Quel profil pour le futur président de la Mauritanie? Rencontre avec Jemila Abdel Vetah

« Dès qu’on leur donne un cadre anonyme d’expression, les mauritaniens se sentent en confiance pour révéler leur soif de changement efficient. Cependant, ce sentiment est réfréné majoritairement par un instinct de survie, tout à la fois individuel et surtout communautaro-tribal ; et on ne peut pas construire ainsi un pays : les crocs sortis de tous les côtés, sans une volonté politique effective d’apaisement » pose d’emblée Jemila. Ce sondage est effectué sur un échantillon de 732 individus sur une période de deux semaines ; celui-ci est plus que viable et représentatif à ses yeux, par rapport à la démographie mauritanienne. En France par exemple, la plupart des sondages sont effectués sur un échantillon de 1000 à 1500 personnes pour une population totale de presque 70 millions d’habitants. 82% d’hommes ont répondu, contre 18% seulement de femmes. « Cela peut s’expliquer par une place plus ou moins relative, pour ne pas dire marginales, des femmes dans le débat d’idées » argue la jeune femme.

36% de l’échantillon a entre 18 et 34 ans, 34% entre 35 et 54 ans, et 30% ont plus de 55 ans. Ainsi, d’un point de vue de l’âge, le questionnaire a réussi à respecter une certaine homogénéité. « A chaud, quand on regarde l’évolution de la fréquence des réponses, on se rend compte que de prime abord, il y a un certain ombrage, mais très vite, une fois rassuré sur le cadre purement anonyme du questionnaire, les citoyens répondent volontiers à celui-ci. »

Un sondage qui porte sur 17 questions, dont les résultats les plus marquants sont partagés à la fin de cet article, et qui taillent la structure essentielle du profil attendu par les mauritaniens à l’égard du prochain président en 2019. Et le moins qu’on puisse dire, est que le désir de renouveau est en effet immense, au vu des données agrégées.

Le sondage, lancé par cette initiative de jeunes « de moins de 30 ans », a révélé principalement deux points sur les caractéristiques espérées du prochain président : les mauritaniens veulent un vrai changement dans la façon de gérer les affaires du pays, et sur le profil de celui ou celle qui aurait cette charge. « L’écrasante majorité des sondés veulent un président, dans l’idéal, anciennement Haut Fonctionnaire émanant d’une Organisation Internationale, plutôt extérieur à l’échiquier politique actuel mais en en comprenant les rouages, un esprit académique chevronné, relativement mur, et par-dessus tout, capable de mener une politique volontaire de cohésion sociale et de dialogue national. Comme président idéal, sans porter de considération pour l’origine régionale, ethnique, sociale ou au parti politique de celui-ci, ils veulent un homme consensuel, intelligent et surtout à l’intégrité morale reconnue de tous.»  souligne la jeune femme.

« Ils ne dressent pas un profil utopique mais assez rationnel, cela démontre d’ailleurs toute l’intelligence de nos concitoyens, leur prise de recul constante sur leur environnement immédiat, ainsi que leur désir profond de voir un changement s’enclencher lors des prochaines élections. Ils semblent d’ailleurs de plus en plus réalistes quant à l’efficacité plus que relative des partis politiques, de tout bord, à représenter et porter la voix et les opinions de la population.» développe Jemila.

Les champs sont réduits avec une telle image d’Epinal dessinée, mais loin d’être dans les parages de zéro. De ce portrait-robot, elle évoque différents candidats potentiels « Comme certains, j’ai ma préférence, une idée assez précise de la personne, répondant au profil rêvé au vu des données, qui pourrait manifester une volonté politique comme elle est tant espérée, mais au-delà de ma préférence, la Mauritanie recèle des femmes et des hommes d’exception de cet acabit, qu’on doit aller dénicher. L’un des succès majeurs du CMJD durant la Transition, était d’avoir attiré des fils du pays compétents, capables de construire une Mauritanie nouvelle » affirme Jemila.

«A l’heure où les gens récoltent les cartes électorales des citoyens, nous semons des questionnements, que nous croyons pertinents, pour récolter leurs opinions »

Aujourd’hui, une initiative de ce type ouvre des perspectives crédibles sur l’avènement d’une structure de sondage sérieuse en Mauritanie. Aux yeux de Jemila : « C’est important que les dirigeants d’aujourd’hui et de demain soient au fait et en phase avec ce que pense le peuple VRAIMENT. De ce point de vue, les partis politiques dans leur globalité, qui ont des moyens financiers et humains variables pour devenir la voix du peuple, ont échoué. L’objectif ici n’étant pas de les éreinter mais peut être de leur lancer un appel à se repenser pour mieux agir avec et en direction des citoyens, à l’heure où, partout dans le monde, les populations nationales mettent à rude épreuve leurs partis politiques.» assène-t-elle.

«Je suis madame-tout-le-monde qui aime son pays ; une citoyenne-lambda. Je n’ai rien accompli de particulier en 26 années d’escalade de la vie, mais j’ai été offerte une éducation d’excellence, francophone sans le moindre complexe ( !), définitivement portée sur la critique et l’analyse que je souhaite constructive, cela me permettant plus aisément de formuler une opinion plus ou moins audible. Mais avec mes petits moyens j’essaie de participer à ce genre d’initiatives qui ont du sens, et qui peuvent apporter une amélioration qualitative au débat public en Mauritanie. A un moment où la cacophonie des extrêmes est telle, nous voulons encourager les autres voix du pays à s’exprimer, à débattre, à convaincre et à vaincre tout préjugé ou fatalisme. C’est un des enjeux de cette initiative. En effet à l’heure où les gens récoltent les cartes électorales des citoyens, nous préférons semer des questionnements pertinents pour récolter leurs opinions, à une échelle plus humble évidemment» raconte-t-elle, calmement mais fermement. « Notre voix, que l’on soit femme, homme, jeune ou moins jeune, d’ici ou de plus loin, c’est notre voix qui fait notre citoyenneté, que l’on pense comme la majorité silencieuse ou la minorité assourdissante. »

Issue des tribus guerrières du grand nord mauritanien, Jemila naît « 20 jours après la Constitution de 1991 », une période éprouvée par la guerre du Golfe, celle au Kosovo, la crise des Grands Lacs… « Une période pas très belle, qui a accouché d’une génération de cyniques élevée par une génération désenchantée ; personnellement cela m’a rendu paradoxalement optimiste, notamment dans le contexte mauritanien » concède-t-elle. « L’optimisme est une question de survie en Mauritanie ; c’est une réelle obligation sinon on ne s’en relève pas. Cet optimisme, les Mauritaniens l’ont encore et ne finiront jamais de prier et d’espérer le changement. En 2018, au temps des grandes intégrations régionales, l’engagement de création d’une zone de libre-échange africaine, du passeport unique africain, nous devons amorcer ce grand changement profond de notre méthode de penser et de faire la politique dans ce pays» ajoute-t-elle.

« Ce miracle africain, rwandais, a été fondé sur deux piliers : une volonté politique ferme et sans équivoque d’amorcer le changement et la place centrale donnée à l’éducation des Rwandais dans la réalisation de cette volonté. »

Insistant sur un contexte « flou », où tous les scénarios ne sont pas clairs, la jeune citoyenne estime que le pays est « pour la deuxième fois à la croisée des chemins» (2005 était la première – ndlr). « Si le pouvoir en place veut que cette jeunesse dont je suis issue œuvre à ses côtés pour un avenir meilleur, qu’il fasse en sorte que le pays ait une vraie chance d’alternance pacifique ! Et quitte à ce qu’il ‘préfère’ un candidat, dans le but d’assurer une transition que nous pourrions qualifier de plus douce, qu’il porte sa préférence dans ce terreau fertile qui regorge de femmes et d’hommes d’Etat!» implore-t-elle non sans quelques traits d’humour.

Le grand enjeu de l’après-élection ? Une idée claire, précise : « L’éducation seule construit un état-nation que nous sommes à mille lieues de voir avec le leadership qui, depuis des décennies, focalise malheureusement son discours sur une communautarisation des enjeux économiques et sociaux». Depuis le 12 juillet 1978, quand Moustapha Saleck changeait l’appellation des régions, cela a été la porte ouverte au tribalisme et au communautarisme, d’où cette communautarisation des discours selon elle.

« Un peuple éduqué, conscient d’un avenir commun, est un peuple dont les différentes composantes peuvent parvenir à un compromis ; or la culture autoritaire n’est pas une culture de débat, sans lequel on ne construit pas une cohésion sociale dans une société mauritanienne multiculturelle. Ce sont de vrais compromis qui construisent un pays. »

Des débats et compromis, qui à ses yeux peuvent être esquissés par des femmes et des hommes d’Etat sérieux et honnêtes, à qui on doit redonner une place dans ce pays. « Encore une fois, on en revient au fondement de l’éducation dans ce projet et de tout ce qu’il englobe. Prenez le Rwanda, Paul Kagamé était invité, pourrait-on dire d’honneur, du Sommet du G7 la semaine dernière, preuve, si besoin est, de la réussite et prospérité économique de son pays. Ce miracle africain a été fondé sur deux piliers : une volonté politique ferme et sans équivoque d’amorcer le changement et la place centrale donnée à l’éducation des Rwandais dans la réalisation de cette volonté. » Conclut-elle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Article original sur MOZAIKRIM

Repenser la construction politique et socioéconomique en Afrique pour relever les défis sécuritaires

Lboko-harames attentats meurtriers qui ont frappé cette année la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et le Mali entre autres ; et la fronde continuelle que mènent les extrémistes de Boko Haram dans le nord du Nigéria n’ont pas seulement ému la communauté internationale et les politiques locaux. Ils ont aussi attiré l’attention du monde universitaire et des sphères de la défense de la sécurité sur ce que l’on a vite fait d’appeler les nouveaux défis sécuritaires liés au radicalisme dans la région. Mais si le radicalisme est un nouvel outil du grand banditisme en Afrique subsaharienne, ces défis sécuritaires n’en sont pas pour autant nouveaux, ni d’ailleurs les réponses que l’on y a jusque-là apportées.

