’usagers, partenaires financiers… En parvenant à les impliquer à ses côtés, il accélère son intégration dans le tissu économique et social local et assure ainsi la création de revenus nécessaires au maintien des systèmes de génération électrique dans la durée.

En s’appuyant sur un réseau de partenaires qualifiés et disponibles, le projet d’énergie devient un catalyseur d’activités génératrices de revenus. Plus généralement, il pourra favoriser le développement d’une économie locale, source d’une croissance durable.

Exemple: Projet GERES / Bénin de création d’une filière locale de production d’huile de jatropha avec des plateformes multiservices

Nouvelle image1Le Bénin est un pays essentiellement rural qui importe 100% de sa consommation d’électricité et de carburant. À peine 3,5% des populations rurales ont accès à l’électricité et elles ont recours au secteur informel pour s’approvisionner en pétrole lampant et gasoil. Ce déficit énergétique freine le développement du pays.

Depuis 2008, le GERES appuie le Département du Zou à travers divers programmes orientés vers le désenclavement énergétique des zones rurales, particulièrement l’nstallation des plateformes multiservices de transformation des produits agricoles (moulins entraînés par moteur diesel). Le programme ALTERRE vise à créer une filière courte de production d’agrocarburant à base de Jatropha Curcas pour alimenter les moulins.

Cette filière courte respecte les principes suivants : (i) une estimation des besoins en carburant de la localité, (ii) un dimensionnement des champs à cultiver en fonction des besoins, (iii) un accord de production avec des producteurs volontaires et disposant d’assez de terres cultivables, (iv) une utilisation au maximum du dixième du total de la superficie cultivable du producteur pour le jatropha, (v) le respect d’une pratique d’association de cultures vivrières/jatropha sur au moins les 4 premières années de vie du jatropha, (vi) l’engagement d’un entrepreneur rural local disposé à participer financièrement à l’installation et à la gestion d’une unité de fabrication d’agrocarburant.

Les producteurs sont regroupés par affinités et, au sein de chaque groupe, des responsabilités opérationnelles sont attribuées et évaluées périodiquement. Les tests d’utilisation de l’huile de jatropha se font au sein d’une  association de propriétaires d’équipements diesel. Ceci développe les pratiques de substitution du gasoil, d’entretien et de maintenance des moteurs, etc.

La filière courte de proximité d’agrocarburant apporte une solution concrète à l’enclavement énergétique des  zones reculées et suscite donc une adhésion massive des populations. D’une seule commune volontaire en 2009, le jatropha est cultivé aujourd’hui dans les 7 communes rurales du Zou. 850 paysans sont aujourd’hui adhérents du premier cluster de production regroupant les communes de Covè et Zangnanado. Ce cluster dispose déjà d’une unité de fabrication d’huile d’une capacité de 250 litres par jour. Surtout, plus de 500 propriétaires de moteurs diesel se sont déjà engagés pour l’achat de cette huile, structurant les débouchés de la filière.

Dans un prochain article, nous présenterons les modèles de la fidélisation de la clientèle et le développement de partenariats public-privé. 

Jeremy Debreu d'Africa Express

 

Le mal du délestage en Afrique…

blackout1µ

Comme la plupart des chroniqueurs, j’aurais pu en cette première semaine du mois de Février jeter mes dévolus sur le dernier sommet de l’Union Africaine. Malgré moi, larmes aux yeux, le sommet de l’Union Africaine, le 22ème du genre, tenu la semaine dernière sur la terre africaine d’Addis-Abeba sera dans le futur. Espérons, dans un tout simple futur, mais pas aux calendres grecques.

Certainement que vous vous demandez ce qui se trame derrière cette excuse, presque interminable. Et pourquoi pas d’Union Africaine en cette semaine de l’Union Africaine.

Dans le somptueux monument, expression de la forte aliénation chinoise sur le continent, les dirigeants de l’Afrique, manifestement éhontés, avaient, derrière chacun dans son pays, un panier désespérément impérissable de grandes difficultés. Aussi montagneuses que le Kilimandjaro, et étendues que le Nil, ces difficultés n’ont que légendaire réputation, le ralentissement d’une Afrique pourtant prédestinée à la gloire.

