Lionel Zinsou, le parcours atypique d’un franco-béninois

Normalien, diplômé de Sciences Po et de la LSE, ancien Professeur à l’ENS et à l’ENA notamment, Lionel Zinsou dirige depuis 2009 PAI Partners, le plus important fond d’investissement français. Ce franco-béninois, ancien Conseiller du Premier Ministre Laurent Fabius, est un financier hors pair qui a aussi été Associé Gérant de la banque d’affaires Rothschild. Particulièrement engagé pour l’émergence économique de l’Afrique, Lionel Zinsou est le chantre de l’afro-optimisme. Il a reçu Terangaweb – L’Afrique des Idées pour un entretien publié en 3 parties. En attendant « Monsieur Zinsou, c’est quoi l’afro-optimisme ? » (2ème partie) et « L’Afrique et ses 4 anomalies » (3ème partie), Ecce homo ! Voici le parcours méritocratique d’un franco-béninois !

Terangaweb : Bonjour M. Zinsou. Pourriez-vous vous présenter aux lecteurs de Terangaweb ?

Lionel Zinsou : J’ai 56 ans, deux nationalités, trois enfants et un métier qui est mon troisième métier. Je suis né à Paris, mon père était Béninois et avait aussi la nationalité française. Ma famille paternelle est d’assez longue date située entre le Sud et le centre du Bénin ; mon oncle a été parlementaire, ministre et président du Dahomey en 1969 ; il est aujourd’hui l’un des doyens de la vie politique béninoise. Mon père était médecin et a longtemps travaillé à Dakar ; quant à ma mère, infirmière des hôpitaux de Paris, elle est française de nationalité et d’origine.

J’ai fait mes études à Paris, aux Lycée Buffon puis Louis-le-Grand. J’ai ensuite intégré l’Ecole Normale Supérieure de Saint Cloud. Après y avoir passé un an, j’ai intégré l’ENS Ulm car je souhaitais rejoindre mes amis qui y étaient presque tous. J’ai beaucoup aimé ma période normalienne. J’ai aussi passé mon diplôme de Sciences Po, une école que j’appréciais énormément et qui m’a davantage ouvert au monde. Je n’ai cependant pas voulu passer ensuite le concours de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) car je ne souhaitais pas devenir fonctionnaire français d’autorité. J’ai toujours eu la volonté d’avoir un métier que je pourrais un jour exercer au Bénin : c'est ainsi que je suis devenu professeur d'économie.

Terangaweb : Et pourtant vous n’aviez pas particulièrement vécu au Bénin ?

Lionel Zinsou : Né en France, élevé en France, longtemps empêché d’aller au Bénin pour des raisons politiques liées à ma famille, j’étais en quelque sorte un Béninois virtuel. Mais je voulais tout de même me garder la possibilité de rentrer au Bénin. D’où mon choix de devenir universitaire. Pourtant à l’époque, sortir de l’ENA promettait à une grande carrière. Il y avait énormément de modèles qui incitaient à faire l’ENA, comme celui de Laurent Fabius, normalien et énarque, qui deviendra le plus jeune Premier ministre de la V° République à 36 ans, et dont tout le monde savait, même quand il avait 28 ans et était mon professeur à l’ENS, qu’il aurait une grande carrière. Mais cela ne m’intéressait pas. A la place, j’ai préféré étudier l’histoire économique, notamment l’histoire de la création du Franc CFA et de la monétarisation de l’Afrique de l’ouest. Le plus intéressant était pour moi l’interface entre l’histoire et l’économie. C’est ainsi que j’ai fait un peu d’économie à Villetaneuse, puis à Sciences Po avant de passer l’agrégation de sciences économiques et sociales. J’ai d’abord échoué à cette agrégation, n’ayant jamais fait de sociologie et que très peu d’économie et de statistiques. Je l’ai repassée en me préparant mieux, et j’ai été reçu premier à cette agrégation en 1978.

Terangaweb : Et vous êtes ensuite allé enseigner l’histoire économique ?

Lionel Zinsou : Non pas directement. Après l’agrégation, je suis parti à la London School of Economics (LSE) pendant deux ans au cours desquelles j’ai continué à étudier l’histoire économique tout en étant lecteur en français. Je garde de très bons souvenirs de cette période pendant laquelle je me suis d’ailleurs marié.

A mon retour en France en 1981, j’ai été nommé assistant en économie à l’université Paris XIII. Etant donné que ce travail me permettait de dégager assez de temps libre, j’ai occupé entre 1981 et 1983 divers autres emplois à temps partiel. J’étais notamment professeur à l’ENA et à l’ENSAE. J’ai eu dans ce cadre beaucoup d’étudiants qui sont aujourd’hui devenus des préfets ou des économistes réputés… J’ai aussi travaillé à cette période comme chargé d’études au Ministère de l’Industrie et comme économiste à la Banque Paribas (aujourd’hui BNP Paribas). J’ai même été pigiste dans un journal le dimanche. En réalité j’ai fait beaucoup de mi-temps un peu partout. Il faut dire que je n’avais jamais vu que des gens qui travaillaient énormément et du coup j’ajoutais toujours davantage de travail à mon emploi du temps d’assistant à l’université.

Terangaweb : Après cette période très dynamique, vous avez eu une expérience particulière auprès de Laurent Fabius…

Lionel Zinsou : Oui je travaillais déjà avec le ministre de l’industrie Laurent Fabius (qui avait d’ailleurs déjà été mon professeur à l’ENS Ulm) lorsqu’il a été nommé Premier ministre par François Mitterrand en 1984. Je lui ai servi de plume à Matignon. J’étais parallèlement maître assistant à l’ENS Ulm car la tradition à Matignon est que les universitaires continuent de garder leurs fonctions et de faire leurs cours..

Il y a toujours eu des universitaires à Matignon, regardés parfois avec condescendance par les énarques, mais tolérés. Je partageais mon étage avec Monsieur Joliot, petit-fils de Marie Curie. Mon expérience à Matignon a été très passionnante : la situation politique en 1984 n’était pas très bonne, on savait que cette expérience allait s'interrompre en 1986. Quand on croit que cela va durer toujours, on a moins de sérénité. A Matignon, il est sain de savoir que cela ne va pas durer ; il n’y a pas de déchaînement des ambitions. Comme j’avais un métier proche du  Premier Ministre, celui d’écrire ses discours, je le voyais souvent. C’est une fonction, celle de « l’agrégé sachant écrire » (la formule est du Général De Gaulle lorsqu’il appelait à ses côtés Georges Pompidou), qui a toujours été occupée dans l’histoire de la V° République en France, notamment par Georges Pompidou ou Alain Juppé. Cela m’a permis aussi d'observer le spectacle du pouvoir auquel j'avais déjà été exposé au Bénin. J’étais l’enfant de ma génération le plus proche de mon oncle. J’avais 14 ans quand il est arrivé aux affaires et 16 ans quand il a été renversé. J’avais 28 – 30 ans à Matignon. De ces expériences politiques, j’ai conçu du respect pour les personnes qui exercent le pouvoir mais je n’ai éprouvé  aucune fascination ni désir d’exercer moi même le pouvoir politique.

Terangaweb : Cette expérience à Matignon a été intéressante mais aussi courte. En 1986, le Parti Socialiste perd les élections législatives et Jacques Chirac devient Premier Ministre. Vous quittez donc naturellement Matignon. Quelle a été l’étape suivante de votre carrière ?

Lionel Zinsou : En 1986, j’étais censé me consacrer à plein temps à mon métier de Professeur. J’ai cependant demandé deux ans de disponibilité. J’ai alors rejoint l’entreprise Danone.  J'y ai passé 11 ans. Chez Danone, j’ai d’abord travaillé comme contrôleur de gestion en charge notamment du budget et du plan. Puis j’ai eu la responsabilité d’un groupe de filiales anglaises avant de m’occuper du développement international du groupe puis d'une branche. A la retraire du fondateur Antoine Riboud, au bout de onze ans dans l'industrie, j’ai décidé de changer d’entreprise.

Je suis alors allé, encore pour 11 ans (à partir de 1997) à la banque d’affaires Rothschild où j’étais patron du secteur des Biens de consommation, puis de la division Afrique-Moyen-Orient, et Associé-gérant. Je m’occupais du secteur que je connaissais le mieux, l’agro-alimentaire, et de l’Afrique qui à l'origine n’intéressait personne si ce n'est David de Rothschild lui-même. Depuis 1997, je leur disais que les marchés émergents allaient finalement émerger, et qu’on devait continuer à s’y intéresser. Ils m'ont suivi.

Je me suis ensuite laissé détourner en 2008 pour aller chez Paribas Affaires Industrielles (PAI), grande maison d’investissement, où je suis rentré au comité exécutif. J’étais N°3 de PAI Partners pendant la crise financière qui a conduit beaucoup de maisons de finance à changer de top management, y compris PAI. En août 2009, je me suis retrouvé à la tête de ce fonds un an après y être rentré.

Terangaweb : Et comment est ce que votre nomination à la tête du plus grand fonds d’investissement français a-t-il été accueilli ? 

