Que savons-nous sur l’économie verte en Afrique ?

Synthèse de nos publications sur le thème du forum green business

couverture 8A partir de la définition donnée par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), l’économie verte se caractérise par des activités de production et de consommation impliquant un faible taux d’émission de carbone, l’utilisation rationnelle des ressources et l’inclusion sociale. Pour adapter cette définition très générale au contexte africain, (Kempf 2014) a réalisé une quinzaine d’entretiens auprès d’entrepreneurs locaux au Congo Brazzaville. Ces entrepreneurs sont actifs dans les domaines de la transformation agro-alimentaire, de la gestion des déchets, de l’eau et de la santé.

De ces entretiens, il ressort que les entreprises « vertes » cherchent à mettre en avant des circuits courts de commercialisation (CCC) et des modes de production plus intégrés. Comme le montre l’analyse de (Libog, Lemogo, and Halawa 2013), l’adoption et la vulgarisation des CCC permettrait à coup sûr une réelle revalorisation de la production locale et la rendrait plus compétitive avec l’augmentation des revenus des petits producteurs, une meilleure productivité, l’émergence d’une agriculture respectueuse de l’environnement et le développement des économies régionales et sous-régionales.

Lorsqu’on considère les activités menées par les entrepreneurs « verts », nos analyses montrent qu’il existe de réelles opportunités à saisir dans l’émergence de l’économie verte en Afrique ; en particulier dans l’agriculture biologique et la gestion des déchets.

En effet, selon l’analyse de (Houngbonon 2014), l’Afrique dispose d’énormes atouts dans la production des produits d’agriculture biologique compte tenu de la qualité de ses terres agricoles et de leur disponibilité. Plus spécifiquement, le faible développement de l’agriculture intensive en Afrique implique une faible utilisation des pesticides, ce qui rend les terres agricoles africaines plus appropriées à l’agriculture biologique. De plus, le continent dispose encore d’énormes superficies de terres agricoles non encore exploitées. Par exemple, en 2010, seulement 40% des terres agricoles en Afrique sont cultivées ; cette proportion chute à 25% en Afrique Centrale. Se basant sur ces atouts, il recommande de former les paysans africains à l’agro-écologie et de mettre en place des normes de certification équivalentes aux standards européens et américains.

Dans ces conditions, l’agriculture biologique pourra nourrir l’Afrique à sa faim selon (Morghad 2012). A partir d’une expérience menée en Ethiopie et citée dans une étude de l’Institut du Développement Durable, l’auteure explique comment l’agriculture biologique a permis d’améliorer les rendements agricoles dans une région souffrant de sécheresse et de la désertification. Toutefois, ce rôle clé de l’agriculture biologique risque d’être compromis par les accords de partenariats économiques en cours de signature par la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne comme l’a souligné (Halawa 2014)  dans un article sur le sujet. En effet, à partir des résultats de plusieurs études, il relève l’impact négatif que peuvent avoir ces accords sur la diversification des économies africaines et en particulier sur l’agriculture biologique.

Ainsi, la promotion de l’agriculture biologique requiert une réponse globale alliant à la fois l’accès au financement, la formation des agriculteurs, la mise en place des normes de certification et la négociation d’accord commerciaux qui placent l’agriculture biologique au cœur de ses préoccupations.

Quant à la gestion des déchets, (Kempf 2012) se base sur un rapport de la Banque Mondiale qui montre qu’en 2005, l’Afrique ne représentait que 5% de la production mondiale de déchets. Plus de la moitié (57%) de sa production est constituée de déchets organiques, donc valorisables sans trop de difficultés. Bien entendu, la part de l’Afrique dans la production mondiale de déchets est amenée à augmenter avec la croissance économique et démographique ; il en va de même pour la composition des déchets qui deviendra plus complexe. Cette évolution transforme les déchets en  formidable opportunité d’affaires pour les entrepreneurs souhaitant s’engager dans l’économie verte. Cependant, à partir d’entretiens réalisés auprès d’entrepreneurs du secteur, (Kempf 2013) rapporte que la faible structuration de la filière des déchets, et en particulier le peu d’opportunités de valorisation, demeurent l’une des principales difficultés pour relever le défi des déchets africains.

De même, (Madou 2014) montre qu’à Abidjan, la gestion des déchets souffre d’un manque d’efficacité dans l’organisation du secteur. Typiquement, la persistance du secteur informel, le manque de matériel adapté et de formation du personnel, la gestion des décharges publiques sont à l’origine de cette absence d’efficacité. Un développement de l’activité de gestion des déchets passera donc par la revalorisation du service auprès des ménages, le recyclage des déchets, la formation du personnel et une plus forte implication de l’Etat dans l’organisation du secteur, en particulier dans la gestion des décharges publiques. Les PME restent cependant des acteurs clés pour le développement du secteur et son efficacité.

L’émergence d’une économie verte ne saurait enfin se faire sans un accès à l’énergie pour tous, en particulier en milieu rural. Cela est d’autant plus crucial lorsqu’on sait que plus 95% de la population rurale n’a pas accès à l’énergie dans plusieurs pays africains, comme le Bénin, Madagascar, le Niger et la Zambie,  alors même que le développement d’activités nécessitant de l’énergie telles que l’agriculture biologique auraient un très fort impact en milieu rural. La principale raison identifiée par le Club des agences et structures en charge de l’électrification rurale est la difficulté d’accès au financement. Comme l’a souligné (Sinsin 2014), celle-ci est liée à la faible densité de la population dans les zones rurales qui ne favorise pas la rentabilité d’une extension du réseau électrique dans ces zones. A partir de projets tels que l’Expérience EDF, le GERES au Bénin et UpEnergy en Ouganda, Africa Express recommande une formation professionnelle adaptée et une sensibilisation des populations à l’échelle locale, une promotion des énergies locales décentralisées sur toute la filière à l’échelle régionale et enfin une mise en place de législation appropriée à l’échelle nationale pour inciter le secteur privé à investir dans les énergies renouvelables.

En définitive, l’économie verte peut être considérée comme une application concrète, pratique et viable du volet économique du développement durable. Elle présente d’énormes atouts pour l’Afrique et en particulier pour l’Afrique Centrale,  que ce soit dans le domaine de l’agriculture biologique ou de la gestion des déchets. Elle a besoin d’être soutenue par un accès accru aux énergies renouvelables.

Nous en savons actuellement trop peu sur les politiques les plus efficaces à mettre en place pour soutenir l’émergence d’une économie verte en Afrique. Sur ce sujet, L’Afrique des Idées souhaite engager des études plus approfondies pour accompagner les décideurs publics à identifier les réponses les plus appropriées à l’émergence d’une économie verte en Afrique, et en particulier en Afrique Centrale.

 

Georges-Vivien HOUNGBONON

Références :

Halawa, Djamal. 2014. “Quels sont les enjeux des APE pour l’agriculture et l’industrialisation?” L’Afrique Des Idées.

Houngbonon, Georges Vivien. 2014. “L’Afrique peut-elle bénéficier de L’agriculture biologique ?” L’Afrique Des Idées.

