Audio-livre, e-books, le champ des possibles non exploité du livre africain

Ecoute-t-il un audio-livre ? Peut-être...

Il y a peu, je commentais ma première expérience avec un audio-livre par le biais à partir de la plateforme Audible. Le géant du e-commerce et de la vente du livre en ligne a lancé depuis l’été dernier une campagne extrêmement offensive en France pour développer cette nouvelle expérience de l’audio-livre. Une manière différente d’aborder le livre, d’avoir accès aux textes des auteurs. Pour m’appâter, Amazon m’a proposé une première écoute gratuite. J’ai pendant quatre heures écouté Home, un des récents romans de Toni Morrison, lu par Anna Mouglalis. Pourtant, je n’ai pas souscrit à l’abonnement mensuel. Du coup, dans sa démarche commerciale d’acquisition, Audible me propose quelques mois après un nouveau crédit et naturellement, j’en profite. La gratuité n’existe pas dans ce bas-monde, surtout pour Amazon, la démarche est avant tout de créer un besoin, de faire découvrir cette nouvelle approche, une autre manière de consommer le livre et croyez-moi, si ce second livre audio m’est offert, Audible versera bel et bien les droits d’auteur à l’écrivain dont j’ai téléchargé la version audio de son livre.

Alain Mabanckou ou le désert de la littérature francophone en audio-livre

Alain Mabanckou, écrivain et enseignant

Cette nouvelle sollicitation d’Audible m’a encouragé à explorer l’offre de cette plateforme, en particulier en matière de littérature africaine en langue française. J’ai pu trouver plusieurs romans d’Alain Mabanckou, lu par lui-même. Et en dehors de lui, c’est le désert complet. Même le Sahara est un peu habité. Il y a longtemps que je voulais lire Petit piment, le dernier roman de l’écrivain congolais. J’ai donc passé commande et j’avoue que je savoure l’expérience. J’aurais l’occasion de revenir sur cet audio-livre et la lecture d’Alain Mabanckou. Comme cela a déjà été le cas dans le passé, l’auteur congolais est à l’avant-garde. Sauf erreur de ma part, Demain, j’aurai vingt ans a été disponible au format audio dès sa parution, il y a plus de six ans. On ne peut pas mieux anticiper un mouvement.

J’aimerais revenir sur cette absence de fictions africaines en audio-livre. Elle est révélatrice d’un constat déjà fait avec les auteurs francophones : le peu de préoccupation de ces derniers sur les avancées technologiques et les nouvelles possibilités qu’offrent le numérique pour avoir accès à leur univers. Planqués derrière leurs éditeurs respectifs, leur argument répété, régulier comme s’ils s’étaient concertés consiste à dire que ces aspects ne les concernent pas.  Elles touchent avant tout les éditeurs. Ainsi, que leurs livres ne soient pas numérisés ne leur posent aucun problème. Qu’une rupture de stock arrive quand un livre se vend bien ne les interpelle pas. Car, un livre numérique ne connait pas de rupture de stock. Peu se renseignent sur le livre audio. Peu posent des conditions sur l’exploitation de leurs droits numériques. On me dira que cela vaut pour les écrivains français aussi. J’objecterai qu’ils évoluent dans un écosystème où le livre circule. Toutefois, pour échapper à la dure loi du pilon, là encore le livre numérique est une possibilité de faire vivre le livre plus longtemps. L’écrivain africain qui a envie d’être lu sur le continent, étudié par des universitaires ne peut décemment évacué ce type de questions.

De la sous exploitation des droits numériques des auteurs francophones

Si les choses ont tendance à progresser, la numérisation des œuvres d’auteurs comme Sami Tchak, Gaston Paul Effa pour ne donner que ces exemples évoluent, force est de constater que beaucoup auteurs francophones talentueux et publiés parfois dans de grandes maisons d’édition parisiennes ont  de nombreuses œuvres n’existant pas numériquement parlant. Et au détour de certaines conversations, on peut entendre ces romanciers se plaindre que des étudiants en Afrique ne peuvent pas travailler sur leurs textes parce que ces derniers ne sont pas présents. Aussi, certains chargent leurs bagages de livres lourds, paient des excédents de kilos à Air France ou Ethiopian Airlines. Disons-le, tout ceci est absurde et à mettre sur la délégation ou les pleins pouvoirs que ces auteurs accordent à leurs éditeurs quant à l’exploitation de leur trésor. Malheureusement, intentionnellement ou par méconnaissance du sujet, ces maisons d’édition ne font pas de ce  sujet une priorité. Aujourd’hui, des bibliothèques numériques se développent comme Babelthèque, Cyberlibris ou NENA, des universités et autres institutions s’y abonnent de plus en  plus. Permettant aux œuvres littéraires numérisées d’être accessibles à tous les étudiants de la planète et les auteurs commissionnés modestement mais régulièrement en fonction de la consultation de leurs livres. La question est de savoir combien de romanciers francophones trouvera-t-on dans ces bibliothèques d’un nouveau genre ?

Livre papier VS Audio-livre / e-books

L’an dernier j’animais un débat passionnant à l’OIF sur ce passage du papier au numérique. Et un jeune romancier haïtien défendait avec emphase et âpreté les joies de la lecture du livre papier. Au fond de moi, j’étais consterné que de jeunes auteurs ne comprennent pas mieux que les anciens les enjeux de la révolution digitale, que le livre papier est condamné à mourir à moyen terme et – même si ce n’est pas le cas – le livre numérique et  le livre audio ouvrent un accès à de nouveaux publics, de nouveaux lecteurs. Le livre papier est un luxe. Il maintient des barrières géographiques. Sa diffusion, sa distribution dans la Francophonie du sud n’ont jamais réellement marché comme le téléphone fixe a toujours été l’apanage de quelques familles nantis à Brazzaville ou à Bamako là où le téléphone portable me permet de joindre mes cousines qui habitent le village ancestral, quelque part sur les plateaux Batékés. Le livre papier est une prison à ciel ouvert pour les romanciers produisant depuis le continent africain.

Alors pourquoi prendre un abonnement sur Audible, pousser plus la découverte des audio-livres, si les auteurs que je souhaite lire n’y figurent pas, s’il faut encore leur expliquer que leur éditeur fait au plus simple et que c’est avant tout aux écrivains de croire à ses nouvelles formes de lecture ? Bon, je n’ai rien dit.

LaRéus Gangoueus

Copyright photo : Henry Be et Alain Mabanckou auf der Frankfurter Buchmesse 2017

 

Le regard du professeur Kom

Ambroise Kom est un professeur de littérature reconnu qui longtemps a dispensé son savoir aux Etats-Unis. Il fait partie de ces critiques qui ont beaucoup travaillé sur des auteurs de la trempe de Mongo Beti. Pour le lecteur que je suis, c’est toujours un plaisir d’échanger avec une telle sommité pour confronter une lecture et dans le fond, ouvrir le champ d’une lecture variée d’une oeuvre…


Nous avons donc eu le plaisir d’échanger sur une oeuvre que j’ai rangée dans le rayon de mes coups de coeur 2016 : Racines d’amertume du béninois Landry Sossoumihen.                                                                                                                                                                    

Je ne pense pas que le professeur m’en veuille de rendre public cet échange passionnant. La CENE littéraire a organisé des tables rondes durant le salon du livre de Genève sur les oeuvres qui ont fait partie de la sélection finale du Prix du livre engagé. Je ne sais plus trop comment notre discussion a démarré. Le professeur Kom a relevé le fait que ce premier roman s’il traite de manière relativement intéressante la question du retour des élites africaines sur le continent, il comporte quelques lacunes qui se centrent autour de la récurrente démonstration de la compétence de ce médecin urgentiste béninois basé à Cherbourg dont Landry Sossoumihen relate le combat constant contre la mort. Cette permanence des cas cliniques a été relevée par plusieurs lecteurs soulignant peut être une limite pour l’auteur à fictionnaliser le sujet. Il me semble pourtant dans la lecture que j’ai faite de ce roman qu’il s’agit plus d’une toile de fond importante, un contexte que le romancier propose à ses lecteurs. 