Lionel Zinsou : L’establishment financier n’est ni raciste ni xénophobe en France, mais il n’est pas non plus très favorable à la diversité. Il y a eu certains  d’articles sur le thème « il est arrivé aux affaires par un putsch, ce qui s’explique par ses gènes béninois » ; « ce garçon,  dont la famille est arrivée au pouvoir par un coup d’Etat,  reproduit la même chose chez  PAI » (rires) comme le disait un article du Financial Times. La diversité reste une exception. La France, un peu à ma surprise, est plutôt moins ouverte que les pays anglo-saxons, parce que le politiquement correct oblige à prendre des précautions en terme de diversité en Grande Bretagne et aux Etats-Unis qu’on ne prend pas en France. Cela a été une expérience nouvelle pour moi. Subjectivement, je me suis toujours perçu comme ayant réussi  des concours,  tout se passait en fonction du mérite, sans qu’on me demande comment je m’appelais ni d’où je venais . Cela m’a donc étonné qu’on s’interroge sur mes compétences, et qu’on parle d’une arrivée illégitime. Mais il fallait bien que quelqu’un s’occupe de cette entreprise ce que ne pouvaient plus faire les deux premiers patrons qui avaient subi  la crise.

Terangaweb : Et en quoi consiste votre travail au sein de PAI Partners ? 

Lionel Zinsou : Je dirige PAI Partners qui est le plus grand Fonds d’investissement français et l’un des premiers européens. On achète des entreprises, on les développe, et on les revend. C’est ce que l’on appelle du private equity ou en français du capital investissement. Des centaines de grands investisseurs institutionnels nous prêtent de l’argent pour dix ans, et nous devons  le rembourser avec un taux de rendement important. C’est un métier plus ou moins mal aimé, perçu parfois comme le comble du capitalisme. Dans l’image courante de ce métier, on dit qu’on endette très fortement les entreprises, et que grâce à cet effet de levier, nous dégageons des plus-values trop importantes pour les investisseurs. On croit souvent que nous sommes à la recherche de rémunérations et de profits extrêmes, anormaux, et cela en compromettant l’avenir industriel des sociétés concernées. Tout cela est absurde, mais c’est comme cela que l’on est perçu dans certains pays comme la France et l’Allemagne, moins en Grande Bretagne et aux Etats-Unis et pas du tout en Chine, en Inde, en Afrique,  et dans les pays émergents qui sont demandeurs de fonds propres et d'actionnaires très professionnels. L’idée de collecter de l’épargne longue pour l’investir dans le développement d’entreprises est essentielle pour le développement économique d’un pays, c’est d’ailleurs le chaînon manquant du financement des pays en voix de développement.

J’ai servi un gouvernement socialiste en France, j’ai des engagements de gauche. J’ai créé une fondation au Bénin, et donc je n’ai pas trop l’image du capitaliste assoiffé de sang. Cela brouille un peu les cartes. Mon portrait fait par le journal Le Monde lorsque j’ai pris les rennes de PAI Partners s’intitulait « Le financier paradoxal ». Je pense que je fais un métier extrêmement utile. Ce n’est pas un métier financier court-termiste. En dix ans, on a le temps de transformer une entreprise industrielle et de la revendre en ayant créé beaucoup de valeur, comme nous l'avons montré récemment avec Yoplait. Voilà mon métier. Il se développe très vite en Afrique.

Propos recueillis par Emmanuel Leroueil, Nicolas Simel Ndiaye et Tite Yokossi 

La télé-irrigation : une solution innovante au potentiel important

Nous avons rencontré Philippe Mingotaud1 , directeur de MTP-Editions, une société française d'informatique qui a contribué au développement d'un procédé de télé-irrigation innovant et adapté aux pays africains.

PhilippeMingotaud-TBADI : Vous avez développé un procédé de télé-irrigation. De quoi s'agit-il ?

Philippe Mingotaud: Le principe est simple. Un agriculteur peut, à l'aide de son seul téléphone fixe ou GSM, activer à distance les pompes à eau qui lui servent à irriguer ses champs et récupèrer les paramètres dont il a besoin pour déterminer les temps d'irrigation nécessaires à chacune de ses parcelles. Nous avons développé un système vocal interactif multivoix, multilingue et multimédia qui s’adapte à de nombreux contextes.

Au Niger, notre partenaire Tech-Innov2 utilise notre technologie pour proposer un système vocal mutualisé permettant de contourner l'analphabétisme encore présent dans les campagnes. Le système répond de la façon la plus simple au multilinguisme du pays et  permet de déclencher des pompes à eau sur tout le territoire en utilisant le réseau GSM en priorité mais aussi les ondes radio lorsque la couverture GSM fait défaut.

Dans d’autres contextes, le système peut également être déclenché par des emails ou SMS entrants en privilégieant l'écrit à la voix.

ADI : Comment le système fonctionne-t-il concrètement ?

Philippe Mingotaud: L'agriculteur se connecte à un serveur qui le détecte, l'identifie puis lui renvoie une information personnalisée ou déclenche une action appropriée.
Le système calcule automatiquement le temps d'irrigation nécessaire à chaque parcelle, en fonction du débit de la pompe à eau, du type de culture, des engrais utilisés et des nombreux relevés effectués par différents capteurs, comme le degré d'hygrométrie, l'indice UV, la nature et la porosité des sols, etc. En fonction de ces critères, il active la ou les pompes à eau concernées pour la durée déterminée par le demandeur ou par lui-même.

Tele-Irrigation-03ADI : Pourquoi est-il important d’améliorer l’irrigation ?

Philippe Mingotaud: Il y a urgence à agir. Les chiffres avancés par les experts qui travaillent sur le devenir de l'agriculture de part le monde devraient alerter. 40 % des terres émergées sont menacés de désertification dont 66 % sont déjà affectés. 37 % des terres arides sont en Afrique.3

La productivité des terres cultivées baisse continuellement. Le dépeuplement des campagnes en direction des villes et les flux migratoires de l'Afrique vers l'Europe ne cessent d'augmenter. Il faut se mobiliser sans attendre de nouvelles catastrophes. Il y va de l'intérêt de tous que les agriculteurs puissent rester dans les campagnes pour continuer à produire et à fournir aux populations des villes, les aliments dont elles ont besoin.

ADI : Que peut apporter la télé-irrigation aux économies africaines ?

Philippe Mingotaud: Le premier apport est une augmentation significative en terme de qualité et de quantité des productions obtenues qui varient selon les cultures, les régions et la conformité des installations d'irrigation.

La télé-irrigation ne se résume pas à installer une configuration informatique permettant à une pompe à eau de se déclencher à distance, pour une durée déterminée. Cela va beaucoup plus loin. A la composante informatique s'ajoutent des panneaux solaires, une mise en conformité du réseau d'irrigation, une meilleure gestion des ressources en eau disponibles et surtout une modification en profondeur des méthodes de travail.

En proposant un serveur de télé-irrigation mutualisé, capable de répondre simultanément à plusieurs demandeurs, on met en place une nouvelle organisation du travail qui incite les agriculteurs à se regrouper et à partager au delà de leurs matériels informatiques, leurs matériels agricoles, leurs expériences professionnelles, leurs infrastrucutures, bref tout ce qui peut contribuer à simplifier leurs conditions de travail et à optimiser leurs productions agricoles.

tele-irrigation-01ADI : Y a-t-il des avantages indirects à utiliser ce type de technologie?

Philippe Mingotaud: Indirectement, on s'aperçoit que mettre en place des solutions de télé-irrigation contribue à lutter non seulement contre la précarité économique mais aussi éducative. Nous avons pu constater à plusieurs reprises que la télé-irrigation permet une meilleure scolarisation des enfants là où elle est présente, du fait que ce sont souvent les enfants qui sont chargés d'aller dans les champs activer les pompes à eau et qu'ils le font au lieu de se rendre à l'école.

En s'appropriant les nouvelles technologies, les habitants des campagnes améliorent leur quotidien. En permettant une bien meilleure gestion de l'eau et une lutte efficace contre les déperditions, la télé-irrigation est un atout des plus précieux, là où l'eau se fait rare. La production d'énergie solaire qui se fait en même temps ne sert évidemment pas qu'à alimenter les pompes à eau dans les champs. Les serveurs d'information à la demande peuvent également servir à prévenir les risques,  à développer la sécurité sanitaire, à lutter contre l'isolement de certaines populations et à mieux organiser la vie en société.

Tele-Irrigation-02ADI : Quels sont les obstacles à la généralisation de la télé-irrigation ?

Philippe Mingotaud: Le principal obstacle est la pauvreté des populations auxquelles nous nous adressons. Ce n'est pas tant l'équipement informatique qui est un frein puisque le coût des matériels est mutualisable. Mais il ne sert à rien de vouloir améliorer le rendement des terres agricoles, sans chercher préalablement à mettre aux normes le réseau d'irrigation de l'agriculteur qui souhaite y parvenir. Cette mise en conformité peut, notamment dans un environnement difficile, revenir chère à des professions dont le pouvoir d'achat est faible.
Les petits agriculteurs se retrouvent trop souvent seuls face à des difficultés économiques et environnementales devenues insurmontables. Ils gagneraient à être accompagnés davantage par les Etats et les ONG. Tout le monde y gagnerait.

Propos recueillis par Tite Yokossi

1 Philippe Mingotaud dirige MTP-Editions, une société française d'informatique spécialisée dans des serveurs et projets innovants. La société recherche des partenaires locaux en Afrique pour diffuser ses solutions dont la télé-irrigation fait partie.