Kempf, Véra. 2012. “Comment l’Afrique gère-t-elle ses déchets?” L’Afrique Des Idées.

———. 2013. “Comment mettre en valeur les déchets au Congo?” L’Afrique Des Idées.

———. 2014. “Economie Verte, de quoi parle-t-on ?” L’Afrique Des Idées.

Libog, Charlotte, Jerry Lemogo, and Djamal Halawa. 2013. “Les Circuits Courts de Commercialisation.” L’Afrique Des Idées.

Madou, Stéphane. 2014. “Comment gère-t-on les déchets domestiques à Abidjan?” L’Afrique Des Idées.

Morghad, Leïla. 2012. “L’agriculture biologique permettra-t-elle de nourrir l’Afrique à sa faim?” L’Afrique Des Idées.

Sinsin, Leonide Michael. 2014. “Quels financements pour l’accès à l’énergie en milieu rural?” L’Afrique Des Idées.

Les circuits courts de commercialisation

Aujourd’hui, tous les experts s’accordent à reconnaître l’Agriculture comme étant le moteur de la croissance en Afrique. Le défi d’une relance durable et pérenne de l’Agriculture africaine passe nécessairement par l’émergence de l’Agriculture familiale et les circuits courts de commercialisation constituent un levier majeur pour l’atteinte de cet objectif.

En effet, produire est une chose et commercialiser en est une autre. Et parmi les divers obstacles liés à l’émergence du secteur, le sentier de la commercialisation s’avère parfois plus rude. Ce volet de la chaîne de valeur agricole engage souvent de nombreux intermédiaires (grossistes, demi-grossistes et détaillants …) avec comme conséquence principale une augmentation drastique des prix des produits. Les producteurs et les consommateurs finaux sont souvent ceux qui doivent payer le lourd tribut de la chaîne interminable de ces intermédiaires.

Dans un  tel contexte, la notion de circuits courts de commercialisation (CCC) se présente de plus en plus comme une alternative pouvant permettre une redynamisation de l’agriculture africaine. Il est donc important d’explorer cette notion de CCC et de définir ses différents enjeux pour le réveil agricole en Afrique.

La promotion des CCC en Afrique, une nécessité

La commercialisation constitue un maillon essentiel de la chaîne de valeur agricole qui assure une vie décente au producteur et le met en relation avec le consommateur. Cependant le nombre souvent trop important d’intermédiaires entrave l’émergence de la paysannerie qui assiste de manière impuissante à une moindre consommation de la production locale, du fait des prix élevés découlant en partie d’une intermédiation commerciale excessive.

Très souvent, les produits locaux sont assez chers lorsqu’ils arrivent aux consommateurs finaux et sont par conséquent boudés par ces derniers au profit des produits importés peu onéreux. Les conséquences d’un tel état sont multiples et préoccupantes : dégradation des conditions de vie des petits producteurs et désintérêt de ces derniers et souvent de leur descendance pour le secteur agricole, déséquilibre des balances commerciales du fait d’une importation souvent massive des produits alimentaires, urbanisation accrue du fait du phénomène d’exode rural et augmentation du taux de chômage des jeunes pour ne citer que ceux –là.

Il est donc capital et urgent de promouvoir et développer des systèmes de circuits courts de commercialisation afin d’assurer l’émergence de l’agriculture familiale dans un marché agricole et agroalimentaire africain en pleine croissance (estimé par la Banque Mondiale à un peu plus de 300 milliards de dollars de nos jours et à plus de 1000 milliards de dollars à l’horizon 2030). Les enjeux sont énormes pour l’Afrique qui gagnerait à opter pour des solutions efficaces pour une relance effective de son Agriculture, et les circuits courts de commercialisation en font partie.

Typologie et caractéristiques des CCC

ANouvelle image (56)lors que les circuits classiques de commercialisation font des intermédiaires les maîtres du jeu au détriment des producteurs et des consommateurs, les circuits commerciaux courts quant à eux favorisent une augmentation des revenus des producteurs et une amélioration du pouvoir d’achat des consommateurs du fait d’une réduction significative des intermédiaires.

Les systèmes pionniers de CCC ont été expérimentés au Japon avec les ‘natural farming’ et le développement des Community Supported Agriculture’ dans les années 70 en Amérique du  Nord. Ces expériences ont eu un écho sur l’ensemble de la planète et ont permis aux autres continents de s’en inspirer afin de capter de la valeur pour les producteurs.

Un CCC peut être défini comme un système de commercialisation qui se caractérise par le nombre réduit d’intermédiaires (1 au maximum) ou encore par son absence totale.

Il existe une diversité de CCC dans le monde agricole. Selon les études menées dans des pays ayant une longue expérience des CCC, on distingue plusieurs types de circuits en fonction de leur nature (vente directe ou à un intermédiaire).

  • Dans la vente directe on en distingue selon le niveau deux types: au niveau individuel, le producteur peut ainsi écouler sa marchandise dans les foires, à la ferme ou dans les champs, ou encore sur les marchés de producteurs ou fermiers. Au niveau collectif, il y a deux cas de figure : lorsqu’il s’agit d’association entre producteurs et consommateurs, les ventes peuvent se faire selon les engagements contractés entre les deux parties. Les consommateurs achètent par avance une part déterminée de la production qu’ils reçoivent périodiquement à prix fixe. Les risques sont ainsi partagés entre les parties. Il peut aussi s’agir d’associations de producteurs qui commercialisent à travers des foires, des marchés paysans, des points de vente collectifs.
  • Dans la vente à un intermédiaire : au niveau collectif, les ventes peuvent se faire au niveau des intermédiaires associatifs, des collectivités etc. Au niveau individuel, restaurateurs, commerces…

Caractéristiques : plusieurs caractéristiques distinguent les CCC parmi lesquels :

  • la proximité: Les marchandises sont produites, vendues, et consommées le plus près possible. Ceci permet une certaine dynamisation du tissu social et économique local. Dans les pays africains, ceci permettrait un développement rural plus durable dans un contexte où les campagnes africaines se vident au profit des villes ;
  • le relationnel: Il favorise la connaissance directe des agents de la chaîne alimentaire. Il revalorise la culture paysanne et la reconnaissance sociale des agriculteurs et éleveurs. Les consommateurs qui sont plus proches des producteurs se sentent mieux compris ;
  • l’Information: On promeut ici des espaces de connaissances et de partages d’information. Ceci favorise l’autonomisation dans la prise de décision. Les choix des consommateurs sont désormais fonction des informations en leur disposition et non plus de la publicité et du marketing qui sont très souvent loin d’être objectifs ;
  • ou encore la participation du consommateur à la gestion et à la gouvernance du système alimentaire mondial ; la Justice et la durabilité économique avec une valeur partagée de façon équitable au niveau de l’ensemble des personnes qui interviennent dans sa création ; l’inclusion dans les CCC toutes les personnes qui peuvent y prendre part pour une durabilité sociale et la durabilité environnementale qui doit être en amont et en aval du processus agricole.