Les extrémismes se nourrissent des extrêmes sociopolitiques et historiques

Il est nécessaire de définir les menaces dont il est question, et leur ampleur. L’Afrique subsaharienne est un vaste territoire de plus de six millions de kilomètres carrés habité par cinq cent millions d’âmes environ, et délimité en une vingtaine de pays à la géométrie très variable. Avec un PIB de moins de 1 600 milliards de dollars, et un PIB par habitant de 1 500 dollars (statistiques de la Banque Mondiale, 2015) la région a connu une croissance économique certes inégale selon les pays mais globalement positive (5-7% en moyenne de 2005 à 2015) et marquée par des mutations. Deux d’entre elles ont d’importantes conséquences au sein des populations.

La première est l’approfondissement du fossé entre les plus pauvres et les classes supérieures. Si dans certains pays comme le Nigeria, la Côte d’Ivoire ou le Ghana l’on constate une émergence (quoiqu’encore timide) de classes moyennes, celle-ci ne rééquilibre pas pour autant l’arrogante différence de fortune entre des classes supérieures souvent proches des milieux du pouvoir, et une grande masse de populations vivant en dessous du seuil de pauvreté. L’explosion du secteur informel ces dernières années en est la conséquence cardinale, et, plus effrayante encore le chômage qui frappe de plein fouet les jeunes (environ 24% pour une jeunesse qui constitue 40% de la population de la région.).

La deuxième mutation qui a accompagné la croissance économique de ces dix dernières années dans la région, est l’essor des transports et des communications, incluant l’explosion et la diversification de leurs canaux. Ceci facilite certes des échanges commerciaux vitaux pour les pays, mais elle favorise aussi insidieusement l’apparition de zones grises – territoriales, légales, politiques ou idéologiques – avec une diminution relative du contrôle et de l’intervention des pouvoirs publiques, puisque ces zones grises s’installent par défaut là où les États se sont laissé dépasser par leur ère. L’exemple le plus intuitif de ce type de configuration est la vaste bande désertique du sahel qui a servi d’espace de nidification à la majorité des groupes terroristes de la région. D’autres exemples pourtant sont au moins aussi intéressants. Ils ont pour nom la faible règlementation d’internet, la propagation de rhétoriques visant à présenter les pouvoirs publics comme des adversaires ou des ennemis, la mauvaise connaissance par les pouvoirs publics des structures et valeurs sociales (tribales, claniques, systèmes de loyauté…) et de leurs populations.

Le point culminant du terrorisme en Afrique subsaharienne, souvent identifié à la sanglante hyperactivité du groupe nigérian Boko Haram, procède bien plus, de l’installation progressive de cette nouvelle donne et de son instrumentalisation par des idéologies extrêmes. Que l’on ne s’y trompe pas : le djihadiste d’Afrique subsaharienne qui se fait exploser en 2010 avait déjà ses armes et ses réseaux de ravitaillement dès les années 1980, et ceci est à peine une hyperbole. En effet l’idée souvent répétée que la chute du libyen Mouammar Kadhafi aurait ouvert à des réseaux terroristes dormants, les vannes de leur ravitaillement en armes et munition n’est que partiellement juste. Les conflits (larvés ou éclatés) qui ont secoué plusieurs pays de la région et l’intense activité criminelle (notamment dans les espaces frontaliers et dans la bande sahélienne où le contrôle étatique reste difficile) les ont nourris à une ampleur au moins égale autant en matériels qu’en hommes. Ces « ressources » ont permis l’installation de mafias dominant divers trafics (matières premières, drogues, armes…) et tirant profit de l’apparition des zones grises mentionnées ci-dessus, à une vitesse infiniment supérieure à la capacité d’adaptation des mécaniques administratives des États de la région. Ce n’est pourtant pas les réponses apportées par les États qui manquent.

Une réponse globale… pour un problème plus global qu’il n’y paraît

Depuis 2009 et les premières vagues d’attentats systématiques dont de nombreuses villes du Nigeria, du Tchad ou du Niger ont été le théâtre, les gouvernements ont progressivement investi dans la sécurité des personnes et des biens. Un investissement qui passe notamment par l’accroissement des budgets de défense nationale (lesquels, de 2010 à 2015 passent par exemple de 690 à 738 millions de dollars au Tchad ; de 115 à 194 millions de dollars au Ghana ou de 1 724 à 2 075 millions de dollars au Nigeria, selon les statistiques du SIPRI), et par la collaboration sur une base régionale, des services de police. Le dernier né de ces mécanismes de coopération policière, AFRIPOL créé sous l’égide de la Commission de l’Union africaine et basé à Alger, est attendu pour être opérationnel en 2017. Ces efforts témoignent sans doute de la bonne volonté de ces États de garantir la sécurité de leurs populations, mais encore, faire face aux défis du terrorisme dans la région. Ce qui reviendrait en priorité, à faire face aux paradoxes qui l’ont nourri et qui l’entretiennent.

D’abord et avant tout – et il n’est pas inutile de le répéter – il est urgent de couper les sources de ravitaillement des groupes terroristes concernés. Cette démarche globale nécessite que les pays de la région soldent leur histoire récente faite de conflits qui ont souvent accentué la porosité des frontières, la circulation illégale des armes et l’entretien de trafics lucratifs dans des régions entières où le contrôle étatique s’est affaibli. Depuis la fin de la deuxième guerre civile en Sierra-Leone en 2002 par exemple ; plus de 50% de jeunes Sierra-Léonais anciens enfants soldats, sont encore désœuvrés. Et au Liberia ils sont plus de 100 000 jeunes ex-combattants en attente d’insertion sociale. Ce phénomène de jeunes actifs plus ou moins aptes au maniement des armes, rendus vulnérables par le chômage et la pauvreté et exposés aux idéologies extrémistes constituent un immense vivier de recrutement et de radicalisation pour les groupes terroristes. Une enquête de la Banque mondiale réalisée en 2015 donne d’ailleurs une valeur chiffrée à l’ampleur du risque : environ 40% des jeunes personnes qui rejoignent des mouvements rebelles et terroristes seraient motivés par le manque d’emploi.

Ensuite, il est intéressant de noter que l’on ne tire pas encore suffisamment profit des particularités de la région qui pourraient servir d’outils dans la définition des politiques publiques relatives au risque terroriste. L’une des plus importantes est d’ordre territorial. D’un point de vue sociologique et eu égard au passif historique commun, la relation des populations d’Afrique subsaharienne aux frontières de leurs États est ambivalente : elle résulte de la transversalité de certains groupes ethniques, socioculturels ou religieux et entraîne en conséquence, la perception qu’au-delà de ces limites administratives, celles-ci ont les mêmes réalités et les mêmes défis en partage. Cette conception a souvent été analysée comme un frein culturel à l’expression de l’autorité de l’État et comme l’une des raisons de la difficulté de lutter contre la petite délinquance en particulier dans les zones frontalières. Elle constitue pourtant une base pertinente pour l’atteinte des objectifs de « mutualisation » du renseignement et de la coopération policière entre les États, puisqu’il est établi que plus de 70% du renseignement policier est d’origine citoyenne.

Enfin, la dimension policière et militaire de la lutte contre les terroristes paraît la plus complexe à mettre en place en raison notamment de l’extrême variabilité des théâtres d’opération probables, et de la nature même de la menace en ce qu’elle est diffuse dans un tissu populaire susceptible d’être totalement ignorant de son existence. Il paraît ainsi plus judicieux qu’elle s’exprime par un meilleur arbitrage des outils en appoint aux efforts policiers et militaire, renseignement, lutte contre la criminalité financière, renforcement de la fiabilité des états-civils… En somme, une plus ferme implantation de l’autorité des États sur la totalité de leurs territoires, ceux-ci incluant notamment les zones grises qui représentent les premières niches de terrorismes. Et il semble que la plus imprécise d’entre elles est immatérielle : internet. 

                                                                                                                     Claude BIAO

Article mis en ligne le 29.09.2016

Partis politiques au Bénin : opposer le débat du développement au regroupement des partis sur des bases idéologiques

JPG_PartisBenin08061-La classe politique béninoise effectue depuis quelques temps un plaidoyer en faveur des réformes qui regrouperaient la pléthore de partis politiques sur une base idéologique au Bénin. Pourtant, la légitimité des idéologies politiques dans notre système démocratique est radicalement balayée par l’urgence des défis du développement auquel le Bénin est confronté. Le regroupement des partis politiques ne pourra pas se faire sur des bases idéologiques. Pour cause, ces partis politiques n’ont jamais présenté des divisions idéologiques depuis que le Bénin a négocié son ticket démocratique en 1990. D’ailleurs, il y a fort à parier qu’il n’y aura aucune division idéologique fondamentale pendant les trente prochaines années à venir. Pourquoi donc s’attarder à inventer des différences qui n’existent pas pour l’instant ? La réelle clé de voûte du système politique béninois se trouve à la surface du principe cardinal qui motive la création de tout parti politique. Il existe une réelle opportunité d’induire un meilleur rendement des valeurs démocratiques du Bénin en précisant le mode de contribution de ces partis au débat du développement.