M.T.P. Editions  –  Tél. : (+33).1.39.60.82.82
Sites : www.servocall.com  www.servisual.com et www.serworker.com (exemples de pilotage interactif distant en temps réel)

2 Tech-Innov, le partenaire nigérien de MTP Editions, a reçu une belle distinction au salon mondial de l'eau qui s'est tenu du 12 au 19 Avril 2015 à Daegu en Corée du Sud récompensant son travail dans la conception, la réalisation et la mise en place de ce procédé de Télé-irrigation.
Site :  www.tele-irrigation.net

3 http://www.csf-desertification.org/combattre-la-desertification/item/desertification-degradation-des-terres

Pour un développement sain des marchés financiers africains

Y a-t-il des marches financiers[1] en Afrique ? Si oui, à quoi servent-ils ? Relèvent-ils le défi d’aider le continent dans son processus de développement ? Quelles mesures doivent être prises pour que ces marchés se développent sainement ? La série d’articles sur les marchés financiers que nous vous proposons répond à ces questions.

Après un tour rapide de l’expansion des marchés financiers en Afrique et un exposé de leurs avantages et inconvénients, nous concluons cette série avec les mesures à prendre pour un développement harmonieux de ces marchés.

520871-001Un meilleur cadre juridique et règlementaire

L’environnement légal et réglementaire qui régit le cadre de fonctionnement des bourses du continent laisse a désirer. En cause, des droits de propriété mal définis, des difficultés chroniques à faire respecter les contrats et une protection légale déficiente. Cette situation a notamment pour corollaire une forte concentration du secteur bancaire, un faible taux d’intermédiation, des taux d’intérêt requis trop élevés et des appels de garantie qui entravent l’accès au crédit.

Il faut donc mettre en place des structures juridiques fortes et compétentes pour protéger les investisseurs, faire respecter les contrats et les droits de propriété qui doivent être mieux définis. Il ne fait aucun doute que tout ce qui va dans le sens d’une meilleure stabilité économique et d’une amélioration de la confiance des investisseurs et de l’environnement des affaires participe du développement des marchés financiers.

Aussi faut-il que ces marchés se développent en évitant autant que possible les excès qu’ils engendrent dans les pays développés et qui peuvent être très déstabilisateurs pour l’économie réelle des pays africains – comme nous l’avons indiqué dans le troisième article de cette série. Il faut donc que les institutions de régulation prennent la mesure de la complexité et des risques associés aux produits et opérations qu’ils autorisent afin qu’une régulation ferme et adéquate adapte l’instrument boursier au contexte des économies africaines. Pour l’instant, les produits autorisés sur les marchés sont essentiellement des actions et des obligations, il y a très peu de place pour les produits dérivés. Au fur et à mesure du développement des économies, un recours pourra être fait à des produits plus complexes notamment pour améliorer la couverture des risques mais cette démarche devra être progressive et prudente.

Un meilleur système financier

Il faut également renforcer les services bancaires et la bancarisation car il n’est pas de marchés de capitaux forts et développés quand le secteur bancaire est encore immature. Le secteur doit donc être mieux ouvert à la concurrence tout en étant davantage  régulé – à travers les contrôles de ratios prudentiels par exemple. L’offre bancaire de produits d’épargne et d’emprunt doit également s’adapter aux besoins locaux.

Une autre mesure qui s’impose, consiste à utiliser le dynamisme du secteur financier informel déjà en place et à en accroître le volume d’activité. Les institutions de microcrédit par exemple doivent être plus formalisées et incitées à élargir leur gamme de produits financiers destinée aux PME. Pour toucher une population plus importante[2], il faut que des outils financiers innovants soient développés notamment en utilisant des technologies comme la banque par téléphone très développée au Kenya notamment.

Ce souci d’adaptation au contexte local doit également se ressentir dans l’organisation des bourses locales. Ces dernières devraient proposer un segment réservé aux entreprises de taille moyenne comme c’est déjà le cas au sein de la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM). Ainsi, les bourses pourront augmenter le nombre des entreprises cotées et réduire le manque chronique d’instruments financiers adaptés aux PME, largement majoritaires sur le continent et qui préfèrent souvent rester dans le secteur informel, faute de services financiers taillés pour elles.

Pour développer la base des investisseurs, les gouvernements africains devraient prendre des mesures pour inciter la création de fonds d’investissement, de fonds de pension et de caisses de retraites qui sont de puissances capteurs d’épargne et d’éminents détenteurs de titres financiers.

Des bourses mieux organisées et plus intégrées

Sur le plan opérationnel, il faut que les bourses africaines automatisent leurs opérations et passent aux systèmes électroniques. Ce n’est pas le cas pour l’extrême majorité des bourses du continent. Cette automatisation réduit les coûts de transaction, améliore la liquidité et réduit les risques liés aux systèmes manuels. Au Nigéria, la bourse a adopté en 2013 le système X-Stream du groupe NASDAQ OMX, ce qui a permis à la plateforme de gagner en vitesse et en efficacité.

La taille des économies sur lesquelles s’appuient ces marchés financiers est un déterminant important de leur développement. Même avec un bon pilotage macroéconomique et institutionnel, certains pays africains sont tout simplement trop petits pour espérer avoir une bourse avec des niveaux de capitalisation, d’échanges et de liquidité importants. Il est donc nécessaire d’aller vers une plus grande intégration des marchés financiers en suivant l’exemple de la BRVM[3] et de la BVMAC[4].

Un article[5] paru dans Afrique Renouveau résume bien la situation en matière d’intégration des bourses africaines : “Bien que les avantages qui résultent de l’intégration régionale soient évidents (marché de plus grande taille, coûts moins élevés et accroissement des liquidités), celle-ci ne bénéficie pas encore des conditions optimales pour se développer. D’après les experts financiers, il faudrait pour ce faire que les pays africains harmonisent leurs lois commerciales et leurs normes comptables, mettent en place des monnaies convertibles et instaurent entre eux un système de libre-échange. Le nationalisme tient ici un rôle non négligeable, les pays africains ayant tendance à considérer les places boursières comme des symboles nationaux et, de fait, ils ne sont pas pressés d’en abandonner le contrôle.”

Une plus grande intégration de ces bourses sera également un pas de plus vers une meilleure intégration africaine. L’accord de partenariat entre l’indice boursier britannique (FTSE) et 16 des 22 membres de l’Association des Bourses Africaines (ASEA) en 2012 consiste l’une des dernières tentatives importantes en matière d’intégration. Selon Siobhan Cleary, la directrice de la stratégie et des politiques publiques de la Bourse de Johannesburg, « l’index aidera à améliorer la visibilité des bourses africaines tout en donnant aux investisseurs la possibilité d’accéder aux actions africaines ».  C’est le genre d’initiatives qui devrait essaimer dans tout le continent.

 

Tite Yokossi

Sources :

Secteur Privé & Développement, la revue de PROPARCO, Numéro 5. Mars 2010. Les marchés financiers en Afrique : véritable outil de développement ?

Document de travail pour la réunion ministérielle de la table ronde d’experts de l’initiative NEPAD – OCDE, 11-12 Novembre 2009. Afrique : développer les marchés financiers pour la croissance et l’investissement

Jeune Afrique. 20 Décembre 2012. Les marchés financiers doivent être une véritable alternative au financement bancaire

http://www.nextafrique.com/blogs/afro-business-360/dix-mesures-pour-booster-les-marches-financiers-africains

http://www.un.org/africarenewal/fr/magazine/ao%C3%BBt-2012/promouvoir-la-croissance-gr%C3%A2ce-aux-march%C3%A9s-financiers-africains

 

 


[1] Les marchés financiers souvent appelés bourses sont des lieux où s’échangent des instruments financiers tels que les actions et les obligations. Ces lieux sont de plus en plus virtuels car les marchés financiers murs agrègent les offres et les demandes des acteurs, déterminant ainsi un prix ou une cotation qui est transmise en temps réel, grâce aux révolutions des TIC à tous les acteurs sans plus nécessiter la présence physique de ces derniers dans une même salle.

 

[2] Moins de 20% des particuliers, en Afrique subsaharienne, disposent d’un compte en banque.

 

[3] La Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) créée en 1996 et basée à Abidjan regroupe 8 pays d’Afrique de l’Ouest : Bénin, Burkina-Faso, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal et Togo.

 

[4] La Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC), sise à Libreville, est commune à la République Centrafricaine, au Tchad, au Congo, au Gabon et à la Guinée Equatoriale. 

 

[5] http://www.un.org/africarenewal/fr/magazine/ao%C3%BBt-2012/promouvoir-la-croissance-gr%C3%A2ce-aux-march%C3%A9s-financiers-africains

 

Les risques et coûts associés à l’essor des marchés financiers en Afrique

Y a-t-il des marchés financiers[1] en Afrique ? Si oui, à quoi servent-ils ? Relèvent-ils le défi d’aider le continent dans son processus de développement ? Quelles mesures doivent être prises pour que ces marchés se développent sainement ? La série d’articles sur les marchés financiers que nous vous proposons répond à ces questions.

Après un tour rapide de l’expansion des marchés financiers en Afrique et un exposé de leurs avantages, nous nous intéressons ici aux coûts qu’ils engendrent pour les entreprises et aux risques qu’ils font peser sur les économies du continent. Si ces inconvénients ne justifient pas de se détourner des marchés de capitaux, ils doivent être pris en considération dans la réflexion pour développer sainement l’instrument boursier.