Etiez-vous au Bénin cette semaine ? Aviez-vous connu le malheur de séjourner au Sénégal ? Êtes-vous maladroitement invités dans les deux Congo ? L’Afrique du Sud et le Maghreb vous-ont-ils accueilli une fois pour le plus court séjour que possible ?

Si vous aviez connu l’Afrique, vous connaissez le délestage. Ces coupures interminables de l’électricité, qui des heures durant pour le mieux, ou des jours pour le pis, font de l’Afrique, un continent potentiellement adepte du noir.

Et c’est bien, faute de coupure d’électricité que cette chronique n’aurait jamais existé. Soixante douze heures durant, j’étais, comme nombre d’habitants de ma ville de Parakou, au nord du Bénin, royalement plongé dans un noir, caractéristique pathologique de l’échec des politiques énergétiques de nombre de pays africains.

La crise de l’électricité en Afrique, c’est un mal dangereusement ancré dans le quotidien du continent, mais dont les impacts vont bien au-delà du domaine économique et du développement. Saviez-vous combien sont morts en cause de ces pratiques viscérales ? Aviez-vous une idée de combien sont-ils, ces africains qui perdent mille et une autre opportunités pour raison de délestage ? La réalité est bien triste.

A Parakou, le dernier délestage de la semaine fera encore parler de lui. Et pour des années encore ! Il aura donné la mort à deux jeunes braves individus. Qui, pour s’extraire du noir du délestage se sont asphyxiés par le monoxyde de carbone d’un groupe électrogène. Un drame qui fait grand bruit dans le coin.

Mais l’espoir est permis. Un espoir uniquement, pour ceux dont les pays prennent conscience de la réorientation de la politique énergétique. Un espoir aussi pour ceux qui fondent leur salut/indépendance énergétique sur les énergies renouvelables. C’est un grand potentiel pour l’Afrique avec ce soleil aussi rayonnant que violent qui fait le charme et la richesse du continent. Si solidarité, il y en avait, et objectivité devenait une valeur partagée sur le continent, un pas de géant vient d’être fait pour extraire toute l’Afrique du mal du délestage avec l’annonce de la construction d’un troisième barrage électrique sur le fleuve Congo (Projet Inga 3).

Une Afrique aux mille lumières, le rêve est permis… 

De-Rocher Chembessi

Les inconvénients de l’énergie électrique photovoltaïque en Afrique

 

Nouvelle image (4)Compte tenu du milliard et demie d’habitants n’ayant pas accès à l’énergie électrique, nombreux sont les programmes nationaux et  internationaux qui militent en faveur de l’énergie pour tous. Ainsi, de l’extension du réseau électrique, au recours aux énergies nouvelles, l’énergie de demain doit répondre d’un gage de non intermittence,  d’accessibilité pour tous, et enfin de qualité.

Dans le précédent billet, nous avions évoqué les atouts de l’énergie photovoltaïque, qui constitue la ressource  énergétique la plus abondante au monde. Malgré qu’elle soit considérée comme l’enfant prodige des énergies nouvelles, son développement se heurte à des difficultés de tout genre que nous tâcherons d’évoquer dans ce dernier article.

En économie, l’une des principales variables d’ajustement est le prix. Au centre de la majorité des théories économiques, le prix  et les variations de prix symbolisent tout consentement à payer ou à recevoir, le changement de comportement par rapport à nos habitudes, et enfin notre capacité à adopter ou non une nouvelle technologie. De ce fait, quand bien même le coût de l’énergie photovoltaïque a chuté sur le plan mondial, les prix d’acquisition demeurent élevés pour la moyenne des ménages africains. L’installation solaire, qui est un investissement de long terme n’est pas souvent compatible avec les besoins financiers de court terme des populations. A titre d’exemple, un système de 400Wc qui permet d’alimenter la TV, 6 ampoules, la radio coûte environ 800 000FCFA HT[i], quand le SMIC est de l’ordre de 372 000FCFA/an/personne[ii], soit 744 000FCFA au moins pour un ménage où les deux parents sont actifs. La situation est d’autant plus grave qu’il n’existe pas de mécanisme de subventions, d’exonération fiscale, de prêts bancaires ou de soutien aux besoins de consommation des ménages.