Pour une réussite des CCC en Afrique

De nombreuses raisons justifient l’urgence et la nécessité d’une promotion à grande échelle des CCC. On peut citer : la dévalorisation de l’image du secteur agricole, la baisse continue du nombre d’exploitations, le repli et le mal-être de nombreux petits-producteurs. Ces facteurs de fragilisation sont liés notamment à l’organisation des marchés et au contrôle de la distribution par une poignée d’intermédiaires qui captent la majeure partie des profits.

Pour l’Agriculture africaine, l’adoption et la vulgarisation des CCC permettrait à coup sûr une réelle revalorisation de la production locale et la rendrait plus compétitive avec l’augmentation des revenus des petits producteurs, une meilleure productivité, l’émergence d’une agriculture respectueuse de l’environnement , le développement des économies régionales et sous-régionales.

Le potentiel des CCC est  élevé, mais suppose investissements, compétences et réseaux, et une organisation sans failles pour l’intérêt collectif avec la participation des consommateurs et des citoyens.

On pourrait également évoquer les enjeux sociaux : renouvellement du lien producteur-consommateur, dynamisation des territoires, rapprochement ville-campagne, nouveaux rapports à l’environnement, à l’alimentation et à la consommation.

Tout cela implique pour les acteurs de ces circuits courts, professionnels, agents de développement ou élus, acteurs du secteur privé, de réunir les conditions d’accès à ces circuits en  intégrant par exemple les circuits courts dans des projets territoriaux , en encourageant les regroupements de producteurs, en mobilisant les ressources humaines et les moyens financiers nécessaires, en assurant la formation des divers maillons de cette chaîne de distribution rentable et efficace et enfin en sensibilisant les consommateurs, les producteurs et les acteurs du territoire sur les divers avantages relatifs à la mise en place des circuits courts de commercialisation.

 

Rédigé par Charlotte LIBOG avec le concours de Jerry LEMOGO, contributeur AGM et Djamal Halawa

Economie verte, de quoi parle-t-on?

Développement durable, économie sociale et solidaire, et enfin, économie verte. Autant de termes rentrés dans notre vocabulaire, employés lors des conférences internationales mais parmi lesquels il est parfois difficile de se retrouver. Cet article propose une approche pragmatique pour délimiter plus clairement les contours de l’économie verte. Il se base sur quinze entretiens réalisés au Congo Brazzaville, auprès d’entrepreneurs locaux, actifs ou non dans le secteur vert[i].

Nouvelle imageUne enquête de terrain démarre toujours par une intuition, ici celle que l’économie verte au Nord et au Sud ne pouvaient pas être observées avec la même grille de lecture. La définition de l’économie verte donnée par le Programme des Nations-Unies pour l’Environnement (PNUE) apparaît suffisamment vague pour satisfaire les intérêts d’une communauté internationale hétérogène mais bien trop imprécise pour donner à voir une quelconque réalité. Pour le PNUE, « l’économie verte est une économie qui entraîne une amélioration du bien-être humain et de l'équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources. Sous sa forme la plus simple, elle se caractérise par un faible taux d'émission de carbone, l'utilisation rationnelle des ressources et l'inclusion sociale». Qu’en retenir ? Simplement que cette économie engage à replacer l’homme et l’environnement au cœur des activités.

Au Nord, dans les pays industrialisés, l’économie verte est souvent liée à une importante transition énergétique, technologiquement ou structurellement encore hors de portée des pays du Sud. On  parle en France d’éoliens, de désalinisation de l’eau de mer, d’agriculture biologique, de normes ISO ou encore d’incitations fiscales. On parle bien d’ailleurs plus de croissance verte que d’économie verte, limitant dès lors la possibilité de changer de paradigme économique. Finalement, l’économie verte au Nord serait une version édulcorée de la manière de produire et de concevoir les échanges économiques qui montre des signes d’épuisement. De fait, plusieurs personnes spécialisées sur la question en France envisageaient mal la déclinaison de l’économie verte sur le continent africain. Si l’économie verte est une économie qui inscrit au cœur de ses activités des préoccupations sociales et environnementales, jusque-là conditionnées à la réussite économique, alors pourquoi l’Afrique ne pourrait pas s’engager dans cette voie ? Intervient à ce moment de l’enquête ce qui relève plus d’une conviction : le développement économique ne saurait être un pré-requis au développement de l’économie verte.

Changer de grille d’analyse pour démontrer la réalité de l’économie verte au Sud nécessite d’adapter les critères au terrain. Pour cette raison, revenir sur le contexte sous-régional puis aller à la rencontre des entrepreneurs congolais a été à la fois une nécessité et le fondement même de ma compréhension de l’économie verte au Congo.

Les pays d’Afrique Centrale, parce qu’ils abritent sur leur territoire la forêt du Bassin du Congo, se positionnent clairement depuis 1999 en faveur du développement durable sur la scène internationale[ii]. La Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) a même adopté à Brazzaville, le 16 juin 2012, sa position commune sur l’économie verte pour la Conférence Internationale de Rio+20. Les outils de financement de l’appui au développement de l’économie verte, comme le Fonds vert, tardent à voir le jour et finalement, les entrepreneurs congolais se disent peu influencés par ce qui se déroule sur la scène politique.

Au fil des discussions, deux critères se sont imposés pour différencier les entrepreneurs faisant partie de l’économie verte : la volonté d’avoir une activité d’intérêt général et un réel impact local.

Les entrepreneurs rencontrés ont fait des études, ils ont acquis une compétence qu’ils ont souhaité mettre à profit pour sortir leur pays du sous-développement. Ils ont aussi choisi de partager leurs connaissances pour améliorer, avec leurs produits ou leur service, les conditions de vie des populations. Ces entrepreneurs actifs dans le domaine des déchets, de la transformation agro-alimentaire, de l’eau, de la santé, passent une bonne partie de leur temps à former leurs salariés et à expliquer à leurs potentiels clients la valeur-ajoutée d’un produit local naturel. La consommation made in Congo est loin d’être une évidence, et une certaine méfiance habite les consommateurs congolais vis-à-vis de ces produits. L’un des entrepreneurs rencontrés fabrique par exemple des briques en argile, bien plus adaptées au climat équatorial que le ciment, mais délaissées par les Congolais. Il utilise un savoir-faire oublié au Congo, et se retrouve obligé de former non seulement ses salariés mais également les maçons employés par ses clients.

Les entrepreneurs « verts » cherchent à mettre en avant des circuits courts de commercialisation et des modes de production plus intégrés. Bien plus que le cœur de métier, le désir de l’entrepreneur de valoriser les savoir-faire ou les produits locaux apparaît alors déterminant pour faire entrer un entrepreneur dans l’économie verte.

Enfin, leur impact local est réel. Ils créent des emplois durables, qualifiés. Ils favorisent également l’émergence d’un tissu entrepreneurial durable autour de leur activité, sensible au respect de l’environnement et des cultures locales. Le cas du secteur agroalimentaire est particulièrement éclairant : pour sécuriser leur approvisionnement en matière première, les entrepreneurs actifs dans la transformation doivent structurer en amont la filière de production. Ils ont permis la création de coopératives agricoles et créent ainsi de nombreux emplois indirects tout en revalorisant les cultures locales perçues comme peu rentables.