520871-001Les inconvénients pour les entreprises

La cotation en bourse n’a pas que des avantages pour les entreprises. Elle s’accompagne de contraintes importantes qui peuvent s’avérer très coûteuses et difficiles à gérer. En premier lieu, les entreprises cotées en bourse doivent distribuer des dividendes à leurs actionnaires et maintenir une croissance importante année après année. Des obligations qui peuvent les pousser à ne pas prendre les décisions les plus optimales à long terme. Une entreprise non cotée a plus de liberté dans sa stratégie de développement et peut se permettre d’avoir des profits plus bas pendant un certain temps afin d’atteindre un objectif plus ambitieux.

Les entreprises à l’actionnariat large car ouvert au public sont également dans l’obligation de rendre des comptes à l’ensemble de leurs actionnaires, ce qui réduit la marge de manœuvre des dirigeants et peut coûter cher. Ces exigences et coûts administratifs sont démultipliés dans le cas de la cotation multiple. Se mettre en conformité avec les exigences de marchés différents et réaliser tous les audits nécessaires revient cher à un groupe comme Ecobank.

Si l’admission en bourse est en général associée à une meilleure gouvernance, elle oblige néanmoins les entreprises à rendre publiques des informations qui sont essentielles pour leur compétitivité et que peuvent utiliser la concurrence.

Les inconvénients pour les économies

Le recours aux marchés financiers peut également inciter les dirigeants d’entreprises à des comportements inconsidérés, notamment des prises de risques importantes faisant peser sur les économies la menace de crises financières. Au Nigéria par exemple, les banques recapitalisées grâce au recours à des marchés financiers se sont ainsi mises à accorder de nombreux prêts dans le but de financer l’achat d’actions survalorisées. S’il est souhaitable que les projets d’entreprises bien ficelés trouvent des financements, il est dangereux pour une économie que les banques prêtent abondamment sans bien étudier la viabilité des projets concernés.

Même son de cloche avec les Margin loans développés aussi au Nigéria. Ces prêts permettant l’achat d’action favorisent des logiques et des comportements de court-terme qui, dans un environnement relativement peu liquide, peuvent être préjudiciables à l’équilibre financier et économique de la sous-région.

Les risques que font courir à la société les excès récurrents des marchés de capitaux se sont matérialisés à travers les dernières crises financières qui ont secoué l’économie mondiale. La dernière en date a été engendrée notamment par une exubérance du crédit pour le logement accordé à de nombreux emprunteurs qui n’offraient pourtant pas de garanties suffisantes. La bulle ainsi créée était due, entre autres, au fait que ceux qui prêtaient ne portaient pas le risque de leurs actions. Ce risque était canalisé par des montages financiers compliqués vers des investisseurs qui pour la plupart n’en étaient pas conscients (fonds de pension, investisseurs institutionnels de tout genre etc.) Cette crise financière du crédit adossée à une crise du logement s’est ensuite propagée aux autres secteurs de l’économie ainsi qu’aux autres pays du fait de l’interconnexion des économies.

Dans un contexte africain où les cadres règlementaires sont insuffisamment pensés et adéquats, de tels risques sont à craindre davantage. Sans une régulation ferme et adéquate, les opérateurs de marché peuvent utiliser les bourses financières dans l’unique but de spéculer. Les avantages des marchés peuvent alors être complètement contrebalancés.  La cause  potentielle: des comportements décorrélés de la valeur même des entreprises dans un contexte qui le permet et le favorise même. Les conséquences à suivre: une plus grande volatilité des actifs, des prix qui n’informent plus sur les fondamentaux et le risque systémique qui peut rapidement devenir important.

Un système financier basé sur les banques ?

En raison des inconvénients de ces marchés financiers, la question d’un système financier qui repose uniquement sur les banques est posée. Ces dernières en leur qualité d’intermédiaires financiers sont aussi en mesure de capter l’épargne et de la diriger vers les entrepreneurs tout en sélectionnant les projets les plus potentiellement rentables. Les banques peuvent acquérir plus d’informations sur une entreprise en particulier que l’investisseur moyen qui a accès aux marchés. Par conséquent, elles peuvent se retrouver en meilleure position pour contrôler les entreprises. Les banques peuvent également réduire les coûts de transaction pour les petits entrepreneurs et investisseurs.

Les marchés financiers offrent par rapport aux banques une meilleure impartialité quant à l’allocation des ressources aux entreprises du fait d’un risque moindre de relation privilégiée quelconque. D’autre part, les marchés financiers offrent aux investisseurs un menu plus varié et plus personnalisé d’instruments de diversification et de couverture du risque. Les marchés ont une capacité bien plus importante à mobiliser l’épargne destinée à l’investissement et au financement des entreprises. Enfin, l’intéressement, le dévouement, la fierté même qui découlent de l’actionnariat populaire en Afrique[2] sont des éléments qui ne peuvent venir d’un système basé sur les banques.

Une analyse statistique[3] simple qui étudie l’impact de l’activité bancaire et des marchés financiers montre que, prises isolément, ces variables ne sont pas  statistiquement explicatives de la croissance économique. En revanche, l’activité financière qui regroupe les deux, est solidement corrélée à la croissance. Sans parler de causalité, il s’agit là d’un argument de plus dans la direction de la complémentarité des banques et des marchés financiers. Ces derniers se renforcent mutuellement et la maturité des deux secteurs est indéniablement associée au développement économique. Aucun consensus ne se dégage cependant sur le sens de la causalité entre le développement économique et le développement financier mais il semble indiscutable qu’ils se soutiennent réciproquement et qu’il peut émerger un cercle vertueux qui aurait d’énormes avantages pour les pays africains. C’est donc à la question des éléments nécessaires à un développement sain de ces marchés financiers sur le continent que répondra le dernier article de cette série.

Tite Yokossi

Sources :

Secteur Privé & Développement, la revue de PROPARCO, Numéro 5. Mars 2010. Les marchés financiers en Afrique : véritable outil de développement ?

Jeune Afrique. 20 Décembre 2012. Les marchés financiers doivent être une véritable alternative au financement bancaire

http://www.un.org/africarenewal/fr/magazine/ao%C3%BBt-2012/promouvoir-la-croissance-gr%C3%A2ce-aux-march%C3%A9s-financiers-africains


[1] Les marchés financiers souvent appelés bourses sont des lieux où s’échangent des instruments financiers tels que les actions et les obligations. Ces lieux sont de plus en plus virtuels car les marchés financiers murs agrègent les offres et les demandes des acteurs, déterminant ainsi un prix ou une cotation qui est transmise en temps réel, grâce aux révolutions des TIC à tous les acteurs sans plus nécessiter la présence physique de ces derniers dans une même salle.

 

[2] Les avantages de l’actionnariat populaire en Afrique ont éte détailles dans le deuxième article de cette série.

 

[3] La revue de PROPARCO, Numéro 5. Mars 2010

 

L’African School of Economics: un projet d’excellence

L’African School of Economics (l’école d’économie africaine, ASE) verra le jour à la rentrée de l’année scolaire 2014-2015. Son but est de répondre au manque d’écoles en Afrique où la formation et la recherche n’ont rien à envier à celles des meilleures universités du monde. ASE souhaite devenir une école de classe mondiale qui pourra contribuer au développement de l’Afrique à travers une formation excellente, des projets de recherche créatifs et des solutions innovantes et africaines pour éclairer les politiques et décisions économiques des pays africains.

Le projet de l’African School of Economics est porté et conduit par Léonard Wantchekon, professeur béninois d’économie politique à l’Université de Princeton. Il avait déjà créé en 2004 à Cotonou l’Institut de Recherche Empirique en Economie Politique (IREEP), un institut qui fournit une expertise en matière de gouvernance et de politiques publiques. L’ASE se veut un prolongement du succès de l’IREEP, qui incorporera tout ce qui fait le succès d’un grand département d’économie comme celui de l’université de Princeton ou de l’Ecole d’Economie de Toulouse.

A travers ses programmes de niveau Master : Master en business (MBA), Master en Administration Publique (MPA), Master en Mathématiques, Economie et Statistiques (MMES) et Master en développement (MDS), l’école préparera des professionnels africains à des postes managériaux importants dans les agences de développement ou les multinationales, de même que des entrepreneurs cherchant à monter leur propre entreprise. Elle réduira également la fameuse « fuite des cerveaux » en proposant à des étudiants de très grande qualité une formation du niveau des standards internationaux. L’école aura également deux programmes doctoraux (un doctorat en économie et un doctorat en management) à travers lesquels elle entend faire mieux entendre les voix et les avis africains les mieux informés dans les débats sur les questions qui touchent le continent.