Six professeurs du même collège

Que nous disent les principaux partis politiques qui ont marqué les 25 premières années de la démocratie béninoise ? Par critère de légitimité et de participation aux temps forts de la vie démocratique, les plus grandes formations politiques ont sans doute été la Renaissance du Bénin (RB), l’Union pour le Bénin du Futur (UBF), le Parti du Renouveau Démocratique (PRD), le Parti Social Démocrate (PSD), les Forces Cauris pour un Bénin Emergent (FCBE), l’Union pour la Nation (UN). A la lumière de leur idéologie (en formulant l’hypothèse que chacun des partis en possède), il y a en effet très peu à apprendre sur leur différence.

De façon conceptuelle, la formation d’un parti politique est motivée par l’existence d’intérêts contraires à celui d’un courant en vogue. Ainsi, il est facile de comprendre l’émergence aux Etats-Unis d’une classe républicaine plus conservatrice que le courant démocrate ou encore le système populaire de la gauche et de la droite qui existe dans bon nombre de pays occidentaux. Les questions essentielles de politiques sociales et fiscales, des limites de la responsabilité du gouvernement par rapport au citoyen ou encore celle des politiques étrangères créent des divisions fondamentales au sein de ces démocraties.

Au Bénin par contre, les partis politiques sont créés dans l’unique but de la conquête du pouvoir. L’intérêt présenté dans ces partis est par conséquent de nature purement personnelle, c’est-à-dire totalement connectée aux ambitions égoïstes des hommes politiques qui se regroupent pour les créer. Il n’est donc pas étonnant d’assister à la dislocation quasi mécanique de ces partis après leur échec à une élection majeure.

Le problème réel dans un paysage politique aussi désorganisé est la déconnection totale de ces partis de l’objet de leur création, c’est-à-dire leur contribution au développement de la nation à travers la formulation de propositions concrètes. Il est cependant possible d’y remédier avec une bonne dose de bon sens.

Un socle d’actions programmatiques

A l’évidence, le Bénin a clairement embrassé un système politique ‘’ social-démocrate ‘’ après l’échec du marxisme léninisme en 1989. Aujourd’hui encore, la centaine de partis politiques en existence (et/ou enterrés) reflète inévitablement cette philosophie unique avec des accents plus ou moins prononcés sur le discours de l’unité nationale. L’unicité idéologique est en effet particulièrement ostentatoire sur les plans économique, politique, social et même culturel.

Sur le plan socio-économique, il s’agit notamment d’adresser le problème du sous-emploi des jeunes et de réduire la pauvreté qui touche toujours plus du tiers de la population depuis 1990. Sur le plan politique, la position stratégique du Bénin lui exige de se rendre beaucoup plus actif dans le processus d’intégration régionale afin d’étendre de façon significative sa liberté politico-économique. La conservation et la promotion des valeurs culturelles ne créent pas non plus de désaccord. Le défi à relever est plutôt celui du mainstreaming des différentes priorités socio-politiques et économiques dans des plans quinquennaux (périodicité actuelle des mandats présidentiels au Bénin) de développement.

Systématiser la contribution des partis au débat du développement

En réalité, le travail programmatique a déjà été largement effectué afin d’orienter les pays en voie de développement tels que le Bénin. Il existe bon nombre de cadres stratégiques qui définissent clairement la voie à suivre aussi bien sur les plans institutionnels qu’au niveau des stratégies-pays. Les cadres les plus importants sont sans doute les 17 objectifs de développement durables et les 5 axes du plan stratégique communautaire de la CEDEAO. Ces cadres doivent systématiquement constituer des leviers d’actions au Bénin et des bases de spéculation pour les partis politiques.

A l’heure actuelle, il s’agit d’user d’outils législatifs et institutionnels pour astreindre de façon catégorique les partis politiques à se servir de ces cadres pour proposer des plans d’actions minutieusement élaborés. Ainsi, avant les échéances électorales, leurs projets de société ou plans d’actions devraient par conséquent détailler leurs mesures opérationnelles d’atteinte de résultats et de mobilisation de ressources. Ces partis devront développer de véritables budgets pro-formats pour convaincre les électeurs du coût d’opportunité que ces derniers encourraient en optant pour des alternatives proposées par d’autres partis.

Après les élections, la conduite systématique de ces exercices prédisposera les partis politiques et leurs parlementaires à devenir plus incisifs sur les questions de reddition de comptes et de contrôle de l’action gouvernementale parce qu’ils disposeraient déjà de solides instruments de comparaison préalablement développés par leurs propres soins.

R. Alan Akakpo

Alan Akakpo est analyste de politique publique et responsable du projet IMANI Francophone-Benin. Les points de vue exprimés ne reflètent pas nécessairement ceux d’IMANI Center for Policy and Education

La flambée islamiste dans l’Algérie post-coloniale (1ère partie)

JPG_AlgérieFISL'Afrique des Idées consacre une série de deux articles à la compréhension de l'émergence de l'islamisme militant en Algérie, qui a donné le jour en 2007 à la création d'al-Qaïda au Maghreb Islamique  (AQMI) aujourd'hui agent éminent de déstabilisation régionale dans le Sahara. Dans ce premier article, Sofia Meister propose un survol des conditions historiques du bourgeonnement de l'Islam politique et militant en Algérie. Dans un second article, elle abordera l'évolution géostratégique et idéologique d'AQMI et l'influence du groupe sur la vie politique algérienne, ainsi que son infiltration dans le conflit au Mali. 

Retour historique sur les origines et les conditions de l'Islam politique

Souvent  désignée  comme  la  grande  muette  du  Printemps  arabe,  l'Algérie  a  pourtant  elle aussi connu les heurts du processus de démocratisation, à la fin des années 1980, initiée à l'issue de vagues d'agitation populaire. À la suite des réformes menées par le gouvernement de Chadli Bendjedid (1979-1992), l'Algérie avait  été  le  premier  pays  en  Afrique  du  Nord  et  au  Moyen-Orient  à  réussir  une  transition démocratique et à s'ouvrir au multipartisme. Néanmoins, ces avancées décisives vont rapidement mettre  en  exergue  la  sclérose  du  parti  au  pouvoir depuis l’indépendance en 1962,  le  Front de libération nationale (FLN), et même,  paradoxalement, devenir l'allié institutionnel objectif du Front islamique du Salut (FIS), créé en 1989.  Celui-ci remporte, démocratiquement, les élections nationales du 26 décembre 1991, ce qui entraîne un coup d'État orchestré par les chefs d'état-major de l'armée algérienne.

La  victoire  d'un  parti  politique  dont  le  programme  visait  à  mettre  fin  au  processus  de sécularisation  dans  lequel  s'était  engagé  la  société  algérienne  a  suscité  de  nombreuses interrogations. Ouvrant à un conflit que certains ont pu qualifier de « guerre civile », et dont le total des victimes s'élève entre 100 000 et 200 000 personnes, cette flambée de l'islamisme a obscurci  le  futur  politique  de  l'Algérie. La  lutte contre « l’hérétisme » de  l'Algérie  post-coloniale s'est  faite  en  plusieurs  temps.  En  premier  lieu,  les  groupes  islamistes  armés  s'attaquèrent  aux principaux organes de l'État ; les attentats et les assassinats se concentrèrent ensuite sur les civils, et plus particulièrement l'intelligentsia algérienne : écrivains, artistes, universitaires représentaient ce qui rattachait encore l'Algérie indépendante à son passé colonial et à l'influence française.  

Encore aujourd'hui, on a dû mal à éclairer avec précision les motivations des accès de violence qui ont saisi la société algérienne des années 1990. Pourquoi cet embrasement s'est-il produit, dans un pays qui semblait  une  figure  de  proue,  depuis  l'Indépendance,  d'un  modèle  de  société  décolonisée  aux orientations politiques progressistes?

La présence d'un Islam politique pré-colonial

En  réalité,  l'Islam  politique  est  une  vieille  histoire  algérienne.  Cet  Islam  politique  des origines,  loin de pouvoir  être  assimilé de facto à la forme salafiste qu'il prendra progressivement après l'Indépendance, s'enracinait déjà dans les confréries soufies de la période anté-coloniale. Dès la  fin  du  XVIIIe  siècle,  les  mouvements  de  rébellion,  inspirés  par  les  principes  islamiques, s'opposaient  à  l'inégalité  du  système  socio-légal  ottoman, opposant la  dimension  égalitaire  de  la métaphysique  islamique  à  la  discrimination  socio-ethnique  de  l'Empire,  qui apparaissait profondément inique. La confrérie soufie de la Qadiriyya, la plus importante d'entre toutes et la plus militante, appelait déjà à cette époque à l'instauration de la Shar'ia.

C'est tout particulièrement le combat d'Abd El Kader contre les forces coloniales françaises qui  va  faire  de  l'Islam  une  bannière  théologique  de  résistance  contre  l'envahisseur.  La réappropriation  symbolique  d'Abd  El  Kader  après  l'Indépendance  algérienne  a  eu  tendance  à gommer  la  dimension  islamique  de  sa  campagne.  Pourtant,  par  son  programme  militaire  et l'administration  de  la  Shar'ia  dans  les  zones  libérées,  Abd  El  Kader  a  réussi  à  associer temporairement, mais concrètement les principes de justice sociale et de jihad. Jusqu'à sa capitulation, en 1847.

Ré-islamisation de l'identité et résistance anti-coloniale

À la suite d'Abd El Kader, l'Islam deviendra la carte à jouer politique et identitaire de ceux qui rejettent le joug colonial. Dès le début du XXe siècle par ailleurs, l'Islam en Algérie participe de ce  vaste  mouvement  de régénération  théologique  qui  secoue  le  monde  musulman. La visite  d'un intellectuel égyptien de taille comme Mohammed 'Abduh en 1903, contribue à la diffusion dans le pays  des  courants  islamistes  moyen-orientaux.