Ce contexte brosse une forme de réussite, le portrait de cette élite africaine qui tente de s'intégrer en France. Une place saisie par le mérite et l'application d’un savoir chèrement acquis. Un renversement d’un certain rapport de force. En effet, si le challenge de Vandji – personnage central – est avant tout de maintenir ses patients en vie, de repousser les affres et offensives de la mort, le lecteur lit aussi une quête passive chez Vandji de la reconnaissance du patient. Je ne serais pas naïf en sous-estimant ce regard à rebours où la question raciale ne peut être expurgée. Toutefois les rapports de force s’expriment dans ce regard premier. D’ailleurs ce regard est proposé sous trois formes différentes dans ce roman. Celui d'un milieu socio-professionnel pédant, se cachant derrière des statuts et des lois pour refuser à Vandji la reconnaissance de ses pairs. Celui d’une vieille dame affable et sans intention trouble qui souligne à Vandji de manière douce qu’il n’est pas indispensable en France et que le vrai challenge pour lui est de répondre aux attentes en terme de santé des Béninois. Enfin, il y a celui de François Pesnel qui offre par sa folie, l’expression d’un discours franc et sans équivoque : vous êtes en France un sous-médecin, un médecin esclave. Ambroise Kom souligne que ce regard dans la sphère publique est beaucoup plus important à analyser que ce qui est exprimé dans les salons ou dans le secret du lit conjugal.

Dans le fond, la réussite sociale est finalement dans le rapport à ce regard. La discussion prend une tournure passionnante. On sent dans les mots que la réussite des élites en France est une imposture si ce regard est sous-pesé. Et d’une certaine manière les démonstrations en compétence de Vandji ne font que souligner un mensonge qui ne dit pas son nom. Produit du système américain, j’ai le sentiment qu'Ambroise Kom à une lecture outre-Atlantique du sujet. Mais il rappelle qu’aux Etats Unis, le rapport à l’autre est différent. Dans le fond, si le job est bien fait, on se fout du regard de l’autre. La condescendance ne s’exprime donc pas de cette manière. Et pout caricaturer la chose, je dirai qu'en France, avant que la question de la compétence soit posée, il est demandé au Noir en France : "Que fais-tu là ?"

Il y a donc une débauche inutile d’énergie de Sossoumihen selon le point de vue exprimé par Ambroise Kom à vouloir prouver quoique soit à celui qui décide d’accueillir ou pas. De plus, il pousse son analyse plus loin en rappelant que sur la terre d’origine, Vandji n’est pas attendu et le sentiment d’impuissance est criard.  Ce que j’aime dans cette discussion avec cette homme de lettres camerounais droit dans ses bottes, ce sont les partis pris assumés. Et la littérature, c’est avant tout cela. La sphère familiale qui, de mon point d'attaque, est intéressante puisqu’elle est dans le cas de Vandji un lieu de perpétuels questionnements, est relativement secondaire pour l'universitaire camerounais. Tenir debout dans la sphère publique repose pour moi sur cet exo-squelette. Le combat intérieur dans la cellule familiale est essentielle. Il permet de bâtir des hommes et des femmes solides prêts à affronter n’importe quel système, raciste ici, corrompu là-bas. Nayline est la gardienne des rêves de son mari, l’élément non corrompu par le confort et un projet de dissidence. Le discours sur la structure familiale est donc à mon sens tout aussi importante que les combats menés sur la place publique.

Dans le fond, tous les regards sur Vandji sont instructifs et révélateurs de la réussite ou pas de cet homme et de son intériorité. Mais, le plus important est celui qu'il porte sur lui-même. Face au rejet, le sensibilité de médecin urgentiste béninois touchera un grand nombre de lecteurs. Droit dans les yeux, le professeur Kom me regarde.

Lareus Gangoueus

Abdelaziz Baraka Sakin, lauréat du Prix du livre engagé 2017

Baraka Sakin, prix du livre engagé
Abdelaziz Baraka Sakin, prix du Livre engagé de la CENE Littéraire. Photo : Laréus Gangoueus.

Des prix. Encore. Toujours. Le prix du livre engagé de l’édition 2017 a été adressé au romancier soudanais Abdelaziz Baraka Sakin. Une cérémonie riche en émotions fortes en plein cœur du Salon du livre de Genève. Un prix récompensant un texte fort qui livre au reste du monde la singularité des intrigues politico-militaires du pouvoir de Khartoum dans ce pays si vaste, si central que représente le Soudan. Cette terre au carrefour des brassages ou pas entre noirs et arabes d'Afrique, où la question de l’esclavage ne semble ne pas avoir été vraiment affrontée et qui régit encore aujourd'hui le statut des individus et les rapports entre populations de ce pays. Bon, je ne vais pas vous refaire la critique de ce roman.

L’émotion est donc palpable sur le stand de la CENE littéraire. L’écrivain est heureux. Il brandit fièrement le Prix et le dédie à son peuple. Flore-Agnès Nda Zoa, présidente de l’association La CENE littéraire, avocate mécène, auteure d’un discours très volontaire, où elle rappelle les contraintes en termes d’organisation sur le plan matériel et financier d'un tel prix, un investissement garantissant toutefois la liberté totale du choix. Un prix de lecteurs passionnés. Un jury très relevé présidé par Ambroise Kom, comprenant les écrivains Boubacar Boris Diop, Koulsy Lamko, Ken Bugul, ou le Dr Hortense Sime.

L’enthousiasme du soudanais est communicatif. Il faut dire que Timba Béma, artiste, avait introduit la cérémonie par une délicate mélopée par laquelle il nous invitait à prendre le parti de nous souvenir. Se souvenir, une des fonctions de la littérature…

Émotion palpable car les massacres se poursuivent sur le terrain. La question du Darfour n’est pas un épisode passé de l'histoire contemporaine. Les janjawids poursuivent leurs actions criminelles sur le terrain. C’est juste le zoom des médias internationaux qui s'est focalisé sur autre chose. Ce prix a donc une signifcation réelle.

N'hésitez pas à découvrir la présentation proposée  du roman Le messie du Darfour sur le site de la CENE littéraire puis l'intervention du romancier soudanais au Salon Africain du livre.

Un dernier mot pour saluer les lecteurs de la présélection de ce prix littéraire d'une part et encore une fois, d'autre part, le travail de Laure Leroy, directrice des éditions Zulma qui a donné la possibilité à ce texte d'exister dans l'espace francophone ! 