Si comme on peut le voir dans un article paru sur TerangaWeb, des Masters MMES ou MBA de bonne qualité existent déjà dans la région au Sénégal (CESAG), au Cameroun (l’ISSEA), en Côte d’Ivoire (l’ENSEA) ou en Afrique du Sud (à l’université de Cape Town), l’African School of Economics entend se distinguer en proposant une formation plus complète et plus diversifiée : à la fois quantitative et qualitative, professionnalisante mais aussi académique, à forte composante managériale mais également encrée sur les sciences sociales, la recherche théorique et appliquée. L’école projette de recruter les meilleurs professeurs africains dans les disciplines qu’elle couvre et d’aligner leur rémunération sur les niveaux du marché mondial. A travers des partenariats avec de grandes universités et centres de recherche de par le monde (les universités de Princeton, Harvard, Yale, Columbia et New York aux Etats Unis, les universités de Laval et d'Ottawa au Canada, les Ecoles d’Economie de Paris et de Toulouse et l’Ecole Polytechnique en France, l’Ecole d’Economie de Londres et l’université d’Oxford au Royaume-Uni), l’école aura à sa disposition des professeurs affiliés provenant de ces institutions. Ces partenariats permettront également  aux étudiants de l'ASE d’interagir avec ces institutions académiques reconnues et d’avoir une ouverture internationale en Afrique et en dehors pour leur carrière, qu’elle soit en entreprise ou universitaire. ASE aura également trois centres consacrés à la recherche : l’IREEP qui existe déjà, l’Institut d’Etudes Africaines (IAS) et l’Institut pour le développement  du secteur privé (IPSD). En plus des opportunités de recherche que pourvoiront ces centres, ce seront également des véhicules qui assureront une partie du financement de l’école, qui engageront des partenariats avec des agences gouvernementales et des entreprises privées et qui donneront des emplois rémunérés aux étudiants désireux de financer en partie leurs études par ce canal.

Dans un récent article paru sur Terangaweb, Georges Vivien Houngbonon tout en se réjouissant de la mise en place imminente de cette grande école, posait la question de son accessibilité à tous et de sa représentativité à l’échelle du continent, sujette à caution par sa localisation géographique.

Il est vrai que le choix du Bénin pour implanter l’école peut susciter un débat. L’initiateur du projet invoque pour justifier ce choix le caractère démocratique du pays, sa relative stabilité politique de même que son bon classement en termes de respect des droits humains, son implantation géographique assez centrale et la relative qualité de son système éducatif. Le fait que ce petit pays qui était qualifié de «Quartier Latin de l’Afrique» soit francophone alors que les enseignements de l’école seront dispensés en anglais, permettra une attraction d’étudiants francophones et anglophones et facilitera les partenariats avec de grandes institutions académiques en France, au Canada et dans les pays anglo-saxons de premier plan. Mais l’attractivité de l’école viendra d’abord et avant tout de sa réputation d’excellence. Si elle arrive à remplir ses objectifs et à s’aligner sur les exigences internationales de qualité, de rigueur, de recherche et d’enseignements à la pointe de ce qui se fait dans le monde, elle attirera des étudiants africains de l’ensemble du continent. Ses partenariats ciblés avec des institutions dont la renommée n’est plus à faire ne feront qu’améliorer cette attractivité.

Quant au fait que l’école soit privée et donc payante avec des frais de scolarité qui seront vraisemblablement élevés, c’est en réalité un problème plus mineur qu’il n'en a l’air. D’abord de nombreux étudiants africains arrivent à trouver les moyens d’aller étudier en France, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, en quête d’une formation de qualité. Ils pourront la trouver, plus près d’eux et à des coûts relativement réduits. Quant aux étudiants brillants provenant de famille modeste, l’école proposera des bourses. Il y aura également des financements qu’ils pourront obtenir à travers la recherche dans les centres de l’école et des crédits dont l’obtention serait probablement facilitée par l'école.

Il est très important de noter que cette école fixera un standard et un exemple d’école de classe mondiale en Afrique. Ensuite, des écoles du même genre pourraient se multiplier sur le continent. Et comme le souhaite Georges Vivien Houngbonon dans son article, les Etats africains pourraient se saisir de cette initiative pour la répliquer. Il sera encore plus facile pour ces Etats d’octroyer des bourses aux meilleurs étudiants de leur pays pour aller y étudier, amoindrissant ainsi au passage les coûts de transport et le risque de faible attractivité de l’ASE pour les pays plus éloignés. L’African School of Economics a pour but de devenir une école du même niveau que les meilleures dans les disciplines qu'elle couvre et d'être un étendard de l’excellence africaine, c’est tout le mal que nous lui souhaitons.

Tite Yokossi

A quoi peuvent bien servir des marchés financiers en Afrique ?

Y a-t-il des marchés financiers[1] en Afrique ? Si oui, à quoi servent-ils ? Relèvent-ils le défi daider le continent dans son processus de développement ? Quelles mesures doivent être prises pour que ces marchés se développent sainement ? La série darticles sur les marchés financiers dont voici le deuxième volet, répond à ces questions.

La valeur du crédit accordée par lensemble des institutions financières africaines au secteur privé représente 18% du PIB contre plus de 100% pour les pays développés. Les systèmes financiers africains sont encore largement dominés par les banques qui sont en moyenne petites et dont le taux de pénétration dans l’économie reste faible. Les marchés financiers ont donc toute leur place dans ce contexte. Ils  offrent aux entreprises une bonne alternative pour lever des fonds et financer leur stratégie de développement et donnent aux petits investisseurs de nouvelles solutions pour rentabiliser leur épargne. Ils peuvent également favoriser ladhésion populaire à la réussite de grands groupes africains.

148877329Une incitation à l’épargne, une solution dinvestissement et de financement

Quant ils sont efficaces et régulés, les marchés financiers font le lien entre les épargnants qui ont des capitaux et les entrepreneurs les plus productifs qui en ont besoin. Des marchés financiers matures mettent en relation ces acteurs de façon fluide et transparente. Ces marchés permettent également aux investisseurs de gérer et de diversifier les risques.

Ils fournissent une alternative à de l’épargne africaine bloquée sur des actifs à faible taux de rendement, par manque d’opportunités, ou investie à l’étranger pour essentiellement la même raison. En effet, les actifs de qualité sont rares sur le continent et se limitent souvent à l’immobilier et aux titres publics tels que les bons du trésor.

D’autre part, de nombreux investisseurs institutionnels tels que les fonds de pension et les sociétés d’assurances n’ont pas le droit d’investir à l’étranger, ils ont donc des liquidités importantes souvent piégées sur des actifs à faible rendement. La présence de marchés financiers plus actifs donne désormais une solution d’investissement à ces institutions.

La promotion de lactionnariat populaire : une bonne nouvelle pour les petits épargnants et pour les entreprises

Les marchés financiers africains permettent à des programmes de privatisation nécessitant des fonds conséquents de se dérouler avec l’aval, la participation et l’appui de la population locale à travers l’actionnariat populaire. L’introduction en bourse de l’ONATEL, l’entreprise nationale de Télécommunications du Burkina Faso, en 2009 en est un exemple éloquent. L’Etat Burkinabé a ainsi pu céder 20% de son capital via la participation de plus de 3300 particuliers à l’actionnariat de cette entreprise. Quant on sait que le taux de souscription pour l’entrée au capital de cette entreprise a été de 140% et que seulement 200 000 personnes sont recensées comme détenant un emploi formel dans le pays, on se rend compte aisément du niveau de popularité de l’opération. L’ONATEL qui avait été partiellement cédée en 2006 à Maroc Télécom est redevenue dans l’esprit des Burkinabé une société vraiment nationale. Chez de nombreux citoyens du pays, un sentiment de fierté de se sentir associé au succès de cette entreprise, doublé de la satisfaction de trouver une bonne solution d’investissement, prévaut.

L’instrument boursier peut également permettre la participation des salariés d’une entreprise à sa privatisation. C’est le cas de la Société Nationale des Télécommunications du Sénégal (SONATEL) qui a été privatisée en 1999 avec une participation active des salariés à l’achat d’actions. Non seulement des abattements ont été consentis sur le prix des actions permettant à prés de 1500 salariés de l’entreprise d’y trouver leur compte (acquérant ainsi 10% du capital alors valorisé à 32 millions d’Euro, soit 20.8 milliards de FCFA)  mais le paiement a été étalé dans le temps permettant aux actionnaires salariés d’utiliser leurs dividendes à cet effet. Cette participation représente aujourd’hui bien plus de 40 000 euros par salarié c’est-à-dire 26 millions de FCFA dans un pays où le salaire minimum est d’environ 50 000 FCFA et le PIB par habitant d’un peu plus de 500 000 FCFA. Cet actionnariat a permis de mettre en place en 2004 un fonds commun de placement d’entreprise en y basculant quasiment tous les titres, une nouveauté au Sénégal. L’entreprise a ainsi réglé le problème des retraites avec l’aval des syndicats et l’accord des salariés.

Avec ces exemples de privatisation soutenue par la souscription populaire, l’outil boursier permet d’atteindre plusieurs objectifs à la fois : favoriser l’adhésion de la population à un projet de privatisation, l’intéresser à la réussite de l’entreprise en question (un objectif encore plus important quand les personnes qui souscrivent à l’achat des parts sont des salariés), développer un produit d’épargne dans un environnement où les investisseurs locaux et petits épargnants manquent souvent d’actifs de qualité pour investir.