Le  mouvement  de  l'Islah,  qui  précède  les  partis politiques  islamistes,  débute  dans  les  années  1920.  Représenté  par  l'Association  des  Oulémas Musulmans Algériens, la doctrine islahiste prône la revivification spirituelle des mœurs par une ré-islamisation de la société, notamment à travers l'éducation en langue arabe dans les madrasas. Bien que déclaré apolitique dans un premier temps, le courant de l'Islah participera très tôt à la prise de conscience  d'un  imaginaire  national  écrasé  par  l'entreprise  coloniale.  Un  imaginaire  national  qui ouvrira  la  voie  à  l'indépendance.  Le  FLN,  quant  à  lui,  ralliera  un  grand  nombre  de  partisans  en exaltant l'identité musulmane de la population colonisée.

Le malaise social algérien

Après  l'indépendance,  l'Algérie  devient  rapidement un  terreau  fertile  pour  la  contestation  islamiste. Fragilisée par une baisse brutal du prix du pétrole et par une hausse de la valeur du dollar, la société algérienne  des  années  1980  se  trouve  en  proie  à  un  chômage  massif  et  à  une  crise  du  logement alarmante.  Les  promesses  avortées  du  socialisme  algérien  laissent  de  nombreux  laissés-pour-compte,  qui  voient  dans  le  modèle  libéral  défendu  par  le  FIS  une  alternative  désirable.

Tout bourgeonnement idéologique majeur est toujours indissociable du contexte socio-économique dans lequel  il  se  produit.  Ainsi,  les  années  1980  sont  marquées  par  une  puissante  vague  d'agitation politique et de soulèvements populaires, souvent réprimés dans le sang par le pouvoir en place. Peu à peu, la présence des factions islamistes dans les mouvements, les cortèges et les manifestations de contestation est l'astuce qui permet à l'islamisme de se constituer un véritable capital de visibilité et de légitimité politiques.

L'Algérie post-coloniale est ainsi secouée par de puissants et profonds antagonismes sociaux et économiques profonds. La « dépersonnalisation » féroce engendrée par l'édifice colonial laisse les Algériens désorientés sur leur(s) propre(s) identité(s). La fracture linguistique entre Francophones, Arabophones, et Berbérophones produit des groupes sociaux relativement distincts ; la remise en cause  de  la  position  « traditionnelle »  de  la  femme  algérienne,  dont  la  mobilité  sociale  s'accroit, entraîne un flou identitaire majeur sur lequel les Islamistes s'appuient. Selon la sociologue Séverine Labat, le malaise social, capitalisé par les Islamistes, devient le terme d'une équation qui se joue sur le plan culturel.

Qualifiée par certains de schizophrénie culturelle, l'identité nationale algérienne semble alors une  source  de  problèmes.  Alors  que  le  FLN  au  pouvoir  soutient  en  théorie  le  socialisme révolutionnaire, la langue  arabe  et  l'Islam  comme  piliers de  l'identité nationale,  la  langue et à  la culture  française  délimitent  des  groupes  socialement  privilégiés.  L'identité  nationale  algérienne vacillait entre l'héritage républicain inspiré de l'ancienne puissance coloniale et les principes de la société islamique. En tous les cas, l'échec politique de fusion de ces deux héritages, sans doute lié à la  force  et  l'acuité  des  traumatismes  passés,  a  entrouvert  la  porte  aux  Islamistes  qui  s'y  sont précipités. Par la voie des urnes dans un premier temps, puis par l'action terroriste dans un second, la nébuleuse islamiste s'est puissamment implantée dans le paysage politique algérien contemporain et elle est devenue un facteur majeur de déstabilisation géopolitique au Sahara.

Sofia Meister

Developing cooperation between Cuba and Africa

cuba_africa1_leadWith the diplomatic offensives of the USA, France and the EU, Cuba has progressively returned to the group of nations. This political activism for Cuba raises a number of questions relating to Obama's new foreign policy, the Western counterparts and the economic and strategic opportunities for cooperation with the island.

So, where does Africa stand ? Historically, Africa has always maintained good relations with Cuba and the powers and the elite of the continent have always supported their anti-imperalist and anti-colonialist positionings of the country. Beyond this ideology, there is a real potential for an economic cooperation between Africa and Cuba. This cooperation is most likely to reinvent the cooperation between developping countries.

Africa and Cuba, a pact in the name of Third World solidarity

With the same causes producing the same effects, Sub-saharan African countries fought for independance in the 1960s and found in Cuba a strong ally. Fidel Castro has always supported African revolutionaries such as Amilcar Cabral, Patrice  Lumumba,  Agostinho  Neto and the Anti-Apartheid hero, Nelson Mandela. The support was not just in the spirit of revolution but Cuba actually sent military forces to fight alongside the freedom fighters.

The Cuban guerilleros also called the « Internationalists » have actually fought besides their African brothers in arms. « Cuba, an African odyssey » is an excellent documentary by Jihan El Tahri that explains the story of the independentists united to push the colons out of their borders. Che Guevara had undoubtedly a big hand in the African revolutions, especially in Congo. Laurent Kabila has always « boasted » about fighting besides the Latino-american legend.

Thus, the mythical Che went to the two Congos, Tanzania, Egypt, Mali, Ghana, Sekou Touré's boiling Guinea, in the 1960 in order to deliver a message to the oppressed population to gain their freedom from the colonialists.

The Ambush of France…before the intervention of the USA

During his recent trip to the Carribean, François Hollande met the Lider Maximo, Fidel Castro in May. This meeting is very symbolic of developing closer political relations between the two countries. Cuba still carries an enthusiastic old-fashionned socialist ideology but has opened access to its market since the past few decades.

To this end, the realpolitk of French diplomacy is very clear on the subject : Cuba is economically attractive. France is a regional power in the Carribean and does not want to let America take the lead in the short-term commercial and economic rebound when Cuba will be releaved from the international constraints. That is what is said officially.

In this geoplitical and economic lottery, it is in Africa's best interest to strengthen its relations with Cuba, given that the continent has a historical advantage and has the facility to develop cultural and trading relationships with the island.

Cuba and its Africa ally, an emerging partnership for development

Cuba has one of the best health systems in the world. During the Ebola epidemic, Cuban doctors, equipped with high quality devices, were urgently sent to the outbreak sources in Sub-saharan Africa. It is to be noted that the Cuban State sent 500 doctors and medical staff whereas China, France and the USA sent about half the amount.

It is crucial to encourage cooperation agreements between African countries and Cuba, even in the framework of a multilateral instrument carried out by the African Union to promote training of African doctors and the transfer of medical qualifications with the island.

The cooperation can also be extended to other fields, such as education. The Cuban education system is the most efficient and competitive in Latin America and the Carribean. A World Bank study showed that the investment in the education system and the training of the teachers in Cuba is unequalled. Thus « no teaching force in the region today (except possibly Cuba’s) can be considered of high quality against global comparators ». It is in Africa's best interest to learn from the successful model of education that Cuba has developped.

Africa has to focus on promoting the South-South cooperation in the fields of education, culture, tourism and commerce, whether it is on the national or institutional level. In an extremely divided world between the North and the South, it is all the more necessary to defend an idealistic cooperation between Cuba and other countries in the South or considered as such, for the sake of political realism and emergence of new modes of action.

Translated by Bushra Kadir

Pour une coopération émergente entre Cuba et l’Afrique

Le retour en grâce de Cuba dans le concert des nations s’opère progressivement, avec les offensives  diplomatiques  des  grandes  puissances  telles  que  les  Etats-Unis  ou  encore  la France  mais  aussi  l’Union  Européenne.  Cet  activisme  politique  pour  la  destination  Cuba  pose  plusieurs interrogations  sur  la  nouvelle donne  diplomatique  de Barack  Obama,  ses homologues  occidentaux,  et  sur  les  possibilités  économiques  et  stratégiques  de coopération avec l’île tropicale. 

 A cet effet, quelle est la place de l’Afrique, qui, historiquement, a toujours entretenu des relations avec Cuba dont le positionnement anticolonialiste et anti-impérialiste, avait les faveurs  des  pouvoirs  et  des  élites  du  continent  noir ?  Au-delà  de  l’idéologie,  tous  les signaux pour une coopération réelle de développement économique sont au vert pour que Cuba et l’Afrique réinventent la coopération des nations émergentes.

L’Afrique et Cuba, un pacte au nom de la solidarité tiers-mondiste 

cuba_africa1_leadLes  mêmes  causes  produisant  parfois  les  mêmes  effets,  l’Afrique  noire  des  années  1960 essentiellement, en lutte pour l’obtention de ses indépendances, avait su trouver en Cuba aux  prises  avec  les  Etats-Unis  un  allié  de  poids.  Fidel  Castro  a  toujours  soutenu  les révolutionnaires  africains  tels  qu’Amilcar  Cabral,  Patrice  Lumumba,  Agostinho  Neto  ou encore le héros de la lutte anti-apartheid Nelson Mandela. La collaboration ne relevait pas du romantisme révolutionnaire mais elle a été concrètement soutenue par l’envoi de forces militaires cubaines en soutien aux combattants de la liberté.

Ces guérilleros cubains appelés encore les Internationalistes* ont véritablement combattu aux  côtés  de  leurs  frères  d’armes  africains. Cuba, une odyssée africaine, un  excellent  documentaire  de  Jihan  El  Tahri rappelle la « belle histoire » des indépendantistes unis pour pousser hors des frontières le colon dominateur. Il n’est pas inutile de rappeler que l’ombre de Che Guevara a également plané sur les révolutions africaines, et particulièrement celle du Congo de Laurent Kabila qui s’est toujours « vanté » d’avoir combattu aux côtés de la légende latino-américaine. 