Pour entreprendre, ils font face aux mêmes difficultés que la plupart des dirigeants d’entreprises au Congo, en particulier pour accéder au financement. Les entrepreneurs de l’économie verte gagnent des prix, des bourses, des reconnaissances internationales mais manquent cruellement de visibilité au niveau local.

Parler d’économie verte au Congo, c’est avant tout parler d’une motivation à entreprendre qui dépasse les bénéfices économiques potentiels pour se focaliser sur l’impact positif sur les populations et l’environnement. L’entrepreneuriat social devient alors une sorte de cousin germain de l’économie verte, qui mettrait plus l’accent sur l’impact social et dont l’impact environnemental serait un bonus. A mon sens, l’économie verte est l’application concrète, pratique et viable du volet économique du développement durable. Elle possède au Congo, et peut être plus généralement dans la sous-région, un potentiel qui ne demande qu’à être exploité pour favoriser un développement plus respectueux de l’environnement local.

 

Véra Kempf

 


[i] Les interviews ont eu lieu de mars à juin 2013, dans le cadre de mon mémoire de fin d’études (SciencesPo – PSIA 2014).

 

 

[ii] Déclaration de Yaoundé de 1999, qui crée notamment la COMIFAC, la Commission des Forêts d’Afrique Centrale.

 

 

Comment gère-t-on les déchets domestiques à Abidjan?

D’emblée, il est important de relever que la gestion des déchets domestiques à Abidjan a toujours été à la charge des pouvoirs publics (l’Etat de 1960 à 1980 puis la Ville d’Abidjan et maintenant le District d’Abidjan) dans la mesure où ils ont toujours été le maitre d’œuvre de celle-ci. L’analyse de la gestion du secteur montre que 2 grands systèmes l’ont marqué : un système avec monopole et un système sans monopole[i]. Chacun de ses systèmes a connu des évolutions, tant législatives qu’institutionnelles. Ainsi la gestion de ce service public a connu quatre grandes périodes depuis l’indépendance de la Cote d'Ivoire :

Nouvelle image
Decharge d’ordures d’Akouedo

  • de 1960 à 1980 : système de privatisation avec monopole, géré par l’Etat ;
  • de 1980 à 1999 : système de privatisation avec monopole, géré par la Mairie Centrale d’Abidjan ;
  • de 2003 à 2007 : système de privatisation sans monopole, géré par le District et les Communes ;
  • depuis 2008 : système de privatisation sans monopole, géré par l’Agence Nationale de la Salubrité Urbaine (ANASUR).

De ces différentes périodes, il ressort que ce service public a toujours été privatisé (excepté pendant la très courte période allant de Janvier 1992 à Août 1992, période de transition).

L’organisation institutionnelle découlant de l’application des textes législatifs et réglementaires fait intervenir 2 types d’acteurs : les acteurs politico-administratifs et les acteurs techniques.

Les acteurs politico-administratifs sont :

  • les collectivités territoriales ;
  • le Ministère de tutelle technique ;
  • le Ministère de l’Intérieur ;
  • la Direction et Contrôle des Grands Travaux (DCGTx), et le Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement (BNETD) par la suite ont aidé les collectivités territoriales à superviser la gestion des ordures ménagères.

Les tâches dévolues à ces 4 entités sont aujourd’hui du ressort de l’ANASUR.

  • le Ministère de l’Economie et des Finances ;

Les acteurs techniques qui interviennent dans la gestion des déchets ménagers ont évolué au fil du temps.

De 1960 à 1999, dans le système de privatisation avec monopole, la SITAF (1960 à 1992) puis ASH International (1992 à 1999) assurait la collecte, le nettoyage des voies principales et la mise en décharge. Cette collecte était réalisée soit par le porte-à-porte à l’aide de camions-tasseurs, soit à l’aide de conteneurs placés dans les lieux publics tels que les écoles et les marchés. Les déchets, une fois collectés, sont acheminés vers une station de transfert puis transportés vers la décharge. Toutes ces opérations, de 1960 à 1999 étaient réalisées par les entreprises prestataires (SITAF puis ASH International).

Il est important de noter qu’après la résiliation du contrat de SITAF avec la Ville d’Abidjan, il est revenu à cette dernière d’assurer la gestion des déchets domestiques de la ville entre Janvier 1992 à Août 1992.

A partir de 1999, avec le système de privatisation sans monopole, plusieurs entreprises, en plus de ASH International, ont fait leur apparition dans le système de gestion des déchets ménagers. Ces entreprises assurent chacune sur un territoire défini par les autorités, la pré-collecte, la collecte, le transport des déchets jusqu’à la décharge.

Au-delà des entreprises du secteur formel, un important secteur informel s’est développé autour du système de gestion des déchets domestiques à Abidjan, depuis la défaillance de la SITAF, avec l’apparition des pré-collecteurs. Ils récupèrent les déchets domestiques en faisant du porte à porte et les acheminent à l’aide de brouettes ou de pousse-pousse vers les centres de groupage et de transfert.

Le système de gestion des déchets domestiques est caractérisé principalement par la production moyenne journalière qui s’élevait en 2009 à environ 3500t[ii], soit environ 0.95kg/habitant/jour (en supposant qu’Abidjan a 3.692.570[iii] habitants).

Il est important de noter que le budget alloué par la Ville d’Abidjan en 2000 pour la gestion des déchets est d’environ 3 milliards de francs CFA. Aussi la décharge d’Akouédo,  la plus grande d’Abidjan ouverte en 1965[iv] pour une période initiale de 25 à 30 ans, reçoit entre 2 000et 2 500 tonnes  de déchets par jour.

Cette belle architecture organisationnelle souffre, à l’évidence, d’un manque d’efficacité, vu les tas d’immondices qui jonchent les rues de la « Perle des Lagunes ». Sans un diagnostic plus approfondi, il n’est pas raisonnable de pointer le doigt vers tel ou tel acteur du système. Néanmoins il faut souligner que :

  • le caractère informel de l’activité et le manque de formation des pré-collecteurs sont souvent à la base de dépôts anarchiques dans la ville d’Abidjan,
  • les entreprises qui ont la charge de la collecte et du transport de ces déchets ne possèdent pas toujours les matériels adaptés et le personnel qualifié,
  • le contrôle des différents acteurs du système par les pouvoirs publics n’est pas toujours efficient
  • la décharge d’Akouédo, principale décharge du pays est saturée depuis belle lurette.

Il importe donc, au vu du niveau du budget alloué par les pouvoirs publics au secteur, que tous les acteurs du système de gestion des déchets domestiques réfléchissent à une organisation qui puissent garantir une plus grande efficacité de ce service public et à une valorisation (pourquoi pas énergétique) de ces déchets.

 

Stéphane Madou

 


[i] Source : «  Gestion des ordures ménagères d’Abidjan : Diagnostic », Mémoire de fin d’étude de Monsieur N’Guettia Kouakou Yves.