Des entreprises qui gagnent en crédibilité  et dont le potentiel dexpansion saccroit

L’introduction en bourse permet également aux entreprises d’avoir plus de visibilité et d’améliorer leur crédibilité. Cela renforce la confiance des investisseurs dans l’entreprise et multiplie ses opportunités commerciales surtout lorsque les fournisseurs et clients sont eux-mêmes actionnaires de l’entreprise. Le cas de TPSEA (Tourism Promotion Services), un groupe hôtelier leader du marché du tourisme est africain en est un bon exemple. Du fait de son prestige et de sa belle image, tous renforcés par sa cotation en bourse, elle attire et fidélise non seulement ses partenaires commerciaux mais aussi des ressources humaines de grande qualité qui deviennent rapidement des actionnaires. De plus, la cotation de TPSEA à la bourse Kenyane (Nairobi Securities Exchange) lui a permis d’intégrer de nombreux investisseurs a son actionnariat, ce qui en plus d’associer et d’intéresser de nombreux citoyens Kenyans à son succès lui offre d’énormes facilités quand le groupe a besoin de lever des fonds pour s’agrandir.

Cette meilleure visibilité et cette crédibilité renforcée, obtenues sur les marchés financiers, ont pour corollaire une vraie reconnaissance des institutions financières qui sont alors prêtes à octroyer à de telles entreprises un financement relativement peu coûteux, avec des taux d’intérêts bas.

Enfin, Ecobank qui a réalisé en 2006 la première opération de cotation multiple en Afrique  a ainsi pu avoir accès à plusieurs marchés de capitaux et par conséquent a  un pool d’investisseurs plus important et plus diversifié. Les exigences connues de tous de publications de résultats et d’informations capitales des marchés financiers ont donné au groupe une renommée et une crédibilité qui ne se démentent pas et qui lui facilitent l’expansion, les acquisitions et les opérations de recapitalisation.

Mais la cotation multiple n’a pas que des avantages pour l’entreprise ou le groupe qui émet des titres. Elle renforce également la liquidité des titres et donne plus de possibilités aux investisseurs souvent à la recherche de diversification et d’opportunités à l’étranger. En éliminant les opportunités d’arbitrage[2] entre différents marchés, la cotation multiple renforce l’efficience des marchés et en réduit les imperfections.

Cependant, les marchés financiers n’ont pas que des avantages car ils peuvent également déstabiliser l’économie et les entreprises. Le prochain article de cette série abordera les inconvénients et les risques liés au développement des marchés de capitaux sur le continent.

 

Sources :

Secteur Privé & Développement, la revue de PROPARCO, Numéro 5. Mars 2010. Les marchés financiers en Afrique : véritable outil de développement ?

http://www.un.org/africarenewal/fr/magazine/ao%C3%BBt-2012/promouvoir-la-croissance-gr%C3%A2ce-aux-march%C3%A9s-financiers-africains

 

TIte Yokossi                                                                                                                                       


[1] Les marchés financiers souvent appelés bourses sont des lieux où s’échangent des instruments financiers tels que les actions et les obligations. Ces lieux sont de plus en plus virtuels car les marchés financiers murs agrègent les offres et les demandes des acteurs, déterminant ainsi un prix ou une cotation qui est transmise en temps réel, grâce aux révolutions des TIC à tous les acteurs sans plus nécessiter la présence physique de ces derniers dans une même salle.

 

 

 

 

 

[2] Il s’agit des possibilités de réaliser un profit sûr en utilisant le fait qu’un même actif est côté à un prix différent d’un marché à l’autre

 

 

 

 

 

 

 

 

Des marchés financiers en Afrique ? Absolument !

Y a-t-il des marchés financiers[1] en Afrique ? Si oui, à quoi servent-ils ? Relèvent-ils le défi d’aider le continent dans son processus de développement ? Quelles mesures doivent être prises pour que ces marchés se développent sainement ? La série d’articles sur les marchés financiers que nous vous proposons répond à ces questions.

Dans un premier temps, nous faisons le tour des marchés financiers africains et nous nous  intéressons à la montée en puissance de ces derniers. Les raisons de cet essor tiennent aux différentes vagues de privatisation qu’a connues le continent de même qu’à une plus grande stabilité politique et macroéconomique.

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Photo: Panos / Jacob Silberberg
Un boom des marchés de capitaux du continent

D’une douzaine en 1990, le nombre des marchés financiers africains est passé à 23 en 2012. Plus de 2/3 des pays africains sont actuellement couverts par une bourse locale ou régionale, avec en tête de liste : l’Afrique du Sud, l’Egypte, le Maroc, le Nigéria et le Kenya. La capitalisation boursière en Afrique a aussi explosé.  Elle est passée de 257 milliards en 2000 à 1260 milliards en 2010 soit une multiplication par 5 en 10 ans ! Le nombre d’entreprises cotées a également crû énormément et s’élève aujourd’hui à plus de 2000.

Les marchés financiers africains sont devenus une source importante de financement. De 2007 à 2009, 10 milliards de dollars de capital ont été levés sur 18 places boursières africaines grâce à l’admission en bourse de 170 nouvelles entreprises. Au Nigéria, par exemple, environ 4 milliards de dollars ont été levés sur la seule bourse de Lagos entre 2005 et 2008, notamment pour recapitaliser le secteur bancaire affecté par la crise.

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L’intérêt des investisseurs est croissant que ce soit pour l’acquisition d’actions de sociétés africaines de services publics (comme par exemple les entreprises Kenyanes d’énergie KenGen et de télécommunications Safaricom) ou pour les émissions souveraines d’obligations africaines, comme nous l’avons expliqué dans une série d’articles parue sur Terangaweb.

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L’actionnariat populaire en Afrique devient de plus en plus une réalité. A titre d’exemple, au Ghana, le taux de pénétration des marchés boursiers dans la population ou plus simplement le taux de détenteurs d’actifs est estimé à 1.5%. Si ce taux reste faible par rapport à celui de pays développés comme les Etats-Unis (21.2%) ou encore la France (14.7%), il est tout de même comparable à celui de l’Espagne (2.2%) et bien supérieur à celui de la Hongrie (0.4%). Cet actionnariat populaire en Afrique est en général constitué de cadres urbains issus de la classe moyenne voire aisée, soucieux d’investir sur des produits d’épargne longue, dotés de rendements réguliers tels que les dividendes.

Les raisons de la montée en puissance des marchés financiers  africains

L’essor des marchés financiers de la région tient d’abord à la stabilité politique grandissante des pays africains. Couplée a un meilleur environnement des affaires, une stabilité macroéconomique accrue et une performance remarquable des marchés d’actions sur les dix dernières années, elle attire et rassure les investisseurs.

L’actionnariat populaire africain s’est développé grâce aux programmes de privatisation mis en place dans les années 1990 et 2000. De nombreux gouvernements africains ont utilisé les marchés financiers pour associer la population à la promotion de leur programme de privatisation. Au nombre de ceux-ci, on peut compter : la Côte d’Ivoire (avec plus de 20 opérations de ce type), le Sénégal, le Kenya, le Nigéria, la Zambie et le Ghana.

L’intégration des marchés

Le continent compte parmi ces bourses deux bourses régionales : la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) à Abidjan et la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC) a Libreville. La BRVM, créée en 1996, regroupe 8 pays d’Afrique de l’Ouest : Bénin, Burkina-Faso, Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire, Mali, Niger, Sénégal et Togo. La BVMAC, quant à elle est commune à la République Centrafricaine, au Tchad, au Congo, au Gabon et à la Guinée Equatoriale. 

Les entreprises peuvent aussi s’introduire sur plusieurs bourses : on parle alors de cotation multiple. Ecobank, une banque présente dans plusieurs pays africains, entreprit en 2006 la première cotation multiple en Afrique en introduisant ses actions dans trois bourses ouest-africaines : la Ghana Stock Exchange (GSE), la Nigeria Stock Exchange (NSE) et la BRVM. Cette cotation a ouvert la voie à un type d’opérations qui renforcent mécaniquement l’intégration africaine.

Des marchés encore loin de la maturité

Hors Afrique du Sud, les marchés financiers africains restent très peu développés malgré la nette progression remarquée.  Ils sont d’abord très limités en actifs. Si le nombre d’entreprises cotées en Afrique a aujourd’hui atteint 2000, l’Inde en compte 3500 et la Chine, 1700. Le nombre de sociétés ayant recours à ces marchés se financer reste donc relativement faible. Pour l’écrasante majorité de ces bourses, la capitalisation est faible. A titre d’exemple, la bourse de Johannesburg (JSE : Johannesburg Stock Exchange) représentait à elle seule 85% de l’ensemble de la capitalisation boursière d’Afrique subsaharienne en 2008, un chiffre qui en dit long sur les autres bourses du continent. La même année, l’ensemble des marchés subsahariens hors JSE avait une capitalisation boursière cumulée de 90 milliards de dollars, un montant inférieur à celui de la bourse Thaïlandaise.

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Quant à la liquidité[2] et à l’activité de ces marchés, elles laissent à désirer. Avec un turnover[3] annuel moyen de 10%, les marchés africains sont bien moins actifs que leurs homologues des pays émergents asiatiques dont le turnover est cinq fois plus élevé. Loin des millions d’échanges qui se déroulent chaque année sur les marchés financiers émergents comme ceux du Brésil, certaines bourses africaines enregistrent moins de 100 opérations par an.

En dépit d’une progression remarquable, les marchés africains ne sont pas encore murs et ce, en dépit des avantages qu’ils peuvent avoir. C’est précisément cette question du rôle des marchés financiers en Afrique, qui sera le sujet du deuxième article de cette série.