Ainsi, le mythique Che, avec plus ou moins de succès, aurait arpenté dans les années 1960 en  plus  des  deux  Congo,  la  Tanzanie,  l’Égypte,  le  Mali,  le  Ghana,  la  bouillante  Guinée de Sékou Touré, portant le message de la libération des opprimés contre les colonialistes. 

L’embuscade de la France… avant l’entrée en scène des États-Unis

Le récent voyage de François Hollande en mai, à la faveur de sa tournée caribéenne, et sa rencontre  avec  le  « Lider  Máximo »  Fidel  Castro  sont  des  indicateurs  probants  d’un rapprochement avec l’un des plus vieux pays qui professe avec un enthousiasme suranné  son idéologie socialiste, mais qui de fait est ouvert au marché depuis plusieurs décennies. 

À cet effet, la realpolitik de la diplomatie française se veut limpide sur le sujet : Cuba est également  attractive  économiquement.  Stratégiquement,  la  France  est  une  puissance régionale  dans  les  Caraïbes  mais  aussi  elle  ne  souhaite  pas  laisser  aux  Américains  le leadership  du  rebond  commercial  et  économique  que  représenterait  à  court  terme  Cuba dégagé de ses contraintes internationales. En tout cas, officiellement…

Dans  ce  jeu  de poker  géopolitique  et  économique,  l’Afrique  a tout  intérêt  à densifier  ses relations avec Cuba. Elle a l’avantage de l’histoire et la facilité de tisser des liens culturels, commerciaux et économiques.

Cuba et son allié africain, un partenariat émergent pour le développement

Cuba  dispose  de  l’un  des  meilleurs  systèmes  de  santé  au  monde.  Pendant  la  crise épidémique d’Ebola, des médecins cubains se sont rendus, avec du matériel de haute portée technologique,  dans  les  foyers  de  propagation  d’Ebola  en  Afrique  noire.  A  titre  de comparaison,  Cuba  a  fait  dépêcher  de  toute  urgence  près  de  500  médecins  et  personnel médical pendant que la Chine, les Etats-Unis ou la France en envoyaient un peu plus de la moitié.

Il est impérieux de promouvoir des accords de coopération bilatérale entre pays africains et Cuba ou dans le cadre d’un dispositif multilatéral porté par l’Union Africaine, de favoriser la formation  des  médecins  africains  et  le  transfert  de  compétences  pointues  en  matière médicale avec l’île.

D’autres  domaines  sont  également  utiles  à  apprécier;  comme  l’éducation.  A  ce  niveau également, le système éducatif cubain, le meilleur d’Amérique Latine et des Caraïbes, est l’un  des  plus  compétents  voire  compétitifs.  Selon  une  étude  la  Banque  mondiale,  un investissement hors-pair est mis sur la priorité éducative et la formation des professeurs. Ainsi, « aucun corps enseignant de la région – latino-américaine et caribéenne- ne peut être considéré comme étant de haute qualité en comparaison avec les paramètres mondiaux, à la notable exception de Cuba ». Ainsi, un continent globalement carent sur la question de l’éducation  a  tout  à  gagner  en  s’inspirant  de  modèles  de  réussite  que  pourrait  offrir  un programme de partage d’expériences avec Cuba. 

Il faut clairement que l’Afrique se positionne, de façon spécifique par pays, ou par le biais de l’institution continentale, pour la promotion d’une coopération sud-sud dans les domaines de la santé, de l’éducation, de la culture, du tourisme, du commerce.

Dans ce monde extrêmement clivé entre le Nord et le Sud, les pays développés et les nations en voie de développement, il est plus que nécessaire de défendre l’idéal d’une coopération avec Cuba ou d’autres pays du Sud ou considérés comme tels, au nom du réalisme politique et de l’émergence de nouveaux modes d’actions.

Régis HOUNKPE,

Analyste géopolitique, Directeur associé d’Interglobe Conseils 

Côte d’Ivoire : réconciliation acquise ou à construire ?

OTHER594505_Articolo

La Côte d’Ivoire a connu une longue et difficile période de divisions sociales exacerbées par  des conditions économiques peu favorables, et par des hommes politiques animés par de sinistres intentions. Ces divisions ont conduit à des démonstrations inouïes de violence entre les différents groupes qui la composent. Or, avant ces circonstances dévastatrices, ces derniers n’entraient pas des relations aussi bellicistes. La crise post électorale de 2010-2011, ayant conduit à plus de 3000 morts en moins de cinq mois, a été le paroxysme de ces violences inter-ethniques à forts relents politiques.

Retour sur quinze années ponctuées de malentendus et de guerres fratricides alors qu’un scrutin déterminant pointe à l’horizon.

La prochaine élection présidentielle en Côte d’Ivoire est prévue au mois d’octobre de cette année. Force est de se demander si, d’une part, les populations, avec les différentes mesures prises par l’Etat pour tenter d’apaiser leurs peines, de compenser les pertes subies, de leur faire tourner la page sur les horreurs vécues et de remettre au goût du jour le « vivre ensemble » dans la paix, et d’autre part, l’Etat, représenté par ses instances et dirigeants, ont mesuré l’impact de ces incitations à la haine. S’ils ont pris la pleine mesure de leurs conséquences socio-économiques. S’ils les prennent en compte dans leurs différents calculs politiques afin de ne plus faire sombrer les peuples dans ce genre d’errements meurtriers.

Contexte

Comme beaucoup de pays africains, la Côte d’Ivoire est composée de plusieurs groupes sociaux. Il s’agit d’une soixantaine d’ethnies regroupées dans quatre grands groupes, allant au-delà des frontières ivoiriennes, partageant des codes sociaux plus ou moins différents mais vivant sur un même territoire dont les limites ont été dessinées depuis la conférence de Berlin de 1884. À l’indépendance du pays, en 1960, son premier président, Félix Houphouët Boigny, avait, d’une certaine manière, intégré cet état des choses dans sa stratégie de gouvernance en positionnant des « fils » et des « cadres des régions » qui pourraient être considérés, en réalité, comme représentants des différentes ethnies du pays.

Ce système de gouvernance n’était pas admis par tous comme le montrent les tentatives de scission qui se sont manifestées dès les premières années d’indépendance du pays, au royaume du Sanwi situé dans Sud-est du pays. Tentatives énergiquement refrénées par le nouveau président : les « évènements du Guébié »,  qui s’étaient déclenchés dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire en 1970, auraient conduit à la mort de 4 000 personnes au minimum.

En plus de ses groupes ethniques, la Côte d’Ivoire a été très tôt enrichie d’une forte population étrangère. Les résultats du recensement général de la population et de l’habitat de 1975 indiquent que la population non-ivoirienne représente 22% de la population totale. Ce taux atteint 28% en 1988 avec une majorité de Burkinabè, Maliens et Guinéens – plus de 80% des étrangers – d’après le recensement effectué cette année-là. Malgré leur contribution à la croissance démographique et au développement économique du pays, ces populations étrangères culturellement proches des Ivoiriens du Nord sont rapidement mises en cause pour le déséquilibre économique et l’insécurité accrue dans le pays. En effet, la Côte d’Ivoire connaît dans les années 1980 ses premiers Plans d’Ajustement Structurel, destinés à redresser son économie qui avait subi les effets de la crise des années 1970.

A ces considérations économiques et sociales, s’ajoute la dimension politique lorsqu’à la mort du président Houphouët-Boigny, sous le président par intérim Henri Konan Bédié, le code électoral est modifié avec la précision que nul ne peut être élu président de la République s'il « n'est Ivoirien de naissance, né de père et mère eux-mêmes Ivoiriens de naissance ». Cette disposition légale empêche le candidat Alassane Ouattara de se présenter à l’élection présidentielle. Son père étant d’origine burkinabè, il est accusé d’être de nationalité « douteuse ».

Conséquemment, les conflits entre les communautés, attisés par ces différents facteurs, se déclarent et se multiplient dans le pays. Le coup d’Etat de 1999 permet au Général Robert Gueï de prendre le pouvoir. Sous sa présidence une nouvelle constitution est adoptée, en 2000, avec notamment l’article 35 reprenant la loi introduite précédemment sous Henri Konan Bédié, avec un débat sur certains de ses termes jugés « confligènes ». Laurent Gbagbo accède au pouvoir à l’issue de la présidentielle d’octobre 2000, marquées par des heurts après le refus du Général Robert Gueï de reconnaître les résultats et des batailles meurtrières entre les militants du président élu et ceux d’Alassane Ouattara. Durant son règne, les populations du Nord constituant environ 40% de la population du pays et soutenant majoritairement le candidat Alassane Ouattara écarté, sont exclues des postes de responsabilité jusqu’en 2007, année où Guillaume Soro, chef de la rébellion qui avait éclaté en 2002 après la tentative de coup d’État durant la même année, est nommé Premier ministre. L’élection présidentielle prévue en 2005 a finalement lieu en 2010 à la suite de plusieurs accords, impliquant la communauté internationale et par lesquels la candidature d’Alassane Ouattara est acceptée.

Une guerre civile est de nouveau déclenchée à la fin de l’élection présidentielle du fait d’un désaccord sur les résultats du scrutin, entre le président sortant soutenu par le Conseil Constitutionnel et Alassane Ouattara soutenu par la communauté internationale. Les affrontements tournent, une nouvelle fois, à des exactions et violences inter-ethniques qui prennent officiellement fin en mai 2011.

Accords, mesures de réconciliation et réunification

Pendant toutes les années de conflits, différentes mesures et accords ont été mis en place pour favoriser l’unité du peuple. Ces actions visent en premier lieu la cessation des affrontements mais aussi la mise en place d’un climat plus propice à la paix et au développement économique.