Racines d’amertume : un roman à lire d’urgence(s)

Racines d'amertumeLe roman Racines d’amertume m’a permis de me replonger dans l'univers complexe et passionnant des urgences. J’ai longtemps été un fan de la fameuse série de télévision Urgences. Beaucoup regardaient cette série américaine pour les beaux yeux du Dr Ross incarné par Georges Clooney. 15 ans après, il est difficile de mettre des mots sur l’intérêt qu’on porte à un tel sujet. Les urgences portent en elles plusieurs réalités : la fragilité de la vie, l’élitisme pourtant accessible des urgentistes, les disparités en terme de prévoyance sociale des patients et bien d’autres tares ou croustillantes anecdotes.

Vandji, l’urgentiste révolté.

Ce roman commence par un malentendu. Et pour laisser le lecteur dans une posture inconfortable, le romancier Landry Sossoumihem ne fait rien pour éclaircir la situation. Trois médecins d’origine africaine discutent dans une salle de réunion d’un nouveau dispositif juridique qui n’est pas à leur avantage. Il s'agit d'une loi ou d'une note de service qui ne semble pas leur reconnaitre un statut à part entière dans l’exercice d’un métier qu’ils accomplissent pourtant avec passion et consciencieusement. Vandji est urgentiste depuis une douzaine d’années. Avec le statut batard de médecin esclave. C’est l’un des premiers points intéressants de ce roman :  la description de la condition des médecins exerçant en France avec un diplôme étranger. Cette situation est connue de ceux et celles qui ont dans leur entourage ce type de médecin « étranger ». Des années pour intégrer un système pour réaliser que les compétences acquises et reconnues restent tributaires d’une administration et du pouvoir de l’élite dans le domaine.

La rupture de Vandji dans son accomplissement est introduite par le collectif 10, un manifeste qui lui rappelle qu’il reste un sous-médecin. Cet axe étant posé, il enclenche une introspection très intéressante accompagnée par les questions pressantes de son épouse, gardienne de ses rêves.

De l’abandon des rêves

Ce roman s’inscrit dans un mouvement constant, téléportant le lecteur entre trois champs d’action : le lieu de travail de Vandji Sannou, sa cellule familiale et la communauté africaine de Cherbourg. De manière cyclique, on visite ces trois terrains. Le premier espace nous renvoie à la série Urgences. L’écriture porte les stigmates du propos de l’écrivain-médecin qui oublie que son lecteur ne comprend pas forcément son langage technique. Pourtant, Sossoumihen n’est pas hautain dans son approche et d’une certaine manière, il familiarise au métier d’urgentiste le lecteur qui découvre cet univers par dessus son épaule d'écrivain. Il oeuvre avec un sens de l’éthique et il vit son emploi avec une passion rassurante. Il jouit de la puissance technique et de l'organisation rodée des urgences en Normandie pour pratiquer sa science. Le combat constant et acharné contre la mort, personnifiée, les ressources dont il dispose, sont au coeur de la narration. Comme toutes les séries télévisées « médicales », Racines d’amertume nous donne une vision extrêmement rassurante, angélique de l’exercice tant que le terrain de la pratique est la France. A l’abandon des rêves, en particulier celui du retour au bercail après son internat, Vandji trouve un argumentaire solide, construit au fil des ans : condition de travail, études des enfants, acquisition de biens matériels, etc. 

Le couple, lieu de questionnement et de préservation

Nayline, épouse de Vandji est la gardienne du temple. De manière assez surprenante, elle est la principale partisane d’un retour au pays, lieu d’expression du rêve fondateur de ce couple. Elle impose un refus de toute forme de compromission à son mari. De manière très travaillée, Landry Sossoumihen pousse cette réflexion par le biais de ce couple qui se délite. La place de la foi dans la préservation de l’intégrité des choix fondamentaux est très interpellante. Ce deuxième terrain nous donne l'intériorité des personnages. Les motivations réelles de ceux qui ont émigré sont mises à nue. Nayline n'hésite pas à défier tous ces intellectuels africains exilés à Cherbourg qui portent haut dans leurs rencontres leur amertume à l'endroit des pratiques et des dirigeants de leur pays d'origine. L'interpellation de Nayline fait écho à celle plus haineuse d'un patient désespéré et particulièrement facho.

Il était là debout, les yeux en ignition et le regard assombri. De sa bouche consumée par les fumerolles de la haine, il exécrait Vandji. Les mots jaillissaient tel un volcan crachant des larves d'un feu à l'odeur putride. Ils écorchèrent sa peau et transpercèrent son coeur. Un silence lourd se fit entendre soudainement chargé de violence et de l'opprobre de propos qui finalement ne semblaient pas si dénués de sens que cela, pensa Vandji. "Médecin-au-rabais", "médecin-esclave", "médecin ramasseur-de-miettes", voilà autant de qualificatifs qui pouvaient parfaitement décrire ce qu'il était : n'était-ce pas ce que disait le point 10?

p.269 Racines d'amertume, Mon Petit Editeur 

Pour terminer 

Je n'ai pas abordé le dernier terrain d'observation. Il est le point d'achèvement des interrogations de Vandji. Je laisse aux lecteurs et lectrices le soin de découvrir ce développement de Landry Sossoumihen. Ce roman est passionnant. Il se lit aisément malgré les envolées médicales de l'auteur. Personnellement, en utilisant le portrait du médecin béninois qui, il y a quelques années, incarnait dans certains discours populistes en France, ces élites africaines refusant le retour dans leurs pays respectifs, Sossoumihen aborde le sujet dans toute sa complexité et dans toute sa violence : l'entre-deux culturel et la complexité du retour. Il révèle l'exploitation des médecins ayant obtenu des diplômes hors de France, avec toute l'hypocrisie du système. Mais, je m'arrête là. Les amertumes sont profondes. Il faut en traiter les racines.

Landry Sossoumihen, Racines d'amertumes

Mon petit éditeur, première parution en 2016, 267 pages

Comores : De l’art et des femmes puissantes

Marche des femmes dans la capitale pour les droits des femmes, 2014. Copyright RFI
Marche des femmes dans la capitale pour les droits des femmes, 2014. Copyright RFI

"Ce dont une femme a besoin, c'est d'une chambre à soi, et d'un peu d'argent", disait Virginia Woolf. En attendant la chambre, les femmes Comoriennes s'attaquent depuis longtemps aux fondements mêmes leur société, à travers l'art notamment, et parfois sans avoir conscience de leur impact sur les tabous qui les encerclent. Peut-être grâce au droit de cité que leur cède, bon an mal an, la structure matrilinéaire de leur société, elles posent les problématiques propres au pays : Education des enfants, condition féminine, vivre-ensemble dans un pays morcelé. Echo de ces voix qui s'expriment principalement par la musique, le cinéma et, plus récemment, la littérature.