Tite Yokossi

Sources :

Secteur Privé & Développement, la revue de PROPARCO, Numéro 5. Mars 2010. Les marchés financiers en Afrique : véritable outil de développement ?

Banque de France. Rapport annuel de la Zone franc. 2011


[1] Les marchés financiers souvent appelés bourses sont des lieux où s’échangent des instruments financiers tels que les actions et les obligations. Ces lieux sont de plus en plus virtuels car les marchés financiers murs agrègent les offres et les demandes des acteurs, déterminant ainsi un prix ou une cotation qui est transmise en temps réel, grâce aux révolutions des TIC à tous les acteurs sans plus nécessiter la présence physique de ces derniers dans une même salle.

 

 

 

 

 

[2] la capacité et la rapidité avec laquelle il est possible d’acheter ou de vendre un actif sans que les prix du support n’en soient fortement affectés

 

 

 

 

 

[3] pourcentage de l’ensemble des actifs, échangé pendant une période donnée (typiquement une année)

 

 

 

 

 

L’emprunt souverain sur les marchés financiers: une solution de financement ou un danger ?

Face au peu de succès des solutions traditionnelles de financement (investissements directs à l’étranger, dette concessionnelle provenant d’institutions internationales), les Etats Africains se tournent de plus en plus vers les marchés financiers et émettent des obligations souveraines dont les montants sont importants. C’est peut-être le signe d’un plus grand professionnalisme dans la gestion des finances publiques mais les risques associés sont énormes. De meilleures alternatives sont pourtant plus accessibles et se trouvent dans le développement des marchés et de l’épargne intérieurs.


Emprunt-obligataire-TchadEn dépit des inquiétudes soulevées dans le premier volet de cette série sur l’emballement des émissions obligataires souveraines africaines, il faut aussi y voir des signes positifs. L’émission sur les marchés financiers internationaux renforce la crédibilité macroéconomique du continent. Il faut pour ainsi émettre des obligations que les Etats acceptent de se soumettre à une notation de crédit, une démarche qui les pousse à assainir les comptes et les finances publiques.

D’ailleurs selon Graham Stock, directeur du département de recherche sur les marchés émergents de la banque d’investissement JP Morgan, la réussite des émissions obligataires africaines sur les marchés financiers internationaux est due à une plus grande crédibilité macroéconomique du continent : « la hausse des prix des matières premières, la forte demande chinoise et l’amélioration de la gouvernance et de la situation politique générale rendent les obligations africaines particulièrement attractives pour les investisseurs cherchant à diversifier leurs portefeuilles ». Pour le FMI aussi, ces émissions traduisent une reconnaissance du potentiel du continent lié "à l'abondance des ressources naturelles, à l'amélioration des politiques macroéconomiques et à de bonnes perspectives de développement".  Ensuite, contrairement au laxisme qui entourait les termes de la dette concessionnelle traditionnelle, le côté inflexible des marchés et la menace d’exclusion en cas de défaut, constituent une pression positive ex-ante pour investir dans des secteurs porteurs pour l’économie des Etats concernés. Cette nouvelle solution de financement prisée désormais par de nombreux pays africains pointe dans la bonne direction dans la mesure où ces pays prennent ainsi leurs responsabilités dans la recherche de financements – notamment pour les infrastructures et l’éducation – et refusent de plus en plus l’assistanat et le paternalisme des solutions de financement traditionnelles.

Les risques  associés à cette stratégie sont néanmoins réels. Le service de la dette pèse lourd dans les budgets nationaux et le risque d’entrer dans un cercle vicieux d’endettement conduisant quasi-inévitablement au défaut est énorme. D’ailleurs, les difficultés n’ont pas tardé à se manifester. En janvier 2011, la Côte d’Ivoire a fait défaut sur sa dette souveraine même si cet événement est lié à la situation politique compliquée que traversait alors le pays. Il y a un an, le Gabon a dû reporter le paiement des intérêts sur sa dette – d’un montant supérieur au milliard de dollars – et a échappé de justesse au défaut. Le cours élevé des prix des matières premières porte à bout de bras des pays comme le Congo et la Zambie ; un effondrement de ces derniers transformerait le service de la dette en un fardeau insupportable pour ces pays.

Il est donc évidemment crucial de réaliser les meilleurs investissements possibles avec les fonds collectés. Les projets à haut rendement qu’ils s’agissent d’infrastructures vraiment nécessaires au développement de l’économie ou d’investissements clés et intelligents dans le développement du capital humain ou dans l’amélioration de l’environnement des affaires sont à privilégier. Outre des stratégies d’investissement bien mûries, il faut aussi réduire la voilure quant aux montants de ces émissions afin d’éviter de créer les conditions de difficultés insurmontables dès le moindre revirement de la conjoncture.

Le mot clé est la diversification des sources de financement. Les emprunts obligataires souverains sur les marchés financiers participent de cette stratégie de diversification mais doivent également en pâtir, c’est-à-dire qu’ils doivent être une solution mais une solution parmi d’autres. Surtout que de meilleures alternatives existent et qu’elles sont intérieures, donc plus faciles d’accès. L’amélioration des marchés intérieurs par une bancarisation accrue des populations devrait être la priorité. Elle encourage et stimule l’épargne intérieure qui peut ainsi être investie pour répondre aux besoins de financement de l’Etat mais aussi de ceux des entrepreneurs, entrainant ainsi une hausse de l’activité et donc des recettes fiscales de l’Etat. Une telle stratégie pousse aussi à l’amélioration des marchés financiers intérieurs, qui elle aussi, soutient l’activité économique mais surtout réduit la vulnérabilité face aux comportements de vautours qu’adoptent souvent les grands fonds d’investissements internationaux lorsqu’un pays en développement se retrouve en difficulté pour honorer ses engagements. En se tournant vers leurs propres citoyens, les gouvernements africains peuvent mieux gérer ces phases de turbulence et inclure des procédés de retardement ou de lissage afin de tenir leurs engagements financiers sans sacrifier des pans essentiels de leur mandat social.

Les partenariats public-privé constituent une autre solution de financement, intérieure elle aussi. C’est le thème qu’aborde Nicolas Simel dans une série de deux articles dont le premier rappelle l’échec d’autres solutions de financement. Ces types de partenariat où l’Etat fait appel à un partenaire privé, le charge d’une mission de construction et/ou de gestion d’infrastructures publiques cofinancées, a l’avantage d’alléger la charge de financement publique tout en assurant une meilleure gestion des infrastructures, synonyme d’un meilleur rendement pour les citoyens, pour l’Etat et pour l’activité économique.

Tite Yokossi

Les Etats africains et l’emprunt souverain sur les marchés financiers

Face au peu de succès des solutions traditionnelles de financement (investissements directs à l’étranger, dette concessionnelle provenant d’institutions internationales), les Etats Africains se tournent de plus en plus vers les marchés financiers et émettent des obligations souveraines dont les montants sont importants. C’est peut-être le signe d’un plus grand professionnalisme dans la gestion des finances publiques mais les risques associés à cette stratégie sont énormes. De meilleures alternatives sont pourtant plus accessibles et se trouvent dans le développement des marchés et de l’épargne intérieurs.


recentes_obligations_souv_Afrique (2)Traditionnellement, les pays africains recourent à l’aide au développement, à la dette concessionnelle – en général négociée avec le FMI ou la Banque Mondiale – ou encore à des investissements directs venus de l’étranger pour financer les écarts souvent importants entre les dépenses inscrites au budget et les recettes intérieures. La donne est en train de changer depuis quelques années avec l’emballement autour de la dette souveraine émise sur les marchés financiers.

Dans un article paru récemment dans les Echos[1], Joseph Stiglitz[2] fait le point de la fièvre obligataire récente des Etats Africains, en souligne les risques associés et la possibilité d’une nouvelle crise systémique qui pourrait en découler. Le constat de l’emballement des pays Africains pour les emprunts obligataires est frappant. Avant 2007, la quasi-totalité des pays africains en dehors de l’Afrique du Sud se limitait aux solutions de financement traditionnelles.

Le vent du changement a d’abord soufflé au Ghana avec l’émission en octobre 2007 d’obligations d’un montant de 750 millions de dollars à un taux d’intérêt de 8.5% sur trente ans. La Côte d'Ivoire, le Sénégal, l’Angola, le Nigeria, la Namibie, la Zambie, la Tanzanie, le Gabon, la République du Congo et les Seychelles ont depuis suivi l’exemple du Ghana. Un engouement qui ne se dément pas. En juin 2013 par exemple, les deux Etats  africains suivants ont émis de la dette souveraine sur les marchés financiers: le Sénégal (172 milliards de FCFA) et la Côte d’Ivoire (93 milliards de FCFA).

Les principaux besoins mis en avant par les Etats débiteurs pour motiver ces émissions d’obligations sont en premier lieu les dépenses d’infrastructures. Ce fut le cas du Ghana en 2007, du Sénégal en 2009 et en 2011), de la Zambie en 2012 et de la Tanzanie en 2013. L’Afrique du Sud et le Nigéria (2011) ont fait des émissions de référence. Il s’agit là de pays dont le volume économique leur permet de lancer des obligations désormais de référence plutôt que des émissions ponctuelles et conjoncturelles. Enfin, plusieurs pays africains ont émis de la dette dans un cadre de restructuration de la dette contractée antérieurement. Les Seychelles en 2006 et en 2010, le Gabon en 2007, la République du Congo en 2007 et la Côte d’Ivoire en 2010 en sont des exemples récents.