En 2001, un Forum de réconciliation nationale est organisé par le Président Gbagbo pour examiner les questions sources de conflit à savoir la nationalité, la propriété des terres et les conditions d’emploi dans les forces de sécurité. Tous les partis politiques étaient conviés à ce forum dont les recommandations finales ne seront pas finalement toutes appliquées. Après l’éclatement de la guerre civile en 2002, des négociations sont entamées entre un groupe de contact créé au niveau de la CEDEAO et la Côte d’Ivoire. Elles conduiront à un cessez-le-feu signé par le président Gbagbo et les rebelles qui exigeaient son départ. Par la suite, des pourparlers sont entamés au Togo pour renforcer ce retour vers la paix. Des accords seront finalement signés par tous les partis politiques en 2003 à Linas-Marcoussis, en France, avec notamment comme disposition la création d’un gouvernement de réconciliation nationale. Ils ne seront jamais appliqués complètement. Malgré d’autres cessez-le-feu et accords signés par la suite, le pays reste secoué par des affrontements meurtriers.

C’est en 2012, qu’un processus de désarmement, de démobilisation, de réinsertion, de réintégration socio-économique des ex-combattants (DDRR) est réellement entrepris. Ce programme permet de contribuer à la sécurité et à la stabilité du pays dans un contexte d'après-guerre et de favoriser ainsi la reconstruction et le développement. L’article Côte d'Ivoire: Paix, sécurité, émergence explique de manière plus détaillée les missions, objectifs et résultats de l’agence (ADDR) créée dans le cadre de ce programme.

Une Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) a été créée en 2011 pour situer les responsabilités, entendre les victimes, auteurs et témoins des crises politico-militaires qui ont déstabilisé la Côte d’Ivoire depuis 1999. Critiquée pour ses résultats peu visibles, ses activités se sont officiellement achevées en décembre 2014 avec un rapport comportant des recommandations comme la libération de prisonniers, le dégel des avoirs ou la réparation des préjudices subis. En mars 2015, une nouvelle Commission nationale pour la réconciliation et l’indemnisation des victimes (Conariv) a été créée pour parachever le travail du CDVR. Elle dispose d’un Fonds d’indemnisation des victimes des crises survenues en Côte d’Ivoire et d’un organe chargé de l’indemnisation et de cohésion sociale, à savoir le Programme National de Cohésion Sociale (PNCS).

Enfin, le système judiciaire du pays considéré comme étant de nouveau fonctionnel, des procès ont été enclenchés contre les différents acteurs ayant pris part à la dernière crise. C’est dans ce cadre que Simone Gbagbo, ex-Première dame de Côte d’Ivoire a été jugée et condamnée à 20 ans de prison en mars 2015. Cependant, des organismes de défense des droits de l’homme comme l’ONG Human Rights Watch mettent en garde le président contre une politique de justice partiale qui ferait obstacle à une véritable réconciliation.

Des débats soulevés sur l’éligibilité d’Alassane Ouattara dans le cadre de la prochaine élection ont vite été écartés. L’article 35, toujours en cause, devrait être modifié après ce scrutin par voie référendaire. Il semblerait alors que la machine soit véritablement en marche vers l’émergence dans l’unité que vise le président Ouattara pour 2020.

Toutefois, sa réponse : « il s’agit d’un simple rattrapage », en janvier 2012, lors de sa visite en France, à une remarque d’un journaliste de l’Express sur la nomination de nordistes aux postes clés, questionne cette dynamique d’unité et de réconciliation. Il faudrait qu’en tant que chef de l’Etat, Alassane Ouattara ne tombe pas dans un clientélisme ethnique qui plongerait à nouveau le pays dans le chaos : le plus lourd tribut serait encore payé par les populations.

Oulématou Camara

Sénégalaise, Oulématou s’intéresse aux questions politiques, économiques et culturelles du monde et particulièrement de l’Afrique. Titulaire d’un diplôme en Supply Chain Management, domaine dans lequel elle exerce, elle a rejoint l’Afrique des idées car elle souhaite contribuer à ces réflexions qui sont, selon elle, la première étape vers la mise en œuvre d’actions de développement constructives.

 

Changer d’avenir en Afrique de l’Ouest : Ce qui change un peu, ce qui change lentement, et ce qui ne change pas

JPG_Gilles Yabi 050315

Ce texte a été initialement publié sur le Blog de Gilles Yabi (gillesyabi.blogspot.com) sous le titre "Changer d'avenir en Afrique de l'Ouest, le pari du WATHI (6): Ce qui change un peu, ce qui change lentement, et ce qui ne change pas". Il fait partie d'une série d'articles qui marquent le lancement du WATHI, un think-tank citoyen et participatif de l'Afrique de l'Ouest, dont l'auteur est le fondateur et président. Nous reproduisons ici cet article avec son autorisation. 

Ce qui change depuis une dizaine d’années dans presque tous les pays africains qui ne sont pas englués dans des crises politiques et des conflits violents récurrents, c’est que de vieux projets de constructions d’infrastructures économiques connaissent un début d’exécution. A l’instar de routes transnationales dans chacune des grandes régions subsahariennes, de chemins de fer abandonnés pendant des décennies, d’interconnexion électrique entre pays voisins, d’installation de gazoducs régionaux, d’extension et de modernisation de ports. 

Ce qui change malgré tout, c’est le niveau moyen de qualification et de compétences dans les grandes entreprises privées et semi-publiques et dans les cabinets ministériels où une poignée de cadres bien formés et travailleurs sont devenus indispensables pour faire le lien entre les agences de coopération bilatérale et multilatérale et des administrations publiques défaillantes et faire avancer les projets décrétés prioritaires par les chefs d’Etat.

Ce qui change malgré tout, c’est que le développement conjugué du secteur bancaire, des institutions de micro-finance, des établissements privés de formation professionnelle et des initiatives disparates de milliers d’ONG en direction de catégories spécifiques de la population ainsi que les réformes économiques laborieusement mises en œuvre par les gouvernements ont eu pour effet d’insuffler un minimum de dynamisme dans des économies locales longtemps atrophiées. 

Derrière ces tendances positives se trouve le relâchement des contraintes du financement de la croissance économique dans la majeure partie de l’Afrique subsaharienne. Ce nouveau souffle financier a été lui-même favorisé par l’allègement significatif du fardeau de la dette extérieure et par les conséquences de la croissance effrénée des puissances dites émergentes, au premier rang desquels la Chine, avide de matières premières et de nouveaux marchés pour son industrie à haute intensité de main d’œuvre… chinoise.

Ce qui change, c’est l’engouement d’une jeunesse nombreuse, dynamique, irrépressiblement attirée par l’ouverture sur le monde que permettent l’Internet et toutes les technologies modernes de l’information. Ce qui change, c’est le stupéfiant succès populaire de la téléphonie mobile dans les villes et dans les campagnes africaines et la diversité des usages utiles qu’en font toutes les couches sociales. 

Ce qui change, c’est la coexistence d’une envie de bouger, de rêves d’émigration réussie au sein d’une masse de jeunes désabusés mais parfaitement équilibrés et d’un flux de plus en plus soutenu de retours d’autres jeunes privilégiés, formés à l’étranger, au fait du fonctionnement de l’économie mondiale et convaincus de la possibilité d’allier la recherche d’un bien-être individuel et familial avec leur participation au développement de leurs pays respectifs.

Ce qui change, c’est qu’à Bamako, Cotonou, Abidjan, Lomé, Accra, Lagos, Bobo-Dioulasso, Thiès, Douala, Agadez, Nouadhibou, Ségou, des millions de femmes et d’hommes créent des « micro », des « mini » et des petites entreprises, très majoritairement informelles, recherchent des moyens pour accroître leurs savoirs et leurs savoir-faire et ne comptent sur personne d’autre qu’eux-mêmes pour atteindre le confort de vie auquel ils aspirent. 

Il existe un sacré réservoir d’énergie humaine pour aller plus loin et plus haut dans une partie du continent, dans les pays et les régions où le bruit des bottes de rebelles, de militaires, d’extrémistes religieux en tous genres et d’entrepreneurs de la violence et de la haine de l’autre n’anéantit pas toute ambition d’aspirer à une vie normale.

Ce qui ne change pas, ou si peu et trop lentement, c’est la conception de la politique comme un jeu à somme nulle dans lequel le clan qui détient le pouvoir peut utiliser tous les moyens sans exception pour conserver la mainmise sur tous les leviers de l’Etat et sur les ressources économiques du pays avec l’assentiment, ou au moins la tolérance tacite d’une grande partie de la population qui n’a souvent connu que ces pratiques politiques antinomiques à la poursuite de l’intérêt général. 

Ce qui ne change pas ou si peu, c’est la conception des administrations publiques exclusivement comme des machines pourvoyeuses de clientèles politiques, de garanties de paix sociale et d’emplois stables dont les faibles rémunérations officielles vont de pair avec l’absence de la moindre exigence de performance et la banalisation de toutes les pratiques corruptives fournissant des compléments de revenus conséquents.

Ce qui ne change pas ou si lentement, c’est la « morale » transfusée par les élites qui, dans trop de pays africains, ont édifié les Etats postcoloniaux sur le socle de la violence, de l’exploitation des faibles, de la condescendance à l’égard des pauvres et de l’association de la détention du pouvoir politique à un droit de jouissance illimitée de tous les avantages. 

Ce qui ne change pas et semble se transmettre de génération en génération, au sein des élites, et entre elles et les autres couches de la population, c’est la culture du double langage, du décalage systématique entre le discours et l’action, entre la rhétorique et la réalité, le culte du mensonge permanent. Ce qui ne change pas, ou pas assez vite, dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest et au-delà, c’est la coexistence d’un discours redondant sur la solidarité, la fraternité, le cousinage à l’africaine et des pratiques politiques, économiques, culturelles et sociales claniques, discriminatoires et au fond profondément égoïstes.