Bora : Le chant-transmission

Comme un secret murmuré a l'oreille, le bora dévoile plus que ne le laisse soupçonner son.rythme entrainant. Le refrain de cette litanie poétique populaire, fréquente dans les mariages et les cérémonies,  se chante en chœur et accompagne une soliste qui, la plupart du temps, se sert des confidences quelle fait dans ses couplets pour sonder la société dans laquelle elle vit. Ainsi, dans ulindo mgu, on retrouve la problématique du mariage arrangé et de la déchéance programmée de la femme en tant que sujet de la société : mariée jeune, mère (trop) tôt, puis affublée par son époux d'une coépouse ou d'une maîtresse plus jeune, car flétrie avant l'âge. Le chant deplore la situation de cet être Éternellement défini selon une autre personne et jamais selon ce qu’il est. Debe, un autre chant, prend le parti de triompher de la vie malgré tout et de célébrer l' éternité dans l éphémère de la beauté féminine. Ce faisant, le chant érige la femme, perdante dans de nombreuses batailles, en gagnante de la guerre, car il lui reste finalement les mots et leur poésie :
 

" C'est le destin qui m' a donné cet homme, ô Tarora ; mais il n' a pas mon coeur
Et quand je me drape de mon hami, que je l' attache à ma hanche pour en faire un pli
Quiconque me voit ne baisse point les yeux, mais me fait du sourcil ! "


Côté nouvelle génération, on connaît surtout Imany et sa voix atypique.  Avant elle, les deux voix engagées du pays, Chamsia Sagaf et Zainaba Ahmed, ont assuré une transition entre les complaintes formulées a demi voix dans les bora et l'entrée dans la  musique contemporaine. Leurs chansons a messages démontrent une prise de position plus ferme dans tous les apsects qui touchent à la sociét, comorienne. Tantot Controversées, tantôt louangées, Zainana Ahmes, « la voix d’or », et Chamsia Sagaf, sa congénère, ont exhorté la femme d' aujourd'hui à sortir de son mutisme, à "rompre ses chaînes", à "se prendre en charge sans tarder" et à participer activement à l'avenir de l'humanité comme égale de l'homme. Aujourd'hui, les voix de Nawal et Mame, pour ne citer que celles-là,  font entendre l’héritage spirituel soufi de l’archipel, et continuent de percer la coquille.

 

L'identité et la maternité au cinéma

Le cinéma comorien est encore tout jeune, mais ce qu'il a de surprenant, c'est que les femmes en sont les pionnières. Dans une communauté réputée pour surprotéger ses femmes, la matrilinéarité, en faisant de la femme la gardienne des traditions, semble évoluer avec son temps et pousser, malgré les tabous sociaux, des femmes à libérer leur parole. Ces trois dernières années, deux des  héritières de cette parole  se sont distinguées par leurs productions : Sania Chanfi, réalisatrice d'Omnimum, et Hachimiya Ahamada, réalisatrice de L'ivresse d'une oasis. Les sujets abordés sont loin du plaidoyer pour le droit des femmes, et s'attaquent directement à des questionnements profondément universels. L'ivresse d'une oasis, deuxième œuvre de Hachimiya Ahamada, suit la réalisatrice dans son  parcours à travers un  pays-archipel morcelé par la mer, dont les habitants se ressemblent bien plus qu'ils ne se connaissent entre eux. Omnimum traite, avec transparence et délicatesse, des  méandres de la monoparentalité, situation d'extrême solitude dans une communauté où le mariage est une institution sacrée.


Littérature : Le corps censuré

Taboue dès la puberté, destinée au mariage et a la maternité, car  "femme avant tout" : Le corps de la femme comorienne serait il un prêt, dont elle ne peut se servir que comme support de sa tête en attendant que les propriétaires le récupèrent ? C'est en tout cas le message qui ressort dans les discussions féminines, et gare à celle qui oserait affirmer un peu trop fort son droit  de propriété sur son propre corps. Faiza Soulé Youssouf, auteure du roman Ghizza, (éditions Coelacanthe 2015, 12e), en a fait les frais : La présence d"une scène érotique dans son ouvrage, où il est question d'une jeune fille qui tente de reprendre le contrôle de son corps confisqué par la société, a soulevé le débat sur les réseaux sociaux. Une polémique qui dessine, à n'en pas douter, les contours du prochain grand thème artistique comorien : L'appropriation par la femme de son propre corps. A l’instar de Woolf, de Simone de Beauvoir ou de Sylvia Plath, on  peut compter sur les intéressées pour s'emparer de la question, avec ou sans une chambre à soi. 

Touhfat Mouhtare-Mahamadou

L’ivrogne dans la brousse d’Amos Tutuola

Un ivrogne dans la brousseVoilà un livre qui détonne dans la littérature africaine. Inclassable par le style unique de son auteur, qui chancelle entre oral et écrit, entre merveilleux et absurde, entre naïveté et profondeur. A l’inverse d’autres écrivains, Amos Tutuola a pris la langue anglaise et l’a façonnée, tel un forgeron, pour la fondre dans le moule de la tradition orale de son ethnie, et plus généralement africaine. Certains ont pu y voir des maladresses, des structures de phrases originales, voire incorrectes. Cette originalité est l’apanage de ceux qui s’affranchissent des contraintes pour créer une langue unique, appelée à être copiée et imitée.

Entre l’oral et l’écrit

L’ivrogne dans la brousse est publié en 1952, à une époque où l’Afrique colonisée rêve d’indépendance, où Senghor chante ses Histoires Noires. C’est  aussi en 1952 que Frantz Fanon nous livre « une interprétation psychanalytique du problème noir » dans Peau noire, masques blancs. Une époque de lutte qui initie, pensait on alors, le renouveau de l’homme noir.  Amos Tutuola, à la différence de ces écrivains engagés explicitement, livre une porte d’entrée sur les croyances d’une Afrique authentique où “l’oralité” entre en littérature. Il écrit comme il raconte. Il est aussi direct qu’à l’oral. Les énumérations sont souvent incomplètes et se terminent par “etc.” Des précisions supplémentaires sur un personnage ou sur l’action qui vient de se dérouler, sont données entre parenthèses comme pour anticiper les interrogations du lecteur. On est en face d’un auteur qui ignore les canons de la littérature européenne et qui, de fait, imprime un autre rythme à la trame des récits.  Il répète, insiste, rappelle à la manière d’un griot qui introduit la foule aux mystères des histoires, des contes tutélaires des sociétés africaines. L’écriture devient elle-même une âme, dotée d’un souffle tantôt régulier tantôt erratique dans un mouvement où le fond et la forme se confondent, où le narrateur et le lecteur sont dans un dialogue permanent.

Entre merveilleux et absurde

L’ivrogne dans la brousse, c’est donc l’histoire d’un ivrogne, grand amateur de vin de palme, à la quête de son « malafoutier », autrement dit celui qui lui prépare ses calebasses de vins de palme. La mort de son “malafoutier” est le prétexte d’aventures qui mènent le narrateur dans une brousse, peuplée d’êtres magiques et souvent malfaisants, dans les villes aussi étranges les unes que les autres. On y  croise  par exemple un “gentleman complet” qui se réduit à un crâne terrifiant, des bébés cul-de-jatte qui hantent certaines villes, un être appelé “Donnant-Donnant” qui prend plus qu’il ne donne, des morts qui marchent à reculons mais aussi des êtres magnifiques comme “Mère Secourable” ou “Danse” et Amos Tutuola, écrivain nigérian“Chant” qui danse ou chante en toutes circonstances.  Un monde où il possible de vendre sa mort et de la racheter. Un monde où la mort n’est pas une fin mais bien le début d’un périple, semé d'embûche. L’auteur crée un décalage entre ce monde merveilleusement dangereux et le but absurde de la quête du narrateur. Le danger, omniprésent, n’entache en rien la motivation du héros qui finit par triompher souvent de manière facétieuse. Au fur et à mesure des récits, se dessinent les croyances et la cosmogonie Yoruba. On  pénètre dans le monde Yoruba pour voir le monde à travers leurs yeux. Un monde où la naïveté cache une grande profondeur.