 

 

[iii] Données du Recensement Général de la Population et de l’Habitat de 1998

 

 

[iv] « La politique de gestion de l’environnement dans les capitales africaines : le cas de la ville d’Abidjan en Côte d’Ivoire » de G. Touré page 94

 

 

 

 

 

 

5ème Forum International sur le Green Business, Pointe-Noire 20-22 mai 2014

Terangaweb-L’Afrique des Idées s’associe à la Chambre de Commerce de Pointe-Noire (CCIAM) pour promouvoir l’économie verte !

Le Forum

Nouvelle image (7)Aventure un peu visionnaire en 2010 lorsqu’il est lancé, le Forum International sur le Green Business peut aujourd’hui être fier du chemin parcouru sous l'impulsion du CCIAM de Pointe Noire, du gouvernement congolais et de la CEEAC. Institutionnalisé par les ministres de la CEEAC en 2012, il a permis une prise de conscience sous-régionale de l’épuisement des ressources et de la nécessité d’aller vers une croissance économique plus durable. Les ministres de la CEEAC ont notamment pris position en faveur de l’économie verte en 2012, à l’occasion de la Conférence Internationale Rio+20. De manière plus locale, la Chambre de commerce de Pointe Noire a lancé en 2013 l’Ecole Supérieure de Commerce et d’Industrie du Congo (ESCIC), avec un master en Hygiène Qualité Sécurité et Environnement.Sans titre

 

 

 

Evènement unique sur le continent africain, le Forum se veut une plate-forme d’échange entre des acteurs divers et de valorisation des meilleures pratiques internationales. Plus de 500 participants sont attendus à la 5ème édition en mai prochain, autour du thème « Produire, transformer, consommer local & sous-régional ».

Les tables rondes porteront sur des thématiques aussi diverses que les circuits courts en Afrique, l’innovation, le potentiel de la cosmétique bio, la valorisation des déchets, le financement des énergies renouvelables, la sensibilisation de la société civile et l’entrepreneuriat social.

Le partenariat

Cette année, suite à la création de la rubrique Energie&Environnement en 2013, Terangaweb-L’Afrique des Idées a noué un partenariat avec les organisateurs du Forum pour contribuer à la préparation des débats.

Les thèmes des tables rondes de la 5ème édition du Forum feront ainsi l’objet de plusieurs articles publiés d’ici mai 2014 sur notre site. Vous les reconnaitrez et pourrez les retrouver par le mot clé « Forum Green Business ». Une compilation de ces articles sera distribuée aux participants du Forum.

Vous avez aussi envie d’écrire sur ces thèmes ? Contactez-nous sur la page contact de ce site.

Suivez le Forum sur Facebook !

Téléchargez la plaquette de présentation et le descriptif de la 5ème édition.

Contactez les équipes du Forum : forumgreenbusiness@gmail.com

Quels sont les enjeux du droit à l’eau et à l’assainissement?

eauAlors que l’eau potable et l’assainissement sont  indispensables à la vie, à la santé et à la dignité de tous, selon le Rapport 2013[i] de l’OMS et l’UNICEF sur les progrès en matière d’assainissement et d’alimentation en eau, "2,4 milliards de personnes, soit un tiers de la population mondiale n’auront toujours pas accès à des services d’assainissement amélioré en 2015". La réalité peut être bien pire, puisque des millions de personnes échappent aux statistiques. Si l’Objectif du Millénaire pour le Développement (OMD) pour la cible eau potable est déjà atteint, 800 millions de personnes n’y ont pas encore accès. Celui relatif à l’assainissement et qui consiste à diviser par deux le pourcentage de la population qui n’avait pas accès à ce service en 1990 sera manqué de 8% en 2015.

La crise de l’eau et de l’assainissement trouve son origine selon l’ONU dans la pauvreté et l’inégalité, et elle est aggravée par des problèmes sociaux et environnementaux, comme l’accélération de l’urbanisation, les changements climatiques, la pollution et l’appauvrissement des ressources en eau.[ii] De plus en plus consciente de cette crise, la communauté internationale a inscrit l’accès à l’eau potable et à l’assainissement dans un cadre intégrant les droits de l’homme. C’est ainsi qu’en juillet 2010, l’Assemblée générale des Nations unies avait reconnu le droit de l'homme à l'eau potable et à l'assainissement. Plusieurs Etats développés qui s’étaient abstenus lors du vote initial craignant ce que cela implique ont fini par y être favorables. En novembre 2013, un consensus est trouvé sur une nouvelle résolution non contraignante qui prouve tout de même selon les observateurs que ce droit est unanimement reconnu par tous les Etats au niveau international[iii]. De fait, les Etats qui ne l’avaient pas inscrit dans leur ordre juridique doivent le faire.

Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU le présente comme ceci : "Le droit fondamental à l’eau potable et à l’assainissement découle du droit à un niveau de vie suffisant et qu’il est inextricablement lié au droit au meilleur état de santé physique et mentale susceptible d’être atteint, ainsi qu’au droit à la vie et à la dignité"[iv] Au-delà d’un simple accès à une source d’eau, il exige une prise en compte globale, responsable et transparente. Ce droit n’est réalisable que "si l’eau potable et l’assainissement sont disponibles, accessibles, sûrs, acceptables et abordables pour tous, sans discrimination".

Les aspects liés au droit à l’eau sont les suivants :

  • L’eau disponible pour chaque personne doit être suffisante et constante pour les usages personnels et domestiques, à savoir la boisson, le lavage du linge, la préparation des aliments ainsi que l’hygiène personnelle et domestique.
  • L’eau destinée à des usages personnels et domestiques doit être salubre et de qualité acceptable.
  • L’eau et les installations d’assainissement doivent être accessibles physiquement et sans danger pour toutes les couches de la popula­tion, compte tenu des besoins des groupes particuliers, notamment les personnes handicapées, les femmes, les enfants et les personnes âgées.
  • Les services d’alimentation en eau doivent être financièrement accessibles pour tous. Personne ni aucun groupe de population ne devrait être privé de l’accès à l’eau potable au motif qu’il ne peut se le permettre financièrement.

S’ils peuvent être garantis en théorie, la réalité est tout autre notamment lorsque l’accès est trop onéreux. C’est dans l’application qu’apparaissent clairement les enjeux liés à ce domaine. Deux approches différentes sont identifiées autour de l’eau : celle qui consiste à faire des bénéfices avec la distribution d’eau et celle qui s’emploie à dire que l’eau n’est pas une marchandise[v]. Le modèle économique et financier dominant privilégie la privatisation et la marchandisation de l’eau et des services d’assainissement contrôlés en grande partie par des puissantes multinationales. Il est décrié par ceux qui voient en l’eau un véritable service public qui doit être mis à la disposition de la population. C’est ainsi qu’ils conçoivent la garantie pour tous de disposer de ce droit. Sur ces terrains, il n y a donc pas de consensus. Tout comme sur celui du financement effectif de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Si cet accès doit être réalisé dans le sens d’un droit humain fondamental, alors les actes juridiques doivent être contraignants afin d’en faire bénéficier rapidement toutes les couches de la population. Les pays développés craignent qu’un effort supplémentaire leur sera exigé en plus des mécanismes déjà existants. C’est aussi ce que réclament les pays en développement notamment les Etats d’Afrique Subsaharienne. En attendant, ces Etats réaffirment leur volonté de faire démentir les prévisions en atteignant les OMD en 2015.