Ce qui ne change pas, c’est la préférence collective pour une régulation sociale par la charité ponctuelle et arbitraire des mieux lotis à l’égard des pauvres et des faibles plutôt que la recherche permanente de l’insertion de toutes les couches de la population dans les circuits de production et de distribution des richesses matérielles et immatérielles. 

Ce qui ne change toujours pas en dépit des slogans et des réformes éternelles défendues et accompagnées par les bailleurs de fonds internationaux, c’est une structure perverse des incitations qui encourage la lutte sans merci pour l’accès aux positions de rente, – en clair des lieux où l’on peut s’enrichir vite sans travail acharné ni innovation-, et décourage l’effort, la créativité et le dynamisme.

Ce qui ne change pas, enfin, c’est cette peur panique de perdre notre identité africaine dès qu’il est question de changer quoi que ce soit de significatif dans notre manière de faire, de penser et de vivre. Comme si seuls les Africains devaient cultiver des traditions immuables et inattaquables parce que léguées par des ancêtres qui vivaient dans un monde bien différent de celui d’aujourd’hui. 

Comme si les enfants qui naissent tous les jours dans chacun des pays de la région n’avaient pas le droit de prétendre à une autre vie et de nourrir des rêves éloignés de ceux de leurs parents, grands-parents et aïeuls. Comme si les valeurs africaines auxquelles on entend s’accrocher envers et contre tout étaient aussi aisées à définir et à citer aujourd’hui.

Comme si ces valeurs jamais clairement définies n’avaient pas été déjà largement entamées par les antivaleurs injectées dans les sociétés par les élites gouvernantes au cours des trois, quatre ou cinq dernières décennies. Comme si chaque génération n’avait pas un droit légitime d’inventaire des valeurs traditionnelles au bout duquel elle en éliminerait certaines, en amenderait d’autres et en créerait de nouvelles correspondant à l’idéal de société auquel elle voudrait tendre.

Dr Gilles Olakounlé Yabi

 

Boko Haram au Cameroun : plaidoyer pour une architecture de sécurité régionale

JPG_CamerounBokoHaram2 280115

Boko Haram au Cameroun, ce n’est pas nouveau. Les incursions du mouvement terroriste dans le Nord du pays existent depuis un moment ; bien que leurs actions spectaculaires de ce mois de janvier attirent un peu plus notre regard. Il est certain qu’il ne saurait y avoir de hiérarchie pour les atrocités commises par la bande d’Abubakar Shekau, mais il est des actes à la puissance symbolique. Une puissance telle que la situation du Cameroun requiert l’attention de la CEEAC et de la CEDEAO en priorité, de l’Union africaine (UA) en second et de la communauté internationale globalement.

Au cœur de l’été dernier, « BH » comme les moque si bien l’humour camerounais (en référence au plat très apprécié Beignets Haricots) tentait d’enlever le Vice-Premier Ministre du Cameroun Amadou Ali dans sa localité de Kolofata où il séjournait pour la fête de la Tabaski. Tentative doublement symbolique puisque l’homme est à la fois un haut personnage de l’Etat et un notable de cette province frontalière du Nigéria. Ayant revêtu des uniformes de l’armée camerounaise et camouflé leurs voitures en véhicules officielles, les combattants de BH capturèrent le sultan de Kolofata et la femme d’Ali (libérés plus tard) et tuèrent le frère du sultan.

Aussi donc l’opération de déstabilisation par Boko Haram est-elle allée crescendo dans ses objectifs et dans ses cibles. Mais qu’est-ce qui motive Boko Haram au Cameroun ?  L’objectif est double. Dans un premier temps il s’agit de s’offrir une base arrière pouvant servir de repli en cas de regain des forces armées nigérianes. Dans un deuxième temps, le Cameroun permettrait de faire la liaison avec les extrémistes qui sévissent déjà en Centrafrique et au Tchad. Ce dernier objectif accréditerait la thèse selon laquelle, la convergence doctrinaire des mouvements sévissant dans les quatre pays que nous avons cités – s’il n’est pas encore totalement avéré – viserait à créer un bastion islamique en plein milieu de l’Afrique centrale.

L’obtention d’un bastion stratégique dans les Nord respectifs du Cameroun et du Nigéria n’est cependant pas chose aisée tant combattre sur deux fronts est déjà difficile pour une armée de métier. C’est sans compter sur le repli de l’armée nigériane ; repli provoqué par les revers infligés par Boko Haram et précipité entre autres par les considérations électorales qui saisissent le Président nigérian Goodluck Jonathan.

On mentionne beaucoup lesdites considérations comme cause principale de ce repli arguant qu’une autre déconvenue de l’armée enterrerait les espoirs de réélection du président sortant. Certes, c’est un facteur non négligeable  mais qui paraitrait presque secondaire tant les difficultés du pouvoir fédéral nigérian à pacifier et intégrer le Nord du pays sont anciennes. Il est honnête de préciser que ces difficultés ne sont pas particulières au Nord puisqu’au Sud, le Biafra des années 1970, le MOSOP des années 90 ou encore  le MEND d’aujourd’hui témoignent de difficultés qui touchent aussi le sud du pays et la région pétrolifère du delta du Niger. Boko Haram a fleuri sur un terreau fertile et il serait dommage de prendre les conséquences pour des causes.

Il n’en demeure pas moins que depuis que les militaires nigérians ont quelque peu baissé pavillon et semblent avoir abandonné à Boko Haram l’Etat du Borno frontalier du Cameroun, les militants ont pu se concentrer sur un seul front. Avec les conséquences malheureuses que nous connaissons.

Ces attaques en terre camerounaise s’accompagnent de tentatives de subversion propres à ces mouvements, dont le manuel de combat mêle guerre conventionnelle et guérilla. Avérée ou pas, cette subversion est un danger que les autorités camerounaises prennent au sérieux, vis-à-vis d’un mouvement qui souhaite couper du reste du pays le Nord à majorité musulmane. C’est ainsi qu’il faudrait interpréter l’arrestation en début janvier de 13 chefs traditionnels du Mayo-Tsanaga (département frontalier du Nigéria) pour complicité présumée de terrorisme avec Boko Haram. Il est encore trop tôt pour condamner ces hommes à qui la présomption d’innocence doit bénéficier mais au vu de la tentative de kidnapping évoqué plus haut, il n’est pas à exclure que Boko Haram dispose de « sympathisants » locaux.

Depuis ce kidnapping de juillet dernier qui causa la mort du frère du sultan de Kolofata, les incursions se sont multipliées, les combats intensifiés et les enjeux clarifiés. Le formidable renfort de 7 000 hommes décidé par le président camerounais Paul Biya répond à la prégnance de la menace. L’engagement camerounais dispense des enseignements à plus d’un égard. Tout d’abord il confirme la sensibilité des pays africains d’Afrique de l’Ouest et du Centre à la contamination des conflits révélant une fois de plus le problème des frontières. Mais plus que leur porosité, c’est le manque de coopération des États frontaliers qui est une nouvelle fois sur le banc des accusés. A cette culpabilité se rajoute une autre qui ne peut plus être ignorée tant les événements la mettent en évidence : le manque de coopération des organisations de sécurité régionale dans la prévention et la gestion des conflits.

Cette nécessaire architecture interrégionale est un défi que la situation actuelle doit permettre de développer ; car les conflits sont les malheureuses mais parfois nécessaires opportunités qui peuvent révéler d’heureuses entreprises. 

A l’heure où ces lignes sont écrites, la question nigériano-camerounaise de Boko Haram –  puisqu’il ne faut plus séparer les deux – fait l’objet d’une proposition de création d’une force multinationale, reste à savoir si le mandat se fera sous l’égide de l’UA et quels rôles joueraient la CEDEAO et la CEEAC.

Bien entendu, nous nous garderons d’un optimisme béat ou même trop prononcé puisque le souverainisme des Etats – celui du Nigéria dans le cas en l’espèce – tend à s’exacerber au fur et à mesure que la crise s’aggrave, sempiternel obstacle de l’intégration continentale… Ainsi le président Jonathan réitère-t-il le principe de non-ingérence et souhaite régler le problème en s’associant au Cameroun, à la République Centrafricaine et  au Tchad qui a décidé de prêter main forte aux deux premiers.

Quoi qu’il en soit, ce qui se passe aujourd’hui à la frontière du Cameroun et du Nigéria fustige la rigidité  coupable des frontières de nos espaces régionaux. Le temps de  l’intégration par cercles se passe de mode car les menaces que posent Boko Haram (ou encore Ansar Dine dans la bande sahélienne) la rendent obsolète – en matière de sécurité du moins. Les agissements de ces derniers et leurs « succès » témoignent qu’eux ont compris que la « transfrontalisation » des enjeux est un atout. A nos États de comprendre que l’inter-régionalisme est le nôtre.

Enfin dernier point et non des moindres : celui de la circulation des Armes Légères et de Petit Calibre (ALPC). Aujourd’hui plus d’un milliard d’armes légères et de petit calibre circuleraient dans le monde entier selon les estimations du Graduate Institute Studies de Genève. Une portion considérable de ce milliard alimente des groupes comme Boko Haram ou encore Ansar Dine. Malheureusement à cette prolifération des ALPC se rajoute maintenant le danger des armes lourdes qui essaiment davantage depuis la crise libyenne. A tel point qu’aujourd’hui certaines armées africaines déjà si peu bien dotées doivent faire face à des ennemis qui font plus que rivaliser par leur puissance de feu. Mais là il faudrait aussi évoquer l’autre immense écueil qu’est le manque de ressources et de professionnalisation des forces de défense et de sécurité en Afrique. Mais ça c’est un autre débat, un autre article…                              

Cheikh GUEYE

 

 

Côte d’Ivoire: Paix, sécurité et émergence

JPG_DésarmementCI 190115

Après les crises successives qu’a connu la Côte d’Ivoire lors de la décennie écoulée, les nouvelles autorités ont dès leur prise de fonction, affiché clairement leur ambition de favoriser une croissance économique à fort impact sur le développement humain.