Entre naïveté et profondeur

En effet la naïveté du narrateur contraste avec le sens profond des récits qui servent à mettre en garde contre des dangers présents sous différentes formes. Ce voyage du narrateur est un voyage initiatique, au cours duquel il est confronté à la magie qui habite  sa société, aux monstres qui la hante. Le narrateur apprend ainsi que l’on est jamais “trop petit pour être choisi”, que des êtres aimables aux premiers abords peuvent s’avérer aussi dangereux que les monstres, que rendre un jugement n’est jamais chose aisée. Il comprend également que chaque être, malfaisant ou non,  habite un lieu précis dont il ne doit franchir les limites afin de garantir une harmonie précieuse entre les vivants, les morts, les êtres de la forêts. Ce livre et cet auteur, encore largement méconnu du grand public, méritent une place privilégiée dans la littérature africaine pour avoir introduit une nouvelle manière d’écrire et de représenter les mythes et croyances du continent. Une manière authentiquement africaine.

 

Beydi Ahmadou Sangaré

Coeur d’Aryenne de Jean Malonga

coeur d aryenneLe Congo est encore une colonie française, l’homme Blanc y est maître, tout-puissant, libre d’exploiter les ressources du pays en même temps que ses ressources humaines, avec la bénédiction du prêtre qui se charge d’inculquer aux autochtones que le Blanc représente leur salut : il leur apporte la civilisation, il leur apporte aussi le salut par la foi. Le climat de peur instauré conjointement par la menace de l’Enfer et la puissance des armes de l’homme blanc garantit au colon la soumission des Noirs dont la priorité est désormais de sauver leur peau. Mais la conscience du pouvoir et l’avidité sans bornes qui incite toujours à posséder plus alors qu’on en a déjà trop, poussent parfois à la folie, pour ne pas dire à l’inhumanité. Si Roch Morax avait un cœur, celui-ci devient un roc, inapte à être sensible, ni même à être reconnaissant des bienfaits reçus.

Roch Morax est le Blanc qui règne à Mossaka et ses environs, dans le Nord du Congo-Brazzaville, une région inondée une bonne partie de l’année, de sorte que les déplacements ne se font qu’en embarcation. Ses affaires sont florissantes : vente d’ivoire, de caoutchouc, de produits de la chasse et de la pêche… Ses désirs sont des ordres. Ses ordres doivent être exécutés avec la plus grande diligence, même au péril de sa vie. Qu’est-ce que la vie d’un Nègre de toutes façons, pour Roch Morax et ceux qui lui ressemblent, sinon qu’elle doit servir au bien-être du Blanc ?

Autant les Noirs sont considérés comme des êtres inférieurs, indignes de la moindre considération de la part du Blanc, autant lorsqu’il s’agit d’assouvir une lubricité intempestive, la femme noire, et bien souvent la jeune fille noire, devient une denrée dont Roch Morax ne peut se passer. Des vierges lui sont livrées, car le bonhomme a les moyens d’obtenir tout ce qu’il désire, toutes celles qui ont le malheur de lui plaire deviennent siennes, même s’il s’agit de la femme de son dévoué serviteur, son sauveur même.

Personne ne restait jamais longtemps au service des Morax à cause de la cruauté du maître, sa femme notamment avait du mal à trouver un cuisinier. Yoka, de la tribu Likouba, finit par accepter. C’est un excellent cuisinier qui a fait ses armes à Brazzaville. Il est marié avec la fille du chef du village de Mossaka, Dongo. Tous deux ont deux enfants : un fils, Mambeké, sportif hors pair, et une fille, Omboka. Le couple blanc de son côté a une fille, Solange. Interdiction formelle est faite à Solange et Mambeké de se fréquenter. Mais la jeunesse n’a aucune considération pour les préjugés, les deux enfants se voient en cachette et échangent leurs savoirs. Solange, qui a environ dix ans, apprend à lire et à écrire à Mambeké qui en a douze. Lui, en retour, lui apprend à nager, à pêcher etc.

Un jour, Solange est entraînée dans les flots du grand fleuve, et serait morte si Mambeké ne s’était pas jeté à l’eau pour la sauver. En remerciement, Roch Morax fera emprisonner sous des prétextes fallacieux son dévoué serviteur Yoka, le père de Mambéké, pour pouvoir mieux jouir de sa femme qu’il trouve irrésistible. Le petit Mambéké est battu puisque l’on découvre que les deux enfants continuaient à se voir, et Solange est envoyée au couvent à Léopoldville, ancien nom de Kinshasa. Roch Morax peut désormais donner libre cours à ses excès, au grand désespoir de sa femme qui, découvrant la conduite ignoble de son mari, se laisse mourir.

malonga_jean0127r4Prendre la plume pour écrire, à cette période de l’histoire, n’est pas une petite chose. C’est même une responsabilité dont Jean Malonga, premier écrivain congolais, est conscient. Il veut montrer l’hypocrisie ou la mauvaise foi qui consiste à faire croire qu’on ne s’installe en Afrique que par pur dévouement, pour apporter la ‘‘civilisation’’ à des êtres humains qui, donc, avant le Blanc, n’avaient pas de vie, n’étaient pas organisés, ne savaient rien, bref étaient dans la nuit totale ! Il a voulu donner la mesure des abus qui ont été commis pendant la période coloniale : ce ne sont pas seulement les richesses du pays qui sont pillées ; mais les vies privées qui sont bafouées, les viols qui sont commis sans que personne ne s’en émeuve, pas même les soi-disant hommes d’église, constituent des faits plus révoltants encore.

Des petits Métis, œuvre de Roch Morax, naissent comme des champignons de jeunes filles qui ne sont encore elles-mêmes que des enfants, qui voient leur avenir compromis : qui acceptera de les épouser ? Qui s’occupera de leurs enfants ? Un tout petit nombre de géniteurs blancs acceptent de reconnaître leurs enfants métis ou les traitent avec dignité, comme on peut le voir dans la saga d’Aurore Costa, Nika l’Africaine, dans laquelle le Blanc Manuel pleure sa Négresse Kinia, l’amour de sa vie, et fait tout pour récupérer les deux filles qu’elle lui a données. Je lis avec d’autant plus de plaisir un roman que celui-ci provoque un agréable télescopage dans mon esprit : des scènes de différents romans se croisent dans ma mémoire, tel personnage me fait penser à tel autre et je me laisse entraîner dans une ronde dans laquelle des romans que j’ai appréciés, écrits à différentes époques, par différents auteurs, me tiennent la main : Outre Nika l’Africaine, c’est aux Montagnes bleues de Philippe Vidal, avec la scène du sauvetage de l’enfant du maître, que je pense, c’est de Noir Négoce d’Olivier Merle, dont je me souviens, roman dans lequel on voit l’amour naître entre Blancs et Noirs, à une époque où les peuples ne sont pas encore prêts à une union entre personnes de couleur différente. C’est surtout à African Lady, l’excellent roman de Barbara Wood, que je pense, et il n’en faut pas plus pour que mes doigts se mettent tout de suite en action, pour aller sortir ce roman et relire certains passages chers à ma mémoire. Je pense bien que c’est le roman que mes doigts ont caressé un nombre incalculable de fois, suivi en cela par Au bonheur des Dames de Zola… Je m’égare !