Ensuite, l’énergie électrique pose le problème du stockage. L’énergie électrique ne se stocke guère, mis à part le recours à des barrages pour pomper l’eau en journée et la rétribuer  en soirée. Les énergies renouvelables sont pour la plupart intermittentes. Dans le cas du photovoltaïque, à la tombée de la nuit, le système devient totalement passif dans la mesure où il n’y a plus d’irradiation solaire, malgré que notre demande en énergie soit constante. La solution actuelle réside dans le recours au stockage sous forme de batteries, des piles géantes qui accumulent l’énergie non consommée durant la journée afin de la redistribuer le soir et les jours de faible ensoleillement. Malheureusement, la technologie des batteries n’est pas encore très avancée, dans la mesure où dans les pays développés, elle n’est pas souvent sollicitée (en Europe par exemple, on parle de raccordement au réseau or bien souvent dans les zones rurales africaines, on est en réseau isolé dit « Off Grid »).  Ainsi, le coût du stockage peut représenter jusqu’à 40%[iii] du montant initial de l’investissement, sachant que les batteries ont une durée de vie beaucoup plus réduite que les autres composants, avec un facteur risque en cas de court circuit ou d’erreur d’installation.

D’autre part, en l’absence d’organismes de conformité, de normes définies et appliquées, et d’un marché de consommation bien identifié, le secteur énergétique électrique en amont[iv] est peu identifié des grands  industriels mondiaux. La plupart des matériels utilisés sont  importés et utilisés sur la base de réglementations des pays exportateurs. Etant donné également que les réseaux présentent souvent des déviances (le cas des multiples baisses de tension, des surtensions, et des coupures non programmées), l’utilisation qui en découle devient impropre aux données d’utilisation du constructeur. Cette question va de paire avec le manque de compétence locale pour assurer le fonctionnement des installations, ce qui explique pourquoi la plupart des principaux projets solaires furent des échecs. Le rôle de la recherche et du développement, précédemment évoquée dans un article de TerangaWeb,  ainsi que de l’innovation pour un marché africain de consommation, compte tenu des ses particularités et de ses attentes devient alors un pilier phare du déploiement énergétique.

Enfin, un des principaux obstacles, ou du moins une ouverture de réflexion représente le duopole public-privé. L’énergie est un bien stratégique où la géopolitique  témoigne de l’importance des enjeux qui en découlent. Les investissements énergétiques sont très onéreux, et l’état actuel des réseaux et infrastructures dans les pays africains est synonyme des problèmes auxquels font et feront face les pays africains. L’implication du secteur privé s’avère donc nécessaire, pour dynamiser et pérenniser la filière, bien qu’à l’origine le secteur de l’énergie soit réputé pour être des plus monopolistiques. L’Etat, à mon avis se devra donc d’être un intermédiaire d’échange, régulateur et maitre d’œuvre des feuilles de route énergétique, en ayant toujours à l’esprit qu’économiquement non viable, l’énergie devra toujours être socialement disponible pour tous.

 

                                                                                                        Leomick SINSIN

 

 


[i] Il s’agit d’une moyenne recensée sur les installations au Bénin, et de mon retour d’expérience

 

 

 

 

 

[ii] 31000 FCFA (environ 48€) par mois

 

 

 

 

 

[iii] Revoir le précédent billet sur la décomposition du CAPEX d’une installation solaire

 

 

 

 

 

[iv] L’amont, tel que définit ici, concerne principalement les composants tels que les onduleurs, les régulateurs et les données de fréquence pour le réseau.

 

 

 

 

 

Les avantages de l’électricité solaire photovoltaïque en Afrique

L’engouement suscité par les énergies solaires, de nos jours témoigne du rôle et de la place que cette énergie occupe dans nos activités quotidiennes. Cet article présente les atouts de l’énergie photovoltaïque, enfant prodige des énergies renouvelables, dans le cadre de l'Afrique.


Quelle soit d’origine primaire ou secondaire, renouvelable ou non, chaque type d’énergie répond à un besoin bien précis en fonction de l’usage qui en découle et de son coût de fonctionnement. Dans les précédents articles[1], nous avons brossé un aperçu des différentes sources d’énergie électriques utilisées à savoir l’hydroélectricité, le thermique et l’énergie photovoltaïque. Dans cette étude, nous mettrons en exergue les atouts de l’énergie photovoltaïque dont le récent déploiement mondial en fait l’enfant prodige des énergies renouvelables.