Ainsi, les autorités Ivoiriennes, conscientes de l’importance de la stabilité économique et la paix sociale dans tout processus de développement, ont décidé de mettre un point d’honneur sur la gouvernance démocratique et la répartition équitable des richesses afin d’impliquer et de stimuler toutes les couches sociales à atteindre l’objectif commun qui est l’émergence économique de la Cote d’Ivoire à l’horizon 2020.

La population ivoirienne, qui est à majorité jeune, est confrontée au problème d’insertion dans le marché du travail et cette question de l’emploi demeure actuellement la priorité des ménages et des politiques publiques. C’est ainsi que la Cote d’ivoire a décidé d’adopter un nouveau modèle de développement pour accélérer sa marche vers l’émergence.

Cette stratégie dénommée PND (Plan National de Développement), constitue le référentiel de toute la politique économique et sociale sur le moyen et le long terme, et est aussi le cadre de coordination, de planification, de programmation et de suivi des interventions Nationales et Internationales. A travers sa mise en œuvre, le gouvernement entend rechercher l’efficacité et l’efficience (performance) dans les interventions publiques.

L’émergence qui vise une amélioration des conditions de vie des populations ne pourrait être atteinte sans le renforcement de la sécurité, de la stabilité, de la gouvernance, de la démobilisation et la réintégration des ex-combattants, et de la consolidation de l’Etat de droit afin de créer les meilleures conditions d’une paix sociale durable et de favoriser le plein épanouissement des potentialités individuelles.

Contexte

 

Selon l’ONG anti-corruption Transparency International, l’indice de perception de la corruption en Côte d’Ivoire est évalué à 2,2 sur une échelle allant de 0 à 10. En 2010, la Cote d’Ivoire était classée 146e sur 174 pays.

La corruption et autres rackets sur les routes ivoiriennes sont la plupart du temps le fait d’ex-combattants incontrôlés et livrés à eux-mêmes. Elle entraine des coûts de transaction élevés, difficiles à mesurer, en raison du caractère clandestin de ces transactions. La corruption réduit le montant des investissements et ralentit la croissance économique du pays. La dégradation du climat socio-politique conjuguée à la détérioration de l’environnement économique a contribué à l’effritement de la cohésion sociale.

Ces différentes crises (coup d’État de décembre 1999, tentative de coup d’Etat de septembre 2002, crise post-électorale de décembre 2010) ont favorisé la circulation des armes légères et de petits calibres dans le pays, accentuant du même coup l’insécurité.

Le regroupement de certains jeunes en milices ou GAD (Groupes d’auto-défense), pendant la crise post-électorale de 2010, a favorisé la prolifération d’armes dans tout le pays. Certaines personnes, ayant gardé ces armes par devers elles, les utilisent régulièrement pour des braquages.

La prolifération des armes et la présence d’ex-combattants souvent armés sont une menace pour la stabilité sociale, mais aussi pour l’économie de la Côte d’Ivoire.

Quelques faits

 

Au début du mois de décembre 2014, quelques soldats du camp militaire d’Akouédo (Abidjan), avaient perturbé la circulation pendant plusieurs heures en érigeant des barricades sur les grandes artères. Ceux-ci réclamaient en effet le paiement d’arriérés de salaires et des primes de logement. Cette situation avait également touché plusieurs autres grandes villes de l’intérieur du pays, à savoir (Bouaké : Centre), (Korhogo : Nord), (Daloa : Centre-Ouest).

Ce problème d’humeur des militaires fut réglé au plus haut niveau par le président de la République qui a instruit le gouvernement d’apurer cette dette.

Quelques jours plus tard, un autre mouvement d’humeur de quelques dizaines d’ex-combattants ayant pris part à la bataille pour le contrôle de la ville d’Abidjan en avril 2010. Ces ex-combattants exigeaient non pas des primes, mais leur intégration et leur prise en compte dans les effectifs militaires de la nouvelle armée.

Tous ces différents mouvements d’humeur, venant d’ex-combattants ne sont pas de nature à rassurer les bailleurs de fonds et si l’on n’y prend garde, risquent de saper les efforts colossaux du gouvernement visant à améliorer le climat des affaires et le bien-être des Ivoiriens.

Il est donc indispensable d’aider à l’amélioration des conditions de vie des populations. Pour cela, il est crucial d’offrir aux ex-combattants des emplois et des perspectives d’avenir, si nous voulons atteindre l’émergence à l’horizon 2020.

Leur réintégration dans le tissu économique et social permettra à terme de prévenir toute nouvelle menace dans un environnement politique, économique et social encore fragile, avec de nouvelles élections présidentielles prévues en octobre 2015. La réinsertion des ex-combattants est une condition indispensable qui leur permettra d’améliorer leur situation économique et sociale et de faciliter aussi leur réadaptation d’après-guerre pour une participation effective au processus devant nous permettre d’atteindre l’émergence en 2020.

C’est dans cette optique que le gouvernement ivoirien, soucieux du danger que représentent tous les ex-combattants, a décidé de créer l’ADDR (Autorité pour le désarmement, la démobilisation, la réinsertion et la réintégration des ex-combattants). Le processus DDR s’analyse donc sur le plan politique, économique, social et culturel.

Missions et objectifs de l'ADDR

 

Créée en août  2012, l’Autorité pour le désarmement, la démobilisation, la réinsertion, la réintégration socio-économique des ex-combattants (ADDR) est placée sous l’autorité du CNS (Conseil National de Sécurité), présidé par le Président de la République.

Les missions de l’ADDR sont entre autres :

  • Contribuer à la restauration de la sécurité, à la consolidation de la paix, à la réconciliation et au développement de la Côte d’Ivoire.
  • Réduire le risque de violence armée et assurer la sécurité de toutes les populations par le désarmement, la démobilisation et la réinsertion de tous les ex-combattants.
  • Emmener tous les ex-combattants à rompre définitivement avec le maniement des armes par leur prise en compte dans les projets de développement.
  • Faciliter le retour durable et définitif des ex-combattants a la vie civile.
  • Transformer les ex-combattants en des opérateurs économiques et surtout en des artisans de l’émergence de la Côte d’Ivoire.

Récapitulatif des résultats au 30/11/2014

Effectifs de planification

 

Statut

Réinsertion

Réintégration

TOTAL

 

 

45 525

En attente de formation qualifiante

En attente de réintégration

Réintégration achevée

74 068

 

3713

12 342

29 470

Problèmes

 

L’ADDR, dans la réalisation de sa mission est confrontée à quelques problèmes d’ordres techniques et structurels. Les problèmes que nous avons identifiés sont les suivants :

  • La complaisance observée dans l’accompagnement et la réintégration des ex-combattants, car selon nos informations, certaines personnes, n’ayant pas été ex-combattants bénéficient d’appuis financiers de l’ADDR afin de réaliser leurs projets.
  • Certains ex-combattants sont abandonnés et livrés à eux-mêmes.
  • La lenteur et la lourdeur du processus de DDR.
  • Le manque d’infrastructures d’accueil et d’équipements.

Solutions et recommandations

 

Pour résoudre ces problèmes, le gouvernement et les autorités de l’ADDR doivent :

  • Faire preuve de beaucoup de rigueur et de transparence dans la sélection et l’accompagnement des ex-combattants.
  • Augmenter les structures d’accueil liées au DDR
  • Augmenter l’enveloppe budgétaire allouée à l’ADDR
  • Multiplier les accords de partenariats entre l’ADDR et des entreprises locales afin d’offrir des stages pratiques et faciliter la réintégration des ex-combattants, comme ce fut le cas le 30 décembre 2014, avec la signature d’un protocole de partenariat entre l’ADDR et l’entreprise de promotion immobilière Kimec. Par cet accord, le Directeur Général de Kimec s’est engagé à offrir un stage pratique a 50 ex-combattants formés par l’ADDR au métier du génie civil. Il a annoncé dans son intervention que ce stage débouchera sur l’embauche des bénéficiaires dans son entreprise.

Les autres entreprises de bâtiment et génie civil doivent suivre cet exemple afin d’épauler l’ADDR dans la réintégration d’ex-combattants.

Synthèse

 

La Côte d’Ivoire, ayant été en proie de façon récurrente ces dernières années à des crises politiques dont la dernière s’est muée en conflit armé, a besoin, pour renouer avec la stabilité économique et sociale, d’un véritable programme cohérent et rigoureux de DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion) de tous les ex-combattants.

La réintégration quant à elle vise à  de pérenniser l’activité ou l’emploi de l’ex-combattant afin de lui garantir un revenu durable. Par leur implication dans l’activité économique, les ex-combattants deviendront des opérateurs économiques et des acteurs de développement de la Côte d’Ivoire, sinon, l’émergence tant prônée par le gouvernement Ivoirien ne sera qu’un leurre.

Moussa Koné

Moussa Koné, de nationalité ivoirienne, est titulaire d’une Licence en Sciences économiques de l’Université Felix Houphouët Boigny d’Abidjan et d’un Master en Sciences de Gestion (Option Ressources Humaines) du CESAG de Dakar. Il est actuellement Assistant RH stagiaire dans une institution bancaire de la place.