 

Djamal HALAWA

 

 

 

 


[v] Le forum mondial de l’eau, quelle solution pour les pays africains ? Objectif Terre : Bulletin de liaison du développement durable de l’espace francophone Volume 15 numéro 2 – Décembre 2013, Pages 24-27

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La pollution de l’air en milieu urbain: une ménace sous-estimée?

pha030000067Dans un récent rapport, l'OMS a indiqué que la pollution de l’air extérieur est une des premières causes environnementales de décès liés au cancer. Dans le contexte d’urbanisation galopante en Afrique et du changement climatique global, comment faudrait-il gérer un problème environnemental et sanitaire d'une si grande ampleur ?


L’une de principales sources de pollution atmosphérique urbaine en Afrique est l’émission des particules liées au trafic automobile : camions, voitures, moto, il suffit observer les tuyaux d’échappement de ces engins parfois cabossés dans les artères poussiéreuses de nos villes. Les fumées de cuisines mais surtout celles des usines dans les villes industrielles ont aussi un impact local très fort. Enfin le soulèvement de poussières par le vent est aussi une source de pollution de l’air.


L'impact de cette pollution sur la santé est très néfaste comme l’a noté l’OMS d’autant plus qu’en Afrique, la rue demeure un principal lieu de vie. Les effets sur la santé peuvent aller de simples problèmes pulmonaires à des maladies plus graves comme le cancer. On peut noter aussi les allergies ou d’autres maladies de peau. Le centre international de la recherche sur le cancer estime qu’en 2010 jusqu’à 223.000 décès liés au cancer du poumon sont attribuables à la pollution de l'air. Toutefois dans plusieurs pays du continent,  la mesure et l’analyse des donnés restent très problématiques.


Le problème de la pollution atmosphérique en milieu urbain etait connu depuis longtemps. Face à l’ampleur d’une urbanisation rapide et non maitrisée, les autorités municipales ont vite été dépassées, reléguant ces questions environnementales qui touchent quand même à la santé au banc des priorités. Elles règlementent tout de même et multiplient les mesures malgré l'insuffisance de moyens éfficaces. Au niveau des Etats, des avancés ont été constatées ces dernières années notamment par la mise en place de cadres règlementaires plus stricts en matière d’importation des véhicules d'occasion. Reste à évaluer l’impact réel de ces mesures. Les populations qui n'ont pas un grand pouvoir d'achats sont tentées de les contourner d'autant plus qu'elles ont été prises sans réelle compensation. Ainsi des véhicules de plus de cinq ans continuent d'etre importé et des vieux engins circulent encore.


Un des thèmes du sommet France-Afrique de l’Elysée portait sur le changement climatique. Les recommandations d’ordre global doivent se suivre d’un déploiement à tous les niveaux. Plus d’un milliard d’africains seront citadins en 2050 contre 20 millions en 1950. Penser la ville et sa gestion environnementale sont une nécessité. Associé au contexte actuel dominé par le débat sur le changement climatique, il serait utile de mettre au premier plan les enjeux liés aux problèmes environnementaux urbains. La dégradation de la qualité de l’air urbain, même s'il s'agit d'un phénomène local, touche plus de la moitié de la population mondiale et doit se retrouver au cœur des enjeux d’atténuation des effets du changement climatique. 

Djamal Halawa

 

Sujets similaires :

http://terangaweb.com/les-dechets-gisement-dopportunites-economiques-au-congo/

http://terangaweb.com/comment-lafrique-peut-elle-faire-face-au-probleme-de-dechets-solides/

 

 

 

Le génie végétal : un espoir pour des espaces miniers plus durables

L’Afrique, terre de ressources naturelles inexploitées

L’Afrique regorge de matériaux précieux pour confectionner puces électroniques et téléphones portables ou encore pour faire rouler automobiles et avions. De nouveaux gisements sont régulièrement découverts sur le continent ou au large de ses côtes. La fameuse « malédiction des ressources » exprime bien que celles-ci peuvent se transformer en véritables moteurs économiques tout comme elles peuvent devenir des éléments aliénants et de paupérisation. Au-delà des aspects social et sociétal des économies basées sur l’exportation de matières premières non renouvelables, leur extraction est génératrice de multiples bouleversements environnementaux. Comment atténuer ces effets et valoriser les espaces miniers ?

Une pratique inspirante

Il n’y a pas de recette miracle, mettons-nous d’accord là-dessus. Une carrière restera un gros trou dans le paysage, et l’écosystème après une extraction, a peu de chance de recouvrer sa diversité initiale. Il est cependant possible de limiter un tant soit peu les dégâts, notamment l’érosion des sols, la pollution des nappes souterraines et la disparition de la végétation.

Le génie végétal recoupe un ensemble de pratiques peu connues du grand public. Vous ignorez peut-être leur fonction mais vous les connaissez, ces buissons plantés au bord des autoroutes ou sur les pentes accidentées. Dans le domaine des mines, les technologies du génie végétal sont encore peu utilisées sur le continent africain. De « vieux » pays miniers tels que la Nouvelle-Calédonie ou le Canada en font usage depuis longtemps, et travaillent déjà à stabiliser leurs sols et limiter la diffusion des polluants. Un couvert végétal draine en effet plus efficacement l’eau des pluies et diminue ainsi les risques de mouvements de terrain, d’inondations et de poussières dans l’air.

Prévenir et réparer : deux techniques différentes

Les techniques utilisées dépendent bien évidemment du climat et de la topographie du terrain, mais aussi du moment d’intervention dans l’exploitation minière.

La phyto-remédiation

Il est possible de limiter une pollution, liée à l’accumulation de matériaux toxiques sur un terrain, ou du rejet d’un polluant à un moment donné de l’extraction. Cette situation pourrait être qualifiée « d’urgente », car bien souvent elle fait suite à une mauvaise prise en compte des impacts environnementaux. La technique employée, la phyto-remédiation, consiste alors à planter dans la zone dégradée des végétaux, choisis pour leurs propriétés, afin d'absorber les polluants. Soit les substances polluantes sont dans l’air et elles sont absorbées par les feuilles, soit elles ont pénétré les sols et sont alors extraites par les racines. Selon le type de végétaux, les polluants peuvent être atténués, détruits ou stockés. A la fin du chantier, les plants sont brûlés dans un cadre industriel avec un filtre, pour éviter le rejet des substances toxiques à l'incinération.

Pour comprendre en image

La revégétalisation

Dans une optique de long-terme, la revégétalisation offre une plus grande amplitude pour agir sur les externalités négatives de l’extraction minière sur l’environnement. Comme son nom le fait penser, la revégétalisation consiste en la plantation de végétaux, technique qui vise principalement à lutter contre l’érosion des sols, conséquence majeure d’une extraction.