Revenons à Jean Malonga. Tout le monde ne se ressemble pas, tous les Blancs ne sont pas des Roch Morax. Comme le dit si bien Henri Djombo dans sa préface, Cœur d’Aryenne, comme toute œuvre littéraire, « dépeint l’homme non seulement dans ce qu’il a de bestial mais aussi dans ce qu’il a de noble ». La femme de Morax ainsi que sa fille Solange ont plutôt un cœur généreux et c’est sur la jeunesse que se porte l’espoir de Jean Malonga, espoir en l’avènement d’une Humanité faite non d’Aryens, c’est-à-dire de gens qui se considèrent supérieurs, avec d’autres qui passeraient pour inférieurs, mais faite de personnes qui se respectent, qui peuvent s’aimer librement, se compléter, comme le symbolisent Solange et Mambeké, que le destin met sur la route l’un de l’autre. Les nombreux kilomètres qu'on a ménagé entre eux ne les ont pas empêchés de se retrouver… et de s’aimer.

Enfin cette œuvre qui marque la naissance de la littérature, en 1953 (ou en 1954 ? Les sources sont parfois contradictoires, comme on peut le voir dans un numéro de la Revue Notre Librairie, consacré à la littérature congolaise, qui indique 1953 comme année de publication de ce roman dans la Revue des Editions Présence Africaine, puis fournit une autre date quelques pages plus loin : 1954), cette œuvre, disais-je est enfin disponible, grâce aux Editions Hémar et Présence Africaine. La volonté de voir cette œuvre rééditée est née à la suite de la célébration des 60 ans de la littérature congolaise, fin 2013.

Jean Malonga distille dans le texte français des expressions typiques du Nord du Congo. C’est une œuvre que j’aurais aimé intégrer à mon corpus lorsque j’ai publié L’Expression du Métissage dans la Littérature Africaine, puisqu’il s’agit du premier roman congolais, et que déjà son auteur manifeste le désir de faire honneur à la culture de son pays, à ses coutumes, à ses langues, en particulier le Likouba, que Solange, la jeune française, apprend et parle avec aisance. Là encore, je pense à Noir Négoce où le héros du roman, motivé par l’amour, se met à apprendre le wolof en un temps relativement court pour pouvoir communiquer avec sa princesse noire sans intermédiaire. Pour terminer avec les comparaisons, l’intelligence de Mambeké peut faire penser à celle de Christian, le héros des Montagnes bleues. Sa capacité à assimiler les connaissances, à mémoriser les textes ahurissent, c’est le mot, le Père Hux, qui n’aurait jamais soupçonné de telles capacités chez un Nègre.

J’ai aussi aimé la dose d’ironie dont Jean Malonga habille son texte. En voici un exemple :

« Il paraît que cette insouciance invraisemblable de laisser deux enfants, deux gamins ensemble, surtout de race différente – une blanche, c’est-à-dire une maîtresse, et un petit nègre qui n’est autre chose qu’eun vil objet – était un grand crime, une atrocité sans nom au yeux du « bon » Père Hux. Comme cela se devait, il avait d’abord fait un sermon sentencieux à Solange, puni sévèrement Mambeké et averti les parents inconscients et coupables de ce lèse-humanité aryenne. – Ma petite Solange, avait susurré l’apôtre de la fraternité humaine. Ma petite Solange, mais tu es extraordinaire. Comment oses-tu te faire conduire en pirogue par un petit Nègre tout sale ? N’as-tu pas peur de te voir jeter à l’eau par ce sauvage qui se régalera ensuite de ta chair si tendre ? N’as-tu pas peur de te contaminer de sa vermine ? Je ne te comprends pas, mon enfant. Non, réellement, je ne peux pas arriver à te comprendre. Oublies-tu donc que tu es une Blanche, une maîtresse pour tous les Nègres, quels qu’ils soient ? Il faut savoir garder ses distances, que diable ! – Mais mon Père, avait essayé de protester l’innocente Solange. Mais, mon Père, Mambeké est un garçon très habile. Il manie la pagaie mieux que tous ceux de la factorerie. En outre, il est poli, correct, discipliné et ne m’a jamais rien dit de méchant. Il se couperait lutôt la main que de me voir souffrir. Je m’amuse énormément à son bord. »

(Cœur d’Aryenne, pages 22-23)

Liss Kihindou, l'article est tiré de son blog Valets des livres

Jean Malonga, Cœur d’Aryenne, Editions Hémar et Présence Africaine, 2014, 192 pages, 7 €. Première publication Revue Présence Africaine 1953.

Les 60 ans de la littérature congolaise

La littérature congolaise célèbre cette année ses noces de diamant. En effet, cela fait soixante ans qu'elle existe. Elle naquit en 1953 avec la publication du roman Coeur d'Aryenne, de Jean Malonga. Ce dernier, auteur du Sud du Congo, se déporte dans le Nord du pays, plus précisément à Mossaka, pour y faire vivre ses personnages, Mossaka où l'auteur n'a pas du tout vécu mais où il se projette par le pouvoir de l'imagination. 

 

Nouvelle image (3)Aujourd'hui, soixante ans après, on peut dire que Jean Malonga était un visionnaire, car partir du sud, sa région natale, pour le nord qui est à l'opposé, est un symbole fort d'unité et du patriotisme qui doit animer tous les fils et les filles du Congo, quelle que soit leur groupe ethnique, quelle que soit leur région. Le Congolais doit se sentir partout chez lui, il ne doit pas se laisser berner par ceux qui veulent manipuler  les masses en se servant de la tribu comme une arme implacable du diviser pour mieux régner. Les années quatre-vingt dix portent les traces sanglantes de l'instrumentalisation de l'ethnie.

Or Jean Malonga, premier écrivain congolais, ouvre la voix par un message de paix, un message d'unité, il nous invite à bâtir des ponts entre les régions et les ethnies. "Bâtir des ponts culturels", c'est le leitmotiv des festivités qui vont commémorer la naissance de la littérature congolaise, il y a soixante ans de cela, et Jean Malonga est naturellement la figure tutélaire de ces célébrations, qui ont officiellement démarré ce samedi 19 octobre au salon du livre de L'Haÿ-les-Roses.