En 2011, environ 27 GW de puissance photovoltaïque ont été installés à travers le monde (fig.1) ; soit le quart de la capacité totale de l’Afrique en 2008 et un peu plus que le tiers de la puissance de l’Afrique sub-saharienne[2](pdf). En conclusion d’un précédent billet, nous avions souligné que quand bien même l’énergie photovoltaïque ne résoudra pas entièrement le défi auquel fait et fera face l’Afrique ; elle aura toutefois un rôle clé à jouer dans le mix énergétique en matière de production d’électricité.

photovoltaic installation

fig.1 Installations photovoltaïques annuelles de 2000 à 2011 sources PV Report 2012

 

Avec un rayonnement variant de 3 à 6 kWh par m² selon la position géographique, le principal atout d’une installation solaire en Afrique est sa capacité à fournir suffisamment de puissance pour répondre aux besoins quotidiens. En effet, avec une consommation annuelle moyenne de 128 kWh[3] par individu en Afrique de l’ouest ; dont le coût d’installation reviendrait à environ 500 000 FCFA (environ 750 €) [4];  l’option d’un système photovoltaïque devient tout aussi bien accessible que rentable sur le long terme. Ce potentiel est nettement plus accru pour le solaire thermique dans les pays sahéliens où la forte température facilite la production de chaleur et/ou d’énergie électrique.

D’autre part, l’avantage d’un système solaire est la décentralisation du système de production. En effet, il est coutume d’isoler les systèmes traditionnels de production en dehors des zones résidentielles pour des raisons techniques (taille de l’installation, infrastructure lourde) et environnementales (sécurité). Cette longue distance fait entrer en compte des paramètres comme le transport et la distribution qui alourdissent le coût de revient de l’énergie produite. Outre cet aspect financier, les longues distances d’acheminement engendrent des pertes importantes entre le site de production et le lieu de consommation finale. A titre d’exemple, une nucléaire a un rendement de 30% malgré la puissance conséquente générée. Quand l’on connait la vétusté des infrastructures existantes, nul ne saurait contredire le bien fondé d’un système où le site de production juxtaposerait le point de consommation. Le bon exemple est la maison isolée avec des modules surplombant la toiture.

Enfin, le dernier argument et pas des moindres est le travail d’efficacité énergétique qu’impose une installation solaire. Un système solaire est une énergie intermittente qui dépend de plusieurs paramètres comme la météo, la qualité de l’installation etc. De ce fait, la consommation implique un recours vers des appareils sobres et peu énergivores. Nous réduisons ainsi le niveau de consommation tout en préservant le même niveau d’utilité. C’est le cas des ampoules LED de 5 W qui fournissent autant d’énergie que nos anciennes à  incandescence de 50 à 80 W.

Contrairement au réseau, le système photovoltaïque répond d’une installation statique au niveau de la production mais amovible dans le temps. La bonne gestion de notre consommation et le contrôle judicieux de l’appel en puissance permettent d’allonger considérablement la durée de vie de l’installation (10 ans avec stockage et environ 20 ans hors stockage) et de pérenniser l’indépendance énergétique par une offre individualisée adaptée à chaque ménage.

Sommes toute,  la valeur ajoutée de cet article consiste à mettre en avant les points positifs des installations photovoltaïques en site isolé. A nouveau, bien que l’énergie solaire ne puisse répondre à l’ensemble des besoins auxquels feront face les nations africaines pour les années à  venir ; son intégration simplifiée et souple aura une place prépondérante à jouer dans les mix énergétiques futurs. Dans un prochain billet, nous tâcherons d’évoquer les freins à la croissance de cette nouvelle forme d’énergie.