L’instabilité des sols constitue non seulement un danger pour l’environnement, mais également pour les installations de l’entreprise et les populations environnantes. La revégétalisation est une intervention globale, qui se décline sur toutes les infrastructures du chantier d’extraction (bases-vie, pistes, chantiers…), et qui intervient à toutes les phases du projet : en amont lors des études d’impacts, lors des phases d’exploration (forages), pendant la construction, durant l’exploitation et à la fin de l’exploitation pour réhabiliter le site. Plus l’exploitant démarre ces activités de réhabilitation tôt, plus les résultats seront bons, et plus les coûts pourront être amortis dans la durée.

En matière de revégétalisation minière, différentes techniques sont possibles. Pour les petites surfaces ou techniques, les plantations d’herbacées sur un mode traditionnel sont largement à privilégier. C’est d’ailleurs la solution la plus répandue en Afrique, comme au Congo Brazzaville par Planetic pour le compte du pétrolier italien Eni. Lorsque les surfaces à planter tendent à s’étaler sur plusieurs hectares, le recours à des techniques plus complexes s’impose. L’hydroseeding, principalement utilisé pour les grandes surfaces faciles d’accès, consiste à projeter, à l’aide d’un camion hydroseeder, un mélange d’eau, de graines et fixateurs, pour permettre le développement rapide d’un couvert végétal.  L’hydromulching, destiné à de zones plus vulnérables à l’érosion, procède également par projection mais est suivi d’une protection de ces sols sensibles et des semences par la projection de géotextiles à très petites mailles pour renforcer les chances de pousse.

L’avenir du génie végétal

Les coûts d’une telle opération sont relativement bien amortis dans la durée, et permettent surtout une plus grande stabilité pendant l’extraction. L’image de marque de l’entreprise est bien sûr en jeu : laisser un site pollué et mettre en danger la vie des populations après la période d’extraction ne fait pas bonne presse.

Ces techniques de génie végétal, et notamment la revégétalisation, sont des sources d’emploi et de savoir-faire très intéressantes pour le développement. En Nouvelle-Calédonie, un site minier peut disposer d’un service entier dédié à la revégétalisation, employant huit personnes et faisant travailler trois à quatre sous-traitants (pépinières, récolte de semences, ouvriers et techniciens agricoles, ingénieur agronome, etc.). Un opérateur comme Planetic engage ses ouvriers dans les villages avoisinant le site, sans qualification pré-requise, et les forme à cette technologie toute nouvelle pour eux. L’impact est ainsi local et direct.

Le génie végétal s’impose comme une technologie d’avenir, en adéquation avec les principes du développement durable. D’innovation, il doit devenir pratique courante. Pour ce faire, les pays miniers doivent s’intéresser plus assidûment à l’inscription de la revégétalisation et de la dépollution des sols dans les cahiers des charges des exploitations minières. Aller vers une gestion durable des espaces miniers, nécessite par ailleurs d’instaurer des mesures complémentaires telles que la transparence des comptes (voir l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives), la redistribution des ressources issues de ces industries extractives ou encore la sécurité des sites et les garanties sociales accessibles aux ouvriers. Tous ces critères me semblent la base d’une responsabilité sociétale des entreprises minières. Aujourd’hui, la démarche de fabriquer un téléphone portable équitable, qui garantisse les conditions d’extraction et de production des composants par exemple, reste marginale. Imaginez les retombées si les choix des consommateurs commencent à peser sur le marché du mobile ! C’est aux dirigeants des pays miniers, aux jeunes d’Afrique et d’ailleurs, aux amateurs de haute-technologie et autres, tels que nous, de prendre des décisions pour la planète et le développement.

Véra Kempf

 

Pour en savoir plus (en anglais) :

en image : Dessin

http://www.youtube.com/watch?v=WDGkBpsVjtc

http://www.youtube.com/watch?v=w99mGLfb4_g

 

Un autre article de l’Afrique des idées sur la valorisation de l’écosystème  :

 http://terangaweb.com/quelle-valeur-du-patrimoine-ecologique-africain-cas-virunga/

Quelle évolution des habitudes de consommation en Afrique ?

                                               "Le moteur principal de l'empreinte écologique de l'Afrique est l’augmentation de la consommation, soutenue par la croissance démographique et la forte expansion de l'économie régionale".

Avant-propos, Rapport de l'empreinte écologique de l’Afrique (2012, p.4)

une_bad2Récemment, le Programme des Nations Unies pour l'environnement a organisé un banquet avec des produits que des chaînes internationales de supermarchés avaient rejetés parce qu’ils ne répondaient pas aux critères réglementaires en termes de calibre, de forme et autres caractéristiques. En bref, le produit n'avait pas l'air bon, il était « laid ». Mais, du point de vue du goût, était-il savoureux ?

Avec l'augmentation des revenus, la tendance est au changement des modes de vie et des habitudes alimentaires. Désormais, il y a plus de choix, qu’il s’agisse de l’alimentaire ou de biens plus chers, tels que des véhicules, des logements et d'autres biens. Et quand on a plus d'argent à dépenser, on a tendance à intégrer plus de variétés et plus d'aliments coûteux à son régime alimentaire. Toutefois, les réponses diffèrent selon qu’il s’agisse de pays en développement ou de pays développés. Selon la FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), on a tendance, dans les pays en développement, à délaisser les denrées de base comme les céréales, les racines, tubercules et légumineuses, pour adopter plus de produits issus de l'élevage (viande et produits laitiers), d’huiles végétales et de fruits et légumes. Alors que dans les pays développés, la majorité des consommateurs peuvent déjà s’offrir ce qu'ils préfèrent, et quand leurs revenus augmentent, les changements dans leurs habitudes et leurs achats alimentaires sont relativement modestes. Mais leurs attentes, quant à ce qui est mis à leur disposition, changent-elles ?

Alors que nous sommes de plus en plus nombreux à pouvoir se permettre de n’acheter à manger que ce que l’on aime, va-t-on se montrer plus difficile ? Va-t-on exiger que notre alimentation apparaisse plus attrayante ? Et dans quelle mesure cette tendance s'étendra-t-elle à d’autres domaines de notre vie?

Imaginez l'ampleur du gaspillage en termes de terres, d’eau, de ressources minérales et d’énergie, qui entre en ligne de compte dans la production, la transformation et la distribution des marchandises qui, aujourd’hui, font partie de nos modes de vie, et la facilité avec laquelle nous les rejetons, les éliminons et les remplaçons.

Le Rapport de l'empreinte écologique de l’Afrique estime ainsi que nous avons utilisé l'équivalent de 1,5 planète Terre en 2008 pour satisfaire nos modes de consommation. En d'autres termes, un an et demi environ serait nécessaire à notre Terre pour régénérer les ressources que l'humanité a englouties cette année-là. La spirale de la consommation non viable est lancée.

A l’occasion d'un séminaire sur ce que signifiait la croissance verte pour l’Afrique pour le personnel de la BAD, en janvier 2013, l’Institute for Global Environmental Strategies (IGES) a avancé une proposition intéressante pour intégrer la consommation durable : le cadre de l’Attitude Facilitator Infrastructure (AFI) (Akenji, 2012). Ce dispositif, qui a été présenté lors du sommet Rio+20, suggère que, pour engager une consommation durable à grande échelle, trois volets sont nécessaires et doivent fonctionner de concert : la bonne volonté des parties prenantes (par exemple une prédisposition à être un consommateur “durable”, une volonté politique) ; des initiateurs qui fassent en sorte que les actes reflètent bien les attitudes (par exemple, des incitations encourageant les comportements vertueux, et des contraintes dissuadant les effets indésirables – telles que des variables juridiques, administratives, culturelles ou liées aux marchés) ; et des infrastructures adaptées, grâce auxquelles les modes de vie durables deviendraient la solution de facilité (aménagement urbain “intelligent”, notamment).