Des écrivains, des admirateurs de la littérature congolaise, des patriotes venus faire honneur à leur littérature ont répondu présents à cette invitation à la Noce, et nous avons trinqué ensemble pour une littérature encore plus forte et plus vive. Mais avant de boire à la santé de la littérature du Congo Brazzaville, nous avons d'abord hommage à Léopold Pindy Mamonsono, écrivain, animateur de l'émission littéraire "Autopsie" sur télé Congo, organisateur d'événements culturels et littéraire, bref une figure importante du paysage littéraire congolais, qui a rejoint ses ancêtres le 8 octobre dernier. Nous avons ensuite vogué sur le fleuve Congo, car le voyage était au coeur de cette fête à L'Hay-les-Roses. Le modérateur Aimé Eyengué, initiateur de ces festivités, s'est improvisé commandant à bord et nous a conduits du Congo au Mékong avec l'écrivain aux doubles origines vietnamienne et congolaise Berthrand Nguyen Matoko. Belle coïncidence : le Vietnam était à l'honneur à cette édition 2013 du festival du livre et des arts de L'Haÿ-les-Roses, le Congo aussi. Berthrand Nguyen Matoko a parlé de ses livres dans lesquels, souvent, il brise le silence et les tabous, par exemple dans son Flamant noir, publié chez L'Harmattan, qui a fait beaucoup parler de lui. Nous avons fait escale au Rwanda avec le Docteur Roland Noël qui a évoqué son expérience là-bas à travers son livre Les Blessures incurables du Rwanda, publié aux éditions Paari. Ce livre a fortement retenu l'attention du public, il a été réédité et est au programme dans une université de France, a souligné l'auteur, médecin de profession. 

 

Nouvelle image (2)Nous sommes revenus au Congo, sur le fleuve, avec des défenseurs de marque, l'honorable Sylvain Ngambolo, ancien député, promoteur du fleuve Congo, ainsi que le producteur Hassim Tall qui a fait un beau film sur le Congo. Les littéraires Boniface Mongo Mboussa et Liss Kihindou se sont attachés à montrer la présence du fleuve Congo dans la littérature. Le premier a souligné combien le Congo avait nourri l'imaginaire occidental, il a par exemple cité Le Coeur des ténèbres, de Conrad ou Voyage au Congo de Gide, mais c'est souvent une vision sombre qui est donnée du Congo, tandis qu'avec les nationaux, c'est une autre image qui est donnée. Le fleuve irrigue les écrits des Congolais, ai-je déclaré, et cela se voit parfois dans les titres : "Photo de groupe au bord du fleuve" de Dongala, "Le cri du fleuve" de Kathia Mounthault… Sans nous être concertés, Boniface Mongo Mboussa et moi avons donné une idée de la vision différente que l'on avait du fleuve dans la littératture, selon que l'on se place du point de vue de l'Occident ou des natifs du pays, mais le temps était compté et nous n'avons pu aller en profondeur, la discussion s'est poursuivie à l'extérieur, autour d'un pot, avec l'apport de tous cette fois, mais ce n'est pas sans avoir écouté au préalable des extraits de la nouvelle d'Emilie Flore Faignond "Je suis une Congolo-Congolaise, à paraître dans l'ouvrage collectif qui va marquer, de manière durable, ce soixantième anniversaire. Emilie-Flore Faignond magnifie le fleuve d'une manière si touchante, si poignante que l'on ne peut rester insensible, c'est tout simplement un hymne au Congo qu'elle chante, et le chant composé par l'artiste Jacques Loubelo, qui nous a quittés récemment, revient forcément à la mémoire : "Congo, ekolo monene, tolingana, toyokana, to salisana malamu, bongo to bongisa Congo…" (Congo, pays dont la valeur est si grande, Congolais, aimons-nous, qu'il y ait l'entente, la fraternité parmi nous, c'est ainsi que nous bâtirons notre pays, que nous le rendrons meilleur…) 

Suivons les traces des artistes Jacques Loubelo et Emilie-Flore Faignond, donnons tout notre amour à notre pays, donnons la meilleure part de nous. Si nous, les premiers, ne bâtissons notre pays avec le ciment de l'amour, de l'entente, de la fraternité, de la paix, comment pourra-t-il tenir debout face aux intempéries, comment pourra-t-il résister au loup qui rôde pour le détruire ? Heureusement que dans le conte, l'un des trois petits cochons avait bâti en dur, et non avec de simples branchages ou de la paille. Alors, Congolais, congolaises, avec quoi bâtis-tu le Congo ?

Les prochaines célébrations auront lieu le 10 novembre, à la Maison de l'Afrique à Paris, puis le 12 décembre, aux Galeries Congo, toujours à Paris. A Brazzaville, elles auront lieu du 20 au 22 décembre 2013. Il y en aura aussi à Pointe-Noire, à la mi-décembre.

 

 

Liss Kihindou, article initialement paru sur son blog

http://valetsdeslivres.canalblog.com/

Nimrod, Balcon sur l’Algérois

Voilà à la fois un titre prometteur et qui nous situe un peu rapidement géographiquement. Mais la quatrième de couverture, elle, indique un roman parisien. Les interfaces  proposées par Actes Sud et Nimrod introduisent donc pas mal d’interrogations. 

NimrodJ’ai commencé ce texte entre plusieurs lectures poussives dans leur abord alors qu'avec Nimrod, j’ai été pris par cette romance entre un doctorant tchadien et la responsable du suivi de ses travaux de recherche, Jeanne-Sophie. Le lecteur est tout de suite embarqué dans une relation chaude où l’auteur ne s’embarrasse pas de certaines descriptions crues, disons, érotiques traduisant la passion charnelle qui lie ces deux êtres. C’est une entrée en matière assez surprenante qui est brève et qui révèle surtout chez Nimrod la capacité de mettre des mots sur n’importe quel sujet. Cette approche traduit aussi la fascination que l’étudiant voue à la fois pour le corps de son enseignante, les formes de cette bourgeoise du 7ème arrondissement à laquelle il rend visite dans son très coquet appartement.

Le narrateur est donc cet étudiant. La relation qu’il a nouée avec Jeanne-Sophie repose sur les délices de la chair qu’il apporte sur un plateau à cette femme mûre et bien-née. Elle est aussi faite du développement autour de la littérature où la passion que l’enseignante de la Sorbonne voue pour Stendhal habite leurs échanges, là où comme Nimrod, le thésard souhaite approfondir la question de la négritude. Prémices d'un schisme. Des bibliothèques parlent à des bibliothèques. Et l’étudiant qui a une femme au bled, assure ses arrières pour une histoire qui n’est pas destinée à durer.
 
Nimrod introduit d’autres personnages, parmi lesquels on peut citer deux amies de Jeanne-Sophie, professeurs d’université comme elle.  Toutes plus ou moins embarquées dans des histoires où l’autre vient de très loin et est foncièrement basané.  Bakary, par exemple. Eboueur. Bambara. Peu instruit mais tellement fier de lui qu’il refuse de se soumettre au diktat de celles et ceux qui pourraient le regarder de haut et entraver sa liberté. Il préfère son foyer Sonacotra au confort matériel du seizième arrondissement de Paris.
 
balcon-algerois-1294571-616x0Mais, ne vous méprenez pas. Ce qui est fascinant dans ce roman, c’est la rupture silencieuse que l'étudiant narateur impose à sa maîtresse. Le vide du narrateur est alors comblé par le cri de la belle abandonnée qui sous une forme épistolaire tente de reprendre la main. L’explosion de la relation entre Jeanne-Sophie et son étudiant qui révèle le fond, remue la vase de ce couple. En lisant Nimrod, on comprendra que la race n’est plus une préoccupation mais que le rapport dominant/dominé demeure un paramètre difficile à interpréter.
 