[1] http://terangaweb.com/cout-de-lenergie/

  http://terangaweb.com/lafrique-refuserait-telle-de-sauto-electrifier/

 

 

 

[2] L’électricité en Afrique ou le continent des paradoxes  Christine Heuraux – IFRI

 

 

 

[3] Idem

 

 

 

[4] De l’expérience de l’auteur dans le secteur

 

 

 

Entretien avec Louis Boisgibault, Président de VALMERE

M. Boisgibault, pourriez-vous nous présenter votre parcours et expliquer pourquoi vous vous intéressez à l’Afrique?

BoisgibaultJe suis diplômé d’un Master de Sciences de Gestion de l’Université Paris Dauphine avant d’effectuer le MBA de HEC avec un programme d’échange à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie. Je suis du reste membre du Wharton club of Africa, responsable du secteur énergie et de la France.

J’ai fait ma carrière dans le secteur de l’énergie à la fois du coté bancaire, chez EDF et GDF-Suez à Londres. Convaincu par le développement des énergies renouvelables, j’ai créé, d’une part, la société VALMERE quand je suis revenu en France et, d’autre part, j’ai commencé les enseignements en énergies renouvelables et efficacité énergétique au Master Energie Finance Carbone de Paris Dauphine, à Supelec, l’Ensta Paris-Tech et l’Ecole Polytechnique (Master REST) et au certificat énergie d'HEC.

J’ai rapidement compris qu’il y avait un énorme potentiel pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique en Afrique et qu’il fallait se préparer à développer cette filière sur ce continent également.

Quels est selon vous ce potentiel en énergies renouvelables?

D’une part, géographiquement l’Afrique dispose des conditions favorables. Au niveau des cours d’eau déjà. Des grandes infrastructures en sont sorties tels que le barrage d’Assouan. Un potentiel hydraulique à ne pas oublier. Il y a également le vent, avec les alizés qui soufflent constamment sur les côtes marocaines, par exemple, et le soleil qui est disponible partout. Ces richesses peuvent être exploitées dans la mesure du possible pour compléter les énergies traditionnelles.

D’autre part le constat est relativement simple. On observe une population qui augmente de manière importante et un problème d’accès à l’énergie récurrent. Les statistiques de la banque mondiale notamment montrent clairement que l’Afrique est le continent où la population a le moins d’accès à l’énergie. Il faut noter que le délestage qui engendre la colère des populations peut être un enjeu politique majeur comme lors des dernières élections présidentielles au Sénégal.

Certains pays ont des ressources pétrolières et gazières importantes mais elles sont jusque là entourées d’une sorte de “malédiction“ et n’ont pas assez profité à la population.

Energie Solaire FukushimaDans votre livre «l’énergie solaire après Fukushima: La nouvelle donne», vous défendez la thèse selon laquelle les énergies renouvelables sont une évidence et qu’elles finiront par s’imposer?

Je défends cette thèse, notamment pour l’Afrique mais elles ne vont pas remplacer les autres sources classiques. Elles viennent en complément et devraient progressivement se développer pour prendre une place prépondérante. Un enjeu important pour l’Afrique est lié aux équipements. L’Afrique ne produit pas encore suffisamment de panneaux solaires, d’éoliennes, de turbines, d'onduleurs…L’enjeu est de les acheter (à la Chine, à l’Union Européenne) et d'organiser la logistique, le stockage, la construction dans les meilleures conditions possibles.

Le coût d’investissement des projets d’énergies renouvelables est considéré comme important et les sources de financement sont rares. Ne pensez vous pas ce sont des freins à cette évidence?

Le coût d’investissement est certes important mais je tiens à dire que pour construire une centrale thermique au fioul ou une plate-forme pétrolière par exemple, le coût est aussi élevé. C’est donc un problème récurrent pour tous les projets énergétiques. L’avantage dans le cas des énergies renouvelables est qu’on peut développer des micro projets moins onéreux tout comme de très grands projets tels qu’à Ouarzazate au Maroc. Lorsqu’il n’y a pas de réseau de distribution d’électricité, des micro projets peuvent fournir l’électricité aux villages qui ne sont pas connectés.

La recherche de financement est bien sur déterminante, à la fois en capital et en dette. Dans l’union européenne par exemple, les pouvoirs publics ont mis en place des politiques de soutien avec des tarifs de rachat avantageux qui permettent de vendre l’électricité produite à un tarif bonifié garanti pendant 20 ans. C’est un mécanisme pour lever des fonds et financer des projets par de la dette à 80%. En Roumanie, un système de certificat vert est mis en place pour les producteurs d’énergies vertes. Le meilleur cadre réglementaire doit être mis en place dans les pays d'Afrique.