Autrement dit, ce dispositif offre une approche qui ouvre, à long terme et à un niveau systémique, sur un environnement où les alternatives durables deviennent un choix par défaut.

Nous sommes conscients du danger imminent que représente le consumérisme effréné, tandis que la classe moyenne urbaine en Afrique ne cesse de croître – il s’agit là d’aspirations “légitimes”. Quel type de modèle ou d’approche pourrait être appliqué au contexte africain afin de maintenir une consommation durable ?

Un bon point de départ serait d’inclure les denrées de formes irrégulières, qui sont de plus en plus absent des étals de nos supermarchés locaux (voire de nos échoppes traditionnelles) en Afrique, qui eux aussi font en sorte, de plus en plus, de nous fournir des fruits et légumes « parfaits ».

 

Un article de Musole M. Musumali initialement paru sur le blog de la Banque Africaine de Développement.

Les déchets : Une spécialisation pas comme les autres

Véra Kempf poursuit ses analyses sur la gestion des déchets. Cet article est le resultat d'échanges avec un acteur du domaine.

Urbain Anselme Nkounkou a plusieurs casquettes. Vous le croiserez peut-être dans les rues de Clichy où il est adjoint au Directeur des Services de la Ville, dans les couloirs de l'Université du Mans où il enseigne depuis 1998, ou même encore à Pointe-Noire où ce brazzavillois passe quelques semaines par an auprès des étudiants de l'Ecole Supérieure Technique du littoral. Au cœur de toutes ses activités : les déchets, sous toutes leurs formes et tout au long de leur cycle de vie. Voici quelques éléments de discussion avec un homme qui se dit « tombé dans les poubelles très jeune » !

Un parcours terre-à-terre en France

Urbain Nkounkou est chimiste de formation. Commençant par étudier les comportements des sols, il finit par s'intéresser aux déchets comme l'un des composants qui, comme les organismes vivants, modifient l'écosystème. Au-delà des externalités négatives qu'ils génèrent en s'accumulant (pollution des sols, dépôts chimiques, etc), les déchets ont aussi souvent été utilisés en France pour réhabiliter des espaces, par exemple transformer des anciennes carrières en décharges municipales.

Pour sa thèse, Urbain Nkounkou planche sur la « Gestion des déchets en Ile de France : corrélations entre les lieux, l'espace habité et la composition des ordures ménagères ». Sujet dont on pourrait penser qu'il a facilement été traité à partir de statistiques, bien confortablement derrière un bureau. Bien au contraire, et parce qu'il a appris que pour appréhender un problème, il faut le côtoyer, le jeune Urbain s'est livré à une analyse de terrain microscopique des déchets générés par des communes de 5 000, 8 000, 15 000, 22 000, 50 000 et enfin 90 000 habitants. Type d'habitat, catégorie socio-professionnelle, structure du foyer : tout s'explique dans une poubelle. A contrario, « donnez-moi votre poubelle, je vous dirai qui vous êtes » dit-il en souriant !

Une compétence déployée en Afrique

Dans le cadre d'une coopération décentralisée entre la ville de Clichy et la commune de Ouakam au Sénégal, Urbain Nkounkou a eu l’occasion de transposer son savoir-faire au continent africain.

CIMG1003L'objet de sa mission était alors de planifier un système de pré-collecte des déchets, qui soit performant et adapté au terrain. Il a ainsi arpenté toutes les rues et ruelles de la ville afin d’établir une base de données sur le type d'habitat, les voies accessibles en camion ou avec une brouette, la présence de caniveaux ou de décharges sauvages, etc. Pour envisager le type et la quantité de déchets générés, ce sont les élus municipaux qui ont servi de cobayes. Avec son expérience au Sénégal, Urbain Nkounkou confirme l'enquête de la Banque Mondiale[1] : pour des raisons culturelles et d'habitudes alimentaires, la majorité des déchets générés par les ménages africains sont organiques, et par là biodégradables.

Les recommandations tirées de son enquête n'ont malheureusement pu aller bien plus loin. La collecte des déchets ménagers de Ouakam incombe en réalité à l'agglomération de Dakar. Si celle-ci s’est révélée défaillante, Ouakam ne peut changer seule la situation des déchets sur son territoire sans moyens supplémentaires. Des initiatives privées se sont alors organisées pour pallier ce manquement et assurer la salubrité du quartier. Lors de précédents articles, j'ai pu souligner à quel point je suis persuadée que le secteur privé a un rôle essentiel à jouer dans le secteur des déchets en Afrique, et qu'il peut y trouver son compte. Urbain Nkounkou pense pour sa part que sans Etat fort, rien ne sera possible à long-terme. Un cadre règlementaire pour la collecte des déchets existe bien souvent dans les pays africains, mais le principe de « celui qui a l'argent dans la rue décide si le camion poubelle passe» empêche son application.

En attendant, Urbain Nkounkou finit par reconnaître qu’il est possible de faire avancer la cause des déchets à court-terme, par des actions de sensibilisation et d’appui… au secteur privé !

Deux clés pour une gestion efficace des déchets

Conscientiser les populations. Pour ce faire, la ville de Clichy poursuit son action à Ouakam avec un budget de 630 000€ sur trois ans. Au programme, sensibiliser les habitants aux conséquences sanitaires de l'accumulation des déchets (maladies hydriques, moustiques, etc). Urbain Nkounkou a identifié les personnes ressources, les sages et les « écoutés », ceux qui pourront se faire les relais de cette information. Les femmes et les écoles occupent un rôle tout particulièrement important dans cette stratégie.

Valoriser. Un déchet ne pourra être valorisé localement en Afrique que s'il connaît déjà un débouché. Urbain Nkounkou est convaincu que la marche à suivre consiste à professionnaliser et à structurer les filières existantes, autrement dit valoriser le savoir-faire local et s’adapter aux réalités du terrain. En Afrique centrale par exemple, la ferraille, le bois, la sciure sont bien valorisés à petite échelle. Ils pourraient donc être à l’origine de projets de plus grande envergure. Suivant cette logique, il ne nous reste qu'à imaginer un système d'avantages comparatifs dans la revalorisation !

Les déchets ne sont pas seulement un gisement d'opportunités, une source de richesse incroyable, ils sont pour Urbain Nkounkou une véritable mine d'or ! A exploiter au plus vite, avant que  cet or ne  vienne plomber le développement.

 

Véra Kempf

 

 

 

 

 

 


[1]    Daniel Hoornweg and Perinaz Bhada-Tata, March 2012, No. 15, Urban development Series, commenté dans l'article Poubelles d'Afrique, http://terangaweb.com/poubelles-dafrique/