Usant d’une forme d’écriture qu’il maîtrise et qu’il veut concise et enflammée, passant de la narration classique à la forme épistolaire, Nimrod propose un nouveau roman étonnant. Il donne au lecteur de lire dans le cœur ouvert et déchiré de Jeanne-Sophie et dans la solitude d’un étudiant en fin de cursus. Pourquoi l’Algérois, me dites-vous ? C’est la surprise du chef. Je ne peux quand même pas tout vous dire, l'auteur me le reprocherait.

Léonora Miano : Une saison de l’ombre

Quand commence le roman, une communauté enclavée et repliée sur elle-même vient de faire l’objet d’une brutale attaque. Un incendie a embrasé de nombreuses cases, servant de diversion pour le rapt de plusieurs jeunes de ce clan. Une fois l’effroi retombé, le constat de la disparition d’une douzaine d’initiés va plonger les mulongo dans une torpeur et remettre en cause l’organisation sociale de ce groupe. La première réaction du clan est de bannir les mères des disparus et de les mettre en quarantaine…


leonora_mianoComment le clan réagit-il à cette attaque sournoise dont il n’est même pas capable de fournir une ébauche d’explication, une tentative d’identification des assaillants?  Un peu comme dans  L’intérieur de la nuit, le roman qui l’a révélé au grand public, la communauté que Miano vit en vase clos, ne maintenant des contacts pacifiques qu’avec les bwélés.

Pour développer son projet, l’écrivaine déploie des personnages intéressants sur lesquels on pourrait s'étendre. Des hommes. Des femmes. A découvrir. L’intelligence et la réussite du texte de Léonora Miano est de montrer comment le commerce relatif à la traite Atlantique s’est abattu sur des communautés naïves et repliées sur elles-mêmes. Elle balaie d’une certaine façon l’idée que la collaboration constatée ou le marchandage des hommes repose sur un fondement intrinsèque. Même si le livre a une thèse, la romancière camerounaise a l’intelligence de faire avancer le lecteur au même rythme que ses personnages dans la découverte de ce qui se trame derrière ses disparitions. Les alliances anciennes volent en éclats, les rivalités ancestrales sont remises au goût du jour en raison de la redistribution des cartes que les négriers offrent aux Côtiers. L’apparition de communautés créoles qui font penser aux prémices de la Sierra Léone et qui, si on y réfléchit bien, représente avec les premiers pas de nos communautés urbaines actuelles faites d’un melting pot, d’une superposition d’ethnies et de croyances multiples. Ici, les habitants de Bebayedi, village sur pilotis, ont réussi à s’extraire de la déportation annoncée, protégées par des marécages.
 
On ne se pose pas assez la question de l’impact sur les populations africaines de cette traite redoutable, où les seuls prisonniers de guerres factices ne suffisaient pas à satisfaire l’appetit vorace des cales de négriers.
 
Ce roman revient sur une préoccupation importante de la romancière camerounaise, déjà présente dans son roman Les aubes écarlates : Quelle sépulture pour ceux qui n’ont pas traversé le pays de l’eau ? Dans un texte où les croyances sont constamment questionnées de manière subliminale ou parfois de façon plus frontale, cette dimension obsédante dans une terre où justement on ne peut faire le deuil tant que mort n’a pas été actée, ces vies arrachées ont laissé des plaies béantes.
 
L’introduction poussive du roman peut traduire le malaise. Etrangement, Léonora Miano choisit de faire la femme le bouc émissaire, celles par qui le malheur arrive [en première lecture]  comme si la puissance du patriarcat découlerait du dysfonctionnement qu’a imposé la Traite sur ces communautés.
Certains auraient voulu formuler des accusations. Révéler des manquements à l’égard des ancêtres, des maloba, et de Nyambe lui-même. Quelle autre explication  devant un tel drame ? Les mécontents ont ravalé leurs protestations

[première lecture. classique. actuelle]

Mutango entend ce qui échappe habituellement à l’humain : les conversations d’une colonne de fourmis, la ponte de scarabée, la poussée de minuscules touffes d’herbe. IL sent . pas seulement la brise qui hoquette à travers l’épais feuillage des arbresn, ni la très lente reptation de la terre sous son postérieur, ses cuisses qui reposent à plat sur le sol. Il y a aussi l’ombre, cette ombre qui n’est pas la nuit, qui frémit au cœur de l’obscurité nocturne. Elle est glacée. Tout est vivant en ce lieu. Tout, excepté cette ombre. Ceux qui la composent, czr elle charrie une légion, appartiennent désormais à une autre dimension. Ils content une aventure dont Mutango écoute attentivement le récit, découvrant qu’il ne se destine pas uniquement à lui. En cet instant précis, il est possible que d’autres reçoivent ces propos. L’homme accorde toute son attention à ceux qui se disent désormais prisonniers du pays de l’eau.

P. 87

Les paroles de Mutango mettent en scène la dimension mystique qui relie ces individus à l’au-delà. Certains parleront de télépathie, d’autres de fantastique africain ou encore de sornettes dans lesquelles se bercent les subsahariens pour reprendre l’expression globalisante de Léonora Miano. Peu importe, Mutango est le personnage qui draine le plus cette philosophie. Il est aussi la figure aussi sur laquelle la romancière porte le regard le plus critique et dont la tragédie, pour peu que le terme soit adéquat, car sa faillite interpelle forcément sur ses croyances et cette mystique lorsque son objet est le service d’un projet personnel.
 
Dialectique sur la femme
Njanjo se lève. C’est une femme menue, mais il émane d’elle une autorité que nul ne songe à remettre en cause. Elle arbore une coiffe perlée qui lui enserre le visage,, se noue sous le menton. D’un geste de la main, elle ordonne que son homologue mulongo et ceux de sa suite soient débarrassés de leurs liens. Mukano, dit-elle, sois le bienvenu.

P.103

La question de la position de la femme est naturellement présente dans le travail de Miano. Mais, il est important d’observer toutes ses descriptions pour se faire une idée globale. Ce roman est porté par le discours et le parcours de femme qui toutes aboutissent d’une manière ou d’une autre. C’est assez subtil et brillant comme narration. Aussi, si la première phase du roman est lourde voire pénible dans l’entame du lecteur, il est important de voir dans l’écriture de l’écrivaine comme une volonté d’arrêter sur l’image de ce bannissement puéril des femmes, porte-malheur attitré, bouc-émissaire parfait du pouvoir patriarcal incapable d’interpréter les événements qui s’abattent sur la communauté.
                  
Le texte ci-dessus montre des femmes dans une position différente dans la communauté bwellé. La position de la femme est valorisée et elle même dominante, au cœur du pouvoir, dans une structure ouverte sur le monde et ses grandes transactions. Là, la question de la fiction et de la vérité historique peut revenir chez le lecteur un poil machiste, d’autant qu’il y a une vraie dimension matriarcale dans cette exercice du pouvoir. Il peut paraître intéressant d’imaginer dans l’écriture de Miano, l’exercice de ce pouvoir matriarcal par une forme d’écrasement et de destruction des hommes détenteurs d’une quelconque parcelle d’exercice de la tyrannie phallocrate. C’est au lecteur de se faire une idée, en bouclant cette lecture.
Je terminerai mon propos en indiquant que nous sommes face à un roman brillant, exigent et qui n’est pas simple d’abord, jusqu’à ce Léonora Miano lâche ses personnages au-delà de leurs limites.

Editions Grasset, 235 pages, première parution en 2013
 
L'auteur donne la lecture de son roman sur son site.