Je précise que le Président de la Société Africaine pour les Biocarburants et les Energies Renouvelables (SABER, ABREC en anglais), basée à Lomé, a apprécié mon ouvrage qui a été présenté à l'African Power Forum en septembre 2012 à Marrakech. Il vient de passer une commande à l'éditeur pour diffuser cent exemplaires en Afrique de l'Ouest. VALMERE se positionne pour aider SABER à réussir sa levée de fonds de plusieurs centaines de millions d'euros et ses investissements dans des projets innovants africains. On prévoit des actions de communication autour de l'ouvrage pour inciter les entrepreneurs africains à signaler leurs projets.

Quelle évaluation faites-vous des pays qui ont lancé des grands projets d’énergies renouvelables? Faut t il attendre un retour d’expérience suffisant avant de généraliser?

Il faut s’y lancer tout de suite mais prudemment. Les pays n’ont pas les mêmes réserves en pétrole et en gaz et par conséquent pas les mêmes stratégies. Je prends l’exemple de l'Algérie et du Maroc, de la Côte d’Ivoire et du Togo, les premiers riches en hydrocarbures, pas les seconds. On peut bénéficier des expériences d’autres pays mais on ne doit pas simplement copier le modèle mais l'adapter : petits projets tels que les lampadaires solaires,  photovoltaïque pour villages isolés et plus grands projets.

Qu’en est-il maintenant de l’efficacité énergétique en Afrique?

Elle est peut être plus importante que la question des énergies renouvelables. Dans le cadre de mon enseignement, j’ai demandé cette année à deux étudiantes de faire un mémoire sur l’efficacité énergétique au Togo et je les ai mises en contact avec le ministère de l’énergie. On peut penser que l’efficacité énergétique ne concerne que les pays riches qui gaspillent beaucoup et se demander si c’est un sujet qui concerne l’Afrique. Nous avons constaté que le Togo avait démarré un programme d’efficacité énergétique assez intéressant notamment pour les éclairages publics à Lomé. Des réflexions sont faites pour améliorer la consommation d’énergie lors des cuissons. Je suis intervenu à Tétouan au Maroc sur la consommation des bâtiments publics et des éclairages publics. Une telle ville dépense plus d’un million d’€/an dans l’éclairage public, et la consommation électrique des stades de football pour les nocturnes peut être un enjeu.

Il faut réfléchir à la fois aux normes thermiques plus efficaces pour la construction, aux transports et à l’industrie.

Il ya un volet des gaz à effet de serre?

Les pays africains, dans le cadre du protocole de Kyoto pour l’atténuation du changement climatique, sont classés hors annexe 1 c’est-à-dire qu’ils n’ont pas d’objectif contraignant en matière de réduction des émissions des gaz à effet de serre. Cependant aux différentes conférences sur le climat, ils ont fait preuve de leurs grands intérêts pour ces discussions et pour trouver les meilleurs pratiques. Ils ont fait leurs communications nationales aux Nations Unies et ont montré des progrès très intéressants.

Enfin un volet formation?

La formation à tous les niveaux est importante pour développer les énergies renouvelables et l'efficacité énergétique. Une formation continue pour les fonctionnaires, souvent formatés pétroles et nucléaires. Une formation adaptée pour les techniciens et les ingénieurs. Ma recommandation serait de les assurer dans le cadre des universités existantes et non de créer de nouveaux instituts déconnectés des dispositifs existants.

Je souhaite que tous vos lecteurs se mobilisent autour de ces sujets, en créant des groupes de travail, d'échanges. Je veux alimenter les réflexions par des publications pertinentes, des enseignements, des missions de conseil et développer les partenariats innovants euro-africains.