Les raisons de cet engouement pour l’émission d’obligations souveraines africaines sur les marchés financiers internationaux sont multiples. Stiglitz y voit une manifestation de l’appétit des investisseurs pour le rendement, car les taux que promettent ces obligations sont largement supérieurs à ceux des obligations d’Etat américaines, par exemple, qui sont au plus bas. L’autre raison évoquée est l’autonomie et la liberté d’action que confèrent ces emprunts, une liberté qui fait complètement défaut aux dirigeants africains lorsqu’ils empruntent auprès des partenaires au développement. Le compromis classique était d’obtenir des taux d’intérêts bas, parfois nuls ou négatifs sur la dette mais en revanche d’accepter une surveillance drastique quant à la manière d’utiliser les fonds, une surveillance souvent  accompagnée de contraintes d’ajustement structurel.

D’un côté, on aurait donc des investisseurs obnubilés par l’appât du gain, prêts à prêter à des taux inférieurs à ceux de la dette souveraine espagnole, à des Etats comme la Zambie, malgré leur mauvaise note de crédit. Ces investisseurs iraient même jusqu’à espérer un sauvetage si les pays débiteurs se retrouvaient au bord du défaut, un sauvetage qui serait orchestré par les fameux partenaires au développement et qui pourrait rapporter gros aux institutions prêteuses. De l’autre côté, on aurait des dirigeants qui souhaiteraient bénéficier de la liberté d’utilisation et d’investissement des fonds collectés tout en faisant le calcul qu’il incombera aux dirigeants des mandatures à suivre de faire face aux difficultés liées au service de la dette. La rencontre de ces investisseurs et de ces dirigeants de pays africains, tous pensant uniquement à leurs intérêts et faisant preuve d’une vision très court-termiste serait à la base de cette exubérance, qui a en elle les germes d’une crise systémique dont les conséquences seraient catastrophiques.

Peut-on cependant y voir des signes positifs ? Que faire face aux risques liés à cette stratégie de financement ? Nous aborderons ces points dans le deuxième volet de cette série.

A suivre…

Tite Yokossi

 

 

 

 

 

 


[1] L’article est initialement paru sur Project Syndicate, une plateforme très influente où s’expriment régulièrement des économistes de renom

 

 

 

 

 

[2] Joseph Stiglitz, lauréat du Prix Nobel d’Economie en 2001, est professeur à la prestigieuse université de Columbia à New York. 

 

 

 

 

 

Les préoccupations des Béninois: L’accès à l’éducation et à une électricité de qualité (Actes 7 & 8)

expozinsouQuelles sont les principales préoccupations des béninois ? C’est pour apporter des éléments de réponse à ces questions que la fondation Zinsou, présente au Bénin et dédiée à l’art africain, a commandé un sondage réalisé auprès des populations béninoises. Les dix grands thèmes qui ressortent du sondage sont dans le désordre: l’accès à l’éducation, la régularisation de la circulation, l’augmentation des salaires des fonctionnaires, l’aide aux cultivateurs, l’accès à l’eau potable, le renforcement de la sécurité, la réparation des routes, l’accès à l’électricité, l’aide aux éleveurs et l’accès aux soins.

La Fondation Zinsou a rencontré Kifouli Dossou, artiste sculpteur béninois, et lui a demandé de réaliser une représentation artistique de ces grandes questions pour en porter le message. L’artiste  a choisi, pour ce faire, de sculpter des masques Guèlèdè, représentant chacun l’une de ces dix préoccupations majeures. Ces masques ont fait l’objet d’une exposition gratuite  dans les locaux de la fondation Zinsou basée à Cotonou.

 

Nous abordons tour à tour ces 10 thèmes dans une série d’articles illustrée par les photographies des masques sculptés par l’artiste – qui ont été gracieusement mises à notre disposition par ladite fondation. Après avoir abordé successivement la revalorisation du salaire des fonctionnaires, la modernisation de l’agriculture, les questions de sécurité (sécurité sur les routes et sécurité des biens), l’accès à l’eau potable et l’amélioration des infrastructures routières, nous nous penchons sur l’éducation et l’électrification.  

Les eleves (Azomevile) Sculpture de Kifouli Dossou / Peinture de Kifouli Dossou 2010 – 2011
Les eleves (Azomevile) Sculpture de Kifouli Dossou / Peinture de Kifouli Dossou 2010/2011
7. L’accès à une éducation de qualité

Le taux brut de scolarisation au Bénin est passé de 68.2% en 1996 à 104.3% en 2008 (le pourcentage est supérieur à 100% parce qu’il est rapporté à la population âgée de 6 ans, ce qui n’inclut pas nécessairement tous les nouveaux entrants ; source : UNESCO). Si l’on peut se féliciter de cette évolution remarquable aussi bien chez les garçons que chez les filles, l’accès à l’éducation reste une préoccupation importante pour les populations. A raison.

Dans un article écrit il y a déjà plusieurs mois, je dressais l’état des lieux du système éducatif béninois dans chacun des six ordres d’enseignement qu’il compte : l’enseignement maternel, primaire, secondaire, technique et professionnel, supérieur et enfin l’alphabétisation et l’éducation des adultes. Derrière les beaux chiffres de la scolarisation se cache une réalité peu reluisante : des disparités géographiques importantes quant à l’accès à l’éducation, la mauvaise qualité de l’éducation dans de nombreux établissements, des taux de rétention à l’école assez faibles surtout pour les filles et en particulier dans les milieux ruraux, une mauvaise orientation des apprenants vers les filières adaptées à leurs compétences, un enseignement supérieur dont les composantes et la recherche s’adaptent peu aux réalités du pays et aux priorités du développement.

Face à ces difficultés, j’ai proposé, dans la suite de l’article sus-mentionné,  un ensemble de solutions qui se déclinent en quatre grands axes : rapprocher l’éducation des réalités et des besoins du pays, améliorer la qualité des enseignements et du matériel pédagogique, réduire les inégalités d’accès à l’éducation et enfin mieux organiser l’administration du secteur.  

L’electricite ou Manque d’electricite (Zogbin) Sculpture de Kifouli Dossou / Peinture de Wabi Dossou 2010 – 2011
Electricite ou Manque d electricite (Zogbin) Sculpture de Kifouli Dossou / Peinture de Wabi Dossou 2010/2011
8. L’électrification

Il n’est pas de développement envisageable sans électricité. La conservation des aliments, les outils de communication via la téléphonie mobile et Internet, les machines fonctionnant à l’énergie électrique qui sont la base de l’écrasante majorité des activités de production, la conservation des médicaments et des vaccins ou tout simplement l’éclairage sont autant d’éléments qui mettent en exergue l’importance capitale de l’énergie électrique et l’urgence de la situation au Bénin, car l’état des lieux en matière d’électricité n’est pas reluisant.

Le taux de couverture en électricité est d’environ 30% au Bénin. Il enregistre une évolution lente mais régulière et est par exemple passé de 25,7% en 2006 à 27,9% en 2008. De plus, ces chiffres ne traduisent pas les inégalités en matière d’accès à l’électricité. En milieu rural, le taux de couverture est seulement de 3% même s’il a doublé en 5 ans.

L’ambition avouée du gouvernement béninois est de porter le taux d’électrification rurale à 50% à l’horizon 2025 et d’utiliser également les énergies renouvelables, notamment l’énergie solaire. Pour y arriver, des projets sont en cours de réalisation. L’un d’eux vise à électrifier 67 localités rurales en les raccordant au réseau conventionnel de la Société Béninoise d’Energie Electrique (SBEE).

Dans les grandes villes, les délestages d’électricité se multiplient. Après plus de 50 ans d’indépendance, le Bénin est encore énergétiquement dépendant de ses voisins notamment du Nigéria, du Ghana et de la Côte d’Ivoire. Et pourtant, les solutions ne manquent pas.  Le Bénin n’a toujours pas mis en service une turbine à gaz d’une capacité potentielle de 110 mégawatts construite à environ 20 km de Cotonou alors que les travaux de réalisation du projet gazoduc étaient initialement prévus pour être terminés en 2005 ! Les avantages d’un tel projet sont pourtant considérables. Il permettrait une production d’électricité en quantité et à bas coût pour les consommateurs finaux – le coût pourrait passer à moins de 30 FCFA par kWh alors qu’il est aujourd’hui supérieur à 100 FCFA ! Le gazoduc faciliterait l’électrification du pays et surtout le développement industriel qui piétine du fait de l’insécurité énergétique qui freine les investissements. C’est pourquoi le retard des travaux et la mauvaise conduite du projet qui ne sont pas dus à un manque de financement mais à des conflits d’intérêts entre les différents acteurs, constituent un désastre et un manque à gagner abyssal.

Outre cette centrale, le projet d’aménagement hydro-électrique d’Adjarrala d’une puissance totale de 147 mégawatts, l’ouverture du secteur de la production d’énergie électrique aux investissements privés, la construction à Kandi d’une première centrale solaire de 5 mégawatts concédée à une entreprise privée et l’interconnexion Nord Togo – Nord Bénin, d’un coût de plus de 22 milliards FCFA sont autant de remèdes aux problèmes d’énergie que rencontrent les béninois.

 

Tite Yokossi