L’énergie hydraulique en Afrique subsaharienne

Avec environ 35% de la population qui avait accès à l’électricité en 2000, l’Afrique présente les taux d’électrification les plus faibles du monde en voie de développement. Pourtant ce continent regorge d’immenses potentialités pour produire l’électricité nécessaire à son émergence économique. Une des richesses dont il dispose est son potentiel hydroélectrique qui représente environ 10% du potentiel hydroélectrique mondial. En guise de comparaison, ce potentiel correspond à la consommation énergétique (pas uniquement électrique) annuelle de la France, l’Allemagne, la Grande Bretagne et l’Italie réunies. Au-delà du fait que la République Démocratique du Congo (110 000MW) à elle seule, concentre environ 50% de ce potentiel, toutes les régions d’Afrique subsaharienne sont dotées d’atouts leur permettant de développer des installations hydroélectriques.

Ainsi l’Afrique de l’Ouest, qui abrite un quart des cours d’eau du continent, dispose d’un potentiel de 25 000 MW dont environ le quart se trouve en Guinée. En 2007, seulement 16% de ce potentiel était exploité mais plusieurs projets de développement de barrages hydroélectriques actuellement en cours permettront d’augmenter ce taux. Ce sont entre autres, les barrages de Soubré en Côte d’Ivoire (270 MW), de Bui au Ghana (400 MW), de Kaléta (240 MW) et de Koukoutamba (280 MW) en Guinée.

L’Afrique Centrale est la région de tous les paradoxes. En effet le taux d’électrification de cette région est de 13,4% alors que la région, avec la RDC et le Cameroun, est celle qui possède le plus important potentiel hydroélectrique de l’Afrique (environ 60% de l’ensemble du potentiel). Même si des projets tels que le barrage de Lom Pangar au Cameroun permettront de réduire ce contraste, il est important de souligner le retard accusé par cette région dans l’exploitation de ses immenses potentialités.

L’Ethiopie en Afrique de l’Est est le deuxième pays en Afrique, après la RDC, en termes de potentiel hydroélectrique (40 000 MW). Ce pays, drainé par le Nil, voit se développer de nombreux projets de barrages dont celui de la « Renaissance », qui produira à terme 5 250 MW. Doté d’une puissance hydroélectrique d’environ 728 MW en 2009, le pays se posera, avec ses différentes installations (Gigel Gibe II et III, Takeze, Anabeles, etc…) en construction (ou déjà mises en service), en exportateur d’électricité vers les autres pays de la région tels que le Kenya, Djibouti et le Soudan.

De ce rapide tour d’horizon, il est essentiel de retenir que malgré tous ces atouts, seulement 4% du potentiel exploitable est exploité et 45% de l’électricité produite sur le continent est d’origine hydroélectrique. Ce qui est insuffisant.

A l’insuffisance des capacités hydroélectriques installées, s’ajoute un déficit d’entretien des installations existantes. Ce qui pénalise le développement économique et humain de l’Afrique subsaharienne. Le cas du Grand Inga en RDC illustre parfaitement cette perfide combinaison. Le complexe de Grand Inga à lui seul a un potentiel hydroélectrique de l’ordre de 44 000 MW, une puissance deux fois supérieure à celle du complexe hydraulique des Trois-Gorges en Chine et qui pourrait couvrir 40% des besoins de toute l’Afrique. Le premier élément de la perfide combinaison réside dans le fait que sur la quinzaine de barrages prévus au départ, seuls deux (Inga I et Inga II) ont été réalisés en 1972 et 1982 pour une capacité théorique de 1 800 MW. L’idée que depuis trente ans, rien de nouveau n’a été construit pour accroitre les capacités de production sur ce site plus que prometteur est tout simplement révoltante. La réalisation de ce genre de projets devrait remplacer la volonté de se maintenir au pouvoir à tout prix dans la liste des priorités de nos gouvernants.

De plus, faute de moyens pour les entretenir convenablement, les deux barrages ne produisaient en octobre 2008 que 875 MW. Ceci uniquement parce que la moitié des groupes de Inga I et Inga II étaient en activité. Visiblement, dans un pays de la taille de la RDC, avec les ressources dont il regorge, les dirigeants estiment qu’il est normal que les citoyens subissent les aléas du rationnement faute de moyens pour réparer ces machines.

Ce sous-équipement et ce déficit d’entretien doivent amener les gouvernants africains à investir massivement dans le développement des compétences afin de mieux exploiter ses immenses potentialités. Faute de quoi, vu l’importance capitale que ce genre de projets revêt, l’idée que leur réalisation soit pilotée par des structures spécialisées supra nationales doit être examinée avec attention.

 

Stéphane Madou

Un projet d’avenir : Le CSP en Afrique du Sud

Les espoirs suscités par les déclarations des gouvernants africains quant à leur volonté de développer les énergies renouvelables (autres que l’énergie hydraulique) sont souvent douchés par le manque de stratégie ambitieuse et de réalisations concrètes mises en place dans leur pays. Dans ce contexte, il est important de souligner les actions sur le continent qui vont dans le sens d’une utilisation accrue de ces énergies pour soutenir le développement auquel aspirent les populations africaines.

Dans ce domaine, différents projets sont en cours de réalisation sur le continent, notamment dans le domaine solaire. Parmi les plus importants, figure le projet de centrale solaire CSP (Concentrated Solar Power Plant) prévu à Upington en Afrique du Sud. Le rendement espéré de cette centrale solaire, de type thermodynamique, est compris entre 60% et 65% et il est prévu qu’elle fournisse 100 MWe. En comparaison, les centrales thermiques à cycle combiné ont un rendement de l’ordre de 60% et 100 Mwe, c’est la consommation d’une ville de 100 000 habitants avec des standards de vie européens.

Certes la puissance prévue pour cette centrale ne représente qu’une infime partie des 45 000 MW environ de capacités installées en Afrique du Sud mais sa réalisation constitue une étape importante dans la volonté de l’Afrique d’utiliser toutes ses potentialités pour assurer son développement.

En effet, la centrale CSP, participera à satisfaire la demande croissante d’électricité en Afrique du Sud. Selon les prévisions de la compagnie électrique nationale ESKOM, cette demande atteindra 80 000 MW en 2025, soit le double de la demande actuelle. Cette centrale, si elle fonctionne normalement en base comme prévu, constituera un exemple de la fiabilité de ces technologies tant critiquées sur cet aspect. L’intégration de cette technologie dans le SAPP (équivalent du WAPP en Afrique de l’Ouest) sera donc envisageable, vu le potentiel de la région estimée à 20 000 MW.

De plus, cette centrale constitue un pas important dans le développement de cette technologie (CSP) parce que c’est le premier projet au monde d'une telle taille (100 MWe) avec une technologie de miroirs pour concentrer la chaleur, deux tours de refroidissement, utilisant des sels fondus comme fluide de transfert et un centre de stockage thermique. L’Afrique, à travers l’Afrique du Sud, peut donc être considérée comme pionnière en la matière.

Dans un pays où plus de 90% de la production électrique est faite à partir de charbon avec tous les impacts négatifs sur la production de gaz à effet de serre que cela comporte, un tel projet est en ligne avec les engagements de l’Afrique du Sud de promouvoir un développement à faible intensité carbonique. Ce projet permettra ainsi d’augmenter la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique sud-africain, et de faire un premier pas vers la réduction de 44% à horizon 2025 des émissions de gaz à effet de serre prévue dans la stratégie du pays pour le climat (Climate Change Response Strategy).

Enfin, le fait qu’un tel projet, d’une valeur de 881.154.380 UAC[1], soit financé par divers organismes tels que la BAD, la Banque Mondiale, l’AFD, KFW et la BEI peut être perçu comme un gage de sérieux et de professionnalisme (s’il en fallait encore un ) d'ESKOM. C’est bien la preuve que lorsque les Africains allient compétence et rigueur, ils peuvent décrocher des financements comme n’importe quelle entreprise crédible. Le coût relativement élevé du projet (2,5 fois le coût du MW nucléaire installé par exemple) doit être relativisé au vu du potentiel effet de série envisageable s’il s’avère concluant et du nombre d’emplois qu’il va générer dans la région (jusqu’à 2000 emplois pendant la phase de construction).

En conclusion, il est important d’encourager l’initiative du gouvernement sud-africain dans la mesure où elle permet à l’Afrique d’exploiter ses immenses richesses, d’espérer un leadership dans ce domaine stratégique et de montrer la voie aux autres pays Africains. En espérant que ces derniers s’en inspirent…

Stéphane MADOU


[1] 1 UAC= 1 DTS = 1,42